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CHAPITRE II

MÉTHODES COLORIMÉTRIQUES

GÉNÉRALITÉS. — Les méthodes colorimétriques sont fondées sur ce principe vérifié par l’expérience, que si deux solutions examinées dans des conditions identiques d’épaisseur et d’éclairement, présentent la même intensité de coloration, leur richesse en matière colorante estla même. D’une manière plus générale, on peut dire que deux solutions qui, dans les mêmes conditions, présentent un même effet optique déterminé, contiennent des quantités égales de matière colorante.

L’œil ne peut percevoir de faibles différences dans les colorations, lorsque celles-ci sont intenses. Il faut donc, dans le cas particulier, étendre le sang dans des proportions connues. En second lieu, il faut distinguer, comme le fait remarquer M. Malassez, la qualité de ton et la valeur de lon. «Un rouge, par exemple, peut être plus ou moins violacé, plus ou moins orangé, c’est sa qualité de ton. Il peut être plus ou moins lumineux, tout aussi lumineux qu'un violet, c’est sa valeur de ton. Quand lhémoglobine est oxygénée au maximum, elle à toujours la même qualité de ton; sa valeur de ton seule varie alors avec la quantité ».

Certaines nécessités pratiques font que la couleur type employée dans les essais colorimétriques, a rarement la même nuance, la même qualité de ton que les solutions sanguines étendues qu’on lui compare. Cette circonstance constitue la principale difficulté des méthodes qui vont être exposées : car la comparaison entre deux surfaces colorées de qualité de ton différente est très difficile, et des erreurs notables et surtout très variables d’un observateur à l’autre, peuvent étre commises dans ces conditions.

Ceci posé, il y a deux façons générales d'opérer. On peut étendre d’eau le sang à examiner, jusqu’à ce qu’on soit arrivé à une couleur type dont on a déterminé à l’avance la richesse en hémoglobine, ou à un effet optique donné auquel correspond une quantité connue de matière colorante. Dans

ONRN cette catégorie rentrent les procédés de Hoppe-Seyler, de Worm-Müller, de Jolyet et Laffont, de Bizzozero, de Preyer et de Lesser. Ce sont les méthodes à étalon fixe.

On pourra, au contraire, étendre le sang d’un volume d’eau toujours le même, et approcher successivement la solution obtenue d’une série d’étalons colorés, jusqu’à ce qu’on en ait trouvé un dont la teinte lui soit identique. La valeur de chaque degré de l’échelle colorée étant connue, on pourra évaluer ainsi la quantité d’hémoglobine contenue dans le sang. Ce sont les méthodes à étalon variable.

Dans cette deuxième catégorie prendront place les procédés de Welcker, Hayem, Quincke, Mantegazza et Malassez.

$ I. — Méthodes à étalon coloré fixe.

1° Procédé de Hoppe-Seyler (1).

On commence par préparer de l’hémoglobine cristallisée au moyen du sang de chien, d’oie, ou mieux encore, de cheval. Le produit est purifié par des cristallisations successives et dissous dans l’eau. On prend 50 cent. cubes de cette solution concentrée normale, et on les évapore au bain-marie dans une capsule en porcelaine. Le résidu est desséché à 110° et pesé. On prélève ensuite 10 cent. cubes du reste de la solution (qui doit être soigneusement conservée à l’abri de l'air), et on y ajoute 10 à 60 cent. cubes d’eau; on mélange intimement, et on considère cette liqueur comme solution normale.

On prend, d’autre part, 20 gr. de sang défibriné, et on y ajoute une quantité d’eau suffisante pour obtenir 400 cent. cubes de liquide. On prend alors deux petites cuves en verre à faces parallèles, enchassées dans un cadre métallique, et dont les faces sont distantes de 1 centimètre. On remplit la première cuve de la solution normale d’hémoglobine, et l’on verse dans la

(1)Traité d'analyse chimique appliquée à la physiologie, ete, p. 437, par Hoppe-Seyler, traduit par Schlagdenhauffen, Paris, 1877.

Pr

seconde 10 cent. cubes de la solution étendue de sang. On place les deux appareils lun à côté de l’autre sur une feuille de papier blanc, et on regarde par transparence à travers les deux couches de liquide. La solution de sang étant beaucoup plus foncée, il faut, pour arriver à l'égalité de teinte, ajouter peu à peu de Peau, à l’aide d’une burette, en agitant le mélange avec soin.

On peut recommencer l’opération en prenant 20 cent. cubes de la solution normale, additionnés de 10 cent. cubes d’eau.

Exemple : Dans une expérience faite avec du sang de chien, on a pris 20#,1862 de sang défibriné pour le diluer à 400 cent. cubes. On a ajouté 48 cent. cubes d’eau à 10 cent. cubes de cette liqueur, pour obtenir la teinte de la solution normale. La totalité de la liqueur, c’est-à-dire les 400 cent. cubes, exigeraient donc 1920 cent. cubes d’eau pour arriver à légalité de teinte ; or, 100 cent. cubes de solution normale renfermant 0,145 d’hémoglobine, il s’en suit que 1920 cent. cubes d’une solution de sang, de même intensité colorante, en contiennent 2,224. D’un autre côté, puisque les 1920 cent. cubes proviennent de 20“,1862 de sang, il s’en suit que ce sang défibriné renferme 185,79 d’hémoglobine pour 100.

Cette méthode fournit des résultats assez exacts. Rajewski (1) a constaté que des déterminations successives, faites sur un même sang, diffèrent en moyenne d'environ 0%,20 d’hémoglobine pour 100 gr. de sang. L'écart maximum a été de 0,42.

Malheureusement la solution normale de matière colorante ne se conserve pas pendant plus de huit jours; sa préparation exige beaucoup de temps et ne peut se faire commodément qu’en hiver.

Rajewski (Zoc. cit.) a essayé de remédier à cet inconvénient en remplaçant la liqueur normale d’hémoglobine par une solution de picro-carminate d’ammoniaque beaucoup moins altérable. En faisant varier les proportions de carmin et. d’acide picrique, on arrive, par tâtonnements, à un liquide ayant la même valeur de ton et la même nuance qu’une solution titrée d’hémoglobine. Il importe de faire toujours la comparaison des teintes dans les mêmes vases et sous des épaisseurs constantes.

(4) Arch. de Pflüger, t. XII, p. 73, 1875.

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