‹ Des principes de la versification françaiseChapitre 46 sur 97 · B. — DU POÈME ARTICULÉ LEXICOLOGIQUE · texte numérisé non relu

B. — DU POÈME ARTICULÉ LEXICOLOGIQUE

Comme le précédent, ce poème peut être à parties non différenciées ou à parties différenciées.

a) A parties non différenciées

Ce poème peut être formé de vers par l'intermédiaire de strophes, ou directement.

formation par l'intermédiaire de strophes.

Nous avons défini : poème lexicologique, celui dont l'existence se constitue par la répétition non des mêmes sons, mais des mêmes mots entiers.

Un mode de réalisation peu connu est celui qui consiste à placer le même mot en clausule à la fin de chaque strophe.

Le lion bondit et ravage, Le loup voyage sans collier, L*ours mal léché reste sauvage, L'éléphant n'a pu se plier, Mais voici le fier et sage, Le sanglier !

Taciturne et sombre est la bête, Pas un ami dans le hallier, Et le chasseur seul lui fait fête Avec le chien, son familier, Quand à l'homme, à meute tient tète Le sanglier !

La répétition du mot : le sanglier, double sa force par celle d'une rime semblable qu'elle implique.

La ritournelle suit à peu près le même système, seulement le mot à répétition est placé au commencement de chaque stance.

La ritournelle.

Elle tourne toujours et n'est jamais nouvelle C'est le même destin qui tient la manivelle.

La ritournelle.

La note la première est claire encore et belle Fuis le son devient dur et la gamme rebelle, etc.

Formation directe.

Elle existe dans le ghazal, celui où de deux en deux vers on doit retrouver non seulement le même time, mais le même mot.

Le bonheur vient, s'en va, comme vient, va l'oiseau;

Le malheur plus longtemps, comme un nocturne oiseau,

Sur l'âme s'attristant tournoie, entre et demeure ;

L'amour un seul matin, comme un petit oiseau,

Se place dans un coin près du cœuret s'y couvre,

Et la plume poussée, au loin, en grand oiseau

Pour ne plus revenir, il a secoué l'aile,

Nous restons seuls à terre, attendant qu'un oiseau

Vienne, envoyé de Dieu, sur nous une minute.

b) — A parties différenciées.

Nous allons retrouver ici le système triadique La première réalisation est dans le rondeau.

Strophe.

Maman, ce n'est pas même nom que mère. L'enfant l'a trouvé dans sa plainte amère, L'enfant l'a clamé dans son cri joyeux, Il lui part des mains, il lui sort des yeux. Plus beau que papa, bien plus doux que père.

Epode.

Il dure le temps de vie éphémère,

Le garçon grandi voudrait bien le taire,

Dans le noir chagrin, il crie encore mieux

Maman ':

Antistrophe.

L'épouse est venue, on n'a plus que faire De ce nom si vieux ; on le laisse à terre , Nous voici partis soudain pour les deux. Bonjour les petits, bonsoir les aïeux!. . . Mais je redescends le cœur solitaire.

Maman !

Il faut remarquer cette disposition particulière que l'épode se trouve intercalée entre la strophe et l'antistrophe.

Un autre poème ne contient pas de strophe d'antistrophe et d'épode, il n'est pas triadique, mais il est à parties différenciées en ce sens que chacune des stances diffère de la précédente par ['ordre des rimes ; ilconstitue un tout, parce que c'est la dernière stance qui doit résoudre toutes les autres. Enfin il est lexicologique, en ce sens que les rimes consistent en des mots entiers. C'est la sextine.

Un exemple est nécessaire pour faire connaître ce procédé, quoique ce petit poème soit maintenant bien connu.

L'oiseau.

Le cœur aime en tout temps, le cœur aime à tout âge, Quand le regard fleurit sous un rayon divin, Lorsque la beauté bonne est belle davantage, Du bien c'est le bonheur qui reste en héritage. Le baiser plus léger ne fut qu'un baiser vain, C'est ta bonté qui fit que mon amour te vint.

L'oiseau sans le savoir un jour sous mon toit vint,

Il axait dans le ciel passé tout son âge,

De sa riche couleur très joyeux et très vain,

Il était tout trempé du feuillage divin ;

La rosée, il l'avait cueillie en héritage,

Je le pris, il ne put en cueillir davantage.

11 chantait, prisonnier il chante davantage,

Aux barreaux de sa cage à mon appel il vint

Et Dieu m'avait donné ce jour en héritage

La couleur et le chant, qu'il prête d'âge en âge,

Alors je reconnus son sourire divin,

Sans quoi la joie est triste et le trésor est vain.

Les mêmes mots forment rime dans chaque strophe, mais la disposition en est différente. Dans la seconde on prendra d'abord la rime du 6e vers de la précédente, puis celle du i ", plus celle du 5% puis celle du 2°. Dans un ordre voulu, dans la 3e strophe, on agit de la même manière vis-à-vis de la 2e. Ce que nous avons à retenir ici, c'est que partout la rime se compose d'un mot entier, que la strophe est lexicologique, et que d'autre part les stances se relient les unes aux autres par l'ordre des rimes et la répétition des mêmes.

Ce qui constitue l'unité poématique, c'est la dernière s tance, formant véritable épode ; elle ne se compose que de trois vers au lieu de six, et ces trois comprennent toutes les rimes lexicologiques comprises dans les six autres.

En tout âge l'amour est le bonheur divin Davantage il est bon quand pour tout héritage Du vain orgueil l'ennui d'avoir vécu nous vint.

Dans un sens, ce poème est donc à parties différenciées ; il contient un nombre indéfini de strophes et d'antistrophes suivies d'une épode.

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