‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 112 sur 143 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

L'instruction en France n'est pas libre , en ce sens que tout individu , pour exercer la profession d'instituteur dans un établissement soit public soit particulier, doit être muni d'un brevet constatant sa capacité et sa moralité. Aux États-Unis, la formalité de l'examen préalable ne concerne que les instituteurs communaux. Les maîtres particuliers en sont exemptés. Cependant la nécessité du brevet , en France , ne constitue aucun monopole; tout instituteur breveté peut ouvrir une école là où il lui plait , et d'après les bases qu'il juge convenables , sans être astreint à aucune autre condition.

Les établissements d'instruction primaire dans ce pays peuvent se diviser en deux catégories principales : 1° les établissements nécessaires aux élèves : asiles , écoles primaires , ouvroirs et écoles d'adultes ; et 2° les institutions normales et de surveillance.

1 V. Loi sur V instruction primaire du 28 juin 1833. — Statistique de Vinstruciion primaire en France, publiée par le ministre de l'instruction publique; 1834. — Bulletin do la société pour l'instruction élémentaire : Rapports annuels de 1835 par M. Boulay de la Meurthe et de 1836, par H. Bessas Lamégie.

14 IMTtUCTlOH Pim&ItB

I. La population totale de U France tait , en 1824, de 39,509,742 habitants '.

Sous le rapport de l'instruction primaire , on peut la diviser en 4 classes :

La 1™ se compose des enfants an-dessous de 2 ans , au nombre de 1,811,787 ;

La 2* des enfants au-dessus de 2 ans et au-dessous de 6 , au nombre de 2,744,524 ;

La 8e des enfants au-dessus de 6 ans et au-dessous de 15 , au nombre de 4,987,261 ;

Et la 4e des adultes de 15 ans et au-dessus, an nombre de 22,966,170.

La lre classe, celle des enfants au-dessous de 2 ans , appartient tout entière à l'éducation maternelle.

Les enfants de la 2° classe doivent être recueillis dans les asiles , pour y continuer leur éducation et s'y préparer à recevoir l'instruction.

Ceux de la 3e doivent suivre les écoles primaires proprement dites.

La 4e classe est appelée aux écoles dites d'aduîtes , pour y recevoir l'instruction qui lui manque.

1° Les salles d'asile pour la première enfance,

1 Ce chiffre de la population totale est emprunté aux tableaux joints au rapport ou roi *ur l'instruction primaire, publié en 1834. — Cette population totale a été partagée en quatre classes, d'après les différents âges, conformément A la loi de la population de la France , telle qu'elle est dressée dans l'annuaire du bureau des longitudes.

EW BtfeOPB <T 15 AMt&lQVE. 15

«a moins aussi utiles que les écoles primaires , ne font que de naître en France : il en faudrait 40,000, suivies par près de 2,000,000 d'enfants , pour desservir toutes les communes du pays ; il en existe à peine une centaine où ne sont recueil* lis qu'environ 8,000 enfants ;

2* Les écoles primaires proprement dites sont publiques ou privées, élémentaires ou supérieures.

La loi impose à chaque commune l'obligation d'avoir une école publique élémentaire. Elle permet néanmoins à plusieurs communes, eu égard à la faiblesse de leur population et à Fexiguité de leurs ressources , de se réunir pour n'avoir qu'une seule école.

Le tableau suivant , dont les éléments ont été puisés dans le rapport du budget de V instruction publique pour 1826, indique le nombre des écoles et des élèves (garçons), à quatre époques différentes, pendant une période de 7 années :

Années, École* Écoles Total ffonbre

communales. privéV». de» écoles. d'élèves.

(environ.)

Le tableau qui précède ne donne que le chiffre

des élèves mâles ; celui des filles s'élevait, en 18&i,

à 795,597 (réparties dans 11,376 écoles), ou moins

de la moitié de celui des garçons.

Si Ton réunit ces deux chiffres , on aura , pour

16 infT»ucTion rtiMA.ni

1834, un total de 2,449,725 élèves des deux sexes , ce qui donne pour tonte la France la proportion de 1 élève sur 13,3 habitants.

Quelque favorable que soit cette proportion lorsqu'on la compare à celle des années précédentes , elle n'indique pas moins une lacune déplorable dans les moyens d'instruction. Aussi, sur les 4,987,261 enfants en âge de suivre les écoles primaires , en 1834, y en avait- il encore 2,537,536, savoir : 838,803 garçons et 1,698,733 filles , qui n'y allaient en aucun temps de l'année. Il résulte également des relevés statistiques que la moitié environ des élèves ne fréquentent les écoles que pendant quelques mois , et n'y vont pas en été.

Le nombre total des écoles élémentaire» pour les deux sexes , tant communales que privées, s'élevait, en 1834, à 45,071; si l'on divise par ce nombre celui des écoliers , on aura pour chaque école une moyenne de 54 enfants.

Quant aux écoles frimaire» supérieure» , la loi veut qu'il en soit établi une dans les villes chefslieux de département, et dans toutes celles dont la population excède 6,000 âmes. Il y a 283 communes dans ces deux catégories ; il devrait donc y avoir 283 écoles supérieures. Au 1er janvier 1835, il n'y en avait que 126 ouvertes ; il en restait dooe 157 à créer.

3° Ni la loi , ni l'administration ne se sont encore occupées des ouvroir»7 ces établissements si

tn EUftOTB IT BU BILCIOTE. 17

utiles et si moraux , où les jeunes filles complètent leur apprentissage d'ouvrages à l'aiguille sous une discipline scolaire: il devrait y en avoir 20,000 en France , annexés à chaque école spéciale de filles, et il y en a à peine 1,000 aujourd'hui.

4° On a estimé que sur les 22,966,170 adultes, en 1834 , 14,353,856 , savoir : 5,741,542 hommes et 8,612,314 femmes ne savaient ni lire ni écrire *;

Pour amortir prompteraent , en l'attaquant sur tous les points à la fois , cette masse énorme d'ignorance, il serait nécessaire peut être d'organiser une école d'adulte* dans chaque école primaire ; aucun relevé administratif ne constate le nombre de ces institutions , et l'évaluer à 24,000,

1 Ce calcul repose, pour les hommes, sur les vérifications Faites du savoir ou de l'ignorance des classes appelées à fournir les contingents du recrutement de l'année , pour les (rois années 1830, 1831, 1832.

Ces trois classes, d'après le rapport de M. Gillon sur le budget de l'instruction publique pour 1835, ont fourni un total de 868,048 hommes, sur lesquels il y en a>ait 40,324 qui ne savaient que lire, 381,283 qui savaient lire et écrire, 421,607 qui ne savaient ni lire ni écrire, et 20,834 dont on n'avait pu vérifier l'instruction. Comme on le voit, ceux qui ne savaient ni lire ni écrire formaient juste la moitié de ceux dont les connaissances avaient pu être constatées.

Quant aux femmes, ce n'est pas exagérer que de porter aux trois quarts le nombre de celles qui ne savent ni lire ni écrire, leur éducation avant été toujours plus négligée que celle de§ hommes, et aujourd'hui encore les écoles de filles ne comptant pas moitié des élèves des écoles de garçons, m. 2.

18 urraccTion vinum

pour toute la France, serait assurément l'exagérer.

Si Ton résume maintenant les données qui précèdent, on voit qu'en France , en 1834, la masse qui manquait de toute instruction se composait, tant en enfants qu'en adultes, de 19,634,914 personnes , c'est a dire de plus de 64 sur 100 , ou de plus des } de la population totale, déduction faite de 1,811,787 enfants au-dessous de 2 ans.

II. La loi exige que tout département entretienne une école normale primaire d'élèves-maîtres, soit par lui-même , soit en se réunissant à un ou plusieurs départements voisins. Ton» les départements , moins celui des Bouches -du-Rhône , ont aujourd'hui satisfait à cette obligation. 75 écoles normales ont été ainsi établies; elles renfermaient, en 1835, 2,566 élèves. Ce nombre d'élèves est encore loin de suffire aux besoins ordinaires du renouvellement des maîtres; à plus forte raison est-il insuffisant pour les besoins extraordinaires résultant et de l'insuffisance de ceux qui exercent aujourd'hui , et de l'incapacité de la plus grande partie d'entre eux.

Les écoles modèles, destinées a seconder les écoles normales dans la formation des maîtres, n'ont encore été jusqu'ici l'objet d'aucune statistique ; nous ne saurions donc dire quel est à peu près leur nombre ; ce que nous avons lieu de conjecturer, c'est qu'elles manquent encore presque sur tous les points.

15 IlIlOn ET M AHI11QUE. 19

Les commis Miiê d'examen pour les instituteurs étaient au nombre de 156 , en 1834 , c'est à dire an complet.

Indépendamment de ces établissements normaux voulus par la loi ou par l'ordonnance du 16 juillet 1832, il en est d'autres qui sont leurs auxiliaires : ce sont , d'une part , les conférences , cours et bibliothèques; de l'autre, les comités locaux et les comités d'arrondissement.

L'instruction primaire en France n'a fait en aucune partie plus de progrès, depuis plusieurs années et surtout dans les deux années précédentes, qu'en ce qui concerne les conflreneoê. Ces institutions si utiles se multiplient avec une grande rapidité , et rien n'est plus propre à perfectionner les maîtres et à relever leurs utiles fonctions. Véritables écoles mutuelles d'instituteurs pour ce qui touche à leur instruction , elles ont encore cet avantage de créer entre eux comme une assurance mutuelle pour tous les cas malheureux. Elles donnent en outre naissance à des cours, où des personnages éminents dans les sciences se plaisent à accroître le savoir de ceux qui devront ensuite le transmettre au peuple. Enfin , presque tontes les conférences ont leurs bibliothèques.

Les comité» locaux et les comités (Farrondiesement ou supérieurs sont particulièrement chargés de la surveillance à exercer sur les instituteurs. En principe , il doit y avoir un comité local près de chaque école communale ; néanmoins , plu-

20 iHfTiucTiOH rmnuni

sieurs écoles de la même commune peuvent être réunies sous la surveillance du même comité. La règle générale, relativement aux comités d'arrondissement , veut également qu'il y en ait un par arrondissement $ cependant , si le besoin s'en fait sentir, il peut en être établi pour un ou plu* sieurs cantons , et dans ce cas ils prennent le nom de comités supérieure. En 1834, il existait déjà 810 comités d'arrondissement ou supérieurs, et leur nombre s'est probablement encore accru depuis. Tous ces comités ont le droit de surveiller par eux-mêmes , ou de faire surveiller les écoles de leur ressort par des délégués pris dans leur sein ou hors de leur sein.

L'administration centrale a sa part réservée dans ce système ; elle intervient dans la surveillance de l'instruction primaire par ses inspecteursgénéraux au nombre de là, par ses recteurs au nombre de 25 , par ses inspecteurs d'académies au nombre de 61 , et par ses inspecteurs d'écoles primaires au nombre de 70*

Les dépenses annuelles de l'instruction publique, telle qu'elle est organisée actuellement en France , sont évaluées, par M. Boulay delaMeurthe , dans son rapport fait à la société d'instruction élémentaire de Paris, à 24,057,006 francs, savoir :

1° Personnel,

Traitement fixe de 30,467 instituteurs ou insti-

BU IOHOPI ET BK AME1IQCE. 21

tutrices fr. 7,878,014

Rétribution mensuelle de 794,058 élèves payant un franc par mois, pendant toute l'année x 9,528,672

Indemnité des directeurs d'écoles d'adultes et des directrices d'asiles. . 250,000

Traitement des directeurs des 78 écoles normales 760,000

Traitement et frais de tournée des inspecteurs des écoles primaires. • . 240,000

fr. 18,151,686

2° Matériel.

Entretien des bâtiments. 392,070

— du mobilier 758,200

Dépenses mensuelles de 20,467

écoles 4,570,050

— mensuelles des classes d'a-

dultes et des asiles. • . 125,000

— des 76 écoles normales. 760,000

— des commissions d'exa-

men et des comités . • 100,000 Encouragements aux conférences, aux bibliothèques et aux cours. . . . 100,000

fr. 6,805,220

1 Le nombre des élèves des écoles est de 2,449,725, dont il faut déduire les élèves des écoles privées, les élèves gratuits et la moitié du reste ; ces déductions faites, nous avons dans notre système, 794,056 élèves payant 12 fr. par an.

22 umccTiov puMais

Les ressources destinées à subvenir aux besoins de l'instruction primaire se composent :

1° Des sommes portées à divers titres au budget de l'État fr. 2,080,000

2° Du montant des centimes additionnels, du chef de l'instruction primaire ou d'une partie des centimes facultatifs votés par les départements. S, 500 ,000

3° Du produit des centimes additionnels, votés par les communes en vue de l'instruction primaire 6,491,118

Total. . . 12,041,113

Il convient de joindre a ce chiffre , 1° la partie de leurs revenus ordinaires que les communes ou les départements affectent à l'instruction primaire; 2° le produit des rétributions mensuelles. Mais quelque soit le taux de ces deux branches de revenu, on peut regarder comme certain que la somme affectée, en France, à l'instruction primaire est insuffisante , non-seulement pour faire face aux améliorations et à l'extension que devrait subir le système, mais encore pour satisfaire aux besoins ordinaires annuels.

La statistique des faits recueillis dans une inspection générale de toutes les écoles des garçons, à la fin de 1833, a constaté que celles de ces écoles , mal ou au moins médiocrement dirigées , étaient dans la proportion de 54 sur 100. Une semblable statistique pour les écoles de filles eût

m suaopB et n AMftuqvi. 23

mis ànaon mal encore plus grand. Maïs aussi la loi du 28 juin 1833 passe-t-elle entièrement sous silence l'instruction des filles de même que celle des enfants de 2 à 6 ans et des adultes ; il y a des écoles normales pour former des instituteurs, mais il n'y en a pas pour former des institutrices. On a cru sans doute que les femmes pouvaient être vouées impunément à l'ignorance , ou qu'en tous cas l'instruction élémentaire était moins nécessaire pour elles que pour les hommes.

En 1832, la méthode simultanée était suivie dans 24,173 écoles , la méthode individuelle dans 16,185, et la méthode de renseignement mutuel dans 1,334 ; au commencement de 1835 , le nombre des écoles mutuelles s'élevait déjà à 2,121 , et il s'est encore accru depuis.

On ne peut nier que l'instruction n'ait fait depuis quelques années de grands progrès en France, et que la loi de 1833, malgré ses lacunes, n'ait été sous ce rapport l'occasion d'un nouveau bienfait ; mais l'œuvre , loin d'être accomplie , est k peine commencée , et les résultats qu'on a obtenus jusqu'ici ne font que mieux ressortir l'importance de ceux qui restent à opérer.

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