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petits tubes que j’étirais ensuite à la lampe, j’ai obtenu les résultats les plus variables et les plus inattendus. La masse gélatineuse qui se forme aussitôt, conserve pendant plusieurs semaines une limpidité parfaite ; à l’heure qu’il est, un mois après la préparation, plusieurs de ces tubes présentent encore au spectroscope les deux bandes de l’oxyhémoglobine sans aucune altération: D’autres, au contraire, se sont réduits, ont pris une teinte veineuse et né contiennent plus que de l’hémoglobine; pour d’autres, enfin, la transformation en hémoglobine a été précédée de l’apparition d’une bande de méthémoglobine. Ceux dont je cassais la pointe ne tardaient pas à présenter dans le rouge la bande caractéristique de ce produit d’altération, et leur limpidité allait en diminuant. Ces phénomènes auraient besoin d’être étudiés de plus près: néanmoins je persiste à croire que pour préserver de toute altération un échantillon de sang ou d’oxyhémoglobine, il faut assurer une transformation rapide de la matière colorante en hémoglobine en la préservant absolument du contact de Vair. Mais alors la qualité de ton est à tel point modifiée que la comparaison avec du sang dilué devient tout à fait impossible ; si au contraire on permet l’accès de l'air, l’oxyhémoglobine s’altère inévitablement,
La couleur étalon de Bizzozero ne présente donc pas les conditions de stabilité nécessaires; de plus, selon le mode de préparation, la nature et la composition du sang employé, la valeur colorimétrique de l’échantillon varie forcément d’un observateur à l’autre. Il est vrai que chaque appareil doit être gradué en se servant du sang «normal. » Ce point de départ estil suffisamment constant ? Tout porte à croire qu’il n’en est rien.
Il en résulte que les indications du chromomètre de Bizzozero ne sont pas comparables aux chiffres fournis par d’autres procédés, qu’elles n’expriment que des richesses relatives en hémoglobine et que les résultats obtenus peuvent varier d’un appareil à l’autre, selon la composition du sang « normal » qui aura servi à la graduation.
Des restrictions analogues peuvent être faites à propos du cytomètre. On a vu que le principe sur lequel il repose ne peut être accepté sans réserves. De plus, le phénomène optique, qui sert de point d’arrêt, sera-t-il apprécié. de la même façon par deux observateurs différents? Il y a là, évidemment, une source d’erreurs dont l'importance doit être prépondérante.
Néanmoins, le double appareil de Bizzozero peut fournir des résultats
pu
intéressants. Dans quelques cas pathologiques, leucocythémie, lipémie, le chromomètre donne des chiffres plus élevés que ceux du cytomètre. En effet, les corpuscules graisseux et les globules blancs diminuent la transparence de la solution aqueuse et la font paraître plus foncée. Mais si l’on ajoute au liquide une gouttelette de potasse, les deux appareils fournissent aussitôt des indications concordantes.
5° Procédé spectroscopique de Preyer.
Preyer a imaginé, pour le dosage de l’hémoglobine, une méthode physique fondée sur la comparaison du pouvoir absorbant d’une solution sanguine et d’une liqueur titrée d’hémoglobine. Le manuel opératoire exige, outre le spectroscope, l’emploi d’une burette divisée en 1/100 de cent. cubes, d’une cuve hématinométrique à faces parallèles, distantes de 0",01 et d’une source lumineuse constante.
On commence par soumettre à l’appareil spectral une solution d’hémoglobine pure. On la prépare de manière à laisser apparaître aux environs de la raie b, une bande verte, qui disparaît par la concentration, s’élargit, au contraire, par la dilution. On évapore 100 cent. cubes de cette liqueur normale, et l’on y détermine la quantité d’hémoglobine. Preyer avait fixé ainsi le titre de sa solution normale à 0,8 pour 100. À partir de ce moment, on maintient constantes toutes Les conditions de l’expérience, à savoir la largeur de la fente, l’épaisseur de la couche colorée, la distance de la source lumineuse et, autant que possible, son intensité. On introduit, dans l’hématinomètre, 0,5 de sang défibriné, puis on ajoute lentement de l’eau à l’aide de la burette, en ayant soin d’agiter constamment le liquide. On s’arrête lorsqu'on constate l’apparition de la première trace de vert.
Soit 2 la quantité d'hémoglobine contenue dans 100 cent. cubes de liqueur normale, e la quantité d’eau ajoutée, s le volume du liquide sanguin. On aura la richesse en hémoglobine de 100 cent. cubes de sang, au RES de l'équation suivante :
Le procédé que je viens d'exposer présente ce grave inconvénient, qu’il est impossible d’osciller autour de l'effet optique qu’il faut atteindre. Une fois qu’on a dépassé le but, il faut recommencer l’expérience avec un nouvel échantillon de sang. On remédie à cetinconvénient en faisant varier, non pas la concentration du liquide sanguin, mais son épaisseur. On peut se servir, à cet effet, d’un prisme creux dans lequel on introduit le liquide coloré et qui se meut devant la fente du spectroscope, sur une échelle graduée. C’est ainsi qu'ont opéré Quincke et Rajewski.
Je me suis servi, dans mes expériences, d’un lactoscope de Donné. L’écartement des deux glaces était apprécié au moyen d’une graduation munie d’un vernier donnant le 1/10 de millimètre. On note l’apparition et la disparition du vert et on prend la moyenne des épaisseurs observées. J’ai constaté d’abord qu’on peut faire varier notablement l’épaisseur du liquide sanguin sans observer de changements sensibles dans les phénomènes spectroscopiques. En notant chaque fois l’apparition et la disparition du vert, dans une série d’essais exécutés sur une même dilution au 1/10 d’un sang de bœuf, je suis arrivé aux résultats suivants : Les épaisseurs observées sont exprimées en dixièmes de millimètres; la largeur de la fente était de 0"",2, enfin la lampe à pétrole, qui servait de source lumineuse, était placée à 15 cent. de distance :
Apparition du vert 62 —62 —69 —63 —64 —63 —60
Disparition... PA CT CDI CS TON T0 ED Moyennes; "16605, = 649—64,9 169,51 67679 68,5%
Hémogl. p. 100%. 12,06 — 12,44— 12,44—12,24— 11,97 — 11,88 — 12,83
L'erreur moyenne de chaque résultat est de 0,30 pour 100 cent. cubes de sang. L'erreur d’observation est donc à elle seule assez forte. De plus, en répétant ces essais avec le même sang à quelques heures de distance, j’ai trouvé des résultats notablement différents. L’épaisseur moyenne était montée à 70, ce qui correspond à 114,47 d’hémoglobine pour 100 cent. cubes de sang.
J’ai attribué d’abord ces variations à des oscillations dans l’intensité
lumineuse de la source; mais j’ai reconnu bien vite que des changements
Alpe
même notables dans la hauteur de la flamme, n’avaient qu’une influence tout à fait secondaire sur les épaisseurs observées. La source de l’erreur est dans une appréciation, à chaque instant différente, du phénomène optique cherché. Je me suis servi, dans ces expériences, du spectroscope de Vierordt (1). Je pouvais donc isoler d'avance, à l’aide des écrans mobiles, la bande spectrale dans laquelle devait se produire l’apparition du vert. Même en prenant ces précautions, les résultats varient notablement avec les conditions” physiologiques dans lesquelles se trouve l’œil de l'observateur.
J'ai néanmoins tenu à poursuivre ces expériences : Voici comment les résultats observés peuvent être transformés en poids absolus d’hémoglobine. L'expérience démontre que les épaisseurs pour lesquelles on obtient au spectroscope un même effet optique donné, sont en raison inverse des richesses en hémoglobine. Le produit de l’épaisseur au spectroscope par la concentration de la solution est donc constant lorsque les conditions expérimentales sont maintenues identiques. J’ai examiné au spectroscope deux solutions titrées d’hémoglobine. Voici les résultats obtenus :
Origine de l’hémogl. Poids d'hémogl. Épaisseurs au Produits des épaiss. pour 100€ de sol. spectrosce. par les poids d'hém. Cheval. Os",9897 79 78,276 Chien. 0 ,8745 74 82,203 Moyenne. 80,239
Donc, si un liquide sanguin laisse apparaître du vert sous une épaisseur e, il contiendra pour 100 cent. cubes, une quantité d’hémoglobine égale à :
à 000 ne
Comme dans mes expériences le sang a été dilué au 1/10, la quantité d’hémoglobine pour 100 cent. cubes de sang sera :
(4) Voir chap. HI.
À Paide de cette donnée, j’ai exécuté sur un même sang de bœuf défibriné, une série de dosage en préparant des dilutions de concentration décroissante. Le tableau suivant indique dans la première colonne les degrés de dilution; dans la seconde, les épaisseurs observées; dans la troisième, les quantités correspondantes d’hémoglobine.
Degrés de dilution. Épaisseurs au Hémogl. pour spectroscope. 100 cent. cubes de sang.
— 11,97 10 67 »9 Phes 12,53 10 64
ne 12,34 10 65 ,
at 12,15 10 66 ;
ee 11,60 11 76
110 11,13 sh 144 11,14 Le 170 11579
L’erreur moyenne de chaque résultat est de:0*,46 pour 100 gr. de sang, et de 2,6 pour 100 gr. d’hémoglobine.
hou
Ces expériences montrent d’abord que ce sont les dilutions les plus concentrées qui donnent les résultats les plus concordants. En effet, lorsqu'une petite variation d’épaisseur produit des changements notables dans les phénomènes spectroscopiques, apparition du vert est plus brusque et peut être perçue plus facilement. Mais l'erreur n’en reste pas moins considérable. Les essais faits coup sur coup sont assez concordants ; mais si on recommence l’analyse 24 heures après, on trouve souvent les résultats les plus discordants; et cependant le colorimètre Duboscq donne exactement les mêmes chiffres que la veille, ce qui prouve que les écarts observés ne proviennent pas d’une décomposition de la matière colorante.
Le principal reproche que l’on peut donc faire à ce procédé est l’impossibilité de maintenir constantes les conditions matérielles et surtout physiologiques du dosage. M. Ritter a proposé de remplacer la lampe à pétrole, par une flamme monochromatique et de choisir comme point d'arrêt l’apparition de la raie du sodium. Les phénomènes spectroscopiques sont plus nets en effet, mais les mêmes variations subsistent d’une série d’expériences à l’autre.
6° Procédé de Lesser.
Il est fondé sur la relation qui existe entre la concentration d’une solution sanguine et la largeur des bandes d’absorption de l’oxyhémoglobine. Plus la solution est concentrée et plus le bord gauche de la première bande se rapproche de la raie D.
Ce procédé exige : 1° une source lumineuse d’intensité constante éclairant directement la fente et un hématinomètre contenant la solution à analyser; 2° une deuxième source d’intensité égale à la première, disposée latéralement, et dont les rayons pénètrent dans le collimateur, grâce à un prisme à réflexion totale. Entre cette deuxième source et le prisme, on dispose un second hématinomètre contenant une solution titrée d’hémoglobine ou une dilution sanguine servant de type. On obtient ainsi deux spectres superposés dont l’un correspond à la solution titrée, et l’autre à l'échantillon à analyser. La comparaison se fait de la façon suivante. On étend d’eau la solution à
an AS (Era
analyser jusqu’à ce que les bandes d’absorption aient la même largeur dans les deux spectres.
Cette méthode ne peut pas servir à des recherches exactes. Les bords des bandes d'absorption sont confus et leurs limites ne peuvent être déterminées qu'approximativement. De plus, il est très difficile d’avoir deux sources lumineuses d’intensité égale.
$ II. — Méthodes à étalon variable.
1° Procédé de Welcker.
Ce procédé (1) consiste : 1° à faire une solution en proportion déterminée du sang à examiner ; 2° à comparer la couleur de cette solution à celle d’une série de solutions sanguines plus ou moins diluées, préparées d’avance.
Ces solutions sont faites avec un sang de richesse globulaire connue, qui sert de type, et les proportions sont telles qu’elles forment une série identique à celle que donneraient des solutions faites toutes au même titre, mais avec des sangs ayant un nombre graduellement décroissant de globules semblables à ceux du sang type. Chaque solution se trouve donc corres- pondre à une richesse globulaire donnée, et sa couleur peut être représentée par cette richesse globulaire.
Si par exemple le sang à examiner, convenablement dilué, correspond à la solution 3 millions, cela signifie que le pouvoir colorant d’un millim. cube de ce sang est égal à celui de trois millions de globules du sang type. En somme, Welcker prend comme unité de couleur celle d’un sang type. Cette méthode serait très exacte d’après lui, mais elle est rendue d’une application difficile par suite de l’altérabilité des solutions sanguines qui composent l’échelle.
C’est pour tourner cette difficulté, que Welcker a substitué à l’échelle li-
(1) La description de ce procédé est empruntée à M. Malassez, Arch, de physiol., 1877.
quide, son échelle à taches de sang. Ce procédé consiste à remplacer les solutions sanguines par les taches que laissent après elles ces solutions en se desséchant. On conçoit, en effet, que si le titre et le volume des solutions employées est constant, et si la surface sur laquelle elles sont répandues est de même dimension et de même nature, les variations que présenteront les taches seront uniquement dues aux pouvoirs colorants.
Les solutions types recommandées doivent être plus concentrées que celles employées dans la méthode précédente, afin que les taches soient suffisamment teintées. Les titres recommandés par Welcker sont pour 1 cent. cube d’un sang de richesse globulaire moyenne, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 16, 18 et 20 cent. cubes d’eau distillée.
On prend 10 millim. cubes de chacune des solutions à l’aide d’un tube capillaire exactement cubé, et on les dépose sur du papier blanc bien collé, dans des cercles tracés d’avance au crayon, et ayant tous 20 millim. de diamètre. Puis, avec la pointe d’une aiguille, on étale rapidement le liquide jusqu’à la circonférence du cercle, et on le laisse se dessécher. Une table indique à combien de globules du sang type correspond chaque degré de Péchelle.
Pour examiner un sang quelconque, on faitdes solutions soit 1/10, soit au 1/20, soit au 1/30. Les taches sont faites identiquement de la même manière que celles de l’écheile. Lorsqu’elles sont desséchées, on cherche dans cette dernière la teinte qui se rapproche le plus de celle qu’a donnée le sang à analyser.
D’après Welcker, cette méthode serait très exacte; les plus grandes divergences qui peuvent se produire entre les divers observateurs comparant les mêmes taches n’iraient jamais au-delà de 2 à 3 p. 100; affirmation qui aurait été vérifiée par plusieurs auteurs. Welcker s’est assuré d'autre part de la fixité des couleurs des taches sanguines, en comparant des échelles à des taches faites à des époques éloignées, à des taches faites à l’aquarelle. Au bout de plusieurs mois, il n’a observé d’altérations que dans les teintes les plus foncées; encore n’était-ce que la qualité de ton qui avait changé.
On voit que dans ces deux procédés, Welcker choisit comme unité de couleur le globule sanguin, et que le pouvoir colorant d’un sang est représenté par un nombre plus où moins considérable de ces globules types; or,
le sang qui lui servait de typé, n’a pas été analysé chimiquement. Il en résulte que l’on reste sans renseignements sur la valeur réelle de son unité colorimétrique, et que les résultats obtenus par Welcker ne peuvent être rattachés à ceux obtenus par d’autres procédés.
J’ajouterai, à propos de l’échelle liquide de Welcker, que la conservation d’un sang type est chose très facile; il suffit de abandonner à la putréfaction dans un flacon bien bouché. Jai conservé ainsi pendant trois mois, d'avril à juillet, du sang de bœuf dans un flacon d’un litre, rempli aux trois quarts et simplement bouché au liège. Ce sang comparé de temps en temps au verre étalon de l’appareil Duboscq a donné constamment la même épaisseur colorimétrique. Il suffit de ne pas renouveler trop souvent les contacts du liquide avec Pair, et de prendre les échantillons de sang dans les parties déclives après avoir doucement remué.
2 Échelle peinte de M. Hayem.
La méthode des taches colorées de M. Welcker à été remise en honneur par M. Hayem, qui s’en est servi pour faire un grand nombre de travaux sur le sang. Voici, d’après l’auteur lui-même, la description du procédé. L’appareil dont il se sert se compose essentiellement d’une double cellule en - verre et d’une échelle de teintes coloriées.
« La double cellule est formée par deux anneaux de verre de même diamètre à surface extérieure dépolie et collés côte à côte sur une lame de verre. Ils ont été usés au niveau des points tangents, de façon à former deux petits réservoirs parfaitement semblables, séparés l’un de l’autre par une mince cloison. Chacun de ces petits réservoirs peut contenir un peu plus de 500 millimètres cubes d’eau. »
« Les deux petites cuvettes étant remplies, l’une d’une solution de sang à essayer, l’autre d’eau pure, on fait passer successivement au-dessous de cette dernière, des rondelles de papier convenablement coloriées, et de plus en plus foncées. Il arrivera un moment où, vue à travers la couche liquide, une de ces rondelles produira une coloration équivalente à celle de la solution sanguine. Chacune des teintes coloriées représentant une solution de
sang titrée, dès qu’on a trouvé la rondelle qui correspond le mieux au mélange, le dosage de l’hémoglobine est achevé. »
«Après m'être assuré que chez l’homme adulte et sain, la quantité de matière colorante contenue dans le sang est proportionnelle au nombre des globules, j’ai pris comme étalon le globule rouge du sang humain. Pour exécuter l’échelle des teintes coloriées, j’ai fait des solutions en proportions variables d’un sang dont je connaissais le contenu en globules, et j'ai fait choix de teintes représentant d’une manière précise chacune de ces dilutions. Ces teintes sont faites à l’aquarelle. Dans l’échelle dressée pour l’emploi de la cuvette double, les teintes ont les valeurs suivantes :
TDR. 0e. 8,640,000 globules sains, Es ren 9,730,000 £ k À nec ue 10,811,000 — 4 a 11,892,000 — etc.
« Ces chiffres signifient que toute solution sanguine correspondant à la teinte n° 1, contiendra une quantité d’hémoglobine égale à celle qui serait fournie par 8,649,000 globules sains.
Voici comment on procède : On met dans chaque cuvette 500 millimètres cubes d’eau; dans l’une on ajoute une certaine quantité de sang à examiner, 6 millimètres cubes par exemple. On opère le mélange, puis on cherche la teinte coloriée dont la couleur correspond le mieux à celle du liquide sanguin. Supposons qu’on ait obtenu la teinte n° 4. Cette dernière représentant une dilution faite avec 11,892,000 globules sains, la richesse globulaire du sang analysé sera par millimètre cube de :
La numération directe vient compléter ordinairement le dosage de l’hémoglobine des globules. Admettons que dans l'exemple précédent cette numération ait fourni le chiffre 4,774,000 globules, on devra donc conclure
que 4,774,000 globules du sang analysé renferment autant d’hémoglobine que 1,982,000 globules sains.
La seule précaution à observer dans ce dosage est le choix d’un éclairage convenable. Il faut, en se tournant du côté du nord ou de l’est, choisir un jour venant d’en haut, de telle façon que la table de travail soit dans la pénombre
M. Häyem à en outre remarqué que la couleur de l’hémoglobine varie avec l’état de l’atmosphère. Pour obvier à cet inconvénient, il a fabriqué deux échelles, dont l’une doit servir lorsque la lumière diffuse est très intense, et l’autre, toutes les fois que le ciel est gris et couvert.
Je n’ai pas eu cet appareil à ma disposition, mais il me semble premièrement que le point de départ de sa graduation est sujet à caution. Il eût été facile, pour construire cette échelle, de s’appuyer sur une détermination sujette à moins de causes d’erreur, qu’une numération de globules. Deux ou trois dosages de fer ou d’oxygène exécutés sur le sang type, auraient fourni un point de départ inspirant plus de confiance.
En second lieu, il n’est pas démontré que le globule sanguin soit une unité d’une puissance colorante constante. Les recherches entreprises jusqu'ici, dans le but de comparer la richesse globulaire d’un sang à sa teneur en hémoglobine, sont encore trop incomplètes pour qu’on puisse admettre qu’il existe toujours, à l’état normal, un rapport constant entre la puissance colorante du sang et le nombre des globules qu’il contient. L’unité choisie par M. Hayém, le globule physiologique, n’est donc pas quelque chose de fixe, et les résultats fournis par son appareil, n’expriment que des puissances colorantes relatives, et sont difficilement comparables aux chiffres. obtenus par d’autres procédés.
Mais, admetions un instant que le globule physiologique soit une unité constante, que tout observateur pourra retrouver aisément. Je ne trouve pas dans le mémoire de M. Hayem, de dosages destinés à vérifier l’échelle coloriée. J’y ai cherché en vain des expériences portant sur des adultes sains, chez lesquels on aurait compté le nombre des globules directement par la numération, et indirectement, par comparaison, avec les teintes de échelle. M. Hayem dit bien que des examens comparatifs sur du sang normal, donnent, d’un individu à l’autre, des différences qui ne dépassent pas la
moyenne des erreurs. La numérätion directe des globules a-t-elle été faite en même temps, et quels résultats fournissait-elle ? Le vrai contrôle de l’appareil n’est possible que de cette façon.
Quoi qu’il en soit, les dosages faits à l’aide de ce procédé, n’en restent pas moins comparables entre eux. Avec quelles limites d'erreur? Une erreur qui ne dépassera jamais, dit M. Hayem, l’écart entre deux teintes consécutives, c’est-à-dire de 5 à 11 p. 100 de la quantité d’hémoglobine à doser. M. Regnard, qui a fait une étude critique de l’appareil, s’exprime ainsi qu’il suit à ce sujet : « Mais admettons que le coloriage de l’échelle soit parfait; alors c’est l’observateur qui commence à se tromper. L’erreur n’est pas bien difficile, puisqu'il suffit, M. Hayem le dit lui-même, que le ciel soit clair ou sombre, pour que les résultats obtenus avec un même sang soient dissemblables. Et cela, au point qu’on a deux échelles coloriées, l’une pour les temps clairs, l’autre pour les temps couverts. À quel moment prendra-t-on Pune ou l’autre ; où finit un ciel clair, où commence un ciel sombre »?
J’ajouterai, en dernier lieu, qu’il y a une cause d’erreur dont M. Hayem ne semble pas s’être préoccupé : c’est celle qui résulte forcément de la mensuration de quantités de liquides aussi minimes. On peut dire a priori, que cette erreur est certainement de beaucoup la plus importante.
Il me semble donc que l’appareil de M. Hayem présente ce double inconvénient : 1° le point de départ de sa graduation est incertain ; 2° les résultats qu’il fournit sont probablement entachés d’erreurs considérables, très variables d’un observateur à l’autre, et dont la limite maxima reste à déterminer.
3° Hémochromomètre de Quincke.
Dans cet appareil, l’échelle de teintes auxquelles on compare le liquide sanguin, est formée par une série de tubes fermés à la lampe et contenant des solutions de picro-carminate de concentrations décroissantes. Ces tubes, au nombre de vingt, sont appliqués sur une fenêtre rectangulaire découpée dans un carton. La solution sanguine est reçue dans un petit tube semblable aux précédents et fixé également sur une fenêtre découpée dans un carton. Ce deuxième carton peut s’appliquer sur le premier, et sa fenêtre
a une largeur telle, qu’à côté du tube contenant le liquide à examiner, on peut faire apparaître l’un après l’autre tous les tubes de l’échelle. On finit ainsi par en trouver un, dont la couleur est identique à celle de la solution sanguine. |
La graduation de cet appareil est tout à fait empirique. Il s’est trouvé que la couleur d’une solution de picro-carminate à 8 p. 100° de carmin correspondait exactement à celle du sang normal. Ce résultat est la moyenne de 20 observations. On pose égale à 100 la richesse en hémoglobine du sang normal, et on calcule, à l’aide d’une proportion, la quantité de matière colorante qui correspond à chacun des degrés de l’échelle. Supposons que la richesse en carmin d’un des tubes soit de 3 gr. p. 1000; la quantité d’hémoglobine correspondante sera :
w E— Lol
Ce chiffre 37 peut être transformé en poids absolu d’hémoglobine en admettant que le sang normal en contient 14 gr. p. 100.
L’échelle ainsi obtenue se conserve assez bien. Cependant au bout de quelques mois, Quincke a observé un pâlissement notable des teintes. Dans ce cas, une nouvelle comparaison avec du sang normal devient nécessaire.
Je n’ai pas eu cet appareil à ma disposition. Mais je lui ferai le même reproche qu’à celui de M. Hayem. Le point de départ de sa graduation est incertain. En effet, il est obtenu en produisant l'identité de teinte d’un « sang normal » et d’une solution de picro-carminate de concentration connue. Or le sang ne présente certainement pas à l’état physioiogique une richesse en hémoglobine constante. Les résultats obtenus seront donc tout au plus comparables à eux, mais ne pourront jamais être traduits en poids absolus d’hémoglobine. De plus, il faut remarquer qu’après avoir obtenu l'identité de teinte du sang normal et de la solution de picro-carminate, Quincke étend graduellement cette dernière, et adopte l’échelle ainsi obtenue, sans en comparer les degrés à des dilutions faites parallèlement avec le sang normal qui a servi de type. Rien ne prouve que légalité de teinte
obtenue primitivement, se serait poursuivie avec une exactitude suffisante.
Rajewski et Malassez ont constaté que deux solutions, lune de picrocarminate, et l’autre d’hémoglobine, ayant absolument la même couleur, subissent des variations de teintes différentes sous l'influence des mêmes variations d’épaisseurs. J’ai cherché en vain dans le travail de Quincke un contrôle quelconque de l’échelle obtenue. C’est donc à peine si l’on peut dire, que les indications fournies par cet appareil sont comparables entre
elles.
4° Hémochromomètre de M. Malassez.
Dans ce procédé, on compare la couleur d’une solution sanguine placée dans le réservoir d’un mélangeur Potain, aux différentes parties d’un prisme coloré. On juge de la richesse en hémoglobine du sang qui à servi à faire la solution, par la position qu’il faut donner au prisme pour que celui-ci reproduise exactement la valeur de ton de la solution sanguine. La description qui va suivre est empruntée à l’article publié par M. Malassez (Archives de physiologie, 1877) sur les procédés de dosage de l’hémoglobine.
L’appareil se compose d’un écran rectangulaire percé à son centre de deux trous circulaires ayant chacun 5 millimètres de diamètre. Ces trous sont très rapprochés lun de l’autre, et placés sur la même ligne horizontale. Derrière l’un des trous se place le réservoir d’un mélangeur Potain, présentant deux faces planes et parallèles distantes de 5 millimètres. Derrière le second trou se trouve un prisme coloré, de forme très allongé, qui contient, à la place d’une solution d’hémoglobine ou de sang, une solution de picrocarminate d’ammoniaque.
Ce liquide s’obtient de la facon suivante : On ajoute une solution de picro-carminate bien neutre à un mélange à parties égales d’eau légèrement phéniquée et de glycérine, jusqu’à ce qu’on ait reproduit la valeur de ton d’une solution de sang défibriné au 1/100. La comparaison doit se faire dans des cuves prismatiques et il faut avoir soin de donner au picro-carminate une teinte telle que ce soient les portions moyennes du prisme qui reproduisent exactement la couleur de la solution sanguine. Ces parties moyennes seront seules utilisées dans le maniement de l'instrument. Quand l'identité
de teinte est obtenue, la liqueur est chauffée au bain-marie, puis additionnée de 1 gr. de gélatine par 25 cent. cubes. M. Malassez a constaté que cette gelée glycérinée et phéniquée conserve sa transparence pendant plusieurs années.
Le prisme creux complètement rempli de la gelée colorée, est placé sur un chariot mobile, qui permet de faire passer devant le trou de l’écran des parties plus où moins épaisses et par suite plus ou moins colorées. On pourra donc trouver ainsi le point précis, où le prisme donne la même valeur de ton qu'une solution de sang placée dans le mélangeur derrière l’autre trou de l'écran. ,
La graduation est obtenue expérimentalement en introduisant successivement dans le mélangeur des solutions de sang de chien dans de l’eau, depuis 4 jusqu’à 16 de sang pour 1000 de mélange. On détermine pour chacune d’elles la position du prisme qui reproduit la couleur de la solution sanguine. Un trait est chaque fois marqué sur le prisme vis-à-vis d’une petite aiguille fixe. On à ainsi une série de degrés correspondant à des solutions qui ne diffèrent des voisines que de 1/1000.
La valeur absolue des divisions est obtenue ainsi qu’il suit : On cherche à quel degré de l’appareil correspond une solution au 1/100 d’un sang de chien, dont on détermine à la pompe la capacité respiratoire. Il s’est trouvé que le degré 9 correspondait à une solution au 1/100 d’un sang de chien capable d’absorber 18 cent. cubes d'oxygène p.100. Un simple calcul de proportion a donné ensuite la valeur en oxygène des autres degrés de lappa- Teil
Enfin, en admettant les chiffres de M. Quinquaud, on peut traduire ces capacités respiratoires en poids absolus d’hémoglobine en posant que 125 gr. d’hémoglobine absorbent 260 cent. cubes d'oxygène.
Le manuel opératoire est le suivant : Une goutte de sang obtenue à l’aide d’une piqûre au doigt suffit au dosage. On l’aspire dans la longue portion du mélangeur jusqu’au trait marqué 1, puis on achève de remplir le réservoir jusqu’au trait 100, avec de l’eau aérée. Ona ainsi une solution au 1/100. On agite, puis on fixe le mélangeur sur l’appareil en faisant exactement correspondre son réservoir au trou de l’écran. On détermine, en faisant mouvoir le prisme, quelle est la position de ce dernier qui donne une cou-
leur ayant la même valeur de ton que la solution sanguine. Il fautavoir soin de fixer une masse blanche quelconque, un mur ou un nuage. Une petite plaque de verre dépoli, placée derrière le mélangeur et le prisme, est destinée, du reste, à diffuser et à rendre blanche la lumière qui doit traverser les solutions colorées. Il faut éviter avec soin de regarder le ciel bleu et surtout le soleil.
La graduation est-elle exacte? M. Malassez dit avoir tellement répété ses essais, et ils ont été si concordants, que les divisions établies sur son appareil type correspondent très certainement à des solutions ne différant les unes des autres que de un millième. L’analyse des gaz du sang qui a servi de base à la notation a été faite avec le plus grand soin.
Quelle est l’étendue des divergences possibles entre les analyses d’un même sang? Quand les précautions précédemment indiquées sont bien observées, ces divergences ne dépassent pas une division d’un observateur à l’autre. La gelée glycérinée et phéniquée qui sert de substratum au picrocarminate se conserve très bien. Mais M. Malassez ne saurait dire si la couleur du picro-carminate passe ou ne passe pas.
Je n’ai aucune objection à élever contre le principe de cet appareil. Les expériences qui ont été citées à propos du procédé de MM. Jolyet et Laffont, démontrent amplement que la capacité respiratoire du sang peut être mesurée d’après sa puissance colorante. Seulement il est regrettable que M. Malassez nait pas vérifié l’exactitude de la graduation en déterminant à Paide de l’hémochromomètre d’une part, et d’une analyse à la pompe à mercure de l’autre, la capacité respiratoire d’une dizaine de sangs de chien. C’est de cette facon seulement que l’exactitude de l’échelle peut être contrôlée d’une manière sérieuse. On conviendra volontiers qu’une seule détermination d'oxygène ne constitue pas un point de départ assez solide.
Quant à la transformation des capacités respiratoires en poids absolus d’hémoglobine, elle me paraît être absolument illusoire. Les chiffres de M. Quinquaud ont été établis à l’aide de ’hydrosulfite de soude ; c’est, au contraire, une détermination d'oxygène par la pompe à mercure, qui a servi de point de départ à M. Malassez. J’ai démontré, dans le chapitre relatif aux dosages d'oxygène, que les résultats fournis par ces deux procédés diffèrent notablement et ne peuvent, dans aucun cas, être comparés les uns aux autres.
M. le professeur Beaunis a bien voulu, à l’occasion de ce travail, faire l'acquisition de l’appareil de M. Malassez, et je me proposais de profiter des nombreux dosages d'oxygène qui ont été exposés précédemment pour en vérifier la graduation. J’avais, de même, à ma disposition, plusieurs solutions d’hémoglobine très exactement titrées, qu’il eût été intéressant d'examiner à l’hémochromomètre. Malheureusement je dois dire que je suis arrivé aux résultats les plus discordants. Il y avait entre la qualité de ton des solutions sanguines et celle du picro-carminate, une différence si notable, qu’une comparaison exacte était absolument impossible. La substance colorée du prisme avait une nuance jaune très prononcée ; le sang dilué, au contraire, était rose et légèrement groseille; il en résultait que même en prenant toutes les précautions recommandées par M. Malassez au sujet de l'éclairage, les résultats obtenus étaient des plus variables.
Il est probable que le picro-carminate, tout en restant transparent, avait subi des changements de coloration notables que je rattache à une lente infiltration d’air dans le prisme. C’est là un des grands inconvénients de Pemploi de cette substance comme couleur étalon: elle peut subir, à Pinsu de l’observateur, une lente altération qui fausse peu à peu les résultats. IL ne faut donc avoir, en général, qu’une confiance limitée dans tout appareil où le picro-carminate sert de couleur type, et vérifier fréquemment la graduation en répétant les expériences qui ont servi de point de départ.
5 (Globulimètre de Mantegazza.
Ce procédé (1) repose sur la mesure du degré de transparence des solutions sanguines. On regarde la flamme d’une bougie à travers la solution du sang à analyser et on interpose une série de verres bleus entre l’œil de l’observateur et la solution. Il arrive un moment où la flamme cesse d’être visible. Il est évident que plus le sang sera transparent, c’est à dire pauvre en matière colorante, plus sera considérable le nombre des verres bleus qu’il aura fallu interposer. On pourra donc juger ainsi de la richesse en hémoglobine.
(1) Malassez, loc. cit., p.17.
L'appareil employé se compose: 1° d’un récipient pour la solution sanguine qui n’est autre chose qu’une sorte de lactoscope de Donné, permettant d'examiner le sang sous des épaisseurs variables; 2° d’un disque vertical tournant autour d’un axe implanté dans le manche de l’appareil et qui présente les divers points de sa circonférence en avant de l’une des extrémités du récipient. Cette circonférence est percée d’orifices ayant même diamètre que le cylindre récipient et, dans ces orifices, sont enchâssés des verres bleus en nombre plus ou moins grand et, par conséquent, en couches plus ou moins épaisses. Les divers degrés de transparence ont été évalués au moyen de numérations de globules. Chaque verre bleu surajouté correspond à un sang ayant 125,000 globules en moins par milimètre cube.
Le procédé opératoire est le suivant : On fait un mélange de 1 cent. cube de sang et de 96 cent. cubes d’une solution de carbonate de soude à 50 p. 100. Le mélange est introduit dans le récipient. On se place alors dans une chambre obscure et on regarde, à travers l’instrument, la flamme d’une bougie située à 1 mêtre de distance; en tournant le disque, on fait successivement passer devant le liquide sanguin des couches plus ou moins épaisses de verres bleus. On s’arrête quand on ne voit plus la flamme et on lit l’indication qui correspond au dernier orifice à travers lequel on a vu la flamme. Les différences de lectures ne dépasseraient pas un à deux verres, c’est à dire ne correspondraient pas à plus de 250,000 globules; soit une erreur de 5 p. 100 d’un sang ayant 5 millions de globules.
Comme dans les deux procédés de Welcker, le chiffre de globules indiqué par les degrés de l'appareil ne représente pas la richesse globulaire du sang examiné, comme semble le croire Mantegazza, mais simplement la couleur de ce sang rapportée à celle du sang type.
D’après la description qu’on vient de lire et qui est empruntée à M. Malassez (Arch. de physiol., 1877), les globules seraient dissous dans le liquide qui sert au dosage, puisque le sang est étendu à l’aide d’une solution de carbonate de soude. Je crois qu’il y a là une erreur. Bizzozero, qui a construit son cytomètre sur le principe du globulimètre, dit textuellement : l'appareil de Mantegazza repose sur la mesure du degré de transparence d’un liquide dans lequel les globules sont « seulement suspendus. »
Bizzozero fait remarquer en outre, très justement, que le point de départ
de la graduation est incertain et que les indications fournies par deux globulimètres ne sont probablement pas comparables entre elles puisqu’il est impossible de trouver dans le commerce des séries de verres bleus parfaitement identiques.