‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 12 sur 143 · DU SYSTÈME PÉNITENTIAIRE · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME PÉNITENTIAIRE

peut s'étendre de même à toutes les espèces de peines , qui affectent d'une manière diverse et plus ou moins grave ceux qu'elles atteignent , d'après les innombrables variétés des caractères , des dispositions et des tempéraments. L'expérience faite en Angleterre et en Amérique a prouvé néanmoins que la peine de l'emprisonnement solitaire avait , plus que toute autre , ce caractère d'équité et d'égalité relative qui manque aux autres châtiments, et que son infliction est généralement plus redou* tée des coupables dépravés et endurcis que des hommes dont l'esprit est cultivé , et chez lesquels toute sensibilité n'est pas éteinte. La terreur de la solitude agit ainsi plus fortement sur la classe pour laquelle la sévérité est le plus désirable. Le directeur du pénitencier de Philadelphie a remarqué que chaque fois qu'un détenu , faisant un retour sur luimême , avait reconnu les erreurs de sa vie passée et manifestait le désir de se corriger, la séquestration cellulaire avait perdu pour lui beaucoup de sa rigueur et lui était apparue sous un aspect moins terrible.

Il existe d'ailleurs beaucoup de préjugés et de notions erronées sur ce point. En Amérique , les adversaires de l'emprisonnement solitaire ont propagé ces préjugés et ces erreurs par la publication de prétendus essais faits, il y a quelques années t de la sêcluêion sans travail. Mais il résulte de renseignements plus précis , recueillis sur les lieux par les hommes les plus capables et les plus im-

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partiaux , que les effets désastreux , que l'on avait d'abord vonlu attribuer à la solitude , avaient été exclusivement produits par l'exiguïté et l'insalubrité des cellules où l'on avait tenté l'expérience dont il s'agit. — Une expérience semblable fut faite , en 1822, dans le pénitencier d'Auburn (état de New* York ). On astreignit à l'emprisonnement solitaire de jour et de nuit, sans travail, 80 condamnés des plus pervers. L'épreuve dura dix mois. Chacun de ces condamnés fut confiné dans une cellule de sept pieds de long et de haut , et de trois pieds et demi de large. Pendaut tout le temps que dura leur séquestration , il ne fut permis à aucun d'eux de quitter sa cellule , sous quelque prétexte que ce fût , pas même pour satisfaire aux besoins de la nature. L'air ne pouvait se renouveler, l'exercice était impossible dans ces espèces de cachots; aussi, grâce à cette inhumaine aggravation , les effets désastreux de la séclusîon ne tardèrent-ils pas à se manifester. Quelques détenus perdirent la raison; la santé des autres fut délabrée, et plusieurs cou* rurent risque de perdre la vie. La discipline de la prison était à cette époque excessivement sévère et sans aucun adoucissement : on y avait complètement négligé l'instruction morale et religieuse , et proscrit , en quelque sorte , toute consolation qui eût pu contribuer à donner aux condamnés la force et la résignation nécessaires pour supporter cet horrible traitement.

Un essai de même nature, tenté dans l'état du

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Maine , ne fat pas couronné d'un meilleur succès. Les cellules dans la prison de cet état, sont de véritables fosses , dans lesquelles on entre par le haut , au moyen d'une échelle , et en passant par une ouverture de deux pieds carrés environ. Cette ouverture est fermée par une grille de fer, en forme de trappe; une autre ouverture , d'an pouce et demi de diamètre environ , est pratiquée dans le bas de la cellule , pour la transmission de l'air chaud. Chaque cellule a 8 pieds 9 pouces de long , 4 pieds 6 pouces de large, et 9 pieds 8 pouces de haut. Rien ne peut être comparé à leur aspect lugubre. Les détenus qui y étaient renfermés ne recevaient que du pain et de l'eau . Claquemurés de la sorte , . livrés à l'oisiveté , privés de toute espèce de distraction , on ne sera pas étonné d'apprendre que l'un d'eux , condamné à passer 70 jours dans l'un de ces misérables réduits, se pendit le quatrième jour après y être entré. Un autre , condamné à 60 jours , se suicida également après 24 jours d'épreuve. Quatre autres encore , hors d'état de supporter la cruauté de ce traitement , durent être transportés plusieurs fois des cellules à l'hôpital , avant d'avoir achevé le terme de leur condamnation.

Dans l'état de Virginie , on fit une tentative analogue , dont la conséquence fut également de détruire la santé et d'abréger l'existence des condamnés auxquels elle fut étendue. Depuis , les cellules de séquestration furent abandonnées; c'étaient de

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véritables cachots souterrains dans lesquels on ne pouvait voir qu'à l'aide d'une lampe. Dans les temps humides l'eau découlait des murs ; les cellules u étaient jamais chauffées , même dans le fort de l'hiver. Un détenu y eut un de ses pieds gelé pendant sa séquestration. — Dans l'état de New- Jersey, on commit l'excès contraire : les cellules étaient établies de manière à ce que les détenus qui y étaient enfermés pouvaient aisément s'entretenir et correspondre les uns avec les autres. — On ne peut donc rien conclure d'essais de cette nature , contre l'emprisonnement solitaire proprement dit; surtout lorsque celui-ci est combiné avec le travail et l'instruction morale et religieuse des reclus, lorsqu'il est infligé dans des cellules spacieuses, convenablement aérées et disposées de manière à maintenir la santé , à rendre l'oisiveté impossible et à préparer l'œuvre de l'amendement du coupable , ce but essentiel de la peine qui est encore si généralement méconnu et négligé dans nos anciennes prisons.

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