‹ Des progrès de la révolution et de la guerre contre l'égliseChapitre 11 sur 15 · ALTO · texte numérisé non relu

ALTO

PIECES OTSMFICATIYES^

Utiam sanctam Ecclesiam catholicam et ipsanl apostolicam urgente fide credere cogiinur et te-

nere Igitur Ecclesiae unius et unicae , unum

corpus , unum caput , non duo capita , quasi mons-

truni, Christus videlicet et Ghristivicarius Petrus ,

Pétri que successor , dicente Domino ipsi Petro : ^;

Pasce oves me as y inquit , et generaliter, non sin-

gulariter has vel illas , per quod commisisse sibi

intelligitur universas. Sive ergb Graeci , sive alii

se dicant Petro ejusque successoribus non esse

commissos , fateantur necesse est se de ovibus

Cliristi non esse , diçente Bomino in Joanne : Unum

ovile et unicum esse pastorem. In bac ejusque potes-

tate duos esse gladios , spiritualeni videlicet et

temporalem , Evangelicis dictis instruimur. Nam

dicentibus apostolis, Ecce gladii duo hic, in Ecclesiâ

scilicet , cîim apostoli loquerentur , non respondit

Dominus nimis esse, sed satis, Certè qui in po-

testate Pétri temporaïem gladiuni esse negat, malè verbuni attendit Domini proferentis i Concerte gladiuni tuum in vaginam, Uterque ergb est in potestate Ecclesiœ , spiritalis scilicet gladius et matcrialis 5 sed is quidem pro Ecclesiâ , ille vero ab Ecclesiâ exercendus. Ille sacerdotis , is manu reguin et militum , sed ad nutum et sapientiam sacerdotis. Oportet autem gladium esse sub gladio , et temporaïem auctoritatem spiritali subjici potestati. Nam cùm dicat Apostolus : Non est potestas nisi à Deo : quœ autem simt à Deo ordîjiatœ sunt ; non autem ordinatae essent , nisi gladius esset sub gladio 5 et tànquàm inferior reduceretur per alium in suprema. Nam secumdum B. Dyonisium, lex divinitatis est , infima per média in suprema reduci. Non ergb secundum ordinem Universi omnia aequè et immédiate , sed infima per média , et inferiora per superlora ad ordinem reducuntur. Spiritalem autem et dignitate et nobilitate terrenam quamlibet praecellere potestatem , oportet tantb clariîis nos fateri , quanlb spiritalia temporalia antecellunt. Quod etiam ex decimarum datione et benedictione et sanctificatione , ex ipsius potestatis acceplione, ex ipsarum rerum gubernatione claris oculis intuemur. Nam veritate testante : spiritalis potestas terrenam potestatem inslituere habet , et judicare si bona non fuerit : sic de Ecclesiâ et ecclesiasticâ potestate verificatur vaticinium Jeremiae : Ecce constitui te hodiè super gentes et régna : et caetera

quœ seqnnntur. Ergb si tleviafc terrena potestas , judicaLitur à potestate spiritali : secl si deviat spiritalis minor , à suo superiori. Si vero suprema à solo Deo , non ab homine poterit judicari : testante Apostolo : Spiritalis homo judicat omnia , ipseautem à ncmine judicatur» Est autem hœc auctoritas (etsi data sit liomini et exerceatur per honiiuem) non humana s ed pot iîis Divisa , ore Divino Petro data , sibique siiisque snccessoribus in ipso quae confessus fuit , petra firmata : dicente Domino ipsi Petro : Quodcuwque solveris , etc. Quicumqne igitur huie potestati à Deo sic ordinatae resislit, Dci ordinationi rcsistit ; nisi duo , sicut manicbœus , (ingat esse principia , qiiod falsum et haereticum judicamus : quia testante Mose : non in principiis , sed m prîncîpio cœlum Deus creavit et terram. Porrb subesse Ptomano Pontifici omni humanae creaturse declaramus , diciinus , definimus et pronuntiamus onmino esse de necessitate salutis.

Bidla dogmatica Bonîfacii VIII ^ à Clémente V conjirmata et in corpus juris canonici inserta atque adoptata»

« La foi nous oblige de croire et de professer que la sainte Eglise catbolique et apostolique est une... C'est pourquoi l'Eglise une et unique n'est qu'un seul corps , ayant, non pas deux chefs , chose monstrueuse , mais un seul chef , savoir , le Christ et Pierre vicaire du Christ, ainsi que le successeur

cle Pierre , le Seigneur ayant dit à Pierre lui-même : pais mes brebis, en gëne'ral: ce qui montre qu'il les lui a confiées toutes sans exception. Si donc les Grecs et d'autres encore disent qu'ils n'ont point été confiés à Pierre et à ses successeurs , il faut qu'ils avouent qu'ils ne sont pas des brebis du Christ, puisque le Seigneur a dit selon saint Jean : Qu'il n'y a qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur. Qu'il ait en sa puissance les deux glaives , l'un spirituel , l'autre temporel , c'est ce que l'Evangile nous apprend : car les Apôtres ayant dit : Voici deux glaives ici y c'est-à-dire dans l'Eglise , puisque c'étoient les Apôtres qui parlaient , le Seigneur ne leur répondit pas : c'est trop , mais c'est assez* Assurément celui qui nie que le glaive temporel soit en la puissance de Pierre méconnoît cette parole du Sauveur : Remets ton glaive dans le fourreau. Le glaive spirituel et le glaive matériel sont donc l'un et l'autre en la puissance de l'Eglise 5 mais le second doit être employé pour l'Eglise , et le premier par l'Eglise. Celui-ci est dans la main du prêtre, celui-là est dans la main des Rois et des soldats , mais sous la direction et la dépendance du prêtre. L'un de ces glaives doit être subordonné à l'autre ^ et l'autorité temporelle doit être soumise au pouvoir spirituel. Car, suivant l'Apôtre , Toute puissance vient de Dieu* Celles qui existent sont ordonnées de Dieu; or elles ne seroient pas ordonnées, si un glaive n'étoit pas soumis à l'autre

glaive , et comme infe'rieur , ramené par lui a l'exécution de la volonté souveraine. Car suivant le B. Denis , c'est une loi <le la Divinité que ce qui est infime soit coordonné par de;s intermédiaires à ce qui est au dessus de tout. Ainsi en vertu des lois de Funiver^ , toutes choses ne sont pas ramenées à l'ordre immédiatement et de la même manière ; mais les choses Lasses par les choses moyennes , ce qui est inférieur à ce qui est supérieur. Or la puissance spirituelle surpasse en noblesse et en dignité toute puissance terrestre , et nous devons tenir cela pour aussi certain qu'il est clair que les choses spirituelles sont au dessus de^ teiçtporelles. C'est ce que font voir aussi non moins clairement l'ohlation, la bénédiction et la sanctification des dîmes, l'institution de la puissance et l^s conditions nécessaires du gouvernement du monde. En eflfet, d'après le témoignage de la vérité même , il appartient à la puissance spirituelle d'instituer la puissance terrestre , et de la juger , si elle n'est pas bonne. Ainsi se vérifie l'oracle de Jérémie touchant l'Eglise et la puissance ecclésiastique : Koilà que je t^ai établi sur les nations et les royaumes^, et le reste comme il suit. Si donc la puissance terrestre dévie , elle sera jugée par la puissance spirituelle. Si la puissance spirituelle d'un ordre inférieur dévie 5 elle sera jugée par son supérieur. Si c'est la puissance suprême , ce n'est pas l'honmie qui peut la juger, mais Dieu seul , suivant la parole

de l'Apofcre: Uhomme spirituel ju^e et n'est juge' luimême par personne. Or cette puissance qui biea qu'elle ait été donnée à l'homme et qu'elle soit exercée par l'homme est , non pas humaine , mais plutôt divine , Pierre Pa reçue de la bouche divine elle-même, et celui qu'il confessa l'a rendue , pour lui et ses successeurs , inébranlable comme la pierre. Car le Seigneur lui a dit : Tout ce que tu lieras, etc. Donc quiconque résiste à cette puissance ainsi ordonnée de Dieu , résiste à l'ordre même de Dieu , à moins que , comme le manichéen , il n'imagine deux principes , ce que nous jugeons être une erreur et une hérésie. Aussi Moïse atteste que c'est dans le principe et non dans les principes , que Dieu créa le ciel et la terre. Ainsi toute créature humaine doit être soumise au Pontife Romain , et nous déclarons, affirmons , définissons et prononçons que cette soumission est absolument de nécessité de salut.

ca Bulle dogmatique de Bonijîace VIII, confirme'e par de' ment V , et insérée dans le coips du droit canonique, »

« Si nous tenions les yeux de notre esprit arrêtés sur cette première et souveraine cause de tous les éve'nements , elle cha»§eroit en quelque sorte la face du monde à notre égard, c'est-à-dire qu'elle nous oLligeroit à changer la plupart des idées que nous nous sommes formées de ce qui s'y passe. Nous n'y verrions plus d'innocents opprimés , nous n'y verrions que des coupables punis. La terre ne seroit plus pour nous un lieu de tumulte et de désordre j ce seroit un lieu d'équité et de justice. Nous reconnoîtrions que Pon n'y ôte à personne que ce qu'il a mérité de perdre , que personne n'y souffre que ce qu'il a mérité de souffrir ; que la justice et la force y sont toujours jointes ensemble 5 que l'injustice y est toujours impuissante; qu'il n'y a ni malheurs ni infortunes 3 mais seulement de justes châtiments des péchés des hommes 5 que l'on n'y meurt ni par la ^nécessité de la nature , ni par les accidents de la fortune; mais que l'on y punit de mort des hommes qui méritent ce supplice , dans le temps , et de la ma-^.

nlère la plus convenable; enfin que tout y est juste et saint , et de la part de Bien qui ordonne tout , et de la part des hommes sous qui ses ordres s'exécutent. Il n'y a que les ministres de cette volonté dominante qui peuvent être injustes , mais dont l'injustice ne sauroit empêcher que ce qu'ils font ne soit juste à l'égard.de ceux qui le souffrent. Qu'estce qu'une armée selon cette idée ? C'est une troupe d'exécuteurs que Dieu envoie pour faire mourir des gens qui ont mérité la mort et qu'il a condamnés à ce supplice. Qu'est-ce que deux armées qui se battent ? Ce sont des ministres de cette justice qui se punissent les uns les autres , et qui n'exécutent précisément que ce que Dieu a ordonné. Qu'est-ce qu'un meurtre ? C'est la punition d'an coupable par un ministre injuste. Qu'est-ce que des voleurs ? Ce sont des gens qui exécutent irijustemerit le jilsté arrêt par lequel Dieu a ordomié que certaines personnes seroient privées de leurs biens. Qu'est-ce qu'un prince ? C'est ude verge en la main de Dieu pour punir les méchants.

ce Ainsi c'est proprement par cette Vue que nous découvrons le règne de Dieu dans le monde , et l'éminence de son pouvoir sur toutes les créatures. »

Nicole, Traité de la soumission à la volonté de Dieu, JF partie , chap. i.

Si l'on poussoit ce fatalisme à ses dernières con-

secjueiices , le crime seiil rëgneroit sur la terre ; car la justice et la force ^tant toujours jointes ensemble , on ne pourroit jamais légitimement résister h la force. Transportée dans l'ordre politique , cette doctrine est l'expression fidèle et complète du gallicanisme. Le souverain ministre d?une volonté dominante et invincible, qui est celle de Dieu , peut être iiyuste , et alors il se damne ; mais il ne perd jamais la puissance , parce qit'en réalité il ne fait jamais que ce que Dieu a voulu qu'il fît; jamais non plus il n'est permis de lui opposer aucune résistance , au moins active , parce que la justice et la force sont toujours jointes ensemble , que tout sur la terre est juste et saint, et de la part de Dieu qui ordonne tout , et de la part des hommes par qui ses ordres s^eocëcutent : car les hommes naissent tous coupables , et le Prince est une verge en la main de Dieu pour punir les méchants. Jiç?ister au Prince , c;'est donc toujours se révolter contre Dieu. A quelque degré qu'il opprime , sa tyrannie est juste et sainte. S'il attente à la vie de ses sujets , s'il tue , s'il massacre , c'est un exécuteur que Dieu en<^oie pour faire mourir des gens qui ont mérité la mort et qu'il a condamnés à ce supplice. S'il ruine le peuple en imposant des tîtxes exorbitantes, s'il spolie les familles, viole les propriétés , il exécute injustement le juste an et par lequel Dieu a ordonné que certaines personnes seraient privées de leurs biens : et ainsi ne pas se soumettre à tous le^ caprices d'un Néron , d'un

Eric , d'un Henri VIII , est une impiété véritable , un crime de lèse-majesté divine. Après cela accusez ces prêtres servîtes , ces fauteurs détestables du pouvoir absolu, qui, refusant d'adhérer à ces salutaires maximes , rejettent obstinément le gallicanisme religieux et politique , et s'efforcent de ravir aux peuples l'inappréciable liberté de se laisser tranquillement dépouiller, égorger, par quiconque possède la force inséparable de la justice.

« L'allégeance des catholiques romains est certainement divisée. Les protestants n'accordent non plus qu'une allégeance divisée h leurs souverains temporels. Ils rendent h César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Les catholiques romains et les protestants , lorsqu'ils ont de la conscience , craignent Dieu et honorent le Roi ; mais quand ces obligations se contredisent, les uns et les autres pensent que leur devoir est d'obéir à Dieu plutôt qu'à l'homme. Les limites de ces deux devoirs sont définies pour eux dans les mêmes termes et par la même autorité ; avec cette différence que les catholiques romains attribuent l'interprétation du précepte de l'Ecriture au Pape et à l'Eglise , tandis que nous nous la réservons comme le privilège dn jugement privé. » The Roman catholics do indeedyield a dîvided allegiance. So do the Protestants y ield a divided allegiance lo their temporal monarchs, They render la Cœsar the thin^s that are Cœsar's, and to god the things that aregod's. Both Romanists and Protestants^ if they are cens cientious, fear god and honour the hing;

but 'whenever thèse daims are conflicting , both one and ilie other think it their duty to obey god raiher than niaîi, The limits of those two duties are dejîned in the same words , and by the same auihority io each; 'with the différence, iheat the Romanists concède the interprétation ofthe scriptural Precept to the Pope and the Church ; we reserve that as the privilège of private judgment. Sermon preached at Appelby , hj the Rev. C. Bird, A. M.

DÉGLARATION

Des causes (jui ont mu Monseigneur le Cardinal de Bourbon ^ et les Pairs j, Princes ^ Seigneurs j, pailles et Communautés catholiques de ce Royaume de France j de s'opposer à ceux cjui par tous moyens s' efforcent de suhvertlr la Religion Catholique et l'Etat.

Au nom de Dieu tout-puissant , "Roi des rois , soit manifesté à tout iiomme , que ayant la France depuis vingt-quatre ans , été tourmentée d'une pe§tilente sédition émue pour siibvertir l'ancienne Religion de nos tpères , qui est le foi^t lien de FEtat , il y a été appliqué des remèdes , lesquels ( contre l'espérance de leurs Majestés ) se sont rendus plus propres à nourrir le. mal que l'éteindre ; qui n'ont eu de la paix que le mom , et n'ont établi le repos que pour ceux qui l'auroient troublé , laissant les gens

de bien scandalises en leur âme et intéressés en leurs biens.

Et au lieu de remède , qu'avec le temps l'on pouvoit espérer de ces maux , Dieu a permis que les derniers Rois soient morts jeunes , sans laisser jusques ici aucuns enfants habiles à succéder à cette couronne , et ne lui en a plu encore ( au regret de tous les gens de bien) donner au Roi , qui maintenant règne , bien que ses bons sujets n'aient obmis , comme ils n'obmettront à l'avenir , leurs plus affectionnées prières pour en impétrer de la bonté de notre Dieu : en sorte qu'étant demeuré seul de tant d'enfants que Dieuavoit donnés au feu bon Roi Henry, il est trop h craindre ( ce que Dieu ne veuille ) que cette maison s'en aille , à notre grand malheur , éteinte sans aucune espérance d'avoir lignée ; et qu'en l'établissement d'un successeur en l'État Royal , il n'advienne de grands troubles par toute la Chrétienté , et peut-être la totale subversion de la Religion Catholique 5 Apostolique et Romaine en ce Royaume très Chrétien, auquel Pon ne souffriroit jamais régner un hérétique, attendu que les sujets ne sont tenus de reçonnoître ni souffrir la domination d'un Prince dévoyé de la foi Chrétienne Catholique, étant le premier serment que nos Rois font, lorsqu'on leur met la couronne sur la tête , que de maintenir la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, sous lequel serment ils reçoivent celui de fidélité de leurs sujets et non autrement.

Toulestois, depuis iaiiiort de Monseigneur, tVèie du Ptoi , les prétentions de ceux qui, pur profession publique , se sont toujours montrés persécuteurs de l'Eglise Catholique, ont été tellement favorisés et appuyés , qu'il est grandement nécessaire d'y donner prompte et sage prévision, afin d'éviter les inconvénients très apparents dont la calamité est déjà connue à tous , les remèdes à peu , et la façon de les .ppliquer presque à personne.

Et d'autant plus que l'on peut assez juger par les grands préparatifs et pratiques qui se font partout, levées de gens de guerre tant dehors que dedans le Royaume , et rétention de Villes et Places fortes qu'ils devraient déjà avoir remises de long temps entre les mains du Roi , que nous sommes fort proches de l'effet de leurs mauvaises intentions , étant bien certains qu'ils ont depuis peu de temps envoyé pratiquer les Princes protestants d'Allemagne , pour avoir des forces , afin d'opprimer les gens de bien plus à leur aise; comme aussi leur dessein n'est autre que de se saisir et assurer des moyens nécessaires pour renverser la Religion Catholique, qui est l'intérêt commun de tous , et principalement des grands , qui ont cet honneur de tenir des premières et principales charges et dignités de ce Royaume, lesquels on s'efforce de ruiner du vivant du Roi même ou sous son autorité , afin que n'ayant plus personne qui à l'avenir se puisse opposer h leurs volontés, il soit plus aisé de faire le changement

( 5oo )

qu'on prépare de la Religion Catholique , pour s'enrichir du patrimoine de l'Église, suivant Pexemple de ce qui a été fait en Angleterre.

Même que chacun connoît assez , et voit à Pœil des déportemeuls et actions d'aucuns , qui s'étant glissés dans l'amitié du Roi notre Prince souverain , la Majesté duquel nous a toujours été et sera toujours sainte et sacrée, se sont comme saisis de éon autorité pour se maintenir en la grandeur qu'ils ont usurpée , favorisent et procur,ent par tous moyens l'effet des susdits changements et prétentions, et ont eu la hardiesse et le pouvoir d'éloigner de la privée conversation de sa Majesté , non seulement les princes et la iiohlessc , mais tout ce qu'il y a de plus proche , n'y donnant accès qu'à ce qui est d'eux.

A quoi iLs ont déjà avancé qu'il n^y a plus personne qui ait part en la conduite et administration de l'Etat, ni qui exerce entièrement sa charge, ayant les uns été dépouillés du titre de leur dignité, et les autres du pouvoir de fonction , encore que le nom vain et imaginaire leur soit demeuré.

Aussi a ^té fait le semhlahle à l'endroit de plusieurs Gouverneurs de Provinces , Gapitaiàes de Places fortes et autres Officiers , lesquels l'on a forcés de quitter et remettre leurs charges moyennant quelques récompenses de deniers qu'ils ont reçus contre leur gré et volonté , pour ce qu'ils n'osoient refuser ceux qui a voient pouvoir de les y

( 3oi )

contraindre. Exemple nouveau , ^t non jamais pratiqué en ce royaume , d'ôter par argent les charges à ceux auxquels elles avoient été données pour récompense de leurs vertus et fidélité ; et par ce moyen se sont rendus maîtres des armes par mer et par terre.

Et essaie-t-on tous les jours de faire le semblable aux autres qui en sont pourvus, si bien qu'il n'y a plus personne qui se puisse assurer , et qui ne soit en crainte , qu'on ne lui ravisse et ôte des mairïs sa charge , combien que lui ayant été donnée par son mérite , il n'en puisse et n'en doive être dépouillé par les lois du Royaume, sinon pour quelque juste et raisonnable considération , où qu'il faillît en chose qui en dépend , et qu'il soit comme en Justice de sa faute.

Ils ont ainsi tiré à eux tout l'or et l'argent des coffres du Roi , auxquels ils font mettre les plus clairs deniers des recettes générales pour faire leur profit particulier, tenant à leur dévotion tous les grands partis et ceux qui les manient , qui sont les vrais chemins pour disposer de cette couronne , et la mettre sur la tête de qui bon leur semblera.

Et par leur avarice est advenu qu'abusant de la facilité des sujets y l'on s'est peu débordé à plus grièves surcharges , non seulement égales à celles que la calamité de la guerre avoit introduites , desquelles rien n'a été remis dafts la paix , mais à infi-

nies autres oppositions naissantes de jour en jour h l'appétit (Je leurs volonte's dérogées.

Il avoit paru quelque rayon d'espérance , quand sur les fréquentes plaintes et clameurs de tout ce Royaume , on publia la convocation des Etats Généraux à Blois , qui est Pancien remède des plaies domestiques et comme une conférence entre le Prince et les sujets, pour revenir ensemble a compte de la due obéissance d'une part , et de la due conservation d'autre, toutes deux jurées, toutes deux nées avec le nom Royal et règles fondamentales de l'État de France; mais de cette chère et pénible entreprise ne resta sinon l'autorisement des mauvais conseils d'aucuns , qui se feignants bons politiques , étoient en effet très mal affectionnés au service de Dieu et bien de l'Etat : lesquels ne s'étant contentés de jetter le Roi , de son naturel très enclin à piété hors de la sainte et très utile délibération qu'à la très humble requête de tous ses états il avoit fait de réunir tous ses sujets à une seule Religion Catholique, Apostolique et Romaine, afin de les faire vivre en l'ancienne piété avec laquelle ce Royaume avoit été établi , s'étoit conservé , de depuis accru jusques à être lé plus puissant de la Chrétienté , qui se pouvoit alors exécuter sans péril et presque sans résistance, lui auroient au contraire persuadé être nécessaire pour son service d'affoiblir et diminuer l'autorité des princes et seigneurs Catholiques, qui avec grand

zèle avoient grandement hazardé leurs vies coinbattant sous ses enseignes, pour la défense de ladite Religion Catholique ; comme si la réputation qu'ils avoient acquise par leurs vertus et fidélités, les eûl: dû rendre suspects , au lieu de les faire honorer.

Aussi l'abus qui auroit pris son progrès pied à pied , est depuis tombé comme un torrent en précipice , d'une si violente chute , que le pauvre Royaume se trouve sur le point d'en être bientôt accablé sans guère d'espérance de salut , car l'Ordre Ecclésiastique, quelques belles assemblées et justes remontrances qu'ils aient su faire , est aujourd'hui opprimé de décimes, et subventions extrordinaires , outre le mépris des choses sacrées de la sainte Eglise de Dieu , en laquelle désormais tout est tollu et poilu, la Noblesse annullée , asservie et vilennée , et tous les jours foulée misérablement de taxes et indues exactions, qu'elle paie malgré elle, si elle veut substanter la vie, c'est-à-dire, boire et manger, et se vêtir; les Villes, les Officiers royaux et menu peupeuple serrés de si près par la fréquentation de nouvelles impositions que l'on appelle inventions ,

rqu'il ne reste plus rien à inventer sinon le seul

imoyen d'y trouver un bon remède.

Pour ces justes causes et considérations , nous Charles de Bourbon, Premier Prince du sang, Carlinal de l'Église Catholique, Apostolique et Rolaine , comme celui qui touche de plus près de

"prendre en sauve-garde et protection la Religion

Catholique en ce royaume, et la conservation Jes l;ons et loyaux serviteurs de sa Majesté et de l'État, assiste de plusieurs Princes du sang , Cardinaux et autres Princes, Pairs, Prélats, Officiers de la Couronne , Gouverneurs de Provinces , Principaux seigneurs , Gentilshommes , de beaucoup de bonnes Villes et Communautés , et d'un bon nombre deTjons et fidèles sujets , faisant la meilleure et la plus saine partie de ce royaume , après avoir sagement posé le motif de cette entreprise , et en avoir pris l'avis 5 tant de nos bons amis très affectionnés au bien et repos de ce Royaume , que des gens de savoir et craignant Dieu , que nous ne voudrions offenser, en ceci pour rien du monde, déclarons avoir tous juré et saintement promis de tenir la main forte, et armes à ce que la sainte Eglise de Dieu soit réintégrée en sa dignité et en la vraie et seule Catholique Religion , que la Noblesse jouisse, comme elle, doit, de sa franchise toute entière, et le peuple soit soulagé, de nouvelles impositions îibolies, et toutes crues ôtées, depuis le Règne du Roi Charles Neuvième, que Dieu absolve, que les Parlements soient remis en la plénitude de leur cojjnoissances et en leur entière souveraineté de leurs jugements en son ressort , et touts sujets du Royaume maintenus en leurs Gouvernements, charges et Offices, sans qu'on leur puisse ôter sinon en trois cas des anciens établissements et par jugement des Juges ordinaires , ressortissant es Parlements.

K Que tous deniers qui se relèveront sur le peuple 'seront employés à la défense du Royaume et à l'effet auquel ils sont destinés , et que de'sormais les Etats Généraux , libres et sans aucune pratique , soient tenus de trois ans en trois ans pour le plus tard, avec entière liberté à cliacun d'y faire ses plaintes auxquels n'aura été duement pourvu.

« Ces cbosesj et autres qui seront plus particulièrement et amplement déduites, sont le sujet de l'argument de l'assemblée en armes , qui se font pour la restauration de la France , manutention des bons , et punition des mauvais ; et pour la sûreté de nos personnes qu'onatâcbé souvent , et même encore depuis peu de jours, par secrètes conspirations, accabler et du tout ruiner , comme si la sûreté de l'Etat dépendoit de la ruine des bons et de ceux qui ont si souvent hazardé leur vie pour le conserver, ne nous restant plus pour nous garantir du mal, et pour détourne r le couteau qui est déjà sur nos testes, sinon de courir aux remèdes qu'avons toujours eus en horreur , qui sont excusables , et doivent être trouvés justes , quand ils sont nécessaires et autorisés , et desquels nous ne voudrions encore à présent aider pour le seul péril de nos biens , si la ruine de la Religion Catholique en ce Royaume, de l'état d'icelle , n'y étoit inséparablement conjointe : pour la conservation desquels nous ne cra in- <lrons jamais aucun danger, estimant ne pouvoir choisir un plus honorable tombeau , que de mou-

rir pour une si sainte et juste querelle : et pour nous acquitter du devoir et obligation qu'avons comme bons chrétiens au service de Dieu, et empêcher aussi ( comme bons et fidèles sujets ) la dissipation de l'Etat qui suit volontiers ledit changement.

« Protestant que ce n'est contre le Roi notre souverain Seigneur que prenons les armes, ains pour la tuition et défense de sa personne , de sa vie et de son état , pour lequel nous jurons et promettons tous exposer nos biens et nos vies, jusqu'à la dernière goutte de notre sang, avec pareille fidélité qu'avons ftût par le passé ; et de poser les armes aussitôt qu'il aura plu à sa Majesté faire cesser le péril qui menace la ruine du service de Dieu et de tant de gens de bien : ce que nous supplions très humblement faire au plus tôt, témoignant à chacun par bon et vrai effet, qu'il est vraiment Roi très chrétien : ayant la crainte de Dieu et le zèle delà religion empreints en son âme , ainsi que nous l'avons toujours reconnu , comme bon père et Roi très affectionné à la conservation de ses suj ets , avec beaucoup de bienveillance; ce que nous désirons sur toutes les choses du monde.

ce Et combien que ce ne soit chose éloignée de raison , que le Roi fût requis de pourvoir en ce que durant et après sa vie le peuple commis en sa charge ne soit divisé en factions et partialité pour les différends de succession , si est ce que nous sommes si

peu émus de telle considération, que ià calomnie de ceux qui nous le reprochent ne se trouvera soutenue d'aucun fondement; car outre ce que les lois du Royaume sont assez claires et connues , encore par dessus le haznrd auquel nous, Cardinal de Bourbon,nous y jettant sur nos vieux jours et dernier âge, font assez de preuve que nous ne sommes enfle's de telle vanité et espérance ; ains seulement poussé du vrai zèle de la Religion qui nous fait prétendre part à un Royaume plus assuré et duquel la jouissance est plus désirable et de plus longue durée.

(( Notre intention étant telle, supplions tous ensemble très humblement la Reine mère du Roi, notre très honorée Dame (sans la sagesse et la prudence de laquelle le Royaume seroit despiécé, dissipé et perdu, pour le fidèle témoignage qu'elle peut , veut et doit rendre de nos grands services : même en particulier de nous Cardinal de Bourbon , qui l'avons toujours honorée, servie et assistée en ses plus grandes affa,ires , sans y épargner nos biens , vies , amis et parents, pour avec elle fortifier le parti du Roi et dç la Religion catholique) , de ne nous vouloir à ce coup abandonner, mais y employer tout le crédit que ses peines et laborieux travaux lui devroient justement attribuer, et que ses ennemis lui pourroient avoir inlîdellemcnt ravi d'auprès du Roi son fds.

« Supplions aussi tous les Princes, Pairs de France, Officiers de la Couronne, personnes Ecclésiastiques , Seigneurs , Gentilshommes , et autres de quel-

que qualité qu'ils soient , qui ne sont encore joints «ivec nous , de nous vouloir assister et aider de leurs moyens à l'exécution d'un si bon et saint œuvre ; et exhortons toutes les Villes et Communautés , d'autant qu'elles aiment leur conservation , de juger sommairement nos intentions , et reconnoître le soulagement et repos qu'il leur en peut revenir en leurs affaires, tant publiques que domestiques, et mettre, en ce faisant, la main à cette bonne entreprise , qui ne sauroit que prospérer avec la grâce de Dieu , à qui nous référons toutes choses , ou du moins , si leur avis et résolution ne se pouvoient sitôt rapporter à un , comme leurs conseils seront composés de plusieurs, nous les admonesterons d'avoir l'œil à leurs choses propres , et cependant ne se laisser envahir à personne , et posséder par ceux qui , par quelque sinistre interprétation de nos volontés, se voudroient emparer de leursdites Villes, et en y mettant garnison de gens de guerre, les réduire aux mêmes servitudes que sont les autres Villes par eux occupées.

« Déclarons à tous, que n'entendons user d'aucun acte d'hostilité , que contre ceux qui avec leis armes se voudront opposer à nous , ou par autres moyens indus favoriser nos adversaires, qui cherchent à ruiner l'Église et dissiper l'Etat; et assurons un chacun que nos armées saintes et justes , ne feront foule ni oppression à personne , soit pour le passage ou de-

meuie en quelque lieu que ce soit , aiiis vivront avec bon rc'glement , et ne prendront rien sans payer.

« Recevons avec nous tous les bons qui auront zèle à l'honneur de Dieu et de sa sainte Eglise , et au bien et réputation de la très Chrétienne Religion Françoise , sous protestation néanmoins de ne poser jamais les armes jusqu'à l'entière exécution des choses susdites , et plutôt j moiirir tous de bon cœur , avec désir d'être amoncelés dans une sépulture consacrée aux derniers françois, morts en armes pour le service de Dieu et de leur Patrie.

« Enfin 5 d'autant qu'il faut encore que toute nptre aide vienne de Dieu , nous prions tous vrais Catholiques de se mettre tous avec nous en bon état , se réconcilier avec sa divine majesté par une entière Information de leurs vies , afin d'appaiser son ire et l'invoquer en pureté de conscience , tant par prières publiques de processions saintes , que par dévotions privées et particulières , afin, que toutes nos actions soient référées h l'honneur et gloire de celui qui est le Dieu des Armées, et de qui nous attendons toute notre force et plus certain appui.

« Donné àPéronne, le dernier jour de Mars mil cinq cent quatre-vingt-cinq.

« Signé , CHARLES , Cardinal de Bourbon. »

Mémoires de la Ligue, tom. /, p. oQ et suiv.

( 5io )

Page 1