DES CAUSES DES CRIMES
en 1825, il s'en trouvait 30 qui avaient des habitudes d'intempérance*
Le chapelain de la prison d'Auburn , dans son rapport pour 1883, conûrme les résultats qu'il avait déjà constatés dans ses rapports précédents : « J'ai fait, dit-il. Tan passé les plus grands efforts, ( et j'ai lieu de croire que ce n'a pas été sans résultat), pour ouvrir les yeux des détenus sur la cause la plus fréquente des crimes , l'abus des liqueurs fortes; je leur ai proposé l'exemple de plusieurs anciens détenus, libérés aujourd'hui, et dont la conduite est devenue irréprochable, pour les convaincre que leur honneur et leur réputation n'étaient pas perdus à jamais, et qu'avec quelques efforts et de la persévérance ils pouvaient encore devenir des membres utiles et respectables de la société. »
Et plus loin il ajoute :
« Sur 228convicts, entrés pendant l'année dans le pénitencier, 175 étaient adonnés à la boisson, 42 n'en faisaient pas un abus aussi fréquent, et 11 seulement étaient complètement tempérants : 141 étaient en état d'ivresse lors de la commission de leurs crimes , et 84 étaient nés de parents intempérants. » (Pag. 17 et 18.)
Dans son rapport de 1886, le même fonctionnaire donne le résumé suivant de l'examen auquel il avait soumis, jusqu'à cette époque, 075 condamnés pris, pour ainsi dire, au hasard :
ABX tTATS-WIM. 109
Très intempérants 362
Modérément intempérants . . 374
Intempérants ..... 736
Buveurs modérés 219
Entièrement tempérants ... 20
Sons l'influence de la boisson, an moment de
commettre leur crime 589
Ayant des parents ou des tuteurs interopérants 367
Le surintendant de la maison de correction de Boston attribue à l'intempérance les sept huitièmes des oflenses commises.
Le directeur du nouveau pénitencier de Philadelphie, M. Samuel R. Wood, dans son rapport de 1636, dit : « Il y a peu de sujets sur lesquels la société ait conçu des idées plus erronées qne sur le caractère des détenus qui forment , en général , une classe d'êtres infortunés , sans éducation, ignorants, victimes de Yintêmpèranee et de l'abandon. »
Et plus loin il ajoute :
« Sur 1es217 détenus, reçuspendantrannéel835, 129 buvaient assez habituellement des liqueurs fortes, 38 en faisaient un abus journalier , et 50 seulement pouvaient passer pour tempérants. »
Le chapelain du pénitencier d'Ohio , dans son
dernier rapport, s'exprime de la manière suivante
au sujet des prisonniers : « La plupart d'entre eux,
livrés à leurs inclinations naturelles, ne tardèrent
1 10 DES CAUSES DBS C1UIE8
pas à se lier avec de» individus dont les habitudes étaient vicieuses, à partager leurs sentiments et à suivre leur exemple, jusqu'à ce que Y intempérance, l'oisiveté et le besoin , les ayant entraîné» à commettre des actes criminels, les précipitèrent dans l'abîme. Sur 276 détenus, il y en a 202 qui avaient contracté l'habitude des boissons fortes; sur ce nombre il y en a 76 qui s'enivraient plus ou moins fréquemment, 67 qui étaient des ivrognes reconnus, et 57 qui étaient sous l'influence de l'ivresse lorsqu'ils commirent les actes pour lesquels ils ont été condamnés. Il s'ensuit que l'abus des liqueurs fortes a contribué , plus que toute autre cause, à peupler le pénitencier. » (Page 21.)
Les inspecteurs du pénitencier du Haut-Canada, dans leur rapport de 18&6 , disent : « Sur 62 détenus , écrouéa dans le pénitencier, 6 étaient des ivrognes habituels, 1 1 étaient intempérants , 12 étaient également adonnés à la boisson mais à un moindre degré, 26 étaient des buveurs modérés , 6 étaient tout à fait tempérants, et 35 étaient sous l'influence des liqueurs fortes au moment où ils commirent leurs crimes. »
2. Ignorance. Le chapelain de la prison de Wethersfield, dans son dernier rapport à la législature, s'exprime en ces termes : « De tous les détenus qui se sont succédé dans cette maison , il n'en est pas un qui eût reçu une éducation classique , ou qui appartint à l'une des professions libérales. La moitié environ, à leur entrée en prison, ne savaient
tn *TATS-V*tfl. III
pat écrire, et *m axiome ne savait pas lire. 11 est rare que Frôstrttction serve d'instrument et do moyen pour commettre le crime : sur les 60 détenu», écroués en 18*5, il n'y en a que 4 qui, pour commettre leurs crimes, avaient eu besoin de taroir lire et écrire. »
Le chapelain de la prison d'Auburn , dans son rapport de 1836 , dit : « Sur 228 convicts entrés l'aa passé, t avaient reçu une éducation acadéaiiqne, 89 savaient lire , écrire et calculer, 56 sa-* vsieat lire et écrire, 80 savaient lire seulement , et M ne connaissaient pas même les lettres de l'ai* pUbtC » {Pag. 17.)
D'après un relevé contenu dans son rapport do 18&7, le même fonctionnaire établit que sur 975 détenus qu'il avait examinés,
4 avaient reçu une éducation de collège , H » » académique ,
260 savaient lire , écrire et calculer,
218 savaient lire et écrire ,
219 savaient lire seulement,
et 26S ne connaissaient pas même les lettres.
Dans une lettre adressée au docteur Lieber, le 27 août 1834* par M. Wiltse, agent du pénitencier de Sing-Sing, on trouve que, sur une population de 842 détenus que contenait à cette époque 1 établissement,
284 détenus ne savaient ni tire ni écrire, 8* » sncramt tire mas* pas écrire,
112 DBS CAUSES DU C1IDSS
502 détenus lavaient lire et écrire, mais la phipart très imparfaitement ,
42 » avaient reçu une éducation ordin. , 8 » avaient été au collège*
Ainsi , sur un nombre aussi considérable de condamnés , 50 seulement pouvaient passer pour avoir reçu une certaine éduoation. « Après avoir passé, ajoute M. Wiltse, une grande partie de ma vie parmi les criminels , je crois pouvoir affirmer que la plupart des crimes doivent être attribués originairement à la coupable négligence des parents et des tuteurs qui s'abstiennent de voiler à l'éducation de leurs enfants et dto leurs pupiHes , et qui leur laissent contracter des habitudes vicieuses. »
Le directeur du nouveau pénitencier de Philadelphie, dans son rapport de 1886, dit : « Sur 217 prisonniers reçus en 1835 , 69 savaient lire , 85 savaient lire et écrire, et 68 étaient dans l'ignorance la plus complète* Presqu'aucun , d'ailleurs , de ceux qui savaient lire et écrire n'avait songé à tirer un parti utile de ces connaissances. »
Le chapelain de la prison de Washington dit que « sur 68 détenus il y en a eu 25 qui ont appris à lire et qui , deux ans auparavant , ne savaient pas même leurs lettres , ou savaient à peine épeler les mots d'une syllabe. »
Les inspecteurs du pénitencier d'Obio, dans leur dernier rapport, s'expriment en ces termes au sujet du rapport spécial du chapelain : « Ce docu-
âfFI ÉTiTS-CIIS. 113
ût contribuera à réfuter l'opinion malheureusetrop répandue que les détenus sont des intelligents , habiles , dont l'esprit a été perverti par le vice, tandis qu'ils ne sont en réalité que des malheureux livrés aux habitudes les plus basses et les plus vicieuses, et finalement entraînés en quelque sorte irrésistiblement dans la carrière du crime par la paresse, l'ignorance et le défaut cf intelligence. On verra dans ce même rapport que la presque totalité des convicts sont étrangers aux notions les pins élémentaires ; et effectivement les informations que nous avons recueillies aussi bien que les observations que nous avons eu occasion de faire nous-mêmes , nous ont convaincu depuis long-temps que , non seulement dans notre pénitencier , mais encore dans tous les autres établissements du même genre, les penchants dépravés et les habitudes corrompues qui portent à commettre les crimes , sont ordinairement le partage de h classe la plus ignorante , la plus stupide et la plus grossière de la société. Sur 276 détenus, presque tous au-dessous de la médiocrité , il s'en trouve 175 complètement ignorants et, sous le rapport de l'éducation , presqu'entièrement incapables de s'occuper eux-mêmes des affaires les plus simples de la vie. » (Pag. 6.)
Les inspecteurs du pénitencier du Haut-Canada, dans leur dernier rapport < confirment les observations qui précèdent : « Sur 62 détenus , disent il», un seulement a reçu une éducation de collège,
114 BBS CACflBS Bit CM11S
Si une éducation ordinaire, 27 une éducation tarés imparfaite, et 18 n'avaient reçu aucune espèce d'éducation. » (Pag. 19.)
8. Défaut de surveillance paternelle, d'habituée* laborieuse* et d'occupations régulières. Le chapelain du pénitencier de Wethersfield, dans son dernier rapport, s'exprime en cet termes : « La moitié des individus emprisonnés l'an dernier avaient été privés de la surveillance paternelle avant d'avoir atteint l'âge de 15 ans. 40 individus sur 68 menaient une vie vagabonde. Un même nombre n'était bas marié. 15 avaient été marins, 4 étaient étrangers, 26 appartenaient à d'autres états, et 81 n'exerçaient aucun métier régulier. 84 condamnés avaient commis des crimes centre la propriété» Le besoin d'argent est la cause la plus ordinaire de ces sortes de crimes , et ce besoin est le pins souvent la conséquence de la paresse et de la dé* bauche. »
Le chapelain de la prison d'Auhurn , dans son rapport de 1886, dit : « Sur 228 détenus rapts l'an passé , 158 avaient perdu ou abandonné leurs parents avant rage de 21 ans , 20 avaient été soldats, 27 marins, 71 avaient été employés aux iravaux des canaux ; 82 étaient joueurs ou filous de profession, et 84 avaient des parents vicieux et tout à fait incapables par conséquent d'exercer une influence favorable sur leurs enfants. » (Pag. 18.)
D'après un relevé inséré dans son rapport de
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W7, le chapelain d'Auburn a constaté que , sur 975 détenus , il y en avait 347 qui avaient perdu au abandonné leurs parents avant l'âge de 16 ans, 114 qn traient travaillé aux canaux , 123 qui avaient été marins, 9t soldats, 217 joueurs ou escrocs. Sur ce même nombre , 46 avaient fréquenté les écoles dominicales avant leur condamnation, 41 avaient l'habitude de lire la Bible, 10& avaient appris par cœur le décalogue, et 10 seulemot avaient observé le repos du dimanche. 504» détenus étaient mariés , 47 1 étaient célibataires , et 155 avaient perdu ou abandonné leurs femmes.
Le directeur du pénitencier de Philadelphie, dans son rapport de 1836 , remarque que « sur 117 prisonniers reçus en 1836, 60 avaient été mis en apprentissage et avaient travaillé chez leurs maîtres jusqu'à 21 ans, 61 avaient été apprentis mais avaient quitté leurs ateliers , et 97 n'avaient jamais appris de métier. »
Cette longue série d'autorités et de preuves, que Mus pourrions augmenter au besoin, ne jette- t-elle pas un grand jour sur les causes de la criminalité? et n'est-il pas évident que la diffusion des lumières, le perfectionnement de l'éducation, la propagation des habitudes de tempérance , d'ordre et de travail, contribueraient puissamment à diminuer le nombre des offenses ? Les résultats que nous venons de constater pour l'Amérique seraient les mêmes pour l'Europe, si l'on y soumettait les faits à la même analyse ; et il n'est pas douteux non
116 DES CAUSES DBS CBUIBt AUX BTATg-UBIt.
plus que l'existence des mêmes causes de désordre n'indique chez nous , comme aux États-Unis , la nécessité de l'emploi des mêmes remèdes. L'éducation de la famille et des écoles doit marcher de concert avec l'éducation pénitentiaire ; cette dernière ne peut être que l'auxiliaire de la première, elle peut parfois servir à combler ses lacunes et à remédier à ses imperfections , mais elle est condamnée à l'impuissance dans le plus grand nombre des cas si l'on néglige l'œuvre de la première éducation '.
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