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B. — DE L'EUPHONIE AU POINT DE VUE POÉTIQUE

Nous avons établi les lois naturelles de l'euphonie, nous devons étudier maintenant l'application de cette partie du rythme à la poésie.

Le plus souvent il y a concordance entre les deux ; mais quelquefois il y a discordance en ce sens que l'effet poétique à produire autorise une dérogation à la loi rythmique, d'où i° concordance entre l'euphonie du rythme et celle de la pensée ou du sentiment, 20 discordance entre les deux et accommodation du premier au second.

a). — Concordance entre l'euphonie du rythme » et la pensée

En général, le rythme doit avoir une grande douceur, il devrait même toujours la posséder, si on l'envisageait isolément ; mais dans cette douceur il doit y avoir des degrés, el alors ces degrés doivent correspondre à ceux de la pensée.

G est ainsi qu'une suite devers à terminaison féminine donne en poésie une mollesse très grande et convient à certains sujets, et qu'au

contraire une série en rimes féminines leur communique une grande énergie.

Il en est de même en ce qui concerne la structure intérieure des vers ; lorsque le sujet exige qu'ils soient très doux, on accumule certaines voyelles, l'a par exemple.

L'amour a pour mon âme un charme sans pareil.

Si, au contraire, on veut rendre un sentiment de tristesse et de compassion on doit répéter 17.

Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire.

Le procédé ainsi porté à son extrême devient d'ailleurs de l'harmonie imitative.

Pour les sentiments tendres il suffira d'accumuler des sons très doux.

Au contraire, des sentiments énergiques, sans exiger la rudesse cacophonique, demanderont des consonnes plus accumulées, des voyelles moins ouvertes.

6). — Influence de la poésie sur le rythme par rupture de leuphonie.

Parfois le sentiment et le rythme entrent en lutte. Il faut produire des effets très énergiques et l'euphonie du vers s'y refuse. Qui doit sortir vainqueur ? la pensée. Le rythme sera altéré ; par cela même, eile ressortira davantage C'est surtout par l'emploi en latin des élisions, en français de certains hiatus permis par la versification classique, que cet effet peut être obtenu.

En latin, il n'y a pas d'hiatus ; on élide à la fin d'un mot, lorsque le suivant commence par une voyelle, non seulement une voyelle finale, mais une syllabe nasale tout entière. Cette élision est permise, mais si elle s'accumule avec d'autres, le rythme normal se trouve altéré, parce que l'élision opérée laisse toujours une trace d'hiatus. Hé bien ! cette altération sert précisément à produire certains effets poétiques, et est un instrument d'onomatopée.

Un vers célèbre a employé les élisions multiples à produire cet effet.

Monstrum horrendam, informe, ingens, cui lumen ademptum. Ces élisions expriment la difformité du monstre.

111/ m ter sese multa vi brac/iia tollunt... Cornuaque obnix/ infigunt, et sanguine largo Colla armosque lavant. (V.)

Si le poète latin veut rendre l'effet plus puissant, il omet l'élision et crée le véritable hiatus.

Ter sunt conati /mponere Pelio Ossam. . . . Stant et Juniper/ et castaneœ âirsutœ.

Ce double hiatus peint l'aspérité des baugues de châtaignes.

Dans le vers français l'élision ne se faisant que d'une voyelle muette ne peut avoir cet effet, mais il en est autrement de l'hiatus permis et aussi de l'hiatus défendu.

Voici les effets du premier ; on sait que les hiatus permis sont assez nombreux ; ils le sont d'abord quand le mot suivant commence par une h aspirée

Des coursiers attentifs le crin s'est, hériss<\ (Rac).

Après bien du travail le coche arrive au haut. (La Font.)

Le chardon importun hérisse nos guérets. (Boil.).

L'hiatus défendu devrait précisément être permis pour obtenir certains effets.

Il cria au secours, il était haletant, On entra on le vit levé et combattant ; Une main essayait crispée en son étreinte D'arrêter son hoquet et d'étouffer sa plainte.

Il en est de même des sons durs qui quelquefois conviennent particulièrement au sujet, ou de la succession de plusieurs accents ou des autres cas proscrits.

J'aime mieux les voir morts que couverts d'infamie (Cor.).

Le sang de vos rois crie et n'est pas écouté. Rac).

Ce procédé appelle l'attention.

Les longs mugissement:; font trembler le rivage.

Ce long mot ordinairement proscrit indique le bruit prolongé.

J'ai cru d'Europe en pleurs entendre gémir l'ombre. (Gréb.

L'accumulation des doubles consonnes et des r indique la puissance.

Venir, voir, vaincre, abattre un ennemi vainqueur. . (Chénier). Ce bruit qui parfois tombe, et parfois récommence.

Cette répétion de IV indique la reprise du mouvement.

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