‹ DES PROGRES ACCOMPLIS DEPUIS 1886 DANS LE CHAMP DES ETUDES ORIENTALES: BRANCES HEBRAIQUE ETChapitre 3 sur 4 · B. LITTÉRATURE BIBLIQUE · texte numérisé non relu

B. LITTÉRATURE BIBLIQUE

a. Histoire des livres de t Ancien Testament. — C'est ici que l'énumération bibliographique des œuvres consacrées à la littérature hébraïque commence à devenir vraiment embarrassante, à cause de leur multiplicité. * On nous permettra de déblayer en quelque sorte le terrain, en rappelant au début les rééditions des introductions générales à l'Ancien Testament, quelque mérite d'ailleurs que ces reproductions comportent. Telles sont Fintrodnetion de Fr. Blesle, éditée par Wellhausen (5' édition, 1886), L'histoire des saintes kritures de P Ancien Testament de Reuss (2'' édition, 1890), les Frolégomines à rAistoired'/sraé/ de Wé[lha.usen (3° édition, 1886), etc. Nous accorderons une mention spéciale à la seconde édition hollandaise de l'introduction magistrale aux livres de l'Ancien Testament de Kuenen {Historisch-critisch onderzoek, etc., 1886-1889), dont une traduction allemande est en cours de publication, et sur laquelle nous reviendrons dans un instant avec quelque détail.

C'est sur le Penlateuque, ou, pour parler d'une manière plus scientifique, sur l'Hexateuque, que l'effort de la critique s'est essentiellement porté. Nous avons à. signaler ici, entre autres, les travaux exégétiques de Dillmann sur la Genèse (1886), les Nombres, le Deutéconome et Josué {1886); ceux de Franz Dehtzsch sur la (^nfese (1887) j l'ouvrage de Wellhausen sur la composition de l'Hexateuque {2' édition, 1889) ; celui de Westphal sur les sources du Pentateuque (1888) ; dans le sens ultra-traditionnaliste, l'introduction à l'Ancien Testament (Pentateuque) de l'Abbé Martin (1886-1889), les articles de l'Abbé Vigouroux sur l'authenticité du Penta- Icuijue (la Cniitrftverse et le Contemporain, 1887); dans le sens hyper-

Études hébraïques et aratnêen

critique, les Mêlants de crili^ue biblique (Deutéroiiome) de d'Eichthal (1886), et l'opuscule de M. Vernes sur Une nouvelle hypothèse sur la eompositioH du Deutironome {1887) ; citons enfin les articles de Horst sur le Deutéronome {Revue de l'histoire des religiom, 1886-1893).

Pour résunner ces mémorableH débats, et fixer l'état actuel de la science sur ce problème de l'origine de l'HexaCeuque, dont l'importance est si grande, et à la solution duquel on a marché si rapidement dans ces dernières années, nous rappellerons brièvement ici les résultats auxquels sont arrivés, dans leurs impartiales recherches, MM. Kuenen et Dillmann, que l'on peut bien considérer comme les leaders des deux tendances les plus scientifiques des écoles théologiques actuelles.

Kuenen distingue dans l'Hexateuque la partie législative et la partie historique. La législation de l'Hexateuque se divise en trois groupes : 1° le code ou livre de l'Alliance (Exode xx. 23, xxiii. 33); 2" le code deutéronomique (Deut. iv. 44 — xxvi., ou pour le moins xii.-xxvi.); 3° le code sacerdotal (les autres lois de l'Ex,, du Lév., et du Nombres, à l'exception de quelques fragments de l'Exode). L'histoire, dans l'Hexateuque, se rattache ainsi à trois groupes: :" les fragments jahvistes, z' les fragments élohistes, 3° les fragments deutéro-élohistes. Les fragments élohistes correspondent et s'adaptent au code sacerdotal, les fragments jahvistes et deutéro-élohistes au livre de l'Alliance, et les quelques récits isolés, qui demeurent après l'élimination des précédents, à la législation deutéronomique. Cette classification révèle dans l'Hexateuque la présence et la superposition de trois tendances qui sont, en allant de la plus récente à la plus ancienne ; la tendance sacerdotale, la tendance deutéronomique, la tendance prophétique. Cette dissection achevée, Kuenen cherche à établir les relations des diverses parties de l'Hexateuque avec les autres livres de l'Ancien Testament. Les derniers écrits du canon biblique (Malachie, Daniel, les Chroniques, Esdras et Néhéinîe) paraissent avoir connu l'Hexateuque tel ou à peu près tel que nous le lisons aujourd'hui. Ezéchiel offre de frappants rapports avec le code sacerdotal, et les éléments prophétiques et deutéronomiques, mais il ne connaît pas l'Hexateuque. Le livre des Rois et surtout Jêrémie ne connaissent que le Deutéronome et n'ont de rapport qu'avec lui, tandis qu'ils ignorent le groupe sacerdotal ; on peut en dire autant de Habakuk, Nahum, Sophonie et Zach. xii.-xiv. Enfin lea prophètes du viii'^ siècle (Michée, Esaie, Zach, ix.-xi., Osée, A m os) ignorent | le Deutéronome et n'ont que de vagues attaches aux fragments historiques i prophétiques de rHe.>Lateuque. De cette comparaison instructive, Kuenen 1 lire la conclusion que le Deutéronome n'a pas été connu avant le dernier ■] quart du VIP siècle, et que le groupe sacerdotal était en voie de forma- ' lion à l'époque d'Ezéchiel, soit v. 593-570. L'histoire d' Israël (et qud-l autre mieux que Kuenen a mis en lumière les développements de cette -1 histoire dans ses relations intimes avec l'évolution des écrits bîbhques) 1 confirme ces résultats d'une manière éclatante.

Quant à la date à assigner aux diverses parties de l'Hexateuque, voici fl les thèses qu'a proposées et démonstrées, à notre avis, M. Kuenen :

1°. Le groupe prophétique est antérieur à la réforme de Josias (âzt), mais on ne saurait remonter au delil de la seconde moitié du JX' siècle.

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Il est d'ailleurs impossible de déterminer l'époque de s Deutéronome.

2°. L'élaboration du groupe deutéronomique s'est effectuée depuis 621 jusqu'après les débuts de la captivité ; c'est alors qu'a lieu la fusion de ces fragments, œuvres d'écrivains divers, mais animés d'un seul et même esprit.

3°. Lors de la réforme d'Esdras, v. 444, paraît la législation sacerdotale, œuvre collective des disciples du fameux scribe.

4". Ce n'est qu'au IIP siècle qu'est terminée la rédaction définitive, comme le témoignent le livre des Chroniques, le Peniateuque samaritain et la version des Septante.

Tel est, brièvement analysé, l'admirable travail de dissection et de reconstitution de l'Hexateuque, que nous devons au génie du savant hollandais

Si le temps dont nous disposons ici n'était si précieux, nous aurions esquissé d'une manière analogue la méthode historique qu'a suivie Wellhausen dans ses études sur l'Hexateuque, qui ne le cèdent en rien, par la rigueur scientifique, la précision et la richesse des résultats, aux qualités éminentes du professeur de Leyde, Mais la tendance de ces deux illustres représentants de la critique biblique étant sensiblement la même, il nous a paru préférable d'exposer ici les conclusions d'une école différente, par la voix non moins autorisée de Dillmann.

Dillmann est l'auteur du commentaire le plus riche, le plus étendu et le plus complet qui ait encore été composé sur l'Hexateuque. Voici comment il se représente la formation de ce recueil.

Le Deutéronome (D), tel qu'il existait au temps de Josias, a été remanié par un rédacteur (Rd) qui l'a inséré dans le Pentateuque. Ce Deutéronome originel était composé des chapitres v. à xxvi., à l'exception de quelques fragments (ix. 27— x. 11, et xi. 27-31) qui appartenaient primitivement à l'introduction et à la conclusion de l'ouvrage, mais qui ont été déplacés par Rd. Le Deutéronome, qui est un écrit législatif, était, en effet, précédé d'une introduction historique et suivi d'une conclusion historique sur l'activité de Moise, conclusion qui s'étend jusque dans le livre de Josué. Rd. en insérant le Deutéronome rédigé du temps de Josias dans le Pentateuque, où se trouvait déjà raconté le contenu de cette introduction et de cette conclusion, a remanié celles-ci sous forme de discours et les a transposées.

Le Deutéronome primitif a eu, entre autres sources, pour la partie législative : le livre de l'Alliance {Exode xx. 23 — xxiii. 33), et les fragments insérés dans Pkrit sacerdotal (A), relatifs aux anciens usages religieux, que Dillmann désigne sous le nom de ' loi du Sinai ' (S). C'est dans la distinction de cette loi du Sinaï que consiste essentiellement l'originalité de la théorie du professeur de Berlin. L'auteur du Deutéronome originel a encore usé de lois qui se trouvent actuellement dansVérrii sacerdolaL Pour lapartiehistorique, ilaeu sous les yeux : le second élohiste (B) et le jahviste (C), mais il a puisé à d'autres sources encore. I^ Deutéronome originel, trouvé en 621, a été composé, sous Josias, par un écrivain très enthousiaste de l'enseignement des prophètes.

Le second élohiste (B) dont les traces apparaissent depuis le chapitre

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XK. de la (.îenèse, et qui a. eu recours, entre autrt^ sources, au livre des guerres de Jahvéh, a écrit, dans le royaume du nord, à l'époque où le prophétisme éphraïmite était dans sa brillante période, c'est-à-dire dans la première moitié du IX". siècle.

Le jahviste (C), qui est dépendant du second élohiste (thèse contraire à celle de l'école de Kuenen), a écrit, dans le royaume de Juda, vers le milieu du VIIT. siècle Les Irais doiumenis D, B, C foniienl la partie propkftigue de i'Hexaieugue.

Si nous défalquons de l'Hexateuque le groupe prophétique D, B, C, il reste l'écrit sacerdotal A, dont le premier chapitre de la Genèse constitue le début. C'est à cet écrit que se rattache le groupe S ou loi du Sinaï, formé des chapitres xvii, à xxvi. du Lévitique, où l'on constate d'ailleurs la présence de fragments étrangers au recueil originel S. A (|uelle époque placer cette loi du Sinai ? L'existence du Décalogue, que tous les auteurs et rédacteurs de l'Hexateuque reportent au temps et à la personne de Moïse, celle du livre de l'Alliance (Exode xx. 23 — xxiii. 33) prouvent que, dès les temps anciens, des lois avaient été rédigées et groupées par pentades ou décades. Ces antiques législations ou premiers essais de codification remontent, y compris S, aux premiers siècles de la possession de Canaan, au plus tard, à l'époque de Samuel, mais elles ont été remaniées du temps des rois. Toutefois, les menaces de bannissement que nous lisons dans Lév. xxvi., et qui n'ont de sens que si Israël est encore maître du pays où il réside, attestent que la collection S, telle qu'elle a été remaniée depuis sa formation originelle, est antérieure à l'exil, peut-être même au Deutéronome.

L'écrit sacerdotal (A), qui a pour but de retracer l'origine, la fondation et les lois de la théocratie israélite, et qui a été composé, comme l'indique te nom par lequel IJillmann le désigne, à un point de vue sacerdotal, a, entre autres sources, connu et utilisé le second élohîste B. Quant au jahviste (C), ses rapports avec A sont si étroits, que l'un de ces écrits suppose l'autre, en sorte que A doit avoir tiré une partie du fond qu'il a en commun avec C d'une rédaction plus ancienne ou de l'une des sources que C a consultées, mais que d'autre part, sous le forme que nous lui reconnaissons actuellement, C dépend davantage de A. Quant à l'époque. A, dépendant de B, ne peut pas avoir été écrit avant la première moitié du IX'. siècle : c'est donc dans le courant de ce siècle, ou, pour nous servir de la formule de IJillmann vers ±800, qu'il faut en placer la composition. Dillmann examine enfin l'importante question de la réunion des diverses parties de l'Hexateuque. Il affirme que B et C n'ont ptas formé un seul et même ouvrage avant d'avoir été amalgamées à A ; c'est la thèse contraire qui a été soutenue par Wellhausen, etc., qui ont démonstré la combinaison de B et de C, avant leur adjonction à toute autre partie de l'Hexateuque. A, B et C, d'après Dillmann, ont été l'objet, après leur fusion, d'un remaniement, travail de rédaction qui ne peut pas être placé avant la lin du VIIT. siècle. On pourrait assigner à cette remise en œuvre de ces matériaux la période qui s'étend entre ± 700 et les temps où le Deutéronome fut composé, s'il était permis de démonstrer que D a utilisé non seulement B et C, mais le groupe A, B, C ; comme tel n'est

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pas le cas, force est de laisser ouverte la période post-Deutéronomique. Par après, mais certainement encore pendant l'exil, a eu lieu la réunion de D avec A, B, C. A quel moment enfin la loi du Sinaï (S) et les autres lois sacerdotales ont-elles été jointes au recueil A, B, C, D ? Pendant l'exi!, à Babylone. En effet Ezéchiel connaît S ; or, pendant l'exil, le corps sacerdotal eut tous les loisirs nécessaires pour méditer sur ces lois, les remanier et les introduire dans le recueil de l'Hexateuque, tel qu'il existait alors. Ce fut cette rnin, compilation historique et législative sortie des mains des juristes babyloniens, qu'Esdras apporta à Jérusalem, où, après lui, il ne fut plus apporté qu'un petit nombre de modifications, touchant à peu prés exclusivement à la rédacrion.

Si nous faisions ici œuvre de critique, nous nous plairions bien moins à relever les points faibles des théories de Dillmann, qu'à mettre en lumière les résultats communs auxquels sont arrivés, en partant de points de vue fort différents, les chefs des deux écoles. Mais nous avons déclaré vouloir nous abstenir de toute discussion ; un rapport n'est point un jugement, encore moins une proclamation de sentences en dernier ressort, mais une simple exposition. Que si nous nous sommes étendu, un peu longuement peut-être, sur les travaux de Dillmann, c'est, tout d'abord, qu'ils ne sont pas susceptibles, comme ceux de l'éminent professeur hollandais, d'un compte-rendu aussi succinct ; c'est ensuite et surtout, qu'en notre qualité d'ancien élève du savant berlinois, nous tenions à reproduire, avec quelque détail, sa pensée sur ce grave problème de l'Hexateuque, pour la solution duquel nous nous rattachons à l'école de Kuenen et de Wellhausen.

Avant de passer à un autre sujet, qu'il nous soit permis d'exprimer un regret, au sujet des dénominations différentes sous lesquelles tes critiques, dont nous venons de parler, désignent les diverses parties de l'Hexateuque ; cette multiplicité de noms et de signes ne sert qu'à compliquer des questions qui, par elles-mêmes, sont déjà suffisamment obscures et difficiles. Nous associons ce regret à celui que nous avons déjà manifesté devant ce congrès, concernant la transcription des langues orientales.

Si, jusque dans ces derniers temps, tout l'effort de la critique biblique s'est porté sur l'examen de l'Hexateuque, il semble qu'aujourd'hui, la lumière ayant été faite, ou, pour parler plus modestement, beaucoup de lumière ayant été projetée sur ces questions, l'attention des savants se fixe de préférence sur l'étal et le rétablissement possible du texte de l'Ancien Testament. Dans cet ordre d'études nous signalerons particulièrement l'excellent ouvrage de Cornill {Das Biich des Pro/eten Ezechiet, 1886), que l'on peut citer comme un modèle du genre, celui de Ryssel ( Untersuchungen liber die Textgesialt und die Echtheit des Bûches Micha^ 1887), celui de Driver {Notes on tht Hebrew Text nf tkt Books of Samuel, 1S90), celui de Baumgartner {Etude critique sur l'état du texte du livre des Pro^ierbes, 1 Sgo), et celui de Euringer {Der Masorahtext des Koheleth, 1890), que nous ne saurions cependant mettre sur le même rang que le précédent.

L'histoire du Canon de l'Ancien Testament a été retracée par Wildebocr (//f/ onstaan van den Kajwn des O. V,, 1S89), et cet ouvrage a eu l'honneur d'être traduit en allemand, cette année même. Quant à l'histoire

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du texte de l'Ancien Testameni, E. Lesavoureux y a consacré un excellent article dans ses Etudes historiqut$ cl exègètiques sur F A. T. (1887).

Nous aurons l'occasion d'énuraérer dans le paragraphe suivant plusieurs écrits exégéttques, oîi sont traitées les questions touchant ù l'histoire littéraire, à celle du texte, etc.

(3, Exégèse des livres de l'Ancien Testament. Nous venons de parler d'énumération ; il ne nous est gufcre possible en effet, dans ce champ si vaste de l'exégèse biblique, d'entreprendre autre chose qu'une simple nomenclature, i'armi les ouvrages d'exégèse nous signalerons ceus de ; Budde {Die Bûcher Richier und Samuel, 1890), Klostermann {Die Biicher Samuel und KÔnigt, 1887), Ryssel {Die Biutier Esni, Necluniia und Ester, 1887, remarquable commentaire). Esaie a trouvé de nombreux interprètes: Von Orelii {Jesaja und Jeremia, 1887), Smith (T/k Book of Isaiah, 1888), Driver {/saia/i, his Life and Times, 1888), E. Delitzsch {1889), Dillmann (1890), etc. Sur jérémie, nous citerons le travail de Cheyne, l'excellent exégète, dont le nom reviendra plus d'une fois sous notre plume (Jertmiah, his Life and Times, 1888). Sur les Psaumes : Schultz et Strack {Die Psalmen und die Sprikhe Salomos, t888). Cheyne {The Book of the Psalms, 1888). Sur les livres gnomiques ; Cheyne {/ob and Solomon, or the Wisdom of the O. T., 1887), G. Hoffmann (Hiob, traduction et introduction, 1891), Reuss {Hio/i, traduction et introduction, 1888), H. Bois {La poésie gnomi^ue cliez les Hébreux et cli^s lei Grecs, 1886, oii l'auteur traite du livre des Proverbes), etc. Nous signalerons, à propos de l'Ecclésiaste, l'appendice du curieux ouvrage de E. Pfleiderer (1886), sur la philosophie d'Heraclite ; sur la poésie hébraïque, nous rappellerons le traité de I^ {Leitfaden der Metrik der HebrîUrhen Poésie, 1887), Le Cantique des cantiques a été l'objet d'un travail intéressant de Stickel {Dos Hokelitd ÎK seiner Einheit, 1888). Parmi les travaux plus spéciaux, nous signalerons l'interprétation des trois mots ' Mané, Thecel, Phares,' du livre de Daniel, qu'a donnée Clermont-Ganneau dans le Journal Asiatique ( 1 886), et l'essai de Margoliouth paru dans le Jmrnal of the E. A. S. (1890) : ' Was the Book of Wisdom written in Hebrew ?'

Mais que de noms oubliés et que de travaux dignes d'éloges ne passons-nous pas sous silence dans cette rapide énumération !

y. Histoire du peuple d' Israël. — Cette histoire, qui tient une si grande place dans l'évolution de l'humanité, a été l'objet de nombreuses étude.-*, parmi lesquelles nous avons à signaler plusieurs ouvrages de la plus haute importance, et dont on peut dire hardiment qu'ils ont fait faire un pas décisif à la science. Nous ne nous étendrons point ici ni sur les rééditions de travaux justement estimés, comme L'histoire des Juifs de Graetz (r887-i89o), ni sur les écrits présentant d'une manière sommaire !e récit des destinées d'Israël, comme la très recommendable Storia degV Tsraeliti de Caslelli (r887-i888), ou le Précis d'histoire juive de M. Vernes (1889), dont on a suffisamment jiarlé dans les Revues spéciales pour qu'il nous paraisse inutile d'y revenir ici.

Les ouvrages originaux, les plus remarquables, qui traitent de l'histoire d'Israël sont, à notre avis, les suivants : Stade, Geschichte des Votkes Isnui (1887-1888), Kittel, Geschichte der //eiràer {iS8&), Renan, Histoire du

lies ef araméennes.

lo Études

peuple d'/srae/ (i8Sj-iSgi) ; et pour le Judaïsme contemporain du Christ : Schiirer, Geschiehie des jùdischeii Volkes rm Zeilalter Jesxi C/tristi (i&i6 i8go), et O. Holtzmann, JJas Ende des jtidischen Staaiswesem und dU Entstehung des Christentkums (1888).

Plusieurs des écrits que nous venons d'énumérer 3ont inachevés. Si Stade retrace l'histoire d'Israël jusqu'aux temps où l'influence greci|ue s'exen,a sur le Judaïsme, Kittel s'arrête à la mort de Josué ; il est vrai que ce dernier ouvrage est autant un livre de critique de l'Ancien Testament que d'histoire des premiers siècles d'Israël. Kittel intitule son volume : Qudknkutide utid Geschiehie 6is zum Tode Josuas, et sa méthode, que nous ne saurions recommander, malgré tout le mérite de l'œuvre qu'elle a produite, consiste à faire parallèlement, et cela en entrant dans le détail, l'histoire littéraire de l'Ancien Testament, le départ des sources de l'Hexateutiue, et l'exposé des événements et des renseignements que l'on est en droit de tirer de ces sources. Ce procédé, quelque rigoureux et justifié qu'il puisse être au point de vue scientifique, offre de très graves inconvénients au point de vue de la narration et de l'enchaînement des faits. Quel est, en effet, le but que l'historien se propose d'atteindre ? Celui d'arriver à une connaissance si exacte et si précise du passé, qu'il lui soit possible de le faire revivre sous les yeux de ses contemporains. L'histoire est plus et mieux que la critique et l'archéologie, sur lesquelles elle repose : elle est la revivîfication du passé. L'historien doit donc soigneusement distinguer et résolument séparer la critique des sources de la reconstruction du passé que ces sources lui permettent d'entreprendre.

C'est cet idéal de l'historien que Renan serait le plus près de réaliser, si son œuvre ne présentait de graves déficits, et ne laissait la porte si large ouverte à l'arbitraire et à l'imagination pure. Son histoire du peuple d'Israël, qui s'étend depuis l'arrivée des Sémites en Syrie jusqu'au retour de la captivité, ne justifie que trop les jugements sévères qui ont été portés sur elle. Les théories hasardées de l'illustre savant, les étranges rapprochements qu'il établit entre l'antique Israël et les temps modernes, l'arbitraire dont il semble user parfois en critique, ont soulevé contre sa reconstruction historique mille objections auxquelles il est malaisé de répondre. Et cependant le don qu'il possède à un si haut degré de ressusciter le passé, et qui en fait comme un voyant du XIX'. siècle, ce don, joint à sa profonde connaissance de l'Orient et des langues sémitiques, communique je ne sais quel charme puissant à la lecture de son ouvrage, tant s'y détachent d'une manière vivante, je ne dis pas l'histoire d'Israël, mais tel épisode de cette histoire, tel trait du caractère de ses héros, telle pensée qui a traversé ces générations si loin de nous. Si, en lisant l'histoire de Israël d'Renan, on est convaincu que cette histoire est encore à écrire, on en retire l'impression qu'elle sera écrite un jour comme telle ou telle page de cette œuvre séduisante mais inégale, oii le passé nous est apparu sous ses plus vives couleurs, mais oii il ne nous est apparu qu'à intervalles irréguliers et fugitifs comme un météore. En d'autres termes, c'est à l'intime union des brillantes qualités d'ordonnance et d'exposition de l'écrivain frani^ais, et de l'austère critique des historiens d'Outre-K.hin, qu'il faudrait confier le soin

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de raconter un jour les destinées d'Israël, lorsque ces destinées seront mieux connues.

En attendant la réalisation de cet idéal, les savants que nous avons nommés ont tous contribué, plusieurs mêmes dans une très large mesure, à mieux faire connaître ces destinées. Parmi eux, la première place appartient incontestablement à Schiirer, dont l'ouvrage est mi modèle de clarté, de précision, de méthode et de rigueur scientifique. Permettes que nous nous y arrêtions quelques instants.

L'œuvre de Schiirer est divisée en deux parties : la première contient l'introduction et l'histoire politique, la seconde retrace l'état et la vie inté rieurs de peuple juif, à l'époque de Jésus-Christ.

L'introduction renferme la bibliographie détaillée et judicieusement ordonnée du sujet, et une étude complète, d'une remarquable précision, sur les sources de cette histoire ; livres maccabéens, documents perdus, Josèphe, écrivains profanes, grecs et latins, littérature rabbinique. Après avoir jette ces solides assises de son travail critique, l'auteur expose d'une manière lumineuse l'histoire politique delà Palestine de l'an 175 avant J.C, jusqu'à l'an 135 de notre ère. A cette narration sobre, mais qui ne laisse dans l'ombre aucun détail, aucun fait dignes d'être notés, est jointe une série d'appendices sur quelques points spéciaux d'archéologie, de chronologie, de généalogie, etc. Suivent de précieux registres, oii toute la matière du livre se trouve condensée.

Quelque captivante que soit la lecture du premier volume, l'intérêt du second est encore plus attachant ; c'est que nous pénétrons dans la vie spirituelle de ce peuple juif, auquel l'humanité est redevable d'une partie de son développement moral, et cela au moment même de la grande crise par laquelle elle a passé. Ici Schiirer commence par étudier les conditions générales de la civilisation palestinienne à cette époque. L'influence de l'Hellénisme s'était fait profondément sentir en Palestine ; il n'est pas un champ de l'activité nationale où l'on ne puisse en constater la présence, et la langue, ce miroir des peuples, en porte des traces nombreuses et indéniables. Cette constatation faite, Schiirer passe en revue les cités et bourgades de la Palestine, oii la civilisation grecque s'était implantée, ou qu'elle avait en quelque manière modifiées et même transformées ; longue est la liste de ces ^oXh; 'E>.>.)iiiiaiff, comme on les appelait alors, précieux le témoignage de leur existence, mais, de quelque poids que pesât dans la balance l'intrusion des mœurs et des idées grecques, le Judaïsme n'en développait pas moins sa vie propre, au sein même de ces cités. De là, le soin tout particulier que met Schurer à écrire l'histoire, à cette époque, du Sanhédrin, du souverain sacerdoce, du clergé, du culte du temple, et de l'ordre et de l'activité du corps des scribes. Les partis religieux, dont la vie alors était si intense, attirent à un haut degré son attention ; l'auteur a eu l'excellente idée de faire précéder l'étude, qu'il leur consacre, des textes les plus importants de Josèphe et de la Michnah sur les Pharisiens et les Saducéens. Par là, le lecteur est à même de contrôler les assertions de l'historien ou de se livrera une nouvelle interprétation de ces documents. Le Pharisaïsme, prédominant dans cette période, et dont l'autorité grandissait à mesure que le Saducéisme disparaissait de la scène palestinienne,

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remplissait la Judée et le Judaïsme de son activité et de ses institutions, que Schùrer examine successivement: école, synagogue, pratique légale. Les espérances messianiques sont l'objet d'une étude, qui nous parait être la mieux infonnée et la plus critique qui ait été faite sur ce sujet. L'auteur passe ensuite à. l'Esséi^isme, puis à la Diaspora et aux prosélytes. L'ouvrage se termine par un très long travail consacré à la littérature canonique, extra-canonique et profane du milieu juif de l'époque dont il retrace l'histoire ; ce travail est une véritable introduction à la littérature juive palestinienne, juive hellénistique et juive alexandrine (y compris Philon). Par là Schûrer épuise le vaste sujet qu'il a abordé, n'ayant rien promis qu'il n'ait donné, et mettant entre les mains du travailleur, qui fait de l'Ancien Testament et de l'histoire d'israél son domaine, un merveilleux instrument, un outil précieux dans lequel le chercheur peut avoir une absolue confiance.

Nous rattacherons à l'histoire d'Israël plusieurs ouvrages importants qui traitent de sujets touchant à cette histoire ou de peuples en étroite relation avec les Hébreux. Sur les Hétéens ou Hittites, nous citerons la seconde édition de W. Wright {The Empire of tht Biitites, wîlh Deciphermtnt of Hittite Inscriptions, by Sayce, 1886) et le tome quatrième de ^L'histoire de l'art dans l'antiquité ' de Perrot et Chipiez, tome consacré en partie aux Hétéens (1886). Signalons aussi le travail de Pietschmann {Geschichte der Phonider, 1889), qui a retracé l'histoire de ces intéressantes populations d'après les découvertes les plus récentes, et qui montre par là îes grands progrès que ces études ont faits depuis Movers.

L'archéologie, qui n'est qu'une subdivision de l'histoire, a été l'objet d'innombrables monographies. Comme ouvrage général, et traitant l'ensemble du sujet, il n'y a guère à mentionner que l'archéologie biblique de Schegg (1886-1888), assez ancienne déjà quant au fond. C'est dans la même catégorie de publications générales que l'on peut ranger les quatre volumes de l'abbé Vigouroux intitulés La Bible et les découvertes imderms en Palestine, en Egypt, et en Assyrie (1889). Plusieurs œuvres du |.ilus grand mérite ont été publiées sur la géographie des pays bibliques et des régions connues des Israélites ; nous citerons, entre autres, l'excellent BibelAllas de Riess {1S87, 2" édition). L'atlas géographique de la Bible, non moins remarquable de Million et Nicole (1890), le travail précieux pour, l'identification des noms de lieux bibliques de Armstrong, Wiison et Conder (Names and Places in the Old and New Testaments and Apncrypha, with ikeir Modem Identifications, 1889). Parmi les nombreux voyages, on i>eul mentionner ceux de de Vogu' {S Pal tin t \fl. Athos, veyage aux pays du passé, 1&&T, 2' édition) e d Lbe e (. u he {Palàstinii in Bild und Wort, 1887, neue Ausg.). n 1 udea onsacrées au

temple de Jérusalem, il n'est pas possible de ^a e ou len e celles de Perrot et Chipiez, qui se sont efTorcés, d a[ 1 d nn es d E échiel, de reconstruire, sur le papier, le temple de Jah h {H d 'art dans

f antiquité, t. iv., 1887 ; Le temple de Jért al la i Bois-Liban,

1S89, etc.). Nous renon<^ons à entrer dan 1 d ta 1 de p blications

Études hébraïques et araméennes. 1 3

relatives à l'archéolt^ie ; c'est tout un inonde, et même un labyrinthe ; ceux qui en connaissent l'itinéraire et la sortie nous excuseront.

Avant de quitter les sciences bibliques, ou plutôt d'en élai^ir le champ, nous tenons à apporter le tribut de nos éloges et de notre admiration au remarquable travail de paléographie de Neubauer (Calalogitt- of tke Hebrew MSS. in the Bodkian Library, 1886). qui contient la classification et la description de î6o2 numéros. Ce catalogue peut être cité comme un modèle.

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