DE L EUPHONIE ET DE L'HIATUS
Nous avons vu en chemin se dessiner l'intervalle souvent énorme qui sépare la loi rythmique de la règle de versification. Au point de départ, il y avait identité entre eux ; la règle n'est que la loi naturelle promulguée au dehors, cristallisée et formulée de telle manière qu'on n'a plus soin de remonter sans cesse à la découverte de la loi. Mais, t.indis que la règle reste fixe, la loi évolue, et, par conséquent, une différence s'accuse qui devient plus grande à chaque étape, si bien que la loi peut devenir inverse de la règle qu'elle a cependant créée. Puis la loi peut être incomprise ; on en tire des conséquences qu'elle ne comporte pas, tandis qu'on néglige de lui faire sortir tous ses effets. Au bout d'un certain temps, il faut que la règle soit rectifiée et ramenée à la loi observée de nouveau face à face.
Il en est ainsi en matière d'euphonie. Si le langage doit être euphonique, le vers doit l'être à plus forte raison. Tout ce qui choque V oreilie devra en être écarté, et cela ne suffit même pas ; il faut que l'oreille éprouve un plaisir acoustique. Par ce point le rythme poétique se rapproche de la musique.
11 est inutile d'insister. Mais ce qu il faut démontrer, c'est que les règles actuelles de la versification ont des exigences, au nom de l'euphonie, qui cependant sont inutiles pour l'obtenir, et que, par contre, elles n'ont pas édicté certaines défenses qui seraient nécessaires.
Telle est l'euphonie au point de vue mécanique et rythmique. Mais on doit ensuite, l'envisager, ainsi que la dérogation à ses règles, au point de vue poétique, suivant la distinction que nous établissons au chapitre des rapports entre le rythme et la poésie.