‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 11 sur 143 · PÉNITENCIER DE PHILADELPHIE · texte numérisé non relu

PÉNITENCIER DE PHILADELPHIE

En 1818 , rassemblée législative de Pensylvanie prit la résolution d'établir un pénitencier à Piltêhurg pour la division occidentale de l'état. 11 était d'abord question d'introduire dans cette prison le système d'emprisonnement solitaire sans travail ; mais lorsque le bâtiment fut achevé , on le trouva si mal approprié au but que Ton s'était proposé , qu'on se vit dans l'impossibilité d'exécuter le projet primitif. Les condamnés étaient, il est vrai, renfermés dans des cellules séparées ; mais il leur était possible de communiquer les uns avec les autres , et ils n'en laissaient pas échapper l'occasion. Cette correspondance qui favorisait la corruption , était encore facilitée par l'oisiveté à laquelle les détenus étaient livrés. Les effets pernicieux de ce système devinrent à la fin si nombreux et si évidents, que l'assemblée législative résolut, en 1832, de faire reconstruire le pénitencier d'après un plan propre à assurer la solitude la plus stricte tant

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pendant les heures de travail que pendant la nuit. On substitua , à cet effet, la forme rayonnante à la forme circulaire. Ce nouveau pénitencier a été achevé au commencement de 1834.

Sans se laisser décourager par la non -réussite de l'essai fait à PitUburg, l'assemblée législative décréta, en 1821 , l'érection d'un second pénitencier à Philadelphie , pour la division orientale de l'état. Mais l'achèvement de ce bâtiment fut asset longtemps suspendu par suite d'une divergence d'opinions relativement au système de discipline qu'il s'agissait d'introduire dans le nouvel établissement. Des hommes d'un caractère respectable, qui s'étaient intéressés à sa construction , défendaient avec chaleur le système d'emprisonnement solitaire sans travail. Une enquête fut jugée nécessaire, et l'on nomma des commissaires qui furent chargés de visiter les principales prisons des autres états , et de proposer le plan qu'ils auraient jugé le plus convenable. Ces commissaires se prononcèrent en faveur du système pratiqué dans le pénitencier à'Aubur* ( état de New- York ), celui du travail en commun pendant le jour , et de l'isolement pendant la nuit.

Des opinions si diamétralement opposées rendaient nécessaire un examen ultérieur ; et la législature se décida enfin à adopter , comme terme moyen , l'emprisonnement solitaire de jour et de nuit combiné avec le travail. On procéda alors à l'achèvement du pénitencier oriental , et ce fut en

4 DV SYSTEM réPlTEHTlAUE

juillet 1829 que l'oo admit les premiers prisonniers dans l'une des ailes terminées.

Ce pénitencier est situé à un mille de la ville de Philadelphie. Il occupe un terrain de douze acres environ. Il est bâti en pierre de taille et est entouré d'une épaisse muraille de 30 pieds de haut. Chaque cellule est voûtée et mise ainsi à l'abri du feu. A chaque angle du mur d'enceinte s'élève une tour d'où l'on peut embrasser d'un coup d'oeil et surveiller extérieurement toutes les parties de l'établissement. Au centre , on a disposé un bâtiment circulaire, sorte d'observatoire d'où rayonnent les corridors qui donnent accès aux cellules ; c'est de ce centre commun que s'exerce l'inspection intérieure. Les cellules sont rangées de chaque côté des corridors , et dans le mur de chacune d'elles on a pratiqué une ouverture avec porte en fer ; c'est par cette ouverture que Ton passe aux détenus leurs aliments , sans qu'ils puissent apercevoir la personne chargée de cette distribution ; elle sert aussi à surveiller l'intérieur de chaque chambre à l'insu de celui qui l'habite. D'autres ouvertures servent de ventilateurs et de conduits pour la chaleur. On a établi dans chaque cellule des lieux d'aisance , disposés de manière à ne pas vicier l'atmosphère, et à empêcher toute communication de cellule à cellule. L'air chaud est distribué dans toute l'étendue du bâtiment au moyen de tuyaux qui communiquent avec des fourneaux situés dans les souterrains sous les corridors. Chaque cellule

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est éclairée par une fenêtre pratiquée dans la voûte; la longueur des cellules est de onie pieds neuf pouces , leur largeur de sept pieds six ponces, et leur élévation de seize pieds jusqu'au sommet de la voûte ; celles qui sont situées au rez-de-chaussée ont une double porte qui conduit dans une cour de seize pieds de long sur huit pieds de large, dans laquelle le détenu peut prendre de l'exercice pendant une heure chaque jour. Les murs de la cour ont onze pieds de haut. On ne permet pas aux prisonniers de se promener en même temps dans les cours adjoignantes , et lorsqu'ils sortent de leurs cellules, ils sont surveillés par un gardien placé à cet effet dans la tour de l'observatoire central. Il n'y avait encore, au commencement de 1 824, que trois corridors d'achevés ; les autres, qui étaient en construction, différaient sous plusieurs rapports des premiers. Les nouvelles cellules , tant au rezde-chaussée qu'à l'étage , ont des portes qui s'ouvrent sur les corridors ; leur longueur excède aussi de trois pieds celle des anciennes. Les détenus qui occupent les cellules de l'étage supérieur ne peuvent prendre l'air dans les cours, mais on leur permet de temps en temps de se promener à tour de rôle dans le corridor. Cette règle rigoureuse n'a pas produit jusqu'ici d'inconvénient, et n'a rieu eu de défavorable à la santé des reclus.

A l'entrée du condamné dans le pénitencier , ou 4e fait passer dans une salle où on le visite et où on accomplit a son égard les formalités d'usage. i. I.

6 DU SYSTÈME ptviTIITUllE

On lui fait prendre un bain et on le revêt de l'uniforme de la maison ; on le conduit, ensuite, les yeux bandés, dans la cellule qu'il doit occuper. En s'y rendant, il est retenu pendant quelque temps dans l'observatoire, où le directeur l'avertit de ses devoirs et de la nécessité d'une obéissance sans bornes aux règlements de la maison. Lorsqu'il est enfin arrivé dans sa cellule on lui ôte le bandeau , et on le laisse dans la solitude. Cette solitude peut durer des années , quelquefois toute la vie, sans que le reclus voie d'autres créatures bumaines que les inspecteurs, le directeur et les gardiens , et peut-être aussi , de temps à autre , quelque visiteur officiel de la prison.

Pendant les deux premiers jours , le condamné demeure livré à ses réflexions; on ne lui permet pas même la lecture de la Bible , et pendant une semaine tout entière, on le prive de travail : dans l'intervalle le directeur l'observe d'une manière spéciale. Le prisonnier ne tarde pas ordinairement à demander de l'occupation. Mais ce n'est que lorsque la solitude parait l'avoir conduit à une soumission complète , qu'on l'emploie à l'un ou à l'autre des métiers exercés dans la maison. Le travail lui apparaît alors comme un soulagement et une distraction , et tel est le zèle qu'il y apporte , qu'à peu d'exceptions près, il n'a jamais été nécessaire d'imposer de tâche aux travailleurs. On cite comme exemple de ce zèle et de l'aptitude développée par la solitude , un jeune nègre de 20 ans.

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qui n avait jamais été occupé qu'aux travaux agricoles , et qui 5 après un apprentissage de À jours seulement , réussit à faire une paire de souHers que l'entrepreneur accepta et paya avec les autres paires confectionnées par les ouvriers les plus habiles.

La législature a sanctionné plusieurs garanties salutaires contre l'abus que pourraient faire de leurs pouvoirs le directeur et les autres employés attachés au pénitencier. Les inspecteurs sont tenus de se rendre dans l'établissement au moins deux Ibis par semaine ; ils visitent, à cette occasion, tous les prisonniers , et écoutent les plaintes que ces derniers auraient à leur adresser. Le directeur ni les gardiens ne peuvent assister à ces entrevues , à moins que leur présence ne soit requise par les inspecteurs. Le médecin doit se rendre chaque jour à l'infirmerie , et , deux fois par semaine , visiter tout le pénitencier , afin de constater l'état mental et physique de chaque détenu. — Les visiteurs officiels désignés par l'assemblée législative, sentie gouverneur de l'état, les présidents et les membres du sénat et de la chambre des représentants , le secrétaire d'état , les juges de la cour suprême , le maire et le greffier des villes de Philadelphie, Lancaster et Pittsburg, les commissaires et les shériffs des différents comtés , et le conseil d'administration de la société des prisons de Philadelphie. Nulle autre personne que les visiteurs officiels ne peut communiquer avec les pnssonniers, si ce n'est dans des circonstances eitraordinaires

8 OU ftTSTÈME PftfllTllITUlHE

et en vertu d'un ordre spécial ; il est également interdit à tout visiteur , sous peine d*une amende de 100 dollars, de remettre ou de recevoir des lettres ou messages , et de donner quoi que ce soit aux détenus.

Telles sont les règles générales de rétablissement. Elles admettent cependant quelques exceptions à Tégard des condamnés, occupés à des métiers qu'il serait impossible d'exercer dans une cellule. Ainsi on permet aux forgerons , aux charpentiers, etc., de quitter leurs chambres et de travailler séparément dans de petits ateliers , où ils sont parfois associés à des ouvriers libres. On prend les plus grandes précautions afin qu'ils ne puissent même se voir, soit pendant les heures des travaux, soit en se rendant aux ateliers ou en retournant à leurs cellules.

La visite de M. Grawford dans le pénitencier de Philadelphie est postérieure à celle de MM. de ' Beaumont et deTocqueville ; elle a eu lieu en 1834, tandis que celle des envoyés du gouvernement français remonte à 1832. Ce sont deux années de plus dont on a pu constater les résultats. Voici comment M. Crawford s'exprime lui même à cet égard ;

« Ayant eu le privilège illimité de visiter les cellules en tout temps, j'ai eu de fréquentes occasions de m'entre tenir en particulier avec un grand nombre de condamnés. Connaissant la croyance presque générale au danger et aux inconvénients d'un «ystème d'emprisonnement solitaire aussi prolongé,

AVX tT4TS~Vflf. 9

et infligé arec tant de rigueur, je m'attachai particulièrement a constater ses effets sur la santé , l'esprit et le caractère des reclus. Le résultat in va. riable de cette étude, a été que l'influence intimidatrice de XiêoUmênt était très-grande, et plus efficace que celle de tout autre châtiment. Si dans le système àeY agglomération il est possible de prescrire jusqu'à un certain point le silence , il n'est pas moins vrai que les prisonniers auxquels on interdit ainsi la conversation , ont inévitablement recours à d'autres moyens de communication. Ces moyens nécessairement bornés ne sont guère propres , je le sais , à propager la corruption morale; mais ils ont au moins le fâcheux effet de dénaturer, par cette société de tous les jours, le caractère sévère de l'emprisonnement et d'en affaiblir la terreur. Le pénitencier de Philadelphie n'admet pas cet adoucissement. Parmi les détenus avec lesquels je conversai , plusieurs avaient déjà été emprisonnés à New- York et dans d'autres prisons ou l'ïnfliction des peinescorporelles était fréquente; tous m'ont déclaré que cette discipline brutale n'était pas, à beaucoup près, aussi corrective que l'emprisonnement solitaire prolongé. Lorsque les prisonniers sont réunis , il est bien difficile , sinon impossible, d'exclure tout rapport avec l'extérieur. Les entrées des condamnés , les sorties des libérés établissent des moyens de communication non interrompus. Dans le pénitencier de Philadelphie au contraire la séparation do monde est complète,

H) DV ilSTtME »tfflTIHTUIftB

et cette séclusion est si rigoureusement maintenue que je trouvai , en m'entretenant avec les détenu», qu'ils n'avaient eu aucune connaissance de l'existence du choléra qui , peu de mois auparavant , avait fait de grands ravages à Philadelphie. Ils ressentent vivement la privation de toute nouvelle de leurs amis. Mais bien que toute alhision à leur situation témoignât de l'impression profonde produite sur eux par le châtiment auxquels ils étaient soumis , ils ne manifestaient cependant aucun sentiment de colère ou de vengeance. J'étais vraiment étonné de leur trouver cet esprit de douceur et de soumission qui jetait une sorte de teinte uniforme sur leurs caractères, et qui doit surtout être attribué à la réflexion , à la solitude et â l'absence de tout châtiment corporel. Les seules offenses possibles dans le pénitencier de Philadelphie, sont la paresse et le dommage volontaire porté aux objets mis â la disposition des détenus ; le coupable est puni par la privation de travail , la réduction de sa nourriture , ou le confinement plus ou moins prolongé dans une cellule obscure. Les punitions sont d'ailleurs extrêmement rares. Il n'y a pas un fouet , pas une arme à feu dans toute l'enceinte de la prison. Cette circonstance établit un contrasta remarquable entre le pénitencier de Philadelphie et les autres prisons des États-Unis. Il est d'usage, dans ces dernières, de placer des sentinelles dans l'intérieur des locaux , et chacune a sou corps-degarde. »

AUX ÉTATS-TOIt. 11

L'emprisonnement solitaire n'est pas seulement un châtiment exemplaire ; il est encore un agent puissant de reforme morale. Il a pour tendance inévitable d'arrêter les progrès de la corruption. Dans le silence de la cellule, l'enseignement du vice et dn crime ne peut avoir ni apôtres ni prosélytes. Souillé par le contact de la société dépravée au milieu de laquelle on l'oblige de vivre, le coupable, d'ont l'âme n'était pas encore fermée à tout sentiment de honte et de repentir, ne tarde pas à par* liciper à la dégradation de ses compagnons de captivité ; une fausse honte l'empêche de rentrer en lui-même et de travailler à sa réformation. — Le détenu emprisonné solitairement n'a pas a lutter contre ces obstacles. Chaque jour, sans autres compagnons que ses pensées, il est obligé de réfléchir et de prêter l'oreille aux reproches de sa conscience. Ses erreurs passées se représentent à son esprit avec les maux qui en ont été la suite ; et ce souvenir pénible lui rend d'autant plus chers les bons sentiments , les conseils de vertu et de sagesse dont il a éprouvé naguère la bienfaisante influence. Les dernières paroles d'un père mou* rant, les larmes d'une mère chérie , les avertisse-» menu d'an ami dévoué , tous ces gages d'intérêt , ilse les rappelle alors avec un sentiment de profond regret. Ces impressions sont on ne peut plus favorables pour raviver les affections bienveillantes et ouvrir le cœur au repentir. On prépare ainsi le prisonnier à la connaissance des grandes vérités du

12 DU STtTEKE tÉWTDTUHE

christianisme et aux eonsolatioDs que la religion seule peut procurer* — Onavu des détenus exprimer toute leur reconnaissance pour le bienfait moral qu'ils avaient dû à l'action de ce système. Si cette reconnaissance n'est pas aussi générale qu'on pourrait le désirer dans le pénitencier de Philadelphie, il ne faut pas en accuser le système , mais bien la manière imparfaite dont on exécute l'une de ses conditions essentielles. La loi autorise la nomination d'un chapelain et d'un instituteur, mais elle a malheureusement négligé de pourvoir à leur traitement. Il est vrai qu'il arrive parfois que des ministres du culte visitent le pénitencier et y administrent bénévolement et gratuitement les secours religieux. Leurs instructions sont reçues avec avidité et avec gratitude par les reclus. Dans le silence solennel de la cellule, le son seul de la voix humaine est un soulagement ; et combien ce soulagement ne doit-il pas être plus doux encore, lorsque la bouche du ministre du culte ne prononce que des paroles de charité, de consolation et d'oubli ! Mais quel que soit le prix de ces instructions, les bienfaits qui en résultent n'en sont pas moins précaires et insuffisants ; ils ne peuvent remplacer les soins journaliers , la sollicitude assidue d'un chapelain et d'un instituteur spéciaux , qui initieraient successivement les prisonniers aux vérités de la religion , et leur seraient en aide dans toutes les occasions et à tous les instants. Aujourd'hui le détenu qui ne sait pas lire demeure sans instruction. Ce

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défont radical est , il faut le dire , généralement reconnu : les inspecteurs et le directeur du pénitencier ont réclamé unanimement de la législature, la nomination d'un chapelain qui non-seulement présiderait au service divin le dimanche , mais encore se vouerait à la visite journalière des détenus dans leurs cellules : on ne tardera pas sans doute à faire droit à cette juste réclamation , qui ne pourrait d'ailleurs être reponssée qu'au risque de neutraliser, en grande partie, l'efficacité réformatrice de l'emprisonnement solitaire.

La règle en vertu de laquelle il est rigoureusement interdit aux condamnés de se voir les uns es autres est utile à beaucoup d'égards. Non-seulement cette règle constitue l'un des principaux accessoires du châtiment , contribue a garantir la sécurité et met obstacle à toute espèce de communication , mais elle est encore d'un grand secours au prisonnier à l'époque de sa libération. On connaît la propension des condamnés libérés à renouveler les connaissances faites en prison. Si quelqu'un d'entr'eux se montre disposé à renoncer à ses habitudes criminelles, il n'arrive que trop souvent aussi qu'il succombe aux tentations do ses anciens complices , ou cède à la menace de se voir dénoncé. M. Crawford rapporte un exemple de cette séduction exercée à l'égard d'un détenu qui avait témoigné un vif repentir de ses fautes passées et qui , par sa bonne conduite , avait obtenu la faveur d'une réduction de peine dans l'ancienne

14 DU STfTÙB PÉMTEATIA1RE

prison de Philadelphie. Ayant été condamné pour récidive, on l'interrogea sur les motifs qui avaient pu le porter à commettre ce nouveau crime; il répondit : « J'avais la ferme intention de me bien conduire, et pour faciliter cette résolution, je me rendis dans l'état d'Ohio où j'espérais que mes antécédents demeureraient ignorés, et que je serais à même de commencer une vie toute nouvelle. Je trouvai de l'emploi, et j'avais déjà réussi a obtenir l'estime de ceux qui m'entouraient, lorsque j'eus un jour le malheur de rencontrer un individu qui avait partagé naguère ma captivité. Je passai sans avoir l'air de le reconnaître , mais il me suivit et il me dit : — « Je vous connais, et il est en mon pouvoir » de vous dénoncer ; ainsi vous n'avez pas intérêt » à m'éviter. C'est une folie d'affecter cet air » d'honnêteté. Venez avec moi au cabaret voisin, » et nous parlerons de nos anciennes affaires. » — Je ne pouvais lui échapper ; mon courage faillit , le désespoir s'empara de mon âme , et je le suivis. Le reste vous est connu, n

La séclusion telle qu'elle est maintenue dans le pénitencier de Philadelphie tend à prévenir de semblables inconvénients. Le condamné , en quittant sa cellule , rentre dans le monde sans être connu des autres prisonniers. Tout autre mode d'emprisonnement exclut cet avantage.

Le médecin de l'établissement est d'opinion que la santé des détenus est généralement améliorée par le régime auquel ils sont soumis. Pendant les

AVZ ÉTAT1-US1». 15

4 premières années de la fondation du pénitencier, la moyenne annuelle des décès a été de & | pour

Ifomb. de» détenus.

Décè».

Proportion.

3 p. cent.

En 18M, comme on voit , la proportion des décès n a pas même atteint un pour cent.

Le médecin a également remarqué que l'emprisonnement solitaire avait asse* souvent pour effet d'affaiblir la constitution ; mais c'est là aussi la conséquence inévitable de tout système d'emprisonné* ment; on a par contre constaté que le régime du pénitencier prévenait un grand nombre de maladies auxquelles sont fréquemment exposés les individus de la classe à laquelle appartiennent généralement les condamnés qui habitent les prisons , maladies qui proviennent surtout des intempéries du temps et de§ habitudes vicieuses.

Depuis l'ouverture du pénitencier de Philadelphie , on y a constaté 4 cas d'aliénation mentale et un cas d'idiotisme. Cette circonstance aurait pu d'abord paraître défavorable au système d'emprisonnement solitaire ; mais des enquêtes répétées, les rapports du médecin , le témoignage des inspecteurs , et les renseignements recueillis sur les lieux par M. Crawford lui-même, ont démontré à l'évidence que les détenus atteints d'aliénation

16 DU II STEM R ttdlTEBTUlRE

mentale avaient déjà été sujets à cette cruelle maladie avant leur captivité , et que rien d'ailleurs dans la discipline de rétablissement n'était de nature à la provoquer.

On estime que le pénitencier de Philadelphie, lorsqu'il sera complété de manière à pouvoir admettre 586 condamnés, aura coûté environ 550,000 dollars (2,750,000 francs). II est vrai dédire cependant qu'une grande partie de cette somme a été consacrée à des embellissements extérieurs , sur lesquels on aurait pu faire une notable économie.

Les embarras et les désavantages inséparables des commencements d'une semblable institution n'ont pas encore permis d'établir une exacte compensation entre le produit du travail. des détenus et les frais de leur entretien. On a préféré pour les travaux le système de la régie à celui de l'entreprise. Les inspecteurs achètent les matières premières , et les font fabriquer et confectionner pour le compte de .l'état. Au 1er décembre 1834, il y avait dans le pénitencier, 152 hommes et 2 femmes condamnés , la plupart employés au tissage des toiles et à la confection des souliers ». Le travail

1 Voici quel est le nombre des ouvriers employés é chaque métier :

Tissage des toiles 38

Bobinage, ourdissage, teinturerie, etc 21

Cordonniers 52

À REPORTER lit

1VX tTATS-CfflS. 17

des tisserands donnait quelque perte, tandis que celai des cordonniers rapportait au contraire un léger bénéfice. En hiver les détenus sont occupés jusqu'à 9 heures du soir dans leurs cellules , qui sont éclairées au moyen de lampes. Le directeur de rétablissement est d'opinion que les profits nets d'une prison aux États-Unis, organisée d'après le système de l'emprisonnement solitaire , seront plus considérables que ceux que pourrait donner un pénitencier où Ton aurait admis le système du travail en commun *. Dans son dernier rapport, ce

Repoet 111

Menuisiers 5

Serruriers 5

Confection et raccommodage d'habillement. . 5

Eplucheurs de laine 9

Blanchissage 2

Tourneur

Charron

Ferblantier

Tailleur de pierres

Cuisinier

Faiseur de couvertures piquées

Pharmacien

Faiseur de cigares

Sans occupation, malades , etc 9

Total 154

1 Le passage suivant, extrait du message du gouverneur de Pennsylvanie à la législature de cet état, 6 décembre 1832, vient à l'appui de l'assertion de M. le directeur Wood : • Les comptes annuels de la prison ne sont clôturés que le

18 DU STSTkBl PilflTlWTUlEB

fonctionnaire exprime aussi le vœu que Ton n'étende la peine de la sècîution qu'aux condamnés pour un terme de 2 ou même de S ans , le terme de 12 mois n'étant pas suffisant pour apprendre au détenu un métier utile , déraciner ses mauvaises habitudes et lui en inculquer de bonnes.

La nourriture que Ton donne aux reclus est saine et abondante : elle consiste, le matin, en une livre de pain ( composé de -f seigle et \ maïs ) et une pinte de café ; à midi , en une pinte de

30 novembre. Je n'ai pu, par conséquent, constater avec exactitude jusqu'à quel point les dépenses de l'établissement peuvent être couvertes au moyen du produit des travaux des détenus. Cependant on peut estimer que déjà aujourd'hui ce produit équivaudra aux frais d'entretien, non compris les salaires des employés ; et il y a tout lieu d'espérer que, lorsque son organisation aura été complétée, le pénitencier de Philadelphie pourra se suffire a lui-même et ne coûtera plus rien à l'Etat. »

H n'y a pas de raison, en effet, pour que le système de l'emprisonnement solitaire ne soit pas rendu aussi productif que le système d'Auburn ; car il ne faut pas oublier que les principes de ce dernier système excluent également tout travail qui nécessite un trop grand rapprochement et des rapports pour ainsi dire inévitables entre les détenus : il s'ensuit que la nature des occupations qui peuvent y être organisées, ne doit guère différer de celle des travaux susceptibles d'être introduits dans les cellules de Philadelphie. Cette opinion n'est pas seulement la nôtre, mais encore celle du juge Wells de Wethersfield, et nous ne connaissons pas en semblable matière d'autorité plus imposante que la sienne. (Note de M. Lieber. )

AUX tTàTS-USlt. 19

soupe, | délivre de bœuf désossé (ayant servi à fat préparation de la soupe), et des pommes de terre; le soir, en une bouillie de farine de maïs et une mesure de mélasse. La quantité de pommes de terre et de bouillie de maïs n'est pas déterminée, chaque détenu peut en avoir à discrétion.

Jusqu'ici il a été impossible de constater d'une manière définitive et complète les résultats moraux du système introduit dans le pénitencier de Philadelphie. Lors de la visite de M. Grawford , cet établissement n'avait encore que quatre années d'existence. Il est d'ailleurs de tout temps extrêmement difficile de trouver une règle satisfaisante et de réunir un ensemble de preuves d'après lesquelles il serait possible de former un jugement sur l'efficacité morale dételle ou telle prison. On a souvent eu recours , à cet effet , au calcul du nombre des récidives; mais bien que la rentrée en prison d'un condamné libéré puisse et doive même fréquemment être attribuée aux vices du système d'emprisonnement et à la corruption dont il est la source, il ne s'en suit pas nécessairement que l'absence ou la rareté des récidives soit une preuve suffisante de l'efficacité préventive ou réformatrice du châtiment. L'expérience a prouvé en effet que parfois les meilleures prisons donnaient un plus grand nombre de récidives que les prisons les plus défectueuses, v et cela parce que les premières étaient situées dans des districts populeux où la tentation et les occasions d'enfreindre les lois sont, généralement plus

20 DU SYSTÈME PÉHITEKT1A11B

nombreuses et plus paissantes que dans les districts agricoles. Cette contradiction apparente est bien plus fréquente encore aux États-Unis , où Ton peut avec promptitude parcourir de grandes distances, et où les condamnés libérés ont ainsi toute facilité de quitter l'état où ils ont subi leur peine, afin de poursuivre dans un autre leur carrière criminelle. M. Crawford , dans les visites qu'il rendit aux divers pénitenciers, rencontra fréquemment des condamnés qui avaient déjà séjourné dans d'autres prisons , circonstance ignorée des directeurs. — Sur 45 individus qui , dans l'espace de A ans, sont sortis du pénitencier de Philadelphie, on n'en connaît que deux qui aient été repris pour de non* veaux délits. Cependant , comme je l'ai déjà fait observer, ce fait n'est pas aussi concluant qu'on pourrait le supposer au premier abord , et je l'abandonne à l'appréciation de mes lecteurs.

« Après une visite minutieuse et attentive de toutes les parties du pénitencier de Philadelphie , dit M. Crawford , après un examen consciencieux de l'ensemble et de la plupart des détenus en particulier, je n'hésite pas à déclarer que la discipline de cet établissement repose sur des fondements à la fois surs et efficaces; qu'elle n'a aucun effet pernicieux pour l'esprit ni pour le corps; et qu'en y joignant l'instruction morale et religieuse qui laisse malheureusement encore beaucoup à désirer dans le pénitencier de Philadelphie , l'emprisonnement solitaire , infligé comme il l'est dans cet

AUX KTATâ-UHII. 21

établissement , est assurément le moyen le plus poissant d'intimidation et de réformatioo pour le coupable. » Mais si l'auteur du rapport dont je donne l'analyse , se fait un plaisir et un devoir de rendre ce témoignage éclatant au système adopté à Philadelphie , il fait néanmoins observer que ce système ne présente aucune nouveauté très-caractéristique, et qu'il n'a aucun titre à l'originalité que quelques-uns de ses avocats invoquent en sa faveur. En effet les principes sur lesquels est fondée la théorie pénitentiaire à Philadelphie, étaient, il y a déjà plus de quarante ans, mis à exécution dans le pénitencier de Glocester en Angleterre. Chacun des perfectionnements successivement apportés à cette théorie aux États-Unis étaient déjà connus et pratiqués dans la Grande-Bretagne ; et le pénitencier de Philadelphie n'est , après tout, à quelque différence près dans le mode de construction et de distribution , qu'une contre-partie du Bridewell de Glasgow, où l'emprisonnement solitaire faisait la base de la discipline , cinq ans avant l'érection de l'établissement de Philadelphie *.

On a reproché à l'emprisonnement solitaire d'être inégal dans ses effets , et d'opérer avec plus de sévérité sur les esprits actifs que sur les hommes lents et apathiques : mais ce reproche d'inégalité

1 Voyci l'article sur le système pénitentiaire en Angleterre. — Bridewell de Glasgow. (W° VIII.)

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