TROISIÈME CROUPE
Les rythmes dérivés des vers primitifs français: l'octosyllabe, l'alexandrin.
Le système est le même pour les deux, c'est pour cela que nous les réunissons, mais l'un est de beaucoup antérieur à l'autre; l'octosyllabe a rivalisé avec le décasyllabe ; l'alexandrin naquit plus tard.
Le système commun est la réunion de deux petits vers en un seul grand, de manière à ce que le premier devienne un simple hémistiche du second : le point de suture forme la césure.
C'est ainsi que l'octosyllabe est la réunion en un seul de deux vers de quatre syllabes chacun. Cela semble inexact au premier abord, puisque l'octosyllabe n'est pas césure. Mais, s'il ne l'est plus, il l'était à l'origine d'une manière très régulière. Tous les anciens vers écrits dans ce rythme étaient coupés après la quatrième syllabe. Ce fait est décisif, ce n'est que lentement que la césure a disparu, que l'unification s'est accomplie, et enfin la trace de la césure ne peut plus être retrouvée. Le vers y a gagné en variété, mais y a perdu en balancement rythmique.
Tous les oiseaux Sont dans leurs nids.
Dans leurs berceaux Tous 1rs petits.
Voilà le véritable tetrasyllabe, dont chaque vers rime
Tous les oiseaux Sont dans leurs nids ; Près de maman Tous les petits.
Voilà la tetrasyllabe dans sa forme ancienne sans rime pour les vers impairs.
Il suflit donc d'un artifice graphique pour en faire deux octosyllabes.
Tout les oiseaux — sont dans leurs nids, l'res de maman — tous les petits.
La suture se cicatrise et il n*y a plus de césure médiane, l'octosyllabe a perdu la trace de son origine.
Les oiseaux étaient dans leurs nids Et près des mamans les petils.
Tel a été la marche évolutive.
Elle a été la même de l'hexasyllabe à L'alexandrin.
L'hexasyllabe, si fréquent dans la poésie populaire, n'y rime aussi que d'un vers l'un, il suffit d'en réunir deux pour obtenir le vers de douze syllabes.
Voici le véritable hexasyllabe, celui où chaque vers rime.
Ah ! bien loin de la voie Où marche le pêcheur, Enfant garde ta joie.
Lys, garde ta blancheur.
Il suffit de supprimer la rime au troisième vers pour avoir le système de la poésie populaire.
Ah ! bien loin de la voie Où marche le pécheur.
Enfant garde ta grave.
Lys garde ta blancheur.
Qu'il est facile de convertir en alexandrin.
Ah !| bien]loin|de(la voie où [marche lel pécheur. Enjfanj gaude Jtai grâcelet/gameita/blaiVcheur.
C est ainsi, croyons-nous, que s'est faite l'évolution.
Nous en avons une preuve mécanique: c'est la chute de la syllabe atone à l'hémistiche, comme à la fin du vers
L'octosyllabe et l'alexandrin sont restés les vers définitifs de la poésie française ; le premier règne dans la poésie lyrique, le second dans la poésie épique et dramatique.