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Nécessité de ces deux Ordres,
Dans tout être intelligent créé , il faut distinguer deux choses î premièrement, ce qui lui est commun avec les' autres êtres du même genre , ou ce qui constitue sa nature ; secondement, ce qui le distingue des autres, ce qui constitue son individualité propre , en un mot son moù
]I résulte de là que pour* qu'une intelligence se conserve et se perfectionne , deux choses sont nécessaires : d'aLord.il faut qu'elle connoisse certainement les lois communes à tous les êtres du même genre ; ensuite que son activité propre s'exerce sans violer ces lois.
Comment pourra-t-elle connoître certainement les lois de sa nature? On ne peut reconnoître une loi quelconque qu'à son caractère de permanence et d'universalité : car autrement comment pourroit-on s'assurer qu'on ne transforme pas en lois de l'espèce des phénomènes purement individuels ? Donc on ne peut connoître avec certitude les lois
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de l'intelligence humaine qu'en constatant ce qu'elle renferme de permanent et d'universel.
Ainsi la nécessité de l'ordre de foi dérive de la nature de toute intelligence créée.
Ces lois étant connues , il est nécessaire, en second lieu, que l'intelligence de chaque homme exerce , conformément à ces lois , son activité particulière. Car l'activité est l'essence même de l'être intelligent , comme il est de l'essence de la matière d'être purement passive. Or l'intelligence puisant dans l'ordre de foi toutes les notions fondamentales, l'exercice de son activité consiste à combiner ces notions de diverses manières , pour concevoir et expliquer l'ordre de foi.
Ainsi la nécessité de l'ordre de conception dérive aussi de la nature de tout être intelligent , en tant qu'il est un être distinct , ayant une exis-» tence et une activité propres.
Supposez l'homme placé hors de l'ordre de foi: dès lors ignorant les lois de l'intelligence , il est f % hors de son état naturel ; car l'état naturel d'un être intelligent implique éminemment cette connoissance , puisque toutes les autres en dépendent. Et comme tout être, placé hors de son état naturel, se dégrade et meurt, toute intelligence qui se sépare de l'ordre de foi finit nécessairement , comme nous l'avons vu , par tomber dans le scepticisme qui est sa mort.
Supposez maintenant l'homme entièrement étran-
s;nr à Fordre de conception : rintellig^ence Jenieurc inerte et immobile. Nulle activité , nul progrès; ce scToit, sous ce rapport , l'état de la brute. En n'entrant pas , à un degré quelconque , dans l'ordre de conception, l'homme violeroit donc aussi les lois de sa nature, parce que, si l'intelligence divine est essentiellement infinie , toute intelligence créée doit être progressive.
La combinaison de ces deux ordres constitue le monde des intelligences, comme la combinaison de deux lois semblables constitue le monde physique tel que nous nous le représentons. En vertu de la force d'attraction , les corps célestes gravitent vers un centre commun, tandis que chacun d'eux, en vertu de sa force propre , tend à s'échapper par sa tangente. Ces deux forces combinées déterminent l'orbite de chaque astre , et produisent l'harmonie de l'ensemble. Ainsi le principe de foi fait graviter en quelque sorte toutes les intelligences vers la vérité leur centre commun , tandis que chacune d'elles développe par ses conceptions son activité distinctive. Supposez la force d'attraction détruite dans l'univers , chaque astre et chacune de ses molécules se séparant aussitôt des autres , iroient , emportés par la force qui leur est propre, se perdre dans un vide immense. Si au contraire cette dernière force étoit anéantie, celle d'attraction subsistant, tous les corps se confondroient en un seul corps immobile, et le monde seroit également détruit. De même
otoz Tordre de foi , les esprits sans lien commun et cbacnne de leurs pensées s'en vont se perdre dans le vide d'un scepticisme infini. Mais si d'un côte la foi subsistoit seule , les esprits , dépourvus de l'activité propre qui les distingue les uns des autres , ne formeroient plus qu'une sorte de masse intelligente , homogène , inerte et sans vie.
Ces considérations renferment une foule de conséquences 5 qui sont elles-mêmes des axiomes dans la science de l'esprit humain. Bornons-nous à en faire remarquer quelques-unes , savoir :
1*^ Que In perfection de l'esprit humain considérée soit dans un individu , soit dans un peuple, ou dans une époque , exige une combinaison de ces deux ordres telle que la plus grande fixité dans l'ordre de foi soit jointe à la plus grande activité dans l'ordre de conception ;
2^ Que l'histoire de l'esprit humain consiste fondamentalement à constater l'état respectif de ces deux ordres et leur action réciproque chez les différents peuples ;
5^ Que toutes les imperfections et les désordres de l'esprit humain se réduisent à deux déviations fondamentales : la première , lorsque , la fol subsistant chez un peuple, des circonstances toujours étrangères dans leur essence au principe de foi, compriment l'activité des esprits et empêchent leur développement 5 la seconde , lorsqu'on sépare l'ordre de conception de l'ordre de foi , et qu'il s'éta-
Llit 5 par suite de cette séparation , un mouvement scientifique hostile envers la foi , et par conséquent destructeur ;
4*^ Que ces deux états , étant contraires à la nature de l'esprit humain, sont nécessairement passasagers , mais qu'on en sort par deux voies différentes : car on passe de la foi à la science par une loi de simple développement , tandis que les esprits ne sont ramenés à l'ordre de foi que suivant une loi de destruction , en ce sens qu'ils ne sont préparés à reconnoître cet ordre conservateur , qu'à mesure que le principe contraire accomplit son œuvre , en détruisant toutes les vérités , qui sont la vie du genre humain.