SES
Tant que dure la classe ou l’étude, les enfants sont relativement calmes ; mais altendez-les à la sortie: ils se précipitent tumultueux et pressés, ils passent dans un déchaîinement de cris inarticulés et demouvements désordonnés ; on dirait une meute lâchéeé sur quelque proie ; rien ne les arrête daus leur débandade effrénée qui fait sourire les parents et rouler de gros yeux aux professeurs et maîtres altardés dans la mêlée. Pourtant, quel enseignement pour léducateur! Cet excès de turbulence qui se calme peu à peu ne vient-il pas corriger l'excès de contrainte et d'inmobililé qu’on impose à ces enfants ; el si l'on savail mieux organiser l’enseignement, aurail-on ces spectacles qui font douter le passant indifférent ou hostile, de la bonne éducation d'enfants bien élevés.
Quand l'enfant est en -liberté, seul ou avec ses camarades, c’esi encore le mouvement qui domine dans ses jeux ; mouvements variés et souples qui font travailler muscles et articulations, mouvements agiles et multiples qui exercent bras, jambes, tête et tronc. Il n'est pas jusqu'à ses cris, ses disputes, ses chamaillis qui ne viennent ajouter leur effet au dévelopement de la cage thoracique. Et puis regardez ces faces épanouies, rouges d'animation et de plaisir ; le jeu n'est-il pas spontané el nalurel chez l'enfant ? Ne s'y adonne-l-il pas avec ardeur, sans effort physique, sans eflort de volonté, sans fatigue ? N'y éprouve-t-il pas une joie inconsciente qui se diffuse dans tous $es membres ? une vie plus intense ne
passe-t-elle pas en lui?el son esprit mème n’en
acquiert-il pas plus de vivacité et de promptitude ?
Celle agitation qui survit à la contrainte des classes, celte turbulence excessive quiluisuccède, cetteliberté, celle spontanéité dans les jeux, le plaisir qui les accompagne sont autant de preuves que l’activité physique chez l'enfant est une nécessité de la vie: nécessité comme le boire et le manger, comme le sommeil. L'enfant, qui joue bruyamment et brutalement, accomplit une fonction physiologique; la nalure travaille en lui, elle est son guide, et le pousse sans qu'il s’en doute à la satisfaction d'un besoin, plus même, d’uninstinet.
En suivant cet instinct, l’œuvre de la nature nonentravée serait parfaite. Les mouvements, et surtout les mouvements rapides et souples particuliers aux . jeux d'enfants, font travailler les muscles, le rythme de la respiration devient plus fréquent, la capacité de la cage thoracique augmente, le poumon est en pleine suractivité ; la quantité d’air inspiré est cinq, six et même sept fois plus grande qu’au repos, et l'absorption d'oxygène s'accroît d'autant. La circulation est accélérée, le nombre des pulsations est doublé, le sang circule plus chaud, les échanges gazeux et les transformations chimiques sont plus rapides et plus actifs, l'assimilation se fait sur tous les points de l'organisme et devient plus intense et plus régulière, les déchets s’éliminenti sans arrêl, et un appétit toujours renouvelé de matériaux nouveaux se fait sentir sans trêve.
Le mouvement, dans son infinie variété, répond
done bien aux besoins intimes de l'organisme en voie de croissance. L’en priver, c’est lutter contre la nature et la déformer, c’est diminuer l’activité vitale, c’est amoindrir la résistance physique, c’est abattre les obstacles sur la route où s’acheminent si facilement les maladies et quelquefois la mort.
C'est pourtant ce crime de lèse-nature qu’on accomplit systématiquement contre les enfants dans les lycées, collèges et écoles. Sans compter les heures de sommeil dans des dortoirs fermés, on emprisonne pendant neuf et dix beures par jour des enfants, pendant douze à treize “heures des jeunes gens, dans des salles où l’acide carbonique peut atteindre, au bout d’une heure, une proportion de 3 à 4 0/00 ; on les y condamne à une immobilité plus fatigante que tous les exercices physiques, . parce que la fatigue qu’elle provoque est une fatigue lente et sournoise, qui s’installe insidieusement et dont les effets sont lointains, et on les force à un travail intellectuel le plus souvent inintelligent et ennuyeux.
Pendant ces longues périodes d’encellulement, d'’immobilité et d'effort cérébral, la respiration. devient superficielle, le sommet des poumons ne fonctionne pas, les battements du cœur se ralentissent, la circulation languit, la température baisse, l'assimilation traîne et se fait mal, l'élimination des déchets est imparfaite et l’esprit lui-même s'embrume
le plus souvent. À ce régime, l'appétit devient paresseux, la digestion devient lente, les muscles perdent
sl
leur tonicité et leur contractilité, l'organisme devient sensible au refroidissement, et,sans aggraver le tableau par la menace de maladies infectieuses ou de déformations corporelles, on peut dire que l'économie est dans un état d’appauyrissement général qui peut influer sur l'existence entière.
Les récréations et les jeux sont un trompe-l’œil
On dira peut-être que justement ces fameuses récréations d’un quart d'heure, ces intervalles de cinq minutes entre les classes apportent le délassement nécessaire à l'esprit, que les jeux physiques sont redevenus en honneur pendant les longues récréations et prennent une grande part des jeudis et dimanches. :
Cela n’esi qu’apparence : si les courts intervalles laissés entre les classes délassent l'esprit, s'ils sont un obstacle à l’asphyxie lente contre laquelle on les a institués, ils laissent le plus souvent les enfants avec le regret de n'avoir pu continuer les jeux commencés, et leur font reprendre leur tâche à contrecœur. Les séances de jeux du jeudi et du dimanche, trop longues comparées aux courtes récréations de
“la semaine, laissent après elles une courbature pénible, signe qu’elles sont, elles aussi, un autre genre de surmenage ajouté à l’autre. D’ailleurs, ces jeux mêmes, si bien organisés qu'ils soient, ne com-
mr —
prennent pas tous les élèves. À part les premiers rôles privilégiés, qui remplissent une tâche physique assez lourde, les autres, plus nombreux, ne sont que des comparses, et un plus grand nombre encore se bornent à être spectateurs. Enfin, il y a la foule des exlernes pour qui loules les récréations physiques se limitent au chemin parcouru quatre fois par jour dela maison au lycée et du lycée à la maison. Les jeux ,en admettant qu'ils soient réellement utiles, tels qu'on les pratique actuellement, ne profitent en réalité qu’à un nombre restreint d'élèves et ne font pas partie intégrante, obligatoire de l'éducation. Par cela même qu'ils soni trop peu fréquents, trop espacés, leur rôle hygiénique est douteux et, à part de rares exceptions, leur effet bienfaisant est loin d’être évident ou démontré.
L'Université, d’ailleurs, sait bien l'inutilité relative, l’insuffisance de ces exercices physiques et son impuissance à maintenir ses élèves en état de santé vigoureuse.
Eiîle impose des vacances de deux mois, et elle tolère le dépeuplement de ses lycées et collèges dès le début de juillet, laissant fuir les enfants las, fatigués, déprimés vers les campagnes ensoleillées, vers la mer, vers la montagne.
Des enfants qu’on lui confie, elle a presque fait des malades, elle les a soumis à un régime d° hommes d’affaires, d'homme en batailie pour la vie. Comme à cet homme il faut à l'enfant non une eure de repos, mais une cure de grand air et de libre mouvement ;
- physiques.
et tout va bien quand trois mois sont suffisants pour réparer ce que l’on a détruit pendant les autres mois de l’année,
Conséquences éloignées de ce régime
Si encore l'influence néfaste d’un tel régime se bornait à des troubles momentanés; mais le jeune
homme garde l'empreinte reçue et, devenu adulte,
peut la porter toute la vie.
Ces enfants, si vifs, si remuants, ces enfants, de huit à seize ans, toujours en mouvement quand on les laisse libres, on ne les astréint pas impunément à cette immobilité prolongée pendant des semaines, des mois, des années, Le corps s’alanguit, une apa-
{hie progressive s’en empare, une torpeur muscu-
laïre l’'envahit et semble paralyser jusqu’à la volonté. On perd peu à peu l'habitude des jeux en plein air, de la course, du saul, qui donnent tant de souplesse et d'harmonie aux mouvements du corps; on les néglige, on les abandonne, et il faut un effort de volonté pour s'imposer la pratique des exercices
Cet effort de volonté, on le fait bien rarement, on conserve après la puberté, et plus tard encore, les habitudes imposées dès la jeunesse, acquises peu à
Z peu et formant en nous comme une seconde nalure;
ou hésite à remplir son devoir envers la patrie, plus par répugnance pour l'effort physique qu'il exige
- que par manque de patriotisme, peur de la guerre
REX" as
ou dégoût de la promiscuité où l'en vit à la caserne; on continue sans s’en apercevoir les longues séances d’immobilité, on finit par les aimer, et l’on s’installe commodément dans le bureau ou l’on est devenu parfait fonctionnaire, ou bien l’on passe des heures, assis au café, à continuer le doux rève d'inaction et de nonchalance qui semble être l'idéal de la vie.
Cherchez des exemples d'énergie raisonnée, d’initiatives fécondes ; cherchez le besoin d'expansion, d'entreprises courageuses, que seuls peuvent faire naître l’entrainement physique et la vigueur eorporelle alliée x une intelligence cultivée; vous en trouverez un bien petit nombre ; vous rencontirerez plus souvent le simulacre, te fantôme de ces belles qualités humaines chez des jeunes gens qui, comme lexprime st bien le professeur Landouzy, « ont plus de nerfs que de muscles, plus de vapeurs que de volonté ».
La surcharge des programmes eause de toutle mal
Cependant ce régime d’immobilité et de travail prolongés, causes de tout le mal, est nécessaire pour Pexécution des programmes d'enseignement ;: on a surchargé ceux-e1 à tel point que la seule énumération des matières à apprendre dans les différentes classes tient un volume de plus de deux cents pages, imprimé | chez Delalain ! IH faut entr'ouvrir ce livre pour voir quelle formidable puissance d'assimilation il faudrait
pour apprendre et surtout savoir tout ce fatras de connaissances. ÏÎl y a tant et tant de matières à absorber que les enfants, les jeunes gens n’exercent guère que leur mémoire, cette faculté passive qui semble tout retenir, mais rejelte tout ce dont le raisonnement l'intelligence ou l'imagination ne font pas leur profit.
Prenons comme unique exemple d’une journée de travail, l'emploi du temps d’un élève de Septième à Paris en été 1y10. L'âge de lenfant est neuf à dix ans. Le matin,il a eu deux heures de classe: la première heure a été consacrée à la récitation d’une leçon de géographie apprise à l'étude ou à la maison L et comprenant les paragraphes suivants :
Généralités sur les routes nationales, départementales, chemins vicinaux et chemins de fer.
Les six réseaux, le septième de l'État.
Résumé des réseaux de l'Est et du Nord.
La deuxième heure s’est écoulée à l’exécution d'exercices français.
Rentré à l'étude ou à la maison il a pris son histoire et en a étudié deux grandes pages comprenant
les petites chapitres intitulés :
L'Empire, les guerres, la guerre de Crimée. Victoire de.
l'Alma. Siège de Sébastopol. La paix.
La première heure de classe de l'après-midi a été
consacrée à la récitation presque par cœur de ces - deux pages d'histoire. Pendant la deuxième heure, il
LS GRAS s'est livré à desexercices de calcul et voici deux des problèmes donnés à résoudre :
I. — J'ai dépensé les 4/9 de ce que j'avais, puis les 7/8 du reste, et j'ai encore 5 francs. Quelle somme avais-je ?
IT. — Un homme qui avait 1.200 francs en a dépensé 1/3, puis les 2/3 de ce qui lui restait, enfin les 7/8 du reste.
Combien lui reste-t-il ?
Absurdité et inutilité de certains travaux
Quelle étrange facon de compter ! Ne pas savoir ce que l’on a eu en poche et se rappeler qu'on en a dépensé les 4/9, puisles 7/8du reste et qu’on possède encore cent sous ! ou bien avoir eu 1.200 francs, savoir qu'on en a dépensé le 1/3, puis les 2/3 du reste, puis encore les 7/8 du deuxième resteet ne pas savoir ce qu'on possède encore ! Voilà de fameux calculateurs, mais de bien piètres comptables ! Et m'est avis qu’un caissier de banque qui ferait ses comptes de cetle manière serait bien vite considéré comme fou, êt renvoyé de la maison qui l'honore de sa confiance.
Enfin, après avoir passé sa dernière heure de classe à se torturer la cervelle sur ces chinoiseries mathé- mathiques et à les résoudre, ou ne pas les résoudre, le fait importe peu, ilest rentré à la maison, ou en étude après une récréation d’une heure ; et ce = enfant de neufans qui a déjà appris et récité de la géographie, fait des exercices de français, appris
et récité de l’histoire, cherché la solution de problèmes abracadabrants, cet enfant qui pour tout cela a déjà été enfermé six heures et demie, on l’enferme de nouveau avec la tâche suivante :
Écrire correctement les mots soulignés et mettre en marge le numéro de la règle que l'on aura appliquée 19 Les étoffes gris perle se tachent facilement ; — 2°Les petits enfants portent souvent des rubans rose tendre ; 3° Les étoffes bleues sont moins communes que les étoffes marron ‘ 4° Les satins jaune brillant se nomment encore des satins Jjonquille :
5° La fourrure du chat est souvent châtain clair ; 69 On a emprunté au règne végétal des noms de couleurs: on dit des étoffes réséda, des rubans olive, du drap noisette, de la gaze vert pomme ; 7° La vertu, tout austère qu ‘elle est, fait goûter bien des plaisirs; = 4 F2 PS SE, Se trouvait | à cette réunion dite cent personnes; Ar. g° Quels que soient les humains il faut vivre avec eux ; __ 10° Paris a bien changé depuis trente ans, il est une toute autre ville ; 1° Les marims sur leurs bateaux sont souvent nus-pieds ;
mais ils ont rarement la {éte nue. | £ 4 }
Voila un joli casse-tête pour ces enfants! mais ce n'est pas. tout; il y a aussi un petit devoir d’an- | glais ou d'allemand heureusement très court; puis
P. Laurent 3
des leçons à apprendre : 15!vers d'une fable, et quelques numéros de grammaire.
Ces quelques numéros de grammaire n'ont l'air de rien, mais lisez-les et vous vous demanderez ee qu'un enfant de neuf an peut bien y comprendre.
re Le mode est la manière dont on emploie le verbe pour indiquer comment l'action est présentée;
2° Quand le sujet fait l'action exprimée par le verbe, on dit que le verbe est à la forme active;
3 Le verbe actif peut être construit avee un attribut du sujet, ou avee un objet direct ou indirect. Exemple : enfant tomba malade, le faucheur coupe le blé ;
4° Quand le verbe a un complément d'objet direct ou indirect on dit qu'il a le sens transitif. Cela signifie que l'action faite par le sujet passe sur Fobjet,
5° Quand un verbe transitit peut avoir um complément d'objet direct on l'appelle verbe transitit direet. Quand un verbe transitif a un complément d'objet indireet, on l'appelle verbe transitif indirect ;
6° Certains verbes actif se construisent seulement avec un sujet et n'ont pas de complément d'objet, on dit qu'ils ont le
sens intransitif.
Que penser de toutes ces formules ? Quelle salade vont faire dans la tête de notre enfant de neuf ans les définitions de ces verbes actifs transitifs, transitifs. directs, transitifs indireets et intransitifs ! L'enfant les apprend par eœur, neuf fois sur dix ne les comprend pas, et deux jours après les à oubliées.
N'aurait-il pas mieux valu, pour lui, passer une bonne moitié de son temps à courir, gambader, jouer, à acquérir un peu de force, et à développer son activité vilale ?
Abondance exagérée des matières
Tout au long de la vie scolaire, c’est la même faute iniliale : le gavage forcé de notions inutiles : à sept ans, en Huitième, on apprend l’histoire; mais quel intérêt trouve-t-on à cet âge à la plupart des chapitres et que retient-on de tout ceci: «Le chàteau féodal, les seigneurs, les paysans, les vilies, les guerres privées, Urbain Il et Pierre l'Ermite, la première croisade. » ;
- Ou bien: « Louis VI à l'attaque du Puiset, un seigneur accordant une charte de commune, la maison commune et la cloche, description rapide d’une église romaine ou d’une église gothique,’ Louis XI à Péronne,Charles le Téméraire à Granson et à Nancy, les premiers imprimeurs, »
Ii y a là autant de notions, si pas davantage, qu'on en pourrait demander au baccalauréat dix ans plus tard ! Avançons de quelques années ; à douze et treize ans, ajoutées aux trois heures de Français, aux sept heures de latin et aux cinq heures de langues vivantes par semaine, il faut apprendre l'Histoire ancienne, la Grecque et la Latine,puis encore l'Histoire de France déjà apprise à sept, huit et neuf ans, puis la Botanique, la Géologie, la Zoologie, la.
te
Morale, la Comptabilité, la Géométrie, la Physique, la Chimie, le Droit usuel. A quatorze, quinze et seize ans, en plus de trois heures de Français et de Latin, des cinq heures de Grec, et des sept heures de Langues vivantes, on recommence l’étude de l’Histoire ancienne, grecque et latine, et de l'Histoire moderne, on y ajoute de nouveau la Physique, la Chimie, l’Algèbre, la Cosmographie et ainsi de suite jusqu'à l’'Hygiène en Philosophie, hygiène que l’on
apprend, mais que l’on ne pratique pas.
Inutüilité et stérilité de tout ce travail
Et tout ce travail imposé à des enfants et à des adolescents, tout ce travail, qui ruine leur santé et entrave leur développement physique est en grande partie stérile, tel qu’on le pratique. Les programmes par la répétition des mêmes matières apprises deux et trois fois au cours des études, et approfondies chaque fois davantage, avouent l'inutilité de tant d'efforts. |
Tout va bien même, si l’année du baccalauréat, les élèves ne se jettent pas sur les manuels ad hoc pour emmagasiner hâtivement toutes les matières exigées ; matières apprises, matières oubliées, matières qu'ils apprennent une dernière fois, pour les oublier enfin ‘définitivement, aussitôt les épreuves terminées.
Les programmes, en visant à la culture générale, ont le grand tort de tomber dans le savoir encyclo-
= 4t => pédique. Les jeunes gens forcés de tout apprendre ne savent plus rien.D'’ailleurs, comment leur mémoire retiendrait-elle journellement ce que l'on met journellement quatre. cinq et six heures à leur enseigner. La chose est impossible. La mémoire se vide au fur et à mesure qu'elle s’emplit; toutes ces notions entassées à la hâte, sans ordre et sans intérêt, y sont
des hôtes de passage indiflérents: ils ne laissent
aucune trace, aucun souvenir.
Cest donc de l'exécution de ces programmes touffus et interminables que vient tout le mal. Sous prétexte de les étudier à fond, on néglige l'activité ‘physique, on rompt l’équilibre naturel, qui exige à ce moment de la vie, comme un demi-sommeil céré=. bral pour laisser toutes les énergies de l’organisme concourir au développement du corps ; on paralyse les forces naturelles, et malgré l'abondance des malières apprises, on n'arrive même pas à armer
l'intelligence et la volonté.
. Réforme des programmes Une réforme complète, absolue de ces programmes
s'impose donc. réforme difficile, car elle s'attaque à une formidable organisation, à la force des habi-
tudes, aux préjugés séculaires, aux idées arrètées, et
à des amours-propres en révolte. Les inspecteurs généraux des divers enseignements, sous la présidence du directeur de l’enseignement secondaire,
élaborent les programmes, sans aucune aide, sans
aucun conseil, sans l’avis même du personnel enseignant.
Cette élaboration consiste à apporter chacun sa petite liste, chaque fois plus longue et plus complète, l’on ajoute le tout bœut à hout, et le tour est Joué, Allez persuader à ces hommes, que chacun d'eux tire à lui la couverture, que l’enseignement qu'il préconise est dans certaines de ses parties inulile ; allez les convaincre qu’ils exigent trop et n'obtiennent pas assez, ils nieront l'évidence, et si vous leur demandez une réforme, ils ajouteront quelque nouvelle matière à la liste déjà si longue.
Des fabricants de programme on n'obliendra rien, des exécuteurs on n'obtiendra peu, surtout que ieur avenir dépend de ces fabricants même: il faut chercher autre chose. ;
La vraie mission de l’enseignement secondaire, celle qu’il avoue, celle dont il se vante, est de former des hommes possédant une culture générale, des hommes à l'intelligence ouverte et à l'esprit convenablement instruit. Ne pourrait-on, alors, chercher auprès des hommes de valeur des professions libérales, du commerce et de. l’industrie, ce qui fait d’eux des hommes d'esprit cultivé? ne pourrait-on leur demander, ce que, en dehors de leur science professionnélle, ils ont retènu des innombrables connaissances qu'on leur a inculquées dans leur jeunesse : ce qui, parmi elles, a servi à meubler leur esprit, ce = qu'ils ont oublié le plus vite, et sans regret, ce qui leur a manqué le plus, enfin ce qu'ils y ont trouvé
‘d'utile 4 d'agrédie pour ls satiarsion de leur goût et la culture de leur ones?
te de | naissances. nn Éiscesn d'idées #1 de Lits qui forme -ssient comme le noyas des IOMIVERL DIET PIINCS __/ noyau Auiour duquel grevfersient, avec gas où | moine d'imporiance, les msiières qui sy sise. De cette facon 08 neriverait gent tre à gen orge vraie culture générale, Wiséraise di sente, © 2 pos cite masse eme igue de athées qu cm apprend à contre-cœus pour l'onbier phas tard avec plaisir, D me , on Ge qui me re
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LA loisirs et on pourrait réaliser totalement les desi-
derata que la Commission d'enquête sur l'Hygiène scolaire, instituée par le ministre de l’Instruction publique, formulait déjà en 1588, 1889 et 1890. Cette commission réclamait seulement six heures de travail pour les petits élèves et huit à neuf heures pour les grands, el encore trouvait-elle ces chiffres légèrement excessifs. Cependant, quel progrès énorme ce serait, et quel temps utile serait consacré aux jeux, à l’éducation physique, à la culture du corps, celle qui ne s’oublie pas, et dont on garde l'empreinte loute
la vie !
Réforme immédiate possible
Ne pourrait-on pas, même avec les programmes actuels, obtenir quelque atténuation à la rigueur de l'horaire des classes, et donner plus de souplesse à l'emploi du temps. Il suffirait de laisser aux chefs. d'établissements toute latitude d'interrompre ou de supprimer classes et études certains jours et d'emmener élèves et maîtres surlesterrains de jeux ou à la campagne, comme cela se pratique couramment en Angleterre; on profiterait des belles journées d'hiver, si rares en novembre et décembre, et on ne verrait plus des enfants enfermés vingt-deux heures sur vingt-quatre à cause de la tombée précoce de la nuit. Au printemps et en été, on se mettrait àl’unisson avec la nature en joie, et on n'aurait pas le chagrin de voir les figures absentes des élèves se
d’histoire, ou la solution exacte d’un problème !
tourner attristées vers le ciel bleu, vers le soleil qui rit, vers les bruits du dehors, vers l’espace, vers la liberté. Les professeurs n’auraient-ils pas là une occasion de rompre la monotonie de leur tâche, de profiter eux aussi du grand air, de la lumière, de mieux deviner les aspirations physiques de leurs élèves, d'être mieux compris et mieux aimés d'eux quand ils auraient rehaussé de leur supériorité physique leur supérioritéintellectuelle et leur autorité morale. Élèves et maîtres y gagneraient donc, et si, en l’occasion, le programme était victime de quelque
négligence ou de quelque entorse, elle serait ample-
ment compensée par la gaieté des élèves, leur joie physique, le bien-être de tout leur organisme, et à
leur âge cela vaut mieux que l'étude d’un chapitre
3 CPE né accomplis depuis vingt ans en bygiéne 2 - — seolgire sont assez nombreux : les constructions sont à aménagées avec un meilleur souci de l'hy giéne : les 2
- RE ee RE les exercices physiques : >3
__ tant g3'on imposer à des enfants de sept RES 2 | ef une framobilité variant de
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