‹ Des principes de la versification françaiseChapitre 54 sur 97 · B. - EFFET POÉTIQUE · texte numérisé non relu

B. - EFFET POÉTIQUE

Il serait trop long de décrire l'effet poétique qu'on peut tirer de la direction du mouvement rythmique. Le moins sensible est celui qui résulte du rythme ascendant et du rythme descendant ; cependant le second est beaucoup plus doux et exprime mieux les sentiments de cette nature. On peut s'en convaincre en français par l'emploi de la terminaison masculine qui est en mouvement ascendant et de la terminaison féminine qui est en mouvement descendant et termine, pour ainsi dire, le vers en pente. Si le vers masculin est entièrement éliminé, il en résulte une douceur constante.

L'effet produit par le mouvement progressif, régressif et rotatoire est encore plus énergique. La versification française tout entière et aussi le charme poétique de toutes les versifications modernes sont fondés sur la rime, or la rime, même plate, n'est que le retour du même son. Le

sentiment aussi aime le retour, le souvenir vit de passé plus que d'avenir et même de présent trouve un charme particulier dans la répétition par la pensée de ce qui a été vécu par l'action ; c'est cette morosité sublime qui domine l'art. Si la rime devient psychologique, 1 effet s'accentue, ce n'est plus seulement le son, mais la pensée elle-même qui revient, qui frappe sans cesse, de là une sorte de suggestion poétique qui attire. Que si ce n'est pas la strophe seule, mais le poème entier qui est ainsi réglé, le charme augmente. Mais aussi il faut que l'idée, que la pensée ainsi mises en vedette, soient supérieures ; si elles sont au niveau du reste ou au-dessous, l'effet est perdu, il devient contraire, tout se trouve déprimé, les points symétriques doivent être des sommets. Ces mots, ces pensées, sont placés ordinairement à la fin de la strophe, en gradation. La gradation est la loi de la poésie, comme de la prose, la marche y est ascendante.

Le mouvement, soit dans son intensité, soit dans sa direction, domine la rythmique, comme le monde physique : c'est lui qui soulève le vers, l'anime, le rend plus léger, c'en est le souffle et lame, l'élément le plus immatériel. Jusqu'à présent, que nous sachions, son rôle dans notre versification n'avait pas été mis. en lumière.

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