PfcHlTEHCIEl D'AUBtma
Plusieurs années avant l'établissement du Pénitencier de Philadelphie , la réforme des prisons avait attiré l'attention du gouvernement de l'État i. 3
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de New- York. Dès l'année 1797 , on avait construit une maison centrale de détention dans l'un des faubourgs de la ville de Greenwich. On y introduisit divers genres de travaux tant dans l'intérêt des détenus que dans celui de l'économie de l'établissement; mais les espérances que l'on avait conçues à cet égard ne tardèrent pas à être détruites. Par suite du manque de séparation et de l'absence d'une discipline suffisamment sévère , la maison de Greenwich n'inspirait aucune crainte et exerçait une influence funeste sur la moralité des prisonniers. L'augmentation de la population et l'état d'encombrement de l'établissement déterminèrent, en 1816, la législature à faire construire une prison supplémentaire à Avhurn pour la division occidentale de l'État. Il paraît que le régime de cette nouvelle maison n'eut rien de remarquable jusque vers l'année 1820 , où on y construisit un certain nombre de cellules séparées pour la nuit. De cette époque datent les améliorations successives qui ont imprimé au pénitencier d'Auburn son caractère actuel.
Le pénitencier d'Auburn , avec ses ailes et ses ateliers , occupe les k côtés d'une vaste cour , fermée par une muraille de 500 pieds de long de chaque côté. Du bâtiment central s'étendent les ailes qui contiennent les infirmeries et les cellules de nuit. Ces dernières sont au nombre de 770; elles ont chacune 7 pieds de long, 7 pieds de haut et fc-y de large. Les conditions nécessaires à l'admission
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et à la circulation de l'air , de la lumière et de la chaleur y sont convenablement observées.
Les cellules sont ouvertes au point du jour ; les détenus en sortent immédiatement et se placent en ordre, munis chacun de leur écuelle , de leur pot â l'eau et de leur vase de nuit. Après avoir déposé ces objets , conformément aux règlements , ils se rendent dans leurs ateliers respectifs où commencent immédiatement les travaux de la journée. A l'heure fixée pour le déjeuner ils se rendent en silence et à la file les uns des autres , au réfectoire où ils se placent le visage tourné dans la mémo direction. Après un intervalle de 30 minutes environ , ils retournent à leurs occupations. Le même ordre est observé pour le diner. Le soir, lorsque l'heure du coucher approche, ils se lavent le visage et les mains ; puis , à un signal donné , ils se reforment de nouveau en ligne d'après l'ordre des numéro* de leurs cellules. Les prisonniers s'avancent alors des ateliers dans la cour centrale, d'où, après avoir repris leurs ustensiles de nuit, ils se rendent dans leurs chambres respectives. En passant par une salle adjoignant la cuisine , chaque détenu prend sa part du souper qu'on lui a préparé à l'avance. Arrivé à la porte de sa cellole , il y entre en tirant la porte que le gardien ferme sur lui. Chaque galerie est occupée par une division distincte et surveillée par des gardiens spéciaux. Le prisonnier soupe dans sa cellule , et après souper il assiste sans sortir à la prière que
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le chapelain récite à hante voix dans l'enceinte qui enveloppe les galeries. Ces dernières sont visitées plusieurs fois la nuit par des gardiens qui observent le plus grand silence et qui, par un sur* croît de précaution, portent aux pieds des chaussons.
Les travaux dans la maison d'Âuburn sont nombreux et conduits avec activité. Voici quels étaient les divers métiers auxquels étaient occupés les détenus à l'époque de la visite de M. Crawford : tailleurs de pierres , serruriers , forgerons , charpentiers, mécaniciens, tonneliers , ébénistes , tourneurs, selliers , faiseurs de peignes, de boutons , tisserands d'étoffes de lin , de coton , de laine et de soie, tailleurs, cordonniers. L'administration de l'établissement s'était d'abord chargée de l'achat des matériaux et de la vente des objets fabriqués et confectionnés ; mais ce système exclusif ne tarda pas à entraîner des pertes assez considérables, qui déterminèrent la législature à l'abandonner» Les diverses branches d'industrie sont maintenant exploitées par des entrepreneurs particuliers qui fournissent les matières premières, et paient à l'État une somme déterminée pour chaque journée d'ouvrier détenu. Ces entrepreneurs ou leurs agents peuvent se rendre dans les ateliers, mais il leur est strictement interdit de s'immiscer en quoi que ce soit dans la discipline et même de parler aux détenus qu'ils emploient. Chaque atelier a son surveillant particulier, qui est en même temps
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chargé del'apprenttssage du métier qa'oo y exerce. Le long de chaque atelier on a pratiqué une galerie étroite, au moyen (Tune cloison en bois; on peut, à l'aide d'ouvertures pratiquées de distance en distance, observer de cette galerie les détenus sans en être aperçu.
Le mode de discipline introduit dans cet établissement peut être décrit brièvement. Il est expressément défendu aux détenus de causer et de correspondre entr'eux de quelque manière que ce soit. Ils doivent travailler les yeux baissés. Si l'un d'eux est surpris détournant les regards de son ouvrage , les promenant autour de lui , ou essayant d'échanger des communications avec un autre prisonnier, il est aussitôt frappé, en présence de ses compagnons de captivité, par le surveillant qui est toujours muni à cet effet d'un martinet (cat) ou d'un nerf de bœuf. La punition est certaine et immédiate. Le nombre et la force des coups sont entièrement dépendants de Ja volonté du surveillant dont les actes sont sans appel. Naguère le législateur avait défendu de donner en une seule fois plus de 39 coups , si ce n'est en présence de l'un des inspecteurs ; mais les simples gardiens ont aujourd'hui le pouvoir d'infliger telle punition corporelle qu'ils jugent convenable, sans avoir besoin d'en référer au préalable, à l'un des inspecteurs ou au surintendant. 11 leur suffit d'inscrire sur leur rapport journalier le nom du prisonnier, la nature de sa trant* i. 3.
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gression , et le nombre de coups qu'il a reçus» Il n'y a aucun contrôle pour vérifier l'exactitude de ces rapports , et nulle protection n'est donnée contre l'abus de cotte autorité '•
1 Jo sais que la désignation de visiteurs officiels, et que l'admission générale des étrangers dans la maison d'Auburn , moyennant un droit d'entrée d'un quart de dollar, sont considérées par plusieurs comme des garanties suffisantes contre les abus qui pourraient se commettre dans l'infliction des châtiments. Mais on est dans l'erreur. Un gardien peut éviter la publicité en vérifiant à l'avance s'il y a des visiteurs dans la maison, ou du moins dans la section à la surveillance de laquelle il est préposé. Si un étranger se présente, le gardien peut toujours différer de quelques minutes la punition jusqu'à ce qu'il se soit retiré. Il est en vérité pour ainsi dire impossible à un détenu d'obtenir réparation d'un acte de tyrannie dont un employé subalterne se rendrait coupable a son égard. 11 ne lui est pas permis de parler aux inspecteurs, et ceux-ci n'ont aucun moyen de connaître leurs griefs et d'écouter leurs plaintes. Je m'abstiens de rapporter plusieurs faits qui m'ont été révélés par divers détenus, relativement à la conduite de leurs gardiens; mais pour donner une idée de l'extension que ces derniers ont donnée à leur pouvoir, je joins ici un extrait d'un rapport officiel adressé en 1827 à la législature de New-York, par les commissaires chargés de constater à cette époque l'état du pénitencier d'Auburn. t Patrick Ittasteson entra dans rétablissement pendant l'été de 1825; il portait sur le dos des cicatrices qui semblaient provenir d'une fustigation antérieure, mais on n'a pu recueillir û cet égard aucun autre renseignement. 11 se montra, au commencement, très bruyant et 1res indiscipliné ; on crut qu'il simulait la folie, et on le fit passer d'atelier en atelier, car chaque gardien tâchait de s'en débarrasser. La question de saroir s'il était
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Si les exercices religieux sont si limités dans le pénitencier d'Auburn , ce n'est pas faute d'efforts
réellement aliéné était -vivement controversé© et était lia sujet fréquent de conversation dans la maison ; mais pendant tonte la première partie de sa captivité, l'opinion que sa folie était feinte prévalut. Il fut fréquemment fouetté par ordre de H. Canfield, l'un des sous-directeurs ; bien que nous regrettions de devoir dire qu'un fait aussi peu susceptible d'être oublié, dans un cas aussi extraordinaire, n'ait pas été avoué par cet employé, lors de son premier interrogatoire. M. Canfield le vit un jour ayant sur la tête des blessures dont le sang découlait sur son visage; mais il fat reconnu que ces blessures n'avaient rien de dangereux , et elles ne tardèrent pas à être guéries. Lorsqu'on le dépouilla de ses vêtements pour lui faire prendre un bain, on trouva que sa chemise adhérait à ses anciennes cicatrices qui s'étaient rouvertes. Quelque temps après, on remarqua chez Mastesoa des signes de dérangement d'esprit; et aussitôt que l'on commença à croire qu'il était bien réellement aliéné, on l'exempta du travail des ateliers, et on ae lui infligea plus de punitions; lorsque M.Powers entra en fonctions, il sollicita sa grâce pour cause d'aliénation mentale , et l'obtint. * Les commissaires ajoutent : « Il semble également ( bien qu'il y ait à cet égard quelque confusion dans les témoignages), que ce malheureux était le même individu auquel le docteur Tuttle fit avaler le contenu d'un crachoir. Quelques témoins crurent comprendre que le docteur imposa cette dégoûtante obligation à Masteson, parce que celui-ci avait eu recours au même moyen pour faire croire ë sa folie. On prétend, muis on n'a pu recueillir a cet égard aucune preuve positive, que ce détenu , ayant été emprisonné du chef de vol, dans la prison d'Onondaga, y mourut par suite des mauvais traitements qu'on lui irait fait éprouver à Auburn » «11 tésulte du témoi-
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et de sèle cbet son digne chapelain. L'importance de la réforme morale des détenus n'y a jamais été
gnage de David Buck, que vers le mois de janvier 1826, un prisonnier employé à porter du bois , ramassa un morceau de bois vert, et demanda au gardien , David Stoddard , s'il devait aussi emporter ce morceau ; que Stoddard le fit mettre à genoux, qu'il lui appliqua plusieurs coups de fouet, et qu'il donna ensuite pour raison de cette correction que le détenu savait ce qu'il avait è faire et qu'il n'avait pas le droit de lui adresser la parole »... A. la fin de 1825, Charles Wood , alors surveillant et démissionné depuis, se trouvant dans l'atelier des tonneliers, en remplacement de M. Burr, vit un condamné nommé Beemau qui faisait des signes et qui riait; il lui infligea de ce chef sept à huit coups de bâton. M. Burr, le surveillant titulaire de l'atelier, attesta qu'ayant fait une enquête à ce sujet il acquit la conviction que Beeman n'avait fait un signe que pour demander un outil dont il avait besoin, et qu'il avait été d'autant plus fâché de la punition qu'on lui avait injustement infligée que ce détenu était l'un de ceux qui se comportaient le mieux Le docteur Tultlc, en réponse au
second interrogatoire qu'on lui fit subir, avoua qu'à la suite des coups qu'ils avaient reçus plusieurs détenus avaient dû être transportés à l'infirmerie ; que ces cas se reproduisaient presque chaque mois, ce qu'il regardait comme un abus résultant de la sévérité du châtiment et de l'absence des inspecteurs».... « Nous avons également constaté qu'au mois de mai 1825, John Hask, l'un des gardiens actuels, jeta à terre d'un coup de bâton le détenu Clark qui ne sortait pas assez tôt de sa cellule, et lui donna plusieurs coups de pied, avant qu'il pût se relever. » Parmi les faits recherchés par les commissaires, il s'en trouve un qui se rapporte à une femme détenue, nommée Rachel Welsh. Cette femme devint enceinte dans la prison à la
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appréciée à sa juste valeur. A l'origine de Knsti- Utioo, il n'y avait pas de chapelain, et on cousidé-
sutte de rapport* avec un détenu qui était parvenu à s'introduire secrètement dans la chambre où elle se trouvait. 11 parait que sa conduite à l'égard des employés fut bien réprehensible ; et on lui infligea de ce chef un châtiment que les commissaires décrivent de la manière suivante ; « Le 21 juillet Rachel fut fouettée. Il n'y avait aucun témoin présent; les seuls renseignements qu'on ait pu recueillir par conséquent à ce sujet résultent de la confession de Cohb, l'un des gardiens , des traces laissées par les coups, et des réponses faites par Cobb à notre interrogatoire. » Voici le Técit de ce gardien : « Je reçus de M. Parks Tordre de lui donner le fouet. Je me munis en conséquence d'un nerf de beraf et j'entrai dans sa chambre , après avoir recommandé aux deux nègres qui m'accompagnaient de m 'attendre au-dehors et d'accourir à ma 'défense si Racbel venait i m 'attaquer avec un instrument dangereux. Elle alla vers son lit où elle s'assit; elle me paraissait quelque peu effrayée et me déclara qu elle ne bougerait pas quand même je la frapperais à mort. Sa robe était abaissée de manière é laisser ses épaules découvertes, ( le tempa était chaud); je loi portai trois ou quatre coups sur sa peau nue et je m'arrêtai pour blâmer sa conduite. N'ayant reçu qu'une réponse insultante , je lui appliquai encore trois a quatre coups avec le nerf de bœuf. Elle demeurait ferme et semblait déterminée à braver le châtiment , jurant qu'elle ne ferait paa sa soumission. Je cessai de nouveau ; et ayant remarqué que les coups laissaient des traces sur ses épaules et craignant de déchirer sa peau, je lui portai encore quelques coups au-dessus des genoux, pendant qu'elle continuait à vociférer contre mui. Elle devint alors moias violente, mais elle continua à refuser de se soumettre, et je m'empressai d'aller faire part à M. Parks et au médecin
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rait l'instruction religieuse comme défavorable au maintien de la discipline. Maintenant on a ouvert
de l'exécution des ordres que j'avais reçus. » Voici maintenant de quelle manière le docteur Tuttle rend compte des faits d'après le dire de la détenue : « Elle déclara qu'elle avait fait les efforts les plus violents et opposé la résistance la plus désespérée au traitement barbare qu'on lui infligeait ; mais qu'elle avait été contenue par deui Nègres robustes et qu'elle avait été frappée presqu'à mort. C'est le 28 juillet qu'elle me fit cette déclaration, et depuis elle la renouvela à plusieurs reprises. Jamais elle n'a varié dans ses assertions, t Le docteur Tuttle dit en outre que Cobb lui avait avoué, « qu'il avait fait tenir Rachel par les deux Nègres pendant qu'il la fouettait. Je trouvai, « ajoute le docteur, » cette malheureuse couchée sur son lit et presque hors d'état de se bouger ; j'examinai son dos qui était noir et bleu , avec un degré de rougeur très prononcé depuis les épaules jusqu'au gras des jambes; le devant du corps avait également des taches noires et bleues; les traces des coups s'étendaient jusqu'aux côtes, et à quelques endroits la peau était déchirée. Elle était dune faiblesse extrême. » Des symptômes inflammatoires très intenses ne tardèrent pas é se manifester. Elle fut saignée à six reprises différentes , et pendant quelques jours son état fut regardé comme désespéré. 11 paraît cependant qu'elle se rétablit au moins eo partie et pour un certain temps. Mais peu de temps après son accouchement elle mourut à la suite des souffrances les plus atroces. Le docteur Tuttlo déclare que • d'après son opinion, comme médecin, les coups portés à Rachel Welsh, le 27 juillet, ont été la cause de sa mort; et il appuie cette opinion d'arguments, qui cependant ont été contestés par d'autres médecins. Les commissaires observent, de leur côté, que « comme cette question est tout à fait du domaine de la science, et qu'elle a été diversement résolue par des
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«ne école le dimanche matin, qui dure environ deux heures , et dans laquelle on enseigne la lecture à un certain nombre de détenus les plus ignorants. Après réeole tous les détenus assistent au service divin ; on les enferme ensuite dans leurs cellules pour tout le reste de la journée. L'après midi le chapelain visite quelques-uns d'entre eux , et ce court espace de temps est le seul qui lui soit accordé pendant tonte la semaine pour s'entretenir avec les prisonnier*. J'ignore si la prohibition de rapports plus fréquents est formelle; mais dans tous les cas ces rapports sont peu encouragés , et on ne semble pas être bien intimement convaincu de leur nécessité. Le chapelain a avoué à M. Grawford, qu'ayant à pourvoir aux besoins spirituels de 680 condamnés , il lui était impossible , malgré tous ses efforts , de les visiter tous successivement,
honna de l'art, Us croient convenable de ne pas exprimer à ce sujet leor propre opinion à la législature. *
11 est cependant un point sur lequel il ne parait pas qu'il pût y avoir divergence d'opinion , c'est celui de la conduite répréhensible du gardien Cobb et de l'employé dont il crut devoir exécuter les ordres avec une si atroce ponctualité* La provocation la plus grave de la part d'une femme, ne peut légitimer, en aucun cas, l'infliction d'un châtiment aussi brutal, et aucune circonstance ne vient atténuer la barbarie du traitement dont Rachel Wclsh fut victime ; et, cependant, malgré la confession de Cobb et l'évidence des preuves alléguées contre lui, les inspecteurs ne jugèrent paa le fait assez grave, sans doute, pour lui retirer son emploi. (Note de X. W. Csawford.)
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de cellule en cellule , dans une période de moins de trois mois. Est-il raisonnable de supposer qu'une instruction religieuse aussi incomplète et des secours spirituels aussi rares soient susceptibles de faire une impression solide et durable sur des esprits aussi endurcis que le sont ceux des habitants de cette maison ?
Ceux qui sont au courant de l'histoire et de l'état actuel de la discipline des prisons en Europe, s'apercevront d'abord que le système introduit dans le pénitencier d'Anburn est , à peu de chose près, le même que celui qui avait été établi plusieurs années auparavant dans la maison de force de Gand. La description donnée de cet établissement célèbre dans les ouvrages d'Howard et de Buxton , s'applique exactement au pénitencier d'Auburn. L'aspect de la maison est très imposant. Quelqu'opinion que l'on ait de l'influence finale de sa discipline sur le caractère des détenus , il est impossible de ne pas admirer la promptitude et la vigueur avec lesquelles cette discipline est mise à exécution. Le silence est sans aucun doute un agent moral d'une grande valeur dans l'administration des prisons. C'est un obstacle à la corruption T et une des conditions essentielles de l'extension et du maintien des habitudes d'obéissance , de réflexion et de travail. Mais , malgré Tordre et la régularité qui régnent dans le pénitencier d'Auburn , M. Crawford est demeuré convaincu que l'efficacité du système que l'on y a adopté avait été sîngulière-
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ment exagérée. Les partisans de ce système pré* tendent que la séclusioo morale y est complète , et que le bat principal de la solitude, celui d empêcher les rapports entre détenus , est atteint. Mais, quelque vigilante que soit la surveillance, elle ne peut empêcher que les prisonniers ne conversent par signes et à voix basse. Us ont à cet effet de nombreuses facilités, soit dans les ateliers , soit dans lea cours et les autres locaux , lorsqu'ils marchent en lignes serrées. J'ai pu me convaincre moi-même , dit M. Grawford , de la véracité de ectte assertion en interrogeant plusieurs des anciens habitants de la maison. Ces relations, quelque rares et qoelqu'imparfaites qu'elles soient , suffisent cependant pour détruire le sentiment d'abandon , qui est la plus grande de toutes les punitions morales , et qu'une séclusion absolue ne peut au contraire manquer de faire naître. On lit dans urt rapport officiel adressé à la législature, que « malgré la discipline admirable introduite dans la maison d'Auburn, les commissaires ont vu , il y a quelques semaines , un appel écrit sur des morceaux de cuir pour provoquer les détenus a la révolte. Lorsqu'ils croient pouvoir le faire impunément , les détenu» n'hésitent pas à parler, à rire, à chanter , à siffler, à se disputer et a se quereller entr'eux et avec les employés. Ils tueront le temps en regardant les spectateurs , et ne se font pas scrupule de gâter et de détruire l'ouvrage qu'on leur confie. Si , ajoutent les commissaires , au lieu de les rci 4
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primer immédiatement au moyen des châtiments corporels, on faisait de chaque faute et de chaque irrégularité l'objet d'un rapport et d'une enquête , nous sommes persuadés que les inspecteurs se* raient assaillis de réclamations et qu'ils seraient en quelque sorte obligés de demeurer en permanence dans la maison pour juger les différends '. » Je l'avoue, je ne puis avoir foi dans les bons effets que ce mode de discipline produit au dire de ses zélateurs. Il est vrai que le règne du fouet commande une soumission instantanée et sans réplique , mais cette soumission n'est que d'une nature temporaire. Elle n'entraîne avec elle aucun sentiment louable et n'offre aucune garantie susceptible de détourner de la commission des offenses et d'amender le caractère des détenus. En 1828 le surintendant d'Auburn publia un ouvrage dons lequel il donna une liste de 180 condamnés libérés , dont les quatre cinquièmes étaient notés par lui à cause de leur bonne conduite et dé la place respectable qu'ils avaient reprise dans la société. M. Grawford , dans la visite qu'il rendit au pénitencier de Sing-Sing, apprit que trente de ces libérés avaient récidivé et se trouvaient dans cette prison , et que vingt autres de la même catégorie y avaient été incarcérés depuis la publication du relevé dont je viens de parler. Mais, en admettant
1 Report of the commissi&ners appointée to tisit ik* Aubnrn pit'son to the senate, Jtmary, 18B7, p. 19.
! que les efiets du système d'Auburn soient «otsi favorables qu'on le prétend , il n'est pas moins vrai que les moyens employés pour son maintien répugnent à l'humanité et sont incompatibles avec Peut actuel de la civilisation. M. Grawford, dans les nombreux entretiens qu'il eut arec les détenus que l'on gouvernait ainsi par la terreur da fouet , trouva que ce traitement barbare donnait nais* sauce à des sentiments de haine et de vengeance et perpétuait la dégradation des malheureux qu'il menaçait. Rien en effet de plus opposé à l'emploi de ces moyens moraux et religieux dont l'expérience a prouvé l'efficacité réformatrice ; et je suis convaincu que l'idée seule de son adoption serait accueillie chez nous par un cri unanime de réprobation. Si l'on compare maintenant les avantages des deux systèmes , on trouvera que la discipline ô? Auburn est exclusivement matérielle , tandis que celle de Philadelphie repose sur des bases essentiellement morales. Le fouet occasionne une douleur immédiate mais momentanée , tandis que la solitude inspire une terreur permanente. L'un dégrade en môme temps qu'il humilie ; l'autre commande la soumission , mais sans porter atteinte au caractère moral du détenu. A Auburn les prisonniers sont traités avec une dureté uniforme, à Philadelphie avec une sorte de civilité; dans le premier établissement on endurcit leurs dispositions et leurs penchants , on les adoucit et on les humanise dans le second. La règle d' Auburn s'ap-
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paie sur la force et le droit du taKon , celle de Philadelphie se Sonde surtout sur la loi d'expiation; Le condamné , en sortant de la maison cTAuburn , sachant qu'il e§t connu de ses anciens associés et que l'œil du public s'est arrêté sur lui , Toit un accusateur dans chaque homme qu'il rencontre. Le libéré de Philadelphie , en quittant sa cellule , n'a pas à redouter les funestes conséquences d'une ancienne association et du préjugé qui s'attache à l'homme qui a subi une condamnation.
8. — PÉHIVRIOtBBS DE SIlMHHRti, WETHSIISriELD , GBUaLESTOWH, ETC.
Dans l'année 1828 la législature de l'état de New- York, résolut de supprimer la prison de Greenwich et d'ériger à sa place un nouveau pénitencier sur le plan de celui d'Auburn. Ce pénitencier fut établi à Sing-Sing , sur la rive orientale de l'Hudson , à 32 milles de la ville de New-York. Les bâtiments furent construits par une division de détenus extraits de la maison d'Auburn , avec des matériaux provenant d'une carrière de marbre voisine de l'endroit. La prison , qui a environ 600 pieds de long et 40 de large, contient 1000 cet* Iules. H y a également un certain nombre de grands ateliers. Les architectes furent d'avis que la séou-
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rite de l'établissement devait plutôt dépendre de la vigilance des gardiens et des sentinelles que de la nature des constructions $ il leur paraissait plus naturel d'abattre à coups de fusils un condamné tentant de s'évader, que de prévenir les jvasions à l'aide des moyens ordinaires. Aussi la prison n'at-elle pas de mur d'enceinte. L'abondance du marbre dans les carrières de Sing-Sing et la croyance que ces carrières pourraient être exploitées avec avantage par des détenus et que leurs produits trouveraient un débouché lucratif et assuré à New- York , avaient déterminé le choix de cet emplacement. Mais le résultat de l'exploitation ne répondit pas entièrement aux espérances que l'on avait conçues , et l'on dut avoir recours , pour occuper les détenus, à l'introduction de divers autres métiers. On organisa des ateliers de forgerons, de serruriers , de tonneliers , de cordonniers , de tisserands et de chapeliers. Mais malgré les efforts faite pour rendre le travail productif, ce n'est qu'en 1833 que l'on est parvenu à élever les profits au niveau des dépenses.
La discipline de Sing-Sing est modelée sur celle d'Anburn , et n'en diffère que par quelques règles d'une importance secondaire. C'est ainsi que dans le premier de ces établissements les détenus prennent leurs repas dans leurs cellules, tandis que dans le second ils sont réunis à cet effet dans un réfectoire commun. 11 n'y a pas à Sing-Sing de système uniforme pour les travaux ; les détenus i. 4.
42 DU SYSTEMS riHITlRTiAIRE
sont employés en partie par des entrepreneurs par* ticuliers, en partie pour compte direct de l'état. Les étrangers ne sont admis à visiter rétablissement que munis d'une autorisation spéciale ; tandis qu'à Auburn et dans la plupart des autres pénitenciers érigés d'après le même système, le public est admis moyennant un droit d'entrée d'un quart de dollar. Quoique faible et incomplète dans le plus grand nombre de cas, il existe au moins une sorte de garantie à Auburn contre l'arbitraire des employés inférieurs; il n'y en a aucune à Sing Sing. Les surveillants des ateliers n'ont à répondre de leurs actes à personne, et ne doivent rendre aucun compte des punitions qu'ils jugent à propos d'infliger. Les prisonniers sont ainsi entièrement livrés à la merci des employés préposés à leur garde ; et à moins de s'inscrire en faux contre le témoignage unanime des condamnés libérés de Sing- Sing que M. Grawford a retrouvés dans les pénitenciers d'autres états , il résulte des renseignements recueillis par cette voie et dont la coïncidence est remarquable , que les abus de cet arbitraire sont graves et nombreux , et qu'un système de rigueur excessive et injustifiable pèse comme un joug de plomb sur la population détenue. Je dois ajouter que le court espace de temps accordé au chapelain pour ses rapports individuels avec les détenus, rend l'instruction religieuse pour ainsi dire illusoire. Au mois de septembre 1833, le pénitencier de Sing- Sing con-
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tenait 833 détenu» , et de même qu'a Àubom , le chapelain , à l'exception du dimanche , n'avait pendant la semaine aucune relation arec eux.
À l'appui de l'efficacité du mode d'emprisonnement introduit à Àuburn et à Sing-Sing , on a invoqué la différence qui s'est fait remarquer dans le nombre des récidives avant et depuis l'adoption du système de Gand. On ne peut en effet contester que la discipline actuelle n'excite plus de terreur que celle qui était usitée auparavant; et il est même probable que la crainte du fouet a suffi dans quelques cas pour engager le condamné libéré à aller poursuivre sa carrière criminelle dans un antre État. II se peut donc fort bien que le nombre des récidives ait diminué , sans qu'on doive nécessairement faire résulter de ce fait l'efficacité préventive et réformatrice du système dont il s'agit. On sait qu'avant l'introduction de ce système les prisons de l'État de New- York étaient dans l'état le plus déplorable : on ne peut donc établir sur cette base aucune comparaison raisonnable. D'autres circonstances également , qui n'existent plus aujourd'hui, ont contribué naguère à augmenter le nombre des récidives en même temps que les chances d'impuuité. Parmi ces circonstances on peut citer l'extrême profusion et le défaut de discernement dans la dispensa Uou des grâces, la trop courte durée des peines d'emprisonnement, et l'absence de ces facilités pour voyager prompte* ment et à bon marché qui, mettent aujourd'hui les
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détenus libérés à même 4e quitter l'État où il» ont subi leur condamnation, pour aller commettre de nouveaux crimes dans des lieux où ils ne sont pas connus. Il importo aussi de remarquer que les récidives inscrites sur les registres d'un pénitencier américain ne comprennent pas les récidives des détenus sortis de l'établissement et enfermés , par suite d'une condamnation nouvelle, dans une autre maison de correction. 11 s'ensuit, qu'à moine que le condamné récidif ne soit reconduit à la prison d'où il est sorti , il est considéré comme n'ayant pas commis de nouveau crime. Ces explications suffisent, je pense, pour n'accueillir qu'avec une grande circonspection et une sorte do défiance les preuves tirées du nombre des récidives pour ou contre tel ou tel système d'emprisonnement aux États-Unis.
Les législatures ont confié la surveillance générale des maisons pénitentiaires à un certain nombre d'inspecteurs. Les pouvoirs de ces fonctionnaires, qui sont plutôt nominaux que réels, varient d'après les États. Le surintendant ou directeur, n'a aucune attribution relative au maniement des fonds , à la tenue et à la reddition des comptes. Le commis (clerk), auquel est dévolu le soin de la gestion économique , est nommé par le gouverneur de l'État ou les inspecteur» , et est tout à fait indépendant du directeur. La nourriture des détenus est généralement d'une excellente qualité , et sa quantité est plus que suffisante. Gomme le»
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prisonniers sont pour la plupart condamnés pour de longuet périodes et qu'ils sont astreints à on travail assidu et sourent pénible, on a jugé nécessaire de leur donner chaque jour de la viande. Dans la plupart des pénitenciers , indépendamment de la ration déterminée par les règlements et qui est la même pour tous les détenus , on accorde encore à ceux-ci, à leur dénia ode, une portion supplémentaire. À Siog-Sing, de même qu'à Philadelphie , on a reconnu qu*un certain nombre de prisonniers avaient besoin de plus de nourriture que les autres , et Ton tient compte de ce fait pour la fixation des rations. Dans le premier de ces établissements, on alloue chaque jour environ 60 rations extraordinaires *. A Auburn, où les détenus
1 Voici quelle* sont les rations journalières : A Âmb*m, par individu : 10 onces de farine de froment; H) onces se maïs ; 14 onces de boeuf ou 10 onces de porc; suie demi-mesure de mélasse ; du café de seigle édulooré avec de la mélasse, plus 2 1/2 boisseaux de pommes de terre ou 5/4 de boisseaux de fèves, 4 quarts (mesure équivalant à peu près à la pinte de Paris) de sel et 1/2 once de poivre, pour 100 personnes.
A Sing-Sing, par individu : 8 onces de fleur de seigle; 12 oncesde farine de maïs bien tamisée; 16 onces de viande de première qualité de jarret de boeuf désossé, ou 12 onces de porcf- une demi mesure de mélasse; 4 quarts de sel, 2 quarts de vinaigre*, 2 onces de poivre et 3 boisseaux de pommes de terre, pour 100 rations, pendant 10 mois de Tannée, et 40 livres de ris pour chaque centaine de rations pendant 2 mois, du 15 juin au 15 août.
46 DU SYSTÈME pifllTKfTlAUE
prennent leurs repas en commun, ceux qui désirent un supplément de portion, la demandent en faisant un signe convenu. La santé des détenus est généralement bonne. La proportion moyenne des décès à Aubnrn a été de 1 '- sur cent pendant les & années, de 1831 à 1833; elle s'est élevée , à Sing-Sing, à 3 1 pour cent, pendant le même espace de temps '. Les femmes détenues dans l'État de New- York ne sont pas soumises au même mode de discipline que les hommes. Celles qui sont condamnées dans la division orientale de l'État sont envoyées à la prison de Bellevue , dont la direction appartient aux autorités municipales de la ville de New-York. La condition des femmes dans cet établissement, où elles sont toutes confinées dans la même chambre, est vraiment déplorable. On ne fait aucun effort pour introduire parmi elles l'ordre et la discipline. Les inspecteurs observent avec raison que rien ne peut égaler le désordre qui règne dans cette prison ; la vieillesse , la jeunesse , les couleurs, les conditions, tout est confondu ; la novice est placée à côté de l'adepte ; et la détenue
■ojenne.
1 Auburn.
Nombre
Tfomhre
Rapport
Années.
de détenus, de décès.
sur ioo.
Choléra
aux tTiTs-cmi. 47
qui entre à Bellevue en conservant encore quelque sentiment d'honnêteté et de pudeur , ne tarde pas à subir les conséquences contagieuses de la perversité et de l'infamie des misérables avec lesquelles elle est forcément associée ' . Les femmes détenues a Auburn sont placées sous la direction d'une matrone ; mais l'espace qu'elles occupent dans la prison est si resserré qu'il est impossible d'y introduire aucune amélioration utile.
M. Crawford décrit dans son appendice , arec une minutieuse exactitude , les autres pénitenciers des États-Unis. Celui de Wêthêrqfiêîd, dans l'État deConnecticut, mérite une attention toute partiliére. On y a introduit le système d'association ; et la discipline d' Auburn y est maintenue aussi strictement que possible, sans l'emploi des châtiments corporels. Les infractions aux règlements sont punies , comme dans plusieurs de nos prisons d'Europe, par l'isolement dans une cellule obscure avec réduction de la nourriture* Cette prison est parfaitement administrée, et elle offre l'exemple le plus remarquable de la manière de diriger des détenus réunis en grand nombre, sans l'aide du fouet. Bien que l'absence de ce dernier moyen , enlève à la discipline sa ressource la plus terrible et la plus expéditive, le régime du pénitencier de Wethersfield n'en est pas moins très sévère, et le respect qu'il inspire n'en est pas moins général.
1 Report oftkeinêpectors iothê législature of JVeic -York.