DES MATIÈRES COLORANTES DU SANG
GENÉRALITÉS. — Le sang veineux des vertébrés contient dans ses globules rouges deux matières colorantes, dont la transformation réciproque, facile à reproduire artificiellement, constitue un phénomène physiologique de la plus haute importance.
Si le sang est mis en contact, pendant son passage à travers l’appareil respiratoire, avec une quantité suffisante d’air, il devient artériel et ne contient plus qu’une seule de ces matières colorantes. L’autre a disparu : en fixant de l’oxygène, elle s’est transformée dans la première.
Un phénomène inverse a lieu pendant le passage du sang à travers les capillaires des différents organes. Une partie plus ou moins considérable de la matière colorante unique cède son oxygène, et reproduit ainsi la matière colorante propre au sang veineux.
Cette transformation est rendue sensible à l’œil par les changements de coloration bien connus du sang agité avec l’oxygène ou lacide carbonique.
Hoppe-Seyler a nommé émoglobine la matière colorante du sang veineux qui, fixant de l’oxygène atmosphérique dans les poumons, se transforme en oæyhémoglobine, à laquelle est due la rutilance du sang artériel.
$ I. — Oxyhémoglobine.
L’hémoglobine oxygénée ou réduite est la seule matière colorante rouge du sang. Vierordt, qui à étudié le premier d’une manière exacte le spectre
HD
d'absorption du sérum, a montré combien est minime le pouvoir absorbant de ce liquide dans les différentes régions spectrales, et principalement dans ‘la région D-E, où Paction exercée par l’oxyhémoglobine atteint son maximum.
Cette matière colorante n’existe que dans les globules rouges. Elle constitue les 9/10° de leur poids à l’état sec. Un litre de sang humain en contient environ 120 à 140 or
Le pigment sanguin ne forme pas à l’intérieur du globule un dépôt granulé ou cristallisé; sa présence ne peut être décelée que par les réactions qui s’appliquent à ses solutions aqueuses. Étant donné le coefficient de solubilité de l’hémoglobine pour l’eau, on ne peut admettre que cette dernière
-s’y trouve en dissolution. D’autre part, elle est soluble en totalité dans le plasma, et cependant elle ne passe pas, à l’état normal du moins, des glo-. bules dans le plasma par exosmose.
Il faut donc bien admettre que l’oxyhémoglobine est retenue dans le globule par une affinité chimique, qu’elle y existe sous forme d’une combinaison qui se défait par addition d’eau, d’éther ou de chloroforme.
Hoppe-Seyler incline à penser que le corps qui fixe ainsi l’oxyhémoglo-. bine est la lécithine, substance précisément soluble dans les dissolvants qui provoquent la cristallisation de l’oxyhémoglobine, c’est-à-dire la dissociation de cette combinaison inconnue.
PRÉPARATION. — Toute réaction produisant une séparation de la matière colorante d'avec le stroma incolore du globule fournit un procédé de préparation. Le tout est de détruire le globule sans décomposer la matière colorante qu’on veut mettre en liberté.
On peut détruire le globule par la congélation ou les décharges électriques (Rollet), par addition d’eau (Funcke, Kunde), au moyen d’un courant d’oxygène, puis d’acide carbonique (Lehmann), par l’électrolyse (Schmidt), par chauffage au bain-marie à 60° (Schultze), par addition de sels pulvérisés (Bursy), à l’aide de l’éther liquide ou en vapeurs (Vittisch), de chloroforme (Bæœttcher), de benzol (Starkow), de sels biliaires (Thiry et Kühne), de la putréfaction en vase clos (Pasteur).
Chez certains animaux, il suffit de produire la dissolution du globule. La cristallisation s’effectue spontanément.
Ur ee
Je n’indiquerai ici que le procédé spécialement recommandé par Preyer, en y ajoutant quelques observations suggérées par mon expérience personnelle, et le souvenir d’une foule de difficultés de détail que la pratique soulève à chaque pas, et dont dépend le résultat final.
On recueille le sang dans une capsule, et on l’abandonne à la coagulation pendant quelques heures, mieux encore pendant toute une journée, dans un endroit frais. Le sérum est ensuite décanté, et l’on enlève autant que possible la graisse et les globules blancs qui se sont rassemblés à la surface du caillot. On lave rapidement à l’eau glacée le caïllot grossièrement divisé; puis, si la température s’y prête, on le fait congeler et on le triture. Sinon on se contente de le diviser soigneusement, puis on le jette sur un grand filtre, où l’on continue les lavages à l’eau distillée glacée. Quand le liquide qui s’écoule ne donne plus qu’un trouble laiteux avec le sublimé corrosif, on procède à lépuisement du caillot en employant de l’eau distillée à 40° en volume à peu près égal à celui du sang mis en traitement. Le liquide filtré est reçu dans un grand cylindre gradué entouré de glace. On distrait une portion de ce liquide, et on détermine le volume d’alcool nécessaire pour produire un commencement de trouble persistant. On mêle le liquide sanguin avec une quantité d'alcool moindre que celle qui a été déterminée par le calcul, et on abandonne le tout dans un mélange réfrigérant.
La cristallisation s'effectue déjà au bout de quelques heures. Le rendement est considérable. Les cristaux sont séparés de leurs eaux mères par filtration et lavées à l’eau glacée d’abord légèrement alcoolisée, puis pure. |
C’est ici que j’ai rencontré les plus grandes difficultés. La bouillie cristalline que l’on obtient, ne se lave par décantation que d’une facon très incomplète et avec des pertes énormes.
La filtration, d’autre part, est d’une lenteur désespérante, à cause de la proportion assez forte d’albumine que contient encore le liquide, et surtout à cause du tassement des cristaux microscopiques, qui obstruent les pores du filtre. La filtration sur de l’amiante, à l’aide de la trompe, s’arrête également très vite. Il est préférable de filtrer sur un filtre à plis, en adaptant à la queue de lentonnoir le tube à filtration rapide, recourbé sur lui-même et long d’environ 1 mètre. La succion est suffisante pour hâter la filtration sans