LA GRÈCE
Rime croisée.
Trois mille ans ont passé sans te vieillir, ma mère Eternellement jeune au sourire d'Hèbè, Ta vie, ah .' n'était pas, comme la nôtre, amer? Les tristesses du Nord sur toi n'ont point tombé
Rime répétée.
L'enfant se berce à ton Homère :
Il croit qu'un conte de sa mère, Pour chasser l'insomnie amère, Chuchote sur son petit lit ; Dans les moments ou tout poète Sommeillant un peu se répète, Comme dans la chanson complète, Il croit qu'un refrain l'endormiU
La répétition trois fois de la même rime donne à sa sonorité une plus grande intensité, plus de morosité, une disposition d'alternance moins régulière, une harmonie différée.
d). — De la parité ou de l'imparité du dessin rythmique.
Lorsque deux vers se suivent et surtout lorsqu'ils riment ensemble, on ne peut envisager l'un, en faisant totale abstraction de l'autre, il faut ne pas détruire le lien. Nous avons établi que certains vers sont catalectiques ou brachy-catalectiques de l'autre, par exemple, celui de neuf de celui de dix, celui de onze de celui de douze, ce n'est pas tout : le vers de huit est brachy-catalectique de celui de dix, et celui de dix de celui de douze, de même qu'en latin le pentamètre était brachy-catalectique de l'hexamètre. Normalement nous supposons que les deux vers dont l'un est catalectique ou brachy-catalectique de l'autre fee suivent et riment ensemble, ils forment alors un distique, comme en latin le distique élégiaque se forme de l'hexamètre et du pentamètre réunis en couple.
Il se constitue alors un distique hétérométrique.
Il n'est pas même nécessaire que le second vers soit catalectique ou brachy-catalectique du premier, il suffit qu'il puisse en être considéré comme une réduction.
Vous qui ni aiderez dans mon agonie,
Ne me dites rien ; Faites que j'entende un peu d'harmonie.
Et je mourrai bien. (Sully Prudhomme).
Ici le second vers est le premier réduit de moitié.
e). — Du brisement de l'alternance régulière entre les fins de vers masculines et féminines.
Nous disons à dessein fin de vers, parce que c'est improprement qu'on parle de rimes masculines ou féminines, cette qualification ne concerne pas la rime elle-même. Les fins de vers se terminant ou ne se terminant pas par un e muet pourraient se produire sans ordre voulu et il en était ainsi dans la vieille versification française, mais aujourd hui la règle de l'alternance est établie. Elle forme par ellemême un balancement de rythme spécial. Deux vers ont le nombre
exact de syllabes voulu par leur espèce et riment ensemble ; puis les deux vers suivants ont ce nombre, plus la valeur de le muet ; puis on revient aux vers sans e muet ; toujours par couples ; quelquefois les couples se croisent et on a alors un vers masculin après un vers féminin. D où les deux formules M + M -\- F -f- F, ou M -\- F -f- F -j-M. Les deux vers de même nom doivent toujours rimer ensemble. De cette manière le couple M -|- M. n'égale pas le couple F + F quant au temps et au nombre de syllabes, mais le groupe M -f- M -f- F -f F égalera dans son ensemble le groupe suivant M -f- M-f-F-f- F. Ce qu'il faut alors considérer, c'est le groupe composé de quatre vers vis-à-vis de tout autre.
Mais ce groupe peut être altéré et subir dans son ensemble une catalexe ou une hyper catalexe. Le premier résultat se produit quand on constitue le groupe avec M + M -(- M -f- M, c'est-à-dire quand on ne le compose que de vers masculins, le second résultat se produit dans la formule F -{- F -(- F -f- F, quand on ne le compose que de vers féminins Il en est de même, à plus forte raison, quand une pièce entière n'est composée que de rimes masculines ou de rimes féminines.
Ce n'est qu'en ces derniers temps qu'on a recherché cette altération du rythme, réalisant dans l'ensemble une catalexe ou une hypercatalexe, comme on obtient certaines variétés de fleurs par l'altération du type. L'effet sentimental est très grand. La rime masculine, seule employée, donne au vers une grande énergie, et la rime féminine une grande douceur.
Chateaudun ! qui vois des bourreaux
Où furent des cœurs de lion.
Tu nous parais, nid de héros,
Plus sublime qu'une Won. (Banville).
Elle dit la voix reconnue,
Que la bonté c'est notre vie,
Que de la haine et de ï envie
Rien ne reste, la mort venue. (Verlaine).