CHAPITRE X DE L'ALLITÉRATION
L'allitération est un des phénomènes rythmiques les plus curieux; dans la versification française son domaine est très restreint ; elle n'est jamais obligatoire et n'a pas, par conséquent, d'emploi mécanique, d'emploi rythmique proprement dit, mais seulement un emploi poétiqus, destiné seulement à produire certains effets, mais il faut l'étudier d'ensemble, en comprendre l'évolution dès son origine, voir ses transformations successives.
Elle consiste essentiellement dans la répétition d'une même consonne, le plus souvent initiale, le plus souvent radicale, plusieurs fois en d'autres mots, placés symétriquement ou asymétriquement, immédiatement ou médiatement après le premier. C est Y inverse, en un sens, de la rime ou de l'assonance, laquelle porte sur une voyelle ; elle en diffère encore et davantage, car l'allitération, comme nous le verrons, peut se réaliser par la répétition d'une voyelle), en ce qu'elle doit se placer au commencement d'un mot. et rigoureusement le mot ainsi affecté, au commencement du vers, tandis que l'assonance se place à la fin d'un mot. et en même temps, d'un vers.
Dans son plein développement, et nous verrons qu'elle l'acquiert dans les langues germaniques anciennes, l'allitération a ceci de caractéristique qu'elle frappe à la fois le commencement du vers, le commencement du mot, la syllabe accentuée et la racine ; il en résulte qu'elle a une connexion intime avec l'idée elle-même; c'est celle essentielle qu'elle met en relief. Cela tient d'ailleurs à la constitution des langues germaniques qui, à la différence des langues gréco-latines et surtout des langues romanes, accentuent Vidée principale; à ce point de vue, ces langues sont plus psychiques que les autres Mais l'allitération n'atteint pas toujours cette intégration ; on la voit apparaître ailleurs en dehors de ces conditions rigoureuses
Dans son origine mécanique, l'allitération est en métrique un phénomène analogue à ce qu'est la réduplication dans la prose et la gram-
maire. On sait quel est le penchant du langage enfantin à répéter les mêmes syllabes : papa, maman dodo ; cette répétition plaît à son orei'le, peut-êire aussi à son petit esprit, lequel a besoin de se reposer un peu sur une idée ou plutôt sur une syllabe, avant de s'attaquer à une autre. Les peuples naissants ont le même instinct et chez tous les non-civilisés, même chez les civilisés à une époque lointaine, on retrouve la réduplication employée. Plus tard même, on ne la rejette pas, mais elle devient plus rare, et au lieu de la laisser purement phonétique sans emploi utile, on la cantonne à certain cas lui faisant produire des effets spéciaux. C'est ainsi que très souvent elle sert à former le pluriel ; quand il y a deux objets au lieu d un seul, quoi déplus naturel que de l'exprimer en répétant deux fois l'objet! De même, l'aclion fréquente s'exprime par la répétition du verbe ; on se sert du même moyen pour rendre l'idée du parfait ; si une action s'en complétée, au lieu d'être encore en cours d'exécution, on l'exprime en répétant le verbe, c'est ce qu'on peut observer en latin et en grec : mo-mordi , TE-ôr,xa. Il existe encore beaucoup d'autres emplois. Mais il était trop long de répéter un mot entier; on ne répéta plus bientôt que la première syllabe et cette répétition devint le simple redoublement, comme dans l'exemple ci-dessus : mo-mordi, ce-cini, etc. ; on peut même ne redoubler qu'un seul phonème, le phonème initial. C'est toujours en raison du même besoin phonétique.
\ous avons dit ailleurs et souvent répété que tout ce qui a pris une intention et un but final, tout ce qui est dynamique et fonctionnel a eu une origine purement mécanique. Cela est vrai aussi de l'allitération. Quand on l'emploie tout d'abord, c'est uniquement pour le plaisir de répéter le même mot, la même syllabe, la même consonne initiale, comme le fait l'enfant, sans aucun but. Cette répétition plaît à l'oreille, elle n'a rien à voir avec l'esprit. Elle ne concourt pas noo plus au rythme. Encore moins cherche t-on à en tirer des effets sensationnels. C'est Y allitération amorphe ; on ne demande pas à la placer à des endroits symétriques, nia en rapprocher ou en éloigner le retour sui vant des coupures temporales.
Mais bientôt et instinctivement l'allitération d'abord sans emploi, en recevra un, elle sera un moyen de formation du rythme, et on la fera servir à ce but d abord dans le rythme antérieur, purement psychique, le rythme du parallélisme, où l'on ne possède pas encore de vers proprement dits, mais des incises; l'opposition entre celles-ci sera marquée par elle, elle s'attachera à l'idée elle même, et mettra en re-
lief les mots en antithèse, puis dans le rythme phonétique établissant ainsi une liaison entre les deux petits vers ou les deux hémistiches. C'est le second stade, l'allitération a un emploi rythmique.
Enfin le troisième degré est l'emploi non plus au rythme, mais à la poésie elle-même, en fournissant pour l'expression une véritable harmonie imitative, soit objective, soit subjective, de nature à produire une impression auditive parallèle et analogue à l'impression psychique. C'est certainement cet emploi qui est chronologiquement le dernier. C'est lui seul qui se trouve dans la versification actuelle, et encore y est-il vivement contesté.
Pour raconter cette évolution, nous serons forcé de faire quelques incursions dans la rythmique étrangère.
L'allitération contient donc les espèces suivantes que nous allons analyser successivement (notons que tel n'est pas l'ordre absolu et toujours chronologique, ou du moins qu'il comporte des interversions) i° l'allitération amorphe ou purement mécanique ; n° l'allitération de parallélisme ; 3° l'allitération rythmique ; kn l'allitération poétique, laquelle à son tour peut être objective ou subjective.
i».— DE L'ALLITÉRATION AMORPHE OU MÉCANIQUE
C'est une allitération employée uniquement pour procurer à l'oreille le plaisir de la répétition du même son, cependant ce son n'est pas un phonème quelconque mais une consonne. Si une voyelle est répétée, ce qui a lieu aussi, quoique moins fréquemment, il y a assonance.
Cette allitération amorphe se distingue de celle organique que nous décrirons tout à 1 heure en ce que elle se répète un nombre infini de fois dans le même vers, sans que ce nombre soit limité et sans qu'il soit assigné des places symétriques. Mais elle possède déjà deux de ces caractères essentiels : i°elle affecte le commencement des mots, i" elle porte sur la racine; par exemple, si un mot commence par une préposition ou un autre préfixe, elle saute par-dessus ce préfixe pour aller trouver le commencement de la racine même. Cependant ce dernier caractère est soumis à des exceptions.
C'est en latin et en celtique qu'on peut constater la présence de l'allitération mécanique.
Cette allitération est de deux sortes, elle consiste soit dans la répétition de la première consonne d'un mot, abstraction faite du sens, soit
dans celle d'un mot lui-même, au moins, dans sa première partie en raison de sa signification, d'où l'allitération mécanique phonétique et l'allitération mécanique lexicologique.
a. — Allitération mécanique phonétique.
Pour le latin, il faut examiner celui ancien et populaire, soit dans son état primitif, soit conservé chez les poètes coniques. Tout d'abord dans le vers Saturnien.
Ub-iiti sunt lioma ioquier iatina /ingua .
Celle du mot : ob-liti e&t à noter ; le prélixe ob est négligé, et l'allitération affecte le radical, liti.
Puis dans les vers suivants :
Scopas atque sagmina sumpserunt Decuma facta pio /oùcta /eiberis /ubentes Magnamque cloraum decoremque c/item veaarunt Postquam mes aspexit in templo .Incbisa
Ce dernier vers est très remarquable, il prouve qu'en latin l'allitération mécanique pouvait porter sur une voyelle aussi bien que sur une consonne, pourvu qu'elle fut initiale.
Picissatim uolvi victoriam quod Vellehas maluit.
Voici maintenant des exemples tirés d'un des poètes scéniques, Mœvius.
Libéra /ingua /oquemur /uctis /iberalibus.
Dans ce vers, l'allitération frappe tous les mots ; toute idée de symétrie ou de liaison entre les hémistiches disparaît donc nécessairement.
Jam de/iramenta Joquitur, /aruse stimulant virum
Ici l'allitération frappe la racine de/iramenta, en écartant le préfixe.
Avis exul hiemis /itulus tepidi /emporis
Ici il n'y a aucune allitération dans le premier hémistiche, et en outre, les mots allitérés se suivent. D'ailleurs, c'est une tendance générale de ne pas mettre d'intervalle entre les mots allitérés, tandis qu'on évite de faire rimer deux mots contigus.
Tu nunc superstes solus sermonis inei's Tibi mea consilia summa semper credidit.
Plus tard, cette allitération devint artificielle et aboutit à ce qu'on nomme le tautogramme : par exemple, dans les vers suivants souvent cités.
0 rite, <ute, Tati Mbi ianta Jyranne Julisti (Ennius).
A/a.jor mihi moles majus miscendum est malum
Non potuit paucis plura plane proloqui. (Plaute).
Les poètes latins du moyen âge en ont fait un grand abus ; par exemple, Jean Diophylon de Flandre, cité par Dumeril.
Facundoyiorensyioiumyios Flandria /"ructu Lucida Zabenti Zumina /uce /igat ardentes abigens «damas astrictus amores Nubifero rcardus «umine nata nitet.
En celtique, l'allitération a les mêmes caractères, mais elle se mélange souvent d'assonances.
En voici des exemples.
Dans la branche irlandaise.
Dom/arkaiyidbaidae/al — /omchain /<>id Zuin Jiiad nad cél...
Dans la branche bretonne.
\i gworcosam — nemheunaur Henoid — mïtelu nit gur — maur
Mi — amfcanc dam — ancàlaur
Grédyf — gwr oed — gwy/s — gwrhyt am dias.
Meirch — mwth — myngvras — adan xordwyt — megyr — vas.
Dans le mystère de sainte Nonn on peut citer :
.fîuanneguez, ez buhez naz bezet
Na gra guet clem na tem na b/asphem guet.
Dans ce vers l'allitération est double.
Na gra da den nep termen drouc en bel.
Dans le recueil de M. de la Villemarque relatif au breton armoricain moderne, on peut relever les vers suivants :
Tri deron ha tri divez D'ann den ha d'ann dero ivez
Et ailleurs :
Ho laoik n'ed eo ket /collet, Ho laoik kcr avo /cavet.
L'Allemand moderne connaît aussi celte allitération amorphe, mais elle a une intention poétique.
L'allitération purement amorphe a été employée aussi dans l'ancienne poésie française, par exemple, en provençal par Pierre Cardinal, cité par Bartsch.
Pauc pretz prim prec de prejador
Can cre quel cuja convertir,
Vît vas fil voler sa ualor,
Don dreitz deu dar dan al partir ;
Si sec son sen salvatge
Len l'es to farcs laus fag ton/iatz,
Plus pretz tonzables que Zanzaiz,
Trop ten estrey os/atge
dreitz drutz del dart d'amor nafratz :
Per plus pretz plus pretz es compratz .
No uolh yoler uolatge
Quem volv em vir uils uoluntatz,
Mas lai on mos vols es uolatz.
De même Marot dans son épître a8 :
Ces mots finis, demeure mon semblant.
Triste, <ransy, tout terny, tout tremblant, Sombre, songeant, sans .seure soutenance, Dur d'esprit, desnué d'espérance
Mélancolie, morne, marry, musant, Pâle, perplex, paoureux, pensif, pensant, Faible, /ailly, /bulé, /asché, /brelus, Confus, conrée, croire, crainte, concluz
Dans ce cas, l'allitération est dite senée
On doit remarquer que 1 allitération porte parfois sur un proclitique : d'espérance, et qu'aucune intention rythmique, autre que le plaisir de la répétition, n'existe dans ces vers.
Il en est de même de la stance célèbre écrite sur le portail du couvent de Saint-Séverin :
Passant, penses-tu pas passer par ce passage
Où pensant j'ai passé ?
Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage, Car en n'y pensant pas tu te verras passé I
Cet emploi est curieux, mais c'est un état rudimentaire, ou au contraire, tout-à-fait artificiel de l'allitération ; ce n'est pas sa fonction normale. La répétition est d'ailleurs trop fréquente, par là même elle est monotone. En outre, si la consonne répétée est dure, elle produit l'effet le plus désagréable.
A côté de l'allitération acrologigue ne renfermant que la consonne initiale, il faut noter celle s'étendantjusqu'à la syllabe initiale entière, de même que la réduplication en grammaire peut être plus ou moins étendue.
On peut citer comme exemple* les vers latins suivants :
Sibi salutem ut familiari pareret parricidio . . . Facta atque corda in felle sunt siti atque acerbo aceto Vel illud quod credideris perdas vel illum amicum amiseris Quanta pernis pestis veniet, quanta labes Zarido Quanta /aniis Zassitudo, quanta porcinariis
Une telle allitération ressemble à une rime initiale. Quelquefois un tel procédé se polarise et prend une intention antithétique.
Tibi erunt parata vérba, huic homini verbera.
b. — Allitération mécanique lexicologique.
Cette allitération reste mécanique aussi, mais elle consiste dans la répétition non d un son, mais d'un mot pris souvent dans une autre situation grammaticale.
C'est dans la poésie latine que nous en trouvons de nombreux exemples. Les mots répétés se suivent , quelquefois ils prennent des places antithétiques.
Voici des exemples :
Nam hic quidem edepol haud multo post lace lucebit Men hodie usqviam convenisse te. audax audes dicere? Quibus nunc in terra melius est ? — eveniunt digna dignis Ne capta prxda capti prœdones fuant.
Servientes servitutem ego servos instruxi mihi
Dans le vers suivant il y a correspondance d'hémistiche à hémistiche ; on touche à l'antithèse et au parallélisme.
Suum si quid sumel, id tu suito sumere. (Psend 861)
Nil pretio parsit filio durn parceret. (Capt. 3a)
Ne istic necquicquam dixeris in me tam indignum dictum (Mil. 4oo)
a - DE L'ALLITÉRATION PARALLÉLIQUE
Cette allitération existe dans toutes les langues ; elle concourt d'ailleurs dans son emploi avec l'assonance ; c'est dans les proverbes populaires qu'elle a son siège principal, elle estd'ailleurs éminemment psychologique ; elle a pour but d établir l'union entre les deux incises, en opposition l'une à l'autre par les idées, ou au contraire, en synonymie; dans les deux cas, en position de parallélisme.
Ce parallélisme se manifeste de deux manières, ou dans la comparaison entre deux petites propositions ou dans celle entre deux mots.
Nous en allons donner des exemples, d'abord dans les langues germaniques où elles sont fréquentes. Elles affectent tantôt les mots qui se suivent, ou idées, tantôt les propositions ou pensées, et parmi les premiers, tantôt les substantifs communs, tantôt les noms propres.
Par exemple, on trouve souvent deux ou plusieurs noms propres ayant la même consonne initiale.
Sigemund, Sigelint, Sigfrit — //engix //orsa ; MuodeAvic, /dothar. Les trois rois de Bourgogne : Gunther, Gernot et Giselher. Mais l'emploi dans ce sens des noms communs, soit synonymes, soit opposés, est très fréquent. On peut citer :
Herz und Ziand (le cœur et la main) Dick und dùnn épais et mince) J?oss und reiter (cheval et cavalier) tfaus und /iof (maison et cour).
2'od und/eufel (mort et diable).
.Frank und /rei (franc et libre).
Ganz et r/ar (tout à fait et à tout à fait) . Biegen und brechen (courber et briser).
De même en anglais.
Friend and foe (ami et ennemi).
Weal and luoe (bonheur et malheur).
En latin, la réunion de plusieurs noms propres ayant la même consonne initiale est fréquente. On peut citer.
Jupiter et /uno ; Pomulus et Pemus; Titus et Tatius; Fulcanus et Vesta.
En grec, chez Homère, on trouve :
OpxîXojrov (Jtiv irpcoxa xai "Op^îvov rfi 'OçcAeW^v.
Dans le vieux français cette allitération des noms propres est très usitée aussi.
5asin et #asilie (Roi. 208) ; Pinceneis et Pers ; Amie, Aindefreis et Aimeric ; Gasse et lo coms Gaufres ; (chanson de Roi.) 1 alsore et Falsure; Amis et Amiles ; Floriens et Florette ; Pobers et Pobins; Margot et il/arion ; Doon et Doette. Il y a aussi allitération entre le nom de baptême et celui de famille ou d'origine; Turgis de Turteluse, et de nos jours : 7artarin de Tarascon.
Mais les allitérations entre les noms communs sont plus fréquentes :
Quelquefois les deux mots ainsi joints sont synonymes : /eu et /Zamme ; /acons et /ormes; cœur et courage ; sain et sauf.
Car amour m'a donné cœur et courage
Oui de /eu les emple et de Ranime (Rose, 9928) .
11 doit suivre les/açons et les /ormes reçues.
(Montaigne).
Par paroles /auces et /aintes (Rose, io6o3). Et tremble et /ressaut (Rose, i3 620).
Quelquefois leur sens est différent, mais tout à fait analogue.
.Bieles et blanches comme toile. (Rose, i45o). Cist gas est bels et biens. (Gharl. 5o4). Fueilles ne^lours ne mi font pas chanter. . . . Et tout le fitp/orer etp/aindre. (Rose i45o).
Les mots peuvent être alternatifs, et dans ce cas deviennent souvent antithétiques.
Ou par arme ou par amour. (Malherbe).
Pour me donner mort ou merci. (Al. Chartieh).
Qui veut gagner peu ou prou.. . . (Patiielin).
Il n'y a rime ni raison.
Ne brune ne bise (Rose, 1198).
De but en blanc.
Selon le t'ent, la uoile,
Enfin l'antithèse est plus directe encore dans les vers suivants.
Prenez du blanc, laissez du bis. . . .
Plus les prient et moins les prisent
Soit par aiguë ou par air (Rose, 10 1 10).
Il faut en rapprocher beaucoup d'expressions usitées en prose.
In y/ure perte, à contre cœur, à /ue tète, deplainpied, de parti pris, bel et bien, r/ros et gvâs, /eu et /lamme, femmes et /"illes, le fond et la forme, feoid et /aim, monts et merveilles, Messe et matines, poil et plume, plaisir et peine, peu ou prou, ni pied ni patte, pieds et poings liés, à poudre et à plomb, sans rime ni raison, rentes et revenus, /ambours et /tompettes, à fort et à /ravers, cru ou cuit, clos et couvert, de /ong en /arge, à pur et à />lat, /ôl ou /ard, à cor et] à cri, chien et
chat, plus de 6ruit que de besogne; la chèvre et le choux. Toutes ces expressions sont encore usitées aujourd'hui.
Mais il y en avait autrefois un plus grand nombre et les citations seraient infinies : on les retrouve dans ces vers.
El cors li met et le/u et le/ust.
(Rol. i559).
Son grand domage et sa dolor.
(Troie 9627).
A dieu grez et grâces rendirent ...
Ne jeu ni joie
N'ai robe de lange ni de lin.
(Renard 3o, 3i).
Puisque mort et mercy ne fault.
(Ax. Chartier).
Mais c'est surtout dans les proverbes populaires que nous trouvons l'allilération remplissant le rôle de marquer le parallélisme dans deux incises, elle y concourt avec l'assonance.
Tandis que par l'assonance on obtient les deux vers ou les deux hémistiches suivants :
À bon chat — bon rat.
par l'allitération on obtient ceux-ci.
Grand vent — grande guerre. . . .
11 n'y a point de famée sans/eu.
Ce dernier renferme bien l'allitération, mais sans constituer l'antithèse rythmique, tandis que le premier le constitue.
Cependant les proverbes français sont plus souvent rimes quallitérés, tandis que chez les peuples germaniques c'est le contraire.