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ASSONANCE POÉTIQUE

Il s'agit maintenant de l'assonance qui produit des effets poétiques par une harmonie imitative, soit objective, soit subjective.

Rappelons que la première consiste dans l'imitation des bruits de l'objet ou de l'action, et la seconde dans une conformité de l'impression acoustique de tel son à celle psychologique de tel sentiment.

Assonance objective.

En latin la voyelle e rend un bruit sourd et triste.

Jnsonuere cavœ gemitumque dedere caverme. (V.)

La syllabe ou plutôt la voyelle nasalisée um, donne un son éclatant.

Urgeri volucrum ranearum ad littora nubem. . . . (V.)

Hinc exaudiri gemitus irœque leonum,

Vincla recusalûm, et sera sub nocte rudentum. (V.)

Formœ magnor um ululare luporum.

Lï imite un bruit strident.

Tune ferrt rigor.

En français, la même harmonie imitative existe.

La meute de Diane aboya sur l'OEta,

Et même la clameur du triste lac — stymphale

Le son répété indique l'écho, la persistance du bruit.

Je te rends A ton antre, à ton lac, à tes bois murmurants.

L'as<onance ance reproduit le bruit de résonnance.

A. toute heure on entend le craquement confus Des choses sous la dent des plantes. . .

L'o exprime la sonorité.

Sur la plage sonore où la mer de Sorrente Déroule ses flots bleus au pied de l'oranger.

Assonance subjective.

C'est peut être la plus digne d'attention, lorsqu'il s'agit d'exprimer des sentiments doux on emploie les voyelles douces, et on les répète ; dans le cas contraire, on emploie des voyelles dures.

L'a est une des voyelles les plus douces lorsqu'on la répète longtemps.

Le exprime un sentiment renfermé.

L'i exprime l'angoisse.

L'o et lu indiquent un sentiment qui se déploie peu à peu.

Ce vers de Racine est devenu célèbre sous ce rapport :

Tout m'afflige et nuit et conspire à me nuire.

L'j produit ici un puissant effet, conforme à sa nature physiologique ; c'est la plus resserrée des voyelles.

L'ant peut <!onner la sensation de la persistance et celle de la morosité.

Et la Crète fumant du sang du Minotaure.

La finale eur donne de l'ampleur et de la sonorité.

Ces hauteurs, ces splendeurs, ces chevaux de l'Aurore.

L'ou marque le cours, la continuation, et aussi la limpidité.

Secouaient dans le jour des gouttes de rosée

Lu exprime le sentiment, œmme le bruit, atténués.

Qui jouait de la ilute au fond du crépuscule

Du reste, il y a là aussi un,- >a i.m'opïe objective déterminée par le mot : flûte.

Je le vis, je rougis, je pâlts à sa vue

Nous avons déjà interprété la sensation de l'i. De même.

Je crus de ce péril devoir nous avertir, Aimeriez-vous, Seigneur — ami, qu'oses-tu riire. Toi qui connais un coeur depuis que je respire!... Ouverture du puits, de l'infini sans borne, Cercle horrible.

Il serait possible de citer beaucoup d'autres exemples, mais il y en a de contestables où il y a plutôt assonance rythmique, comme nous l'avons expliqué.

De l'assonance strophique et poématique.

Nous avons décrit l'assonance de vers à vers et celle dans l'intérieur du vers, soit d'hémistiche à hémistiche, soit de mot à mot. Nous devons nous demander maintenant, comme nous le ferons pour l'allitération, si elle peut constituer la liaison de la strophe et du poème, ou y produire des effets poétiques.

Elle ne peut servir à constituer l'unité que lorsqu'elle est finale, mais alors elle joue le rôle de la rime C'est ainsi que dans l'ancienne poésie française la laisse forme un ensemble constitué par l'assonance de tous les vers.

Mais elle sert très bien à produire des effets poétiques : il s'agit alors d'assonances à l'intérieur du vers répétées dans toute la stance, ou même dans tout le poème.

C'est ainsi que les voyelles au, u, ou répétées dans tout un poème peuvent donner l'harmonie mutative du cours d'un ruisseau.

Nous citons dans ce sens le petit poème suivant.

Un ruisseau Le ruisseau doucement s "écoule sous la mousse, L'oiseau descend du ciel sur lui sans la fouler ; L'insecte court et court au bord, mais sans secousse Et sans qu'un seul caillou ni brin vienne y rouler.

Plus bas qu'un faible son qui s'éteint en silence, L'eau limpide susurre et la fontaine sourd. Et sur le sable fin du fond par transparence On voit un toui petit poisson à ce bruit sourd.

Nul passant ne s'arrête en sa marche pressée, L'amoureux seul sait boire et puiser au ruisseau Ou soudain la douleur affaissée et lassée S'y repose et s'assied bercée à ce berceaa,

Il faut la fine ouie, il faut un sens paisible Pour goûter sa couleur, son silence et son bruit, Ecouter l'inouï, regarder l'invisible, Percevoir à la fois le jour avec la nu/7.

Il faut le trouble avec l'amour de la tristesse, De la tristesse douce où tout peut s'apaiser, Et sa volupté vive et sa délicatesse, Four de l'humble ruisseau recevoir le baiser.

L'assonance dans la strophe et dans le poème peut aussi produire un effet d'onomatopée objective, imitant le bruit des objets ou plutôt des actions.

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