‹ Des Progrès de l'Hygiène Dans les Lycées Depuis Vingt Ans Et Des Réformes À AccomplirChapitre 6 sur 8 · CE ES · texte numérisé non relu

CE ES

Jours deux classes différentes. Bien plus, il est recommandé aux professeurs de varier leur enseignement et de changer la matière de leur cours quand ils s’aperçoivent de la fatigue ou de l’inattention de leurs élèves. Les punitions mêmes, qui autrefois privaient les élèves de leur récréation principale, sont supprimées ; on ne connaît plus le piquet, la petite ou la grande retenue, la privation de sortie, le séquestre. Tout cela a disparu. Par contre, on a institué pour les internes et demi-pensionnaires un carnet sanitaire: on y inscrit, chaque trimestre, le

poids, la taille, le tour de poitrine des élèves, Ces “carnets restent entre les mains du proviseur, qui, le

cas échéant, prend les mesures indiquées par le docteur.

Telles sont brièvement résumées les réformes accomplies depuis vingt ans. Toutes ont été réalisées pour le plus grand bien des enfants et des jeunes gens confiés à l’Université, et on n'a eu qu’às’en louer.

Réformes insuffisantes. — Nombre d'heures de travail trop élevé.

Malheureusement combien d’entre elles sont res-

tées inachevées! Si l’on cite des proviseurs, des recteurs (Lille, Toulouse} qui les appliquent avec le

dévouement et le zèle que comporte une tâche aussi noble, la grande majorité des administrateurs, pro-

viseurs et économes suivent les nouvelles prescrip-

tions, de loin, de très loin, et en tirant en arrière

sur la corde, parce qu’elles donnent du souci et du travail, parce qu’elles créent des responsabilités, et les forcent à des initiatives. La circulaire même de mars 1910, tout en faisant appel àl’amour-propre des chefs d'établissements pour les inciter à agir, leur ordonne, d’autre part, une réserve qu'ils ne sont que trop disposés à observer, et la timidité officielle qui s’y donne libre cours ne fait qu’encourager leur apathie. Chez eux aussi la devise immuable est « pas d'histoires pas d’affaires ». On est si bien, inerte et indifférent au milieu des paperasses administratives !

Il n’est pas jusqu'aux docteurs attachés aux lycées qui ne fassent trop souvent preuve d’indifférence, absorbés qu'ils sont par leurs occupations de ville, ou rebutés par le mauvais vouloir des proviseurs. f faut aussi lutter contre certaines moqueries paralysantes, et certaines résistances auxquelles on ne s’attendrait guère : dans certaine région de France, certains professeurs refusent de laisser aérer leurs classes de peur que les mouches y pénètrent ! Et certains censeurs sont obligés d’ouvrir.eux-mêmes - portes et fenêtres s'ils veulent que l’air soit renouvelé dans les classes ! Il y a là toute une éducation à faire ou à refaire, et il faudrait endoctriner les maîtres avant d'instruire lés élèves.

Toul cela serait peu de chose et l’adaptation aux idées nouvelles se ferait bien quand même et peu à peu ; mais landis que l’on bâtissait des locaux. salubres et gais, que l'on transformait des vieux lycées, que l’on prenait les mesures nécessaires pour

assurer un chauffage et un éclairage hygiéniques,que l'on apportait un soin de plus en plus attentif à la propreté corporelle, que l’on tentait une renaissance des jeux elexercices physiques, rien,à part les vœux platoniques de la Ligue française pour l'hygiène scolaire, rien n’a été fait pour alléger la somme de travail et d’immobilité imposée aux élèves. Malgré les interruptions dun quart d'heure ou de cinq minutes entre les classes, le total des heures consacrées à l'étude est, à quelques minutes près, absolument identique à celui d'il y a vingt ans, et le tableau suivaut qui résume la situation actuelle ne présente que des différences négligeables avec celui d’autresois.

TaBceau II

| | Sommeil Classes | Études Total

Gymuast Récréat.

| Promenades

Classes, [Été. 8h.1/4 se 2h, par de À prim. |Hiver, 9 h.1/4| ons CRT) Oh S AE ane |) a/& È Dieu us >| PRRSRSS MERE PEU PRE ES DÉC me e L°] Re id éd | ï id. id id. |£ fe a ba À ——— | ——— |} |; à Moyens. id. kh.et5h. id. 11h.1/2]1 h. 1/2/2 h. 348 te À | — 5 5 2 : © © Eté. 7 he 1/4 ‘à Bale re ren Hi 5 bh. 6h.et7h.|12h.1/2| ïd. i - CRE EE Re ee | re 4 Din id. 15h.et5h. de h.et8h| id. id. id. |«

extra sup.

La même conclusion s'impose donc qu’il y a vingt ans.

L'on s'étonne, après cela, que les progrès accomplis ne donnent pas-plus de résultats; on s'étonne de ‘trouver en fin d'année, malgré l'hygiène des locaux, malgré jeux et exercices physiques, des élèves pâles, anémiques, débilités ; on s'étonne de l’aspect chétif de beaucoup d’entre eux, de leur peu de résis-

tance physique!

Contresens physiologique

C'est que, en forçant les enfants à un travail cérébral, prolongé et à une immobilité continue, on a toujours commis el on commet encore le plus grand contresens physiologique qu'on puisse imaginer. Ces enfants, ces adolescents sont en pleine période de croissance: de sept à quatorze et quinze ans ils grandissent de 5 à 6 centimètres par an, et par an leur poids augmente de 2 kilogrammes; leur formation osseuse el articulaire, qui demande les matériaux les plus riches, les assimilations les plus intenses et les plus compliquées, est en pleine activité ; leurs viscères suivent pas à pas le développement général du corps ; leurs muscles commencent à prendre leur tonicité, et bientôt leurs glandes génitales s’éveilleront et deviendront. fécondes. Il faudrait à ces organismes, pour faciliter et achever le travail énorme de construction lente et rapide à la fois qui s’accomplit en eux, il faudrait une respiration active et libre

qui leur apporte l'oxygène nécessaire, une circulaüion sans obstacles, et apte à transporter parlout les matériaux de la vie, à faciliter les échanges, à nourrir les tissus et à chasser tous les décheis. Et pour cela il n’y aurait qu’un seul moyen, moyen infaillible, mais nécessaire, laisser à l’enfant toute son aclivité physique.

Besoin instinctif du mouvement chez l'enfant

Le mouvement est en effet une fonction naturelle chez l'enfant. Le voici en classe : après trois quarts d'heure d’immobilité et d’attention, et plus encore après une heure et demie, ce n’est pas le désir d’une diversion de l’esprit qui le rend turbulent, c'est le besoin de se mouvoir : malgré l'autorité du maitre, malgré la crainte des punitions, malgré la bonne volonté même de l'enfant, il bouge, il remue, il s’agite el fait du bruit; ses jambes se balancent impétueusement ; ses avant-bras cirent la table, son fond de culotte polit le banc, ses mains liraillent ses vêtements, sespieds glissent à terre, son plumier, ses livres tombent avec fracas ; pour demander à répondre, il se lève, s’assicd, se trémousse, tourne de droite el de gauche, secoue ses bras, ses mains comme autant de signaux affolés ; c’est le moment où les bons élèves, si doux, si calmes, étonnent leurs professeurs par des incartades imprévues qui leur attirent quelque sévère réprimande.

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