CHAPITRE XXIX DES ORIGINES DU VERS FRANÇAIS
Nous devons en terminant répondre à cette question difficile et non encore réso'ue de savoir quelles ont été les origines du vers français, ou plutôt des vers français, car il est possible et même probable à priori que plusieurs d'entre eux aient eu des origines différentes. Entre la versification latine et la versification française, il semble qu'il y ait eu solution de continuité, tandis que cette solution ne se fait pas sentir entre les deux langues. La plus grande partie des mots du français et de ses formes grammaticales dérivent du latin ; on peut en suivre les transformations successives et même ces transformations peuvent se grouper sous certaines lois. Cette régulière évolution ne se rencontre plus d'une versification à l'autre, et l'on est d'autant plus dérouté que le rythme dans son ensemble suit un régulateur différent ; en latin, la quantité, quelquefois seulement le comput, s'appliquent, réglant tout ; en français, c'est le comput aidé de l'accent. L'accent lui-même ne remplace pas exactement la quantité, il apparaît à des intervalles plus éloignés, et ne donne pas la même alternance perpétuelle. Enfin un élément entièrement nouveau est introduit : la rime.
Aussi la recherche des origines n'a-t-elle pas produit de grands résultats et le genèse reste obscure. Nous allons à notre tour apporter notre contribution à cette recherche.
Les investigations ont eu suivant nous un champ trop peu étendu. Comme elles ont été entreprises par des philologues, ceux-ci se sont préoccupés trop exclusivement d'une seule sorte de vers, le décasyllabe, celui qui était le plus usité à l'origine. Us ont cru d'ailleurs par là trouver plus facilement la vérité, n'est-ce pas le plus ancien vers français qui doit se rapprocher le plus du vers latin et donner ainsi la
clef du problème ? Et cette genèse trouvée, tout le développement ultérieur s'expliquera. Cela serait vrai, si tous les vers avaient la même origine, si les plus récents dérivaient des plus anciens, mais il en est autrement, comme nous espérons le démontrer. On n'a recherché l'origine ni de l'octosyllabe, ni de l'alexandrin, commettant ainsi pour le premier une faute, même au point de vue adopté, puisque l'octosyllabe est probablement antérieur au décasyllabe lui-même.
Quoi qu'il en soit, nous devons, avant d'exposer le système qui nous est proposé, énoncer ceux qui ont été mis en avant, avec mention que la recherche n'a sérieusement porté que sur le décasyllabe. Celui-ci est, en effet, sinon le seul ancien, au moins, un des plus anciens de nos vers, ce fut pendant longtemps le vers épique par excellence. Si l'alexandrin l'a détrôné, tellement qu'il soit devenu un vers exceptionnel et qu'il ait même perdu sa formule ancienne, il est resté dans d'autres pays romans, en Italie, en Espagne, levers de droit commun et n'y a été supplanté par aucun autre.
Ce n'est pas sur notre terroir même, mais dans la langue latine que l'origine du décasyllabe a été recherchée II s'agit, bien entendu, non de tout décasyllabe, et surtout pas celui de la formule 5 — |— 5 avec deux hémistiches égaux décasyllabe tout contemporain et qui n'a rien à voir avec l'histoire, mais du décasyllabe classique de la formule 4 + 6 où les deux hémistiches sont inégaux et qui apparaît seul dans tous nos anciens poèmes ; si nous étions en Italie, il s'agirait aussi du décasyllabe suivant la formule 6 -f- 4, là plus usité que l'autre, et dont les hémistiches sont inégaux, mais d'une manière inverse.
Cette inégalité des hémistiches doit tout d'abord frapper l'esprit et l'oreille ; elle n'est pas naturelle. Le vers se divise spontanément, lorsqu'il vient de la prose, en deux parties égales, se correspondant, c'est la réalisation de la loi générale de symétrie, c'est ainsi que le vers se donne une constitution intérieure, et qu'il peut exister indépendammentdelarime etdela formationd'un distique. Lorsque les hémistiches sont inégaux, cela nous met sur la trace de ce fait que ce vers n'est pas un produit spontané, mais une transformation d'un vers antérieur, dans lequel probablement la symétrie exacte existait. Le décasyllabe doit donc avoir une origine latine.
Mais cette origine doit-on la chercher dans la versification lettrée, celle de l'hexamètre, celle de l'iambe, où le rythme se réglait par la qualité, ou dans la versification populaire, le vers saturnien, par exemple, ou un vers analogue, où le rythme se réglait par l'accent ?
Il semble tout d'abord que l'origine d'un vers accentuel doit se découvrir dans un autre vers accentuel et non dans un vers quantitatif, et d'autre part que le vers français, qui a dû être populaire avant d'être lettré, a dû se puiser plutôt dans un vers populaire. Aussi tout conclut a priori à cette origine.
Mais ce système a été abandonné. C'est, en effet, la poésie latine lettrée, et non la poésie populaire, qui a exercé son influence sur celle des peuples romans, de même que c'est la prose latine lettrée qui a influé sur la prose. D'ailleurs, c'est par l'intermédiaire des chants sacrés que le rythme a été sans doute transmis, et ces chants qui emploient souvent le rythme accentuel imitent dans ce rythme le rythme lettré, quoique quantitatif, des Romains. C'est le comput syllabique, lequel est régulier dans certains vers latins, qui a servi de terrain commun et qui a comblé la distance entre l'accent et la quantité.
Il s'agissait dès lors de savoir lequel des vers latins le décasyllabe avait pu reproduire. C'était sans doute un de ceux qui étaient le plus usités et qui avaient frappé le plus vivement l'imagination. Mais c'était peut-être aussi celui qui répondait le mieux à l'absence de quantité du français et fournissait l'isosyllabie. Au premier point de vue, l'hexamètre l'emportait; au second, c'étaient les diverses sortes de vers iambiques. Ceux-ci, d'ailleurs, employés seuls au théâtre, reproduisaient plus fidèlement le langage familier des romains. Le concours était ouvert.
Presque tous les auteurs se déclarèrent en faveur du vers à nombre fixe de syllabes. Les variations des nombres des syllabes dans l'hexamètre semblaient le rendre incompatible avec le vers français. Mais, quand il fallut choisir entre les différents vers iambiques, la dissidence fut grande.
Le décasyllabe suivant L. Gautier, ten Brinck et Bartsch imite le dactylique tétramètre hypercatalectique, par exemple
Quam cuperem tamen ante necem, Si potis est, revocare taam-
Dans ces vers il y a bien césure après la 4* syllabe ; d'autre part, le premier hémistiche est de 4 syllabes et le second de 6, comme dans le décasyllabe ; il semble donc qu'il y ait identité parfaite. Mais précisément, comme pour l'étymologie des mots, ce n'est pas la similitude complète apparente qui est la preuve de la parenté réelle, au contraire; car en passant d'une langue à l'autre, les rythmes, comme les mots,
doivent se modifier. En effet, deux objections graves peuvent être soulevées. Tout d'abord, la formule syllabique précédente 4 + 6 n'est exacte que quand le vers devient rigoureusement dactylique, or le dactyle peut y être remplacé par son équivalent, le spondée, et alors il n'y a plus d'égalité de comput. D'autre part, le vers latin, de même que le langage latin, en passant au vers et au langage français, doivent subir une contraction ; si le nombre des syllabes, par exemple, est de douze en latin, il ne doit plus être que de dix en français ; s'il était de dix, il doit devenir de huit, d'autant plus que dans le passage du quantitatif à l'accentuel, la syllabe atone qui suit l'accentuée doit tomber. La réalité est donc loin d'être conforme à l'apparence.
Le vers saphique fut proposé par Littré et Quicherat.
Est mihi nonum superanlis annum...
Plenus Albani cadus est in horto .
Dans ce cas, l'objection ci-dessus n'existerait pas. il y aurait la contraction de rythme voulue; en effet, à l'hémistiche tomberait la syllabe qui suit la syllabe accentuée, d'où l'on aurait
Est mihi non (um) — superantis annum.
Ce qui réaliserait la formule 4 -f- 6, mais pour la même raison la syllabe de la fin du vers tomberait aussi, ce qui réduirait le second némistiche à 5, et le tout à 4 -f 5 = 9 et noQ io. D'ailleurs, le vers saphique isolé est une abstraction, il n'existe pas sans le vers clausule ni en dehors delà strophe saphique.
Le trimètre iambique ^cette fois il s'agit de l'ïambe) a été proposé par Benlœw.
Phasèlus ille quèm vidètis hospités.
Le nombre des syllabes est de 12 au lieu de 10, mais par là précisément on obéit à la loi de l'abréviation du rythme et on échappe à l'objection précédente; les 12 se trouvent réduites à 10 par la chute des deux voyelles posttoniques situées au repos.
Phasèlus il Clej — quem videtis hospi (tes).
Mais ce n'est pas la syllabe finale seule qui doit tomber, mais aussi ia pénultième posttonique ; d'où
Phasèlus il fie) — quem videtis hos f piles J.
comme dans le vers sdrucciolo italien, d où un nombre insuffisant de 9 syllabes.
In autre système s'est produit, c'est celui de l'imitation du trimètre iambique scazon.
Baiana nostri, Basse, villa Faastini.
Avec la chute des syllabes posttoniques, on obtient Baiana nos (tri) — Basse villa Fausti (ni).
et on échappe ainsi aux objections ci dessus, la contraction régulière donne strictement 10 syllabes.
D'ailleurs, les vers suivants de l'Alexandre cadrent exactement
Post conversa (runt) — insimul longa me'n (te). (Alex. ï\). Magis dolo (rem) — non possant oblita (re). i>
dérivant du scazon penthémimère.
Et
Domna sancta Mari (a) — vos m' ind' ajtà (tis). (AiOL, I9ÎI).
dérivant du scazon hephthémimère.
Aussi l'objection est-elle d'un autre ordre : le scazon, rythme rare, ne fait pas partie des rythmes latins usités au moyen-âge, il y aurait lacune dans l'évolution.
C'est alors que les regards se sont tournés d'un autre côté, de celui de l'hexamètre. Il est vrai qu'une objection insurmontable semble s'élever tout d'abord, c'est l'absence d'un nombre fixe de syllabes, le dactyle et le spondée s'équivalant.Mais on a, pour la combattre, invoqué un vers hexamètre théorique dans lequel tous les pieds seraient des spondées. Alors le nombre des syllabes serait de douze. Mais la 5e syllabe du premier hémistiche étant atone doit tomber, et il en est de même de la 7e du second, ce qui réduit le nombre de 12 à 10, résultat de la loi générale de contraction du rythme. En outre, le premier hémistiche français correspond bien au premier hémistiche latin dans la césure penthémimère. Ce système a été proposé par Thurneysen. Vixi et quem jus (sit) — cursum fortuna expie (vi) .
vers très mauvais tiré de :
Vixi et quem dederat cursum fortuna peregi. (Virgile i.
mais que nous donnons par la démonstration.
On voit que ce vers fournit exactement la formule 'a -\- 6.
On obtient de même la formule 6 -(- 4 du déca-syllabe en imitant la césure hephthémimère, ce qui est une preuve de plus.
Sternitur omne solum te (lis) — sonuere cavernae.
en ayant soin de substituer partout des spondées avec dactyle.
Ainsi s'expliquerait ce fait singulier que les deux hémistiches du décasyllabe sont inégaux et que c'est tantôt le premier, tantôt le second, qui est le plus étendu, donnant ainsi la double formule 4 + 6 et 6 -f- 4, à l'exclusion de celle qui semblerait naturelle : 5 -f- 6.
Mais une objection péremptoire semble contredire, on a pris pour base un vers classique, l'hexamètre composé uniquement de spondées qui n'existe pas, tellement qu'il a fallu supprimer le dactyle obligatoire du cinquième pied.
Tous ces systèmes exclusifs ont donc échoué , cependant il en reste cette impression que le décasyllabe français est bien coupé à la fois comme l'hexamètre latin et comme d'autres vers latins à nombre fixe de syllabes, et que, comme eux, il se divise en deux parties inégales, la seconde généralement plus longue que la première, que cette physionomie indique un vers dérivé du latin et non pas né spontanément sur le sol français.
Quant au vers de douze syllabes, l'alexandrin, on n'a pas cherché à le faire dériver du vers latin ; en vertu de la règle de la contraction, en passant d'une langue dans l'autre, il eût fallu supposer un vers latin à nombre syllabique fixe d'au moins quinze syllabes.
11 en a été de même du vers de huit syllabes. Les recherches se sont bornées au décasyllabe.
Cependant on a prétendu pour le vers de douze syllabes qu'il était une intégration hystérogène du vers de dix, par cet instinct qui pousse à l'isométrie des deux hémistiches ; ce serait le premier qu'on aurait intégré pour l'égaler au second. Il est certain que ce besoin de balancement exact entre les hémistiches est réel. Lorsque très tardivement le vers de neuf syllabes est né, on l'a composé de trois hémistiches égaux de trois syllabes chacun. Mais l'intégration pour ce motif d'un vers déjà formé et très usité est invraisemblable. L'octosyllabe pourrait être dérivé de la même manière du décasyllabe, en retranchant deux syllabes au deuxième hémistiche et en égalisant ainsi les deux. Une raison historique s'y oppose ; l'octosyllabe semble être aussi ancien que le décasyllabe.
L'origine du vers français reste donc encore à découvrir.
Voici cependant quel aurait été suivant nous le processus.
Lorsqu'un poète ou un littérateur commence à produire, il imite presque toujours, quelque génial qu'il doive devenir : ce n'est que plus tard et après avoir avoir assoupli son talent, qu il deviendra original. Il en est de même des peuples ; lorsqu'à l'aide d'un degré de civilisation suffisant, ils cultivent les arts, notamment la poésb, ils se servent d'abord des matériaux transmis par leurs prédécesseurs: formes et idées, ce n'est que plus tard quils révèlent leur génie propre et qu'ils emploient aussi leurs propres instruments; leurs premières forces sont souvent médiocres, tant en la forme qu'au fond; il suffit, pour s'en convaincre, de lire les anciens romans français en vers, d'une grande banalité et souvent d'une absolue platitude. 11 est donc à priori probable que le poète emploie d'abord les rythmes légués par les langues anciennes, quand il s'agit de langues qui ont été les génératrices de la sienne, et que ce n'est que plus tard qu'il se formera un autre rythme, naturel cette fois.
C'est ce qui a eu lieu, en effet, dans le vieux français, et ce qui le prouve matériellement c'est précisément ces formules 4 -f- 6 ou 6— 4 du décasyllabe qui n'auraient pu apparaître autrement, car la c »upe inégale n'est pas naturelle.
Mais parallèlement se sont développés d'autres rythmes plus naturels, cette fois bien français, ne dérivant pas d'une autre langue, mais puisés dans le fond propre. Ce sont l'octosyllabe et l'alexandrin qui ne dérivent nullement du décasyllabe, mais se posent en rivaux Oès que leur croissance a été suffisante, ils ont permis de restituer au latin l'emprunt primitif, et ils se sont entièrement substitués au décasyllabe qui a presque partout disparu. L'octosyllabe l'a remplacé dans la poésie lyrique et l'alexandrin dans la poésie épique et dramaliq'ue.
Il faudrait donc nettement distinguer i° le vers venu du latin, le décasyllabe, 2" les vers nés du fond français, l'octosyllabe et l'alexandrin, et la base de celui-ci. comme nous le verrons, le vers de six syllabes.
Ce n'est pas tout. Il existe, en outre, à côté de ces mètres primitifs, des mètres dérivés. Ceux-ci sont nés par catalexe des premiers. Nous avons déjà expliqué cette genèse, nous ne faisons que la rappeler ici. Le vers de huit syllabes, en en retranchant une. a produit celui de sept qui , à l'origine s'obtint par l'abrègement du second hémistiche ; le vers de six syllabes a donné de la même manière le vers de cinq; enfin le vers de dix syllabes catalectique est devenu celui de neuf ; d'autre part, le décasyllabe suivant sa troisième formule 5 + 5 e?t
un vers tardif, bicatalectique de celui de douze, il y a une catalexe à chaque hémistiche.
11 ne faut pas croire que cette succession chronologique soit absolue. Sans doute, les vers nés par catalexe sont postérieurs aux autres. Sans doute, l'alexandrin a paru seulement après le décasyllabe. Mais il semble qu'il y ait apparition simultanée du décasyllabe, rythme imité, et de l'octosyllabe, rythme indigène ; il est probable aussi que dans les chansons populaires le vers de six syllabes vivait déjà.
Le classement et l'ordre d'évolution seraient donc les suivants :
i° Rythme dérivé du rythme latin : le décasyllabe.
a0 Rythme dérivé du fond populaire français : le tétra-syllabe, l'hexasyllabe.
3° Rythme dérivé du tetra-syllabe, l'octosyllabe.
\° Rythme dérivé de l'hexasyllabe : l'alexandrin.
ô° Rythme dérivé des vers normaux : les vers anormaux et catalectiques de neuf, de sept, de cinq syllabes.
6° Rythmes exclus dans le présent et qui pourraient devenir usités, les versd'un nombre de syllabes supérieur à celui de l'alexandrin.
PREMIER GROUPE Le décasyllabe.
L'origine nous en semble bien latine, et la dérivation n'a pu se faire que par contraction; il faut donc supposer un vers lalin de plus de dix syllabes, probablement de douze.
Ces vers sont fréquents , l'hexamètre en possède douze si l'on convertit tous les dactyles en spondées, autrement, davantage; nous avons vu de nombreux vers iambiques de douze, le sénaire en possède juste ce nombre ; si l'on retranche de chaque hémistiche une syllabe finale atone, il en reste juste dix. Le trimètre,le létramètre iambiques peuvent se transformer de la même manière et il en résulte, comme en français, un premier hémistiche plus court que le second. Cette identité est plus sensible dans les vers à nombre égal de syllabes. Ils ont servi de modèle par l'intermédiaire de l'hymnologie; du reste, des altérations d'accentuation et de quantité ont pu favoriser la transition.
Nous pensons que le décasyllabe français a été le résultat de l'imitation instinctive de l'ensemble des vers latins, surtout de ceux où règne l'isosyllabie, c'est-à-dire des vers strophiques et des vers iambiques gans résolution. Mais 1 influence de l'hexamètre n'a pas été
nulle, car dans l'hexamètre la coupure a lieu après la valeur de quatre longues dont ordinairement la dernière accentuée et après une syllabe posttonique destinée à tomber en français. Il suffit, en ne perdant pas ce dernier point de vue, de scander le premier hémistiche d'un hexamètre latin pour constater cette identité.
Cette origine explique la priorité du décasyllabe, sa longue persistance, sa disparition, et l'adoption par lui de la formule k -\- G, à l'exclusion de celle o-j-5. Il faut ajouter qu'en Italie domine la formule 6 + 4 qui correspond à la césure hephthémimère de l'hexamètre et de l'ïambe.
DEUXIÈME GROUPE Le rvtiime populaire français.
Deux vers se partagent ce groupe : le tétrasyllabe. l'hexasyllabe.
Si nous consultons des rythmiques primitives, la métrique védique, la métrique chinoise, nous trouvons que les vers primitifs et populaires sont extrêmement courts, en général, de quatre syllabes, aussi de six, mais ne dépassant pas ce dernier nombre; seulement, et le chinois nous en fournit un curieux exemple, les vers impairs ne riment pas. La pensée et l'haleine sont courtes, les phrases entrêmement réduites, on ne parle que par quelques petites incises. Ce qui sera plus tard un vers avec deux hémistiches forme un distique.
En vieux français et dans la poésie populaire, nous rencontrons peu devers de quatre syllabes, et à ce point de vue, nous l'avouons, il existe une lacune dans le processus, mais l'hexasyllabe est, au contraire, très fréquent, et on peut dire qu'il fait le fond de toute la poésie. Il suffit de consulter un recueil, sans doute, l'octosyllabe y figurera, mais les chansons les plus ancienne* et les plus répandues sont en hexasyllabes ; on ne rime que d'un vers l'un. Nous en avons cité plusieurs strophes au chapitre de la poésie populaire.
Par un soir à la brune Allant m'y promener.
Par la grand' rue je passe.
J'y vois une clarté.
Voilà le rythme du vers français naturel et indigène. Cette plante grandit et étouffa le décasyllabe.