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ans l'ensemble des opérations, en faisant ressortir le côté moral de l'institution, et en étudiant son effet sur les populations. Enfin nous voudrions voir en Belgique l'esprit d'ensemble, la régularité, et surtout la stabilité qui se font remarquer en France.
Les améliorations que nous indiquons, ici ne sont pas les seules que nous pourrions réclamer, mais elles sont les plus urgentes : si elles ne sont pas encore introduites, ce n'est pas faute qu'elles soient généralement senties. Dans la discussion de la loi sur l'organisation communale, quelques orateurs ont tenu un langage analogue au nôtre. Voici comment, dans la séance de la chambre des représentants du $5 février 1836, M. Lebeau entr'autres s'exprimait :
« Il faudrait qu'il y eût une seule caisse d'épargne centrale subsidiée par le gouvernement avec des succursales dans les différentes localités... Je croîs que pour assurer les bienfaits qui peuvent résulter de l'établissement de caisses d'épargne, il faudra qu'un jour ou l'autre la législature intervienne, il faudra que le gouvernement fasse un sacrifice annuel, sacriOce qui sera bien compensé par l'amélioration de la moralité du peuple. »
Tel est le système que nous désirerions voir substitué à celui qui est actuellement en vigueur, le jour où il serait reconnu qu'on ne peut le ramener aux diverses conditions d'existence que nous avons réclamées tout-à-1'heure pour tirer de l'institution tout le parti possible.
186 ÉTABLI S SBMEBTf DB MBffFAKAHCB
Au sénat également, l'attention du gouvernement a été appelée sur la même matière ; et des explications demandées et fournies au sein de cette assera* blée , il est résulté qu'en Belgique jusqu'à ce jour les classes ouvrières ne sont pas celles parmi lesquelles rétablissement des caisses d'épargne ait répandu ses premiers bienfaits ; la moyenne des dépôts, et leur centralisation à Bruxelles pour la plus forte partie en sont la preuve. C'est maintenant au gouvernement à mettre à profit ces diverses réclamations et à délibérer sur la part d'intervention qui lui appartient dans ces sortes d'établissements. Évidemment l'article de la loi sur l'organisation communale par lequel, dans tontes les villes manufacturières, l'obligation de veiller à la fondation d'une caisse d'épargne est imposée aux conseils communaux, ne saurait suffire. Il fauten outre que le gouvernement entoure toutes ces caisses d'une garantie qui satisfasse les plus timides, et il ne peut le faire qu'en les prenant sous sa responsabilité.
De même que les caisses d'épargne, les sociétés de prévoyance sont peut-être ce qu'on a imaginé de mieux pour préserver les classes laborieuses des atteintes de l'indigence , et il serait fort à désirer que l'on prit des mesures pour en favoriser et en étendre l'institution.
Cherchez d'où vient l'état de misère où vit habituellement le peuple, état qui laisse les individus sans défense contre une foule d'accidents dont le
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choc les réduit promptement à la mendicité ; au fond , tous n'en trouverez d'antre cause que le mauvais usage qu'il fait de ses ressources, À Bruxelles, par exemple, où l'ouvrage est bien payé et ne manque pas, tout ouvrier qui aurait la prudence de réserver, pour les jours de détresse, auxquels il se sait exposé ; une partie de l'argent qu'il dépense follement au cabaret le dimanche et le lundi, serait à l'abri des événements fâcheux. Maladies, vieillesse, disettes, clôture d'ateliers, tout ce qui sème l'indigence , ne l'atteindrait plus que faiblement, et sa vie s'écoulerait dans une sorte d'aisance. Il en serait de même dans les provinces; car, en Belgique où les lois civiles sont bonnes , partout les salaires suffiraient aux besoins des classes inférieures, s'ils étaient employés avec plus d'intelligence ; en un mot , si ceux qui en subsistent étaient plus prévoyants et plus économes.
Répandre dans les classes pauvres l'habitude de l'ordre et de l'éeonomie ; accoutumer les familles qui les composent à embrasser dans leurs calculs toutes les chances de l'avenir et à lui faire des sacrifices, tel est donc le vrai moyen de bannir l'indigence et la mendicité. Or, sous ce rapport, l'institution des sociétés de prévoyance a des résultats admirables. Rien de plus simple que l'organisation de ces sociétés. Ce sont des associations d'ouvriers, soit de mêmes, soit de diverses professions, qui s'engagent à payer chaque mois une cotisation dont l'accumulation produit un fonds destiné à distriiii 14
1£8 iTABUSSKniTS DE ïiekfaisahci
buer des secours à ceux d'entre eux qui deviennent infirmes on malades. Ces associations se choisissent un conseil d'administration dont les membres, élus à la pluralité des voix, reçoivent les versements et dirigent les affaires communes. La ville de Paris contient aujourd'hui près de deux cents de ces sociétés , dont les épargnes montent à plus de 1,800,000 fr.; 19,000 ouvriers en font partie; nul d'entre eux n'a plus rien à craindre des misères attachées aux interruptions de travail que causent les maladies.
En Belgique, et à Bruxelles en particulier, il existe également quelques sociétés de prévoyance, entre autres, deux composées d'ouvriers typographes, et une d'ouvriers bijoutiers ; mais leur nombre est loin d'être proportionnellement aussi élevé qu'en France et surtout en Angleterre, où elles ont pris depuis long-temps le développement le phis large. Espérons cependant que, sous ce rapport encore, nous ne tarderons pas à être au moins aussi bien partagés que nos voisins.
Nous avons successivement parcouru tout le cercle des établissements de bienfaisance de la Belgique , en indiquant succinctement leurs avantages et leurs inconvénients. Cette revue a dû nous révéler, dans son ensemble, un certain défaut d'unité , de cohésion et de rapport entre les însti-
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talions destinées cependant à atteindre le même but. Ces institutions se ressentent généralement de l'époque où elles ont été fondées , elles en portent le caractère et l'empreinte ; dues pour la plupart à un esprit de charité, louable à beaucoup d'égards, elles ne sont pas toujours, et maintenant surtout , en rapport arec les saines théories d'économie politique et sociale ; quelques-unes même , telles que les maisons d'enfants trouvés , entretiennent et propagent les maux que d'autres institutions ont pour but de prévenir. A côté des hospices les mieux tenus on voit s'élever les dépôts de mendicité; et l'indigent, le vieillard et l'infirme que l'on comble de soins dans telle localité , subit dans telle autre une rigoureuse captivité. Cette contradiction dans l'emploi des moyens, cette surabondance d'une part , ces lacunes de l'autre , entravent nécessairement l'action et diminuent l'efficacité de notre système de charité publique.
Déjà, dans l'ouvrage que nous avons publié en 18M , sur les Moyens de soulager V indigence et de prévenir la mendicité, nous avons insisté sur la nécessité de soumettre ee système à une révision ; notre conviction n'a pas varié depuis , et aujourd'hui comme alors nous pensons que le temps est venu de poser à cet égard des règles strictes, et de substituer au vague, au provisoire actuel, un système fondé sur les enseignements de l'expérience et les véritables besoins de l'humanité.
160 iTAUlSUaiHTt VB MïlTTillAICl
La première condition de ce système doit être de ne pas contrarier la marche de la nature , de fortifier an lien d'affaiblir le sentiment de la prévoyance chez les classes laborieuses.
Garantissez l'homme contre les suites de ses propres fautes , et la misère se multipliera à l'infini ; vous ferez de la prudence une vertu inutile. Mais si vous lui promettez appui contre les rigueurs du sort, avez- vous à craindre les mêmes dangers? Assurément non.
Si donc Ton proscrit avec raison les institutions qui n'ont pour but que de favoriser la paresse et l'imprévoyance, il importe au contraire d'encourager la création et l'amélioration des établissements de charité , qui , n'assurant pas impunité à nos fautes, ne favorisent pas le désordre ou l'imprudence, et ne provoquent pas un excès de population.
Au nombre de ces établissements , on peut ranger les hospices pour les aliénés , les aveugles , les sourds-muets, les orphelins, les incurables. Il est à remarquer que ces établissements sont justement ceux qui sont le plus universellement négligés.
Quant aux malades et aux vieillards , bien que la prévoyance ait dû songer à la possibilité et même à l'inévitabilité des maladies et de la vieillesse , vous courrez peut-être risque, en leur ouvrant des asiles, d'affaiblir l'esprit d'économie, mais vous n'augmenterez pas au moins le nombre des malades et celui des vieillards.
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En règle générale cependant, il conviendrait de n'admettre ces derniers dans les hospices , que lorsqu'ils n'ont pas de famille qui paisse les secourir. Il ne faut pas que la charité administrative se charge de l'accomplissement des devoirs que la nature et la religion imposent aux enfants.
Mais en indiquant comme premier remède contre la misère la prudence des pauvres qui en arrête les ravages , on ne doit pas en conclure que les classes laborieuses peuvent et doivent être abandonnées à elles-mêmes, sans appui, sans conseils, sans enseignement.
Il est au contraire indispensable de leur rendre l'exercice de cette vertu possible et facile ; à cet effet , il y a un patronage à excercer , des institutions à fonder ou à perfectionner, que l'on ne pourrait négliger sans laisser une lacune déplorable dans les moyens d'améliorer le sort des classes ouvrières, et s'exposer par suite à voir crouler le système basé* sur la prévoyance de ces mêmes classes.
Les bienfaits de l'instruction primaire doivent être étendus à tous les enfants pauvres, et non-seulement aux enfants, mais encore -aux adultes qui n'ont pas encore été admis à y participer.
L'établissement d'écoles normales pour les instituteurs doit être combiné avec l'établissement et l'amélioration des écoles primaires, de manière à seconder et à faciliter leur action.
La création d'écoles gardiennes pour la première m. i«.
163 ÉTA1US8IB1BTS M BlKMISiBCE
enfance» en préparant les jeunes enfants à renseignement des écoles primaires, permettrait à kors mens de se livrer à des occupations productives.
Au lieu d'abandonner les enfants à leur sortie des écoles primaires, et de courir risque, es bissant ainsi leur instruction et leur éducation incom piétés, de leur en voir perdre les fruits les plus précieux, on devrait continuer à exercer sur eux cette bienveillante surveillance qui seule peut les guider jusqu'à l'époque où ils auront embrassé un eut.
La création d'écoles d'arts et métiers, l'ouverture de cours à l'usage des ouvrier» , d'ateliers d'apprentissage , etc. , viendraient compléter et féconder les premiers enseignements.
.L'institution des caisses d'épargne devrait être organisée et étendue de manière à fournir, dans chaque localité, à l'agriculteur, à l'artisan, au petit employé, etc., les moyens de placer avantageusement le fruit de leurs économies.
On devrait encourager et protéger le» sociétés de secourt mutuel*, associations formées entre ouvriers pour s'entrtûder en cas de besoin et de maladie.
On devrait encourager l'invention, le perfectionnement, la propagation deméthodes et de procédés économiques, susceptibles de présenter de nouvelles ressources aux classes ouvrière» ; les assurances contre la grêle, l'incendie, les inondations, etc.; le» assurances sur la vie, dent i'ex-
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périencea signalé les bienfaits ea Angleterre, et qui protègent contre l'indigence les vieillards, les veuves et les ophelins.
Ajoutes à ces institutions à fonder, à perfectionner, à propager, une révision large de» lois existantes, de manière à favoriser autant que possible le développement des ressources et l'accroissement des richesses nationales; une bonne assiette et une équitable répartition de l'impôt, une économie sévère dans les dépenses publiques, et tous aurez tout un système de charité fondé sur la plus solide des bases , le bien-être, l'intérêt et la prudence des classes laborieuses.
Cependant, quelle que soit l'efficacité de ce système, il y aura toujours certains accidents, certaines infortunes qu'il ne lai sera donné ni de prévenir, ni de soulager. Sous ce rapport, il importe que son action soit secondée par toute la puissance des affections de famille et des émotions de la simple charité.
Mais la bienfaisance privée a aussi ses règles ; pour porter ses fruits , il faut qu'elle soit éclairée, qu'elle s'exerce avec discernement. Elle doit soigneusement distinguer la véritable de la fausse indigence : à cet effet, il est indispensable de bien connaître la situation des pauvres, de porter une attention vigilante dans la distribution des secours; en un mot, il faut pénétrer dans les demeures indigentes? les visiter.
Exercée avee cette mesure et cette bienveillante
164 ÉTA1I1SIEMMTI fiK «IlftFllSAlfCE
sollicitude, la bienfaisance privée ne dispense pas de la prévoyance l'infortuné qu'elle soulage ; elle s'attache au contraire à lui en faciliter l'exercice.
En sauvant l'indigent des terribles suites de son imprévoyance , elle évite soigneusement de provoquer des fautes nouvelles.
Elle soulage l'infortune sans s'annoncer d'avance, et porte secours au présent sans compromettre l'avenir ; invisible et présente à la fois, elle apporte à la misère soulagement et consolation, en laissant à l'homme, dont elle respecte la nature , •a dignité et son indépendance.
Elle évite soigneusement de placer l'ouvrier malheureux par imprudence dans une position aussi favorable que l'ouvrier qui a failli par cas fortuit. Elle s'abstient surtout d'encourager les mariages prématurés.
Elle s'unit de cœur avec les peines du pauvre , elle l'éclairé, elle lui sert de guide e.t de tuteur, parce qu'elle n'ignore pas que les besoins moraux l'emportent souvent chez lui sur les besoins matériels, et qu'un bon eonseil, un service désintéressé, une parole bienveillante peuvent souvent tout là où l'argent ne peut rien.
Mais tous les hommes ne disposent pas du même loisir pour visiter les indigents. Bien que la charité ne soit pas la mission privilégiée de quelques-uns, mais le devoir impérieux de tous , il peut cependant s'établir dans la bienfaisance comme une sorte de distribution de travail. Ceux dont le temps
est le plus libre, et qui se sentent une vocation plus active, prêtent leur ministère aux plus occupes et aux moins diligents. Alors les uns peuvent se borner à des secours pécunaires , tandis que les autres se chargent du soin de la distribution.
Nous n'ignorons pas les objections que l'on peut faire contre les associations charitables et philanthropiques ; nous avouons que ces associations ont rarement atteint le but de leur fondation; que, résultats d'un mouvement noble, généreux, mais peu réfléchi, elles se sont souvent éteintes avec le zèle de leurs fondateurs et de leurs soutiens ; qu'elles ont souvent môme entravé, paralysé, endormi la charité particulière ; mais cette absence de réiultats satisfaisants , il faut bien plutôt l'attribuer à la nature et à l'objet de ces sociétés qu'ira principe d'association qui est toujours bon en soi, qu'il importe d'encourager, et dont les applications utiles sont infinies.
Voici d'ailleurs l'erreur et l'abus qui ont frappé de paralysie nos sociétés philanthropiques dès leur berceau.
Elles ont généralement embrassé une mission trop vaste ; elles ont voulu faire de la charité en grand , administrer le domaine de l'indigence comme on administrerait une province ; avec des moyens le plus souvent très bornés, elles ont réparti leurs secours sans discernement ou d'après une échelle trop étendue, elles ont éparpillé leurs
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efforts au lieu de les concentrer; elles ont réussi peut-être à soulager momentanément quelques infortunes isolées, mais elles n*ont pas même abordé la tâche de l'amélioration physique, morale et intellectuelle des classes indigentes ; leurs travail sont demeurés impuissants, et trop souvent même elles ont créé des espérances qu'elles n'ont ensuite pu réaliser.
En dégageant le principe d'association des abus qui Vont paralysé jusqu'ici, on hn rendra toute son efficacité.
Au lieu donc de s'étaler sur un vaste théâtre , que les sociétés charitables concentrent leur action en se multipliant ; au lieu d'une associatif! pour chaque ville, qu'il y en ait une pour chaque paroisse, pour chaque quartier. Les rapports entre gens qui vivent sous le même toit , dans la même rue, ou à quelques rues de distance, sont beaucoup plus faciles et ordinairement plus continus, plus salutaires que ceux qui s'établissent entre individus éloignés les uns des autres. On connaît ses voisins, ou du moins on peut les connaître bien plus aisément que ceux qui sont étrangers su quartier. Et si Ton se pénètre bien de l'idée que la charité véritable n'est le plus souvent qu'un commerce permanent , un échange persévérant de soins, de conseils, de bienveillance «Tune part, de reconnaissance de l'autre , on sentira toute l'importance do voisinage et du contact journalier du bienfaiteur et du client.
DI B1L6IQUX. 167
Ce système d'associations, que nous appellerons locales ou paroittiàUs 9 peut recevoir une foule d'utiles applications. Qui n'a souvent déploré la manière dont la classe ouvrière est logée , nourrie et chauffée dans la plupart de nos villes ? Eh bien! l'association offre un moyen infaillible d'améliorer cet état de choses. Qu'on substitue à ces masures malpropres , humides , obscures , mal aérées , où l'ouvrier est incessamment refoulé , des bâtiments communs , vastes , bien éclairés et bien ventilés* Ces bâtiments seraient de préférence élevés dans les faubourgs où les terrains sont moins chers , les constructions moins coûteuses et les denrées à meilleur marché ; ils seraient partagés en un certain nombre de logements, autant que possible indépendants les uns des autres et appropriés pour des ménages de 4 ou 5 personnes. Indépendamment de ces logements , il y aurait des locaux communs , une cuisine , une buanderie , une infir~ merie, une salle de bains, un chauffoir, voire même une salie d'asile , dans le cas où la population associée serait assez considérable pour en faire sentir l'utilité. S.i le terrain était à très bas prix, on pourrait aussi annexer au bâtiment un certain nombre de petits jardins qui élèveraient de quelque peu le loyer des quartiers qui en auraient la jouissance ; dans tous les cas , il y aurait une grande cour commune , avec une pompe ou une fontaine qui fournirait l'eau nécessaire aux locataires. -
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Voici maintenant les avantages qui résulteraient de ce mode de communauté.
Logée dans des locaux salubres, propres, riants, la population ouvrière serait soustraite aux causes les plus actives de maladie et de mortalité ; l'artisan qui ne rentre aujourd'hui dans son domicile qu'avec dégoût et qui dépense son temps et son argent au cabaret pour échapper à la malpropreté et aux miasmes délétères du réduit qu'il est forcé d'habiter, trouverait dans sa nouvelle demeure un charme attrayant qui le retiendrait au logis; au retour de l'atelier , il prendrait plaisir à cultiver son petit jardin ; et pendant les soirées d'hiver, il pourrait se rendre au chauffoir commun où la lecture , la conversation , charmeraient ses loisirs.
Chaque famille d'ouvriers est obligée aujourd'hui d'avoir son ménage , de préparer pour elle seule ses aliments, et d'allumer chaque jour son foyer; ces soins absorbent le plus souvent tout le temps des femmes et les empêchent de se livrer à quelqu'occupation productive; les denrées et le chauffage , achetés par petites quantités , se paient plus cher; les aliments sont peu variés, souvent de mauvaise qualité, malsains ou insuffisants : de là une nouvelle source de maladies et de misère. — Dans le plan d'association dont il s'agit, cette source serait détournée et tarie. Moyennant un apport hebdomadaire, proportionné au nombre de personnes composant chaque famille, celle-ci pourrait se procurer à la cuisiné commune des
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aliments sains , variés , abondants ; le lavage du linge dans la buanderie commune serait également tarifé au plus bas prix ; les denrées et le combustible , achetés d'avance et par provisions , seraient moins coûteux et de meilleure qualité; les femmes n'étant plus exclusivement occupées des soins du ménage, pourraient accroître par leur travail le fonds destiné à pourvoir aux dépenses.
L'établissement de chauffoirs communs, où les femmes pourraient se réunir pour travailler, serait également le moyen d'économiser le chauffage et le luminaire. L'établissement d'une chambre de bains, dont l'eau serait chauffée par l'appareil destiné à la cuisson des aliments , viendrait compléter l'ensemble des moyens hygiéniques destinés à préserver la santé de l'ouvrier , son capital le plus précieux.
En cas de maladie ou d'indisposition , si son état n'est pas assez grave pour le faire admettre à l'hôpital , l'ouvrier reste chez lui privé des soins les plus essentiels; la dépense augmente en même temps que les ressources diminuent ; et l'indigence ne tarde pas à s'asseoir au chevet du malade. — L'institution d'une infirmerie commune mettrait un terme à ces embarras et à ces angoisses ; le malade y recevrait la visite du médecin attaché au local ; l'indisposition , qui aujourd'hui s'aggrave d'ordinaire faute d'un traitement convenable, ne tarderait pas à céder à l'influence de précautions m. 15
170 ÉTABLIS SIX Eirtf DE HWPilSABCB
judicieuses, et d'un régime convenable. Les frais de cette infirmerie seraient couverts au moyen d'une modique rétribution hebdomadaire ou mensuelle , qui équivaudrait à celle que paient les membres des sociétés de secours mutuels fondées dans un but analogue.
Mais l'association entre les habitants du même quartier ne s'étendrait pas seulement à la vie matérielle, elle embrasserait également les besoins moraux. Ainsi, les jeunes enfants , même au-dessous de l'âge de 2 ans, pourraient être réunis dans une chambre commune , sous la garde d'une ou deux femmes âgées qui les veilleraient pendant que leurs mères seraient à leurs occupations. Cette salle pourrait au besoin être transformée en école gardienne, à moins qu'un établissement de ce genre, convenablement organisé, ne se trourit déjà à proximité du bâtiment; il vaudrait mieux, dans ce cas , y envoyer les enfants âgés de moins de 6 ans ; passé cet âge , ils seraient envoyés â l'école primaire. — Une légère cotisation hebdomadaire suffirait également pour fonder une bibliothèque circulante à F usage des locataires. — La direction de ces institutions appartiendrait à ceux qui auraient contribué à leur établissement et â leur soutien ; ils délégueraient à cet effet des commissaires qui veilleraient à l'emploi des fonds et rendraient compte aux contribuants.
Les vieillards des deux sexes, qui sont le plus souvent une charge aujourd'hui pour leurs pau-
Dl IBLGIQVZ. 171
Très familles , et qui , s'ils n'ont le bonheur d'être admis dans an hospice, sont ordinairement réduits à aller demander un asile et du pain au dépôt de mendicité , trouveraient dans ce plan d'association leur place et leur emploi. Pendant le jour ils pourraient demeurer au ehauffoir commun ; pendant la nuit ils occuperaient un dortoir qui leur serait réservé. Ils prendraient leurs repas avec leurs familles , qui paieraient en outre une légère indemnité chaque semaine pour leur logement et les autres avantages dont ils jouiraient dans l'établissement. On confierait d'ailleurs à ceux de ces vieil* lards qui en seraient capables, des fonctions en rapport avec leurs forces et leurs habitudes ; ainsi, les vieilles femmes garderaient les enfants ou soi* gneraient les malades ; les vieillards feraient les commissions, seraient préposés à la garde et 4 l'entretien des locaux communs , conduiraient et iraient chercher les enfants à l'école , etc.
Nous pourrions encore énumérer ici une foule d'autres avantages qui résulteraient de l'adoption du plan dont il s'agit ; mais nous en avons dit assez , il nous semble , pour attirer l'attention des bons citoyens et les engager à réaliser les vues que nous venons d'exposer. Il ne s'agit pas ici d'utopie ; nous n'avons pas décoré notre quartier du nom pompeux de Phalanstère ou de Sociale coopérative. C'est tout simplement une association constituée sur les bases les plus simples ; un projet facile à réaliser, parfaitement eonciliable avec les
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principes qui régissent notre société, et dont Vexécution , peu coûteuse, serait en outre lucrative pour ceux qui l'entreprendraient. Il n'y a pas de ville dans laquelle ou près de laquelle il ne se trouve de nombreux terrains propres à la construction d'un certain nombre de bâtiments communs; la forme de ces bâtiments pourrait varier d'après les convenances des localités , les besoins de la population à laquelle ils seraient destinés, et le nombre de familles que Ton voudrait y loger. En estimant que le logement d'une famille, composé de deux ou trois chambres , revînt i 1,600 francs, et en ajoutant à cette somme 400 francs pour la part des frais de construction des locaux communs, on trouve que le capital affecté à l'admission de chaque ménage serait de 2,000 francs. En fixant le loyer de chaque logement et la participation aux avantages des locaux communs à 2 francs 50 cent, par semaine, ou 1S0 francs par an, on obtiendrait un intérêt annuel de 6 { p. °/0 , ou au moins de fi p. °/0, déduction faite des contributions et des. frais d'entretien et de réparation du bâtiment.
Mais ce bénéfice élevé, susceptible de satisfaire le spéculateur le plus intéressé , ne serait rien à côté de celui que retirerait la classe ouvrière de la réalisation du plan d'association dont nous venons d'indiquer les bases. Prenez pour exemple une famille d'artisans de l'une de nos grandes villes manufacturières, composée du mari, de la femme, de trois enfants de 12, 7 et 5 ans, et d'un vieillard :
DE BSI61QV1. 173
le mari gagne deux francs par jour ; la femme , obligée de veiller aux soin» du ménage et de garder son jeune enfant , gagne au plus , lorsqu'elle gagne , 40 a 50 centimes par jour ; les deux enfants les plus âgés reçoivent également ensemble un franc par jour dans la fabrique où ils sont employés. Avec ce salaire total de fr. 2-50, la famille suffit à peine aujourd'hui à ses besoins les plus impérieux ; elle est mal logée , mal nourrie , mal vêtue , mal chauffée ; à plus forte raison ne fait-elle et ne peut-elle faire aucune économie ; le vieillard lui est à charge et elle cherche à s'en débarrasser à tout prix ; l'éducation des enfants est imparfaite ou même entièrement négligée : survient-il une maladie, une suspension momentanée des travaux , une réduction de salaire , la misère se glisse au logis avec son triste cortège : on a recours au mont- de-piété qui épuise jusqu'aux dernières ressources ; et le dépôt de mendicité finit souvent par être l'unique refuge auquel ces pauvres gens puissent aspirer. — Appelons cette même famille à jouir du bienfait de l'habitation en commun ; tout change de face soudainement ; une sorte d'aisance remplace l'indigence et les angoisses qu'elle traîne à sa suite : le salaire de la femme est doublé ; le vieillard trouve un asile assuré avec le repos et les soins que réclame Ion âge. L'économie devient possible,, et la caisse d'épargne remplace le mont-de-piété. Nous avons fait à ce sujet des calculs dont l'exactitude ne nous m. 15.
174 ÉTABLIS S IBKKTf Dl BlIRrilf ilfCl
parait pas douteuse. — Le minimum des salaires réunis de la famille s'élève à 4 francs par jour, 24 francs par semaine, ou 1,248 francs par an : or, Toici à peu près comment se répartirait cette somme pour l'entretien hebdomadaire des 6 individus composant la famille :
Loyer fr. 3 50
Nourriture, à raison de fr. 1-50 par
jour 10 50
Abonnement à l'infirmerie , au chauffoir, i la salle d'asile, au bain, à
la bibliothèque circulante , etc. . 1
Écolage des enfants » 50
Pension du vieillard. 1
Vêtements , 2
Mobilier, diverses dépenses, plaisirs. 3 50
Total. . . . fr. 30
Ce qui laisserait par semaine une économie de 4 francs ou de 206 francs par an , qui serait déposée à la caisse d'épargne.
Nous avons adopté pour base de notre calcul le salaire moyen de la dernière classe d'ouvriers ; si ce salaire est suffisant pour pourvoir non-seulement aux dépenses nécessaires, mais encore pour laisser une réserve annuelle, combien, à plus forte raison , un salaire plus élevé ne procurerait-il pas à l'ouvrier d'aisances qu'il ignore aujourd'hui, et qui, en améliorant sa condition matérielle, contribueraient également à perfectionner son état
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moral et à l'élever à ses propres yeux ! — Hais pour qu'il atteigne cet état si désirable , il faut nécessairement que le riche lui tende la main et . le mette à même d'assurer son indépendance en lui construisant une habitation convenable et en traçant les règles de l'association dont il doit faire partie. L'un et l'autre auraient tout à gagner à la réalisation de ce plan, qui serait à la fois une bonne œuvre et une bonne spéculation. Voilà de la charité comme nous l'entendons , charité qui élèverait le pauvre loin de le rabaisser, et qui , en l'affranchissant d'une humiliante dépendance, l'appellerait à devenir lui-même l'artisan de son bien-être et l'arbitre de son sort.