BU SYSTÈME D'EMPRISONNEMENT SOLITAIRE AUX ÉTATS-UNIS
Lettre adressée a M. TV* Crawford, inspecteur' général des prisons de la Grande-Bretagne, par le docteur Julius ' .
Hambourg, le 2 septembre 1836.
A peine de refour de mon voyage aux États* Unis «le l'Amérique du Nord et aux deux Canadas, où j'ai suivi soigneusement vos traces ainsi que celles de MM. de Beaumont et de Tocque ville , dans l'examen des prisons, vous désirez que je vous communique sommairement le résultat de mes vues et de l'opinion que je me suis formée sur quelques-uns des points les plus importants du
1 Leipcg, F. A. Brockhaua, 1837.
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cercle de nos recherches communes. Comme la question des avantages et des inconvénients des différents systèmes pénitentiaires mis en pratique aux États-Unis, est en ce moment d'une haute importance, je m'en occuperai dans cette lettre selon votre désir; là se bornera pour aujourd'hui mon examen , réservant à un ouvrage plus étendu, que je prépare , l'exposition détaillée de mes opinions sur le système pénitentiaire en général , ainsi que sur les causes , les objets et la multiplicité des crimes dans le Nouveau-Monde, causes qui ont leur source dans des rapports sociaux, politiques et religieux , essentiellement différents de ceux qui forment les sociétés européennes , et surtout dans le mode d'éducation et l'état actuel du paupérisme de ces contrées. Mes observations, quelque sommaires qu'elles soient , ne vous sembleront peut-être pas dénuées d'intérêt , d'autant plus que j'ai eu l'avantage de pouvoir les baser sur des expériences qui remontent deux ans plus haut que celles dont vous avez pu vous prévaloir dans votre voyage en Amérique, et qui sont «le quatre années plus récentes que celles dont noa estimables devanciers, MM. de Beaumont et de Tocqueville, ont constaté le résultat.
L'étude la plus superficielle de la réforme pénitentiaire aux États-Unis , nous révèle deux systèmes bien distincts qui ont pris la dénomination d'établissements appartenant à cette partie du monde.
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Cet deux systèmes diffèrent également par le mode de construction de» bâtiments et par le régime intérieur , bien que dans tons dent on se propose le même but, l'amendement moral du détenu par le châtiment du crime.
Les différences capitales des deux espèces d'éta* bUssement», consistent en ce que dans l'un, celui cPAuburn ou de New-York , il y a emprisonnement solitaire de nuit avec travail silencieux en commun pendant le jour; tandis que dans le second, celui dit de Philadelphie ou de Cberry-Hili , l'emprisonnement y est solitaire ainsi que le travail, le jour comme la nuit.
Le système de New- York, qui se rapproche beaucoup de celui établi dès 1771 dans la maison de correction de Gand , sur les plans du comte Vilain XII1I, a été importé dans les États-Unis du nord de l'Amérique en l'année IBM, lors de Vêlé* vatien de l'aile du nord de la maison de répression d'Album pour la partie **i de l'État de New- York. Cette aile fut aehevée en Tannée 1828, et depuis cette époque , ce système s'est répandu avec tant de rapidité dans les différents États de l'Union, grâce anx rapports et aux travaux de la société des prisons de Boston, et de son actif secrétaire M. Dwight, qu'on y compte maintenant quinte maisons bâties sur ce modèle , qui sont : pour l'État de New-York, les prisons centrales d'Auburn et de Sing-Sing, plus une troisième dans l'île de Bhckwell pour la ville même de New- York ; —
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pour l'État de Vermont, celle de Windsor; — pour l'ÉUt de New-Hampshire , celle de la Cencorde ; — pour l'État de Gonnecticot , celle de Wethersfield ; — pour l'État de Massachusetts , celle de Charlestown , près Boston ; — pour le district fédéral de Colombie, celle de Washington ; — pour le Maryland , celle de Baltimore ; — pour la Géorgie , celle de Milledgeville ; — pour la Louisiane, celle de Baton-Rouge ; — pour le Tennessee celle de Nash ville ; — pour le Kentucky , celle de Francfort; — pour l'Ohio, celle de Colombus, et enfin la prison de répression du comté de Worcester, dans l'État de Massachusetts.
Le système de Philadelphie ou de Pennsylvanie a été introduit en Amérique lors de la construction de la maison pénitentiaire de Philadelphie , dont le plan fut arrêté par la législature en l'année 1821, mais qui n'a commencé à recevoir dea prisonniers qu'en 1829, cinq ans après que le même système eut été adopté pour la maison de correction de Glasgow en Ecosse , par son habile directeur M. Brebner.
Le monde est redevable du système de Philadelphie aux travaux constants de la société dea prisons existant en cette ville depuis 1776, ainsi qu'aux études et à la persévérance de l'architecte M. John Hav/land. ,
Neuf maisons sont aujourd'hui construites ou en construction sur le modèle de la maison pénitentiaire de Philadelphie. — Ce sont les prisons
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de i'ÉUt de Pennsylvanie à Philadelphie et à Pittslmnj pour la partie e*t de cet État ; — les prisons de Comté, également à Philadelphie et à Pittsburg ;
— les prisons de répression de l'État de Jersey à Trenton, — de l'État de Rhode-Island a la Providence,— de l'État de Missouri à Jefferson eity, et de la province anglaise du Bas-Canada à Montréal ;
— plus la maison d'arrêt de l'État de New-York. De cette statistique des maisons pénitentiaires
américaines , à la suite desquelles il faut placer la maison de répression de Ringstown pour la province du Haut-Canada, où M Powers, frère du dernier directeur d'Auburn , a introduit d'importantes améliorations , et la prison de Richmond pour la Virginie , dont les imperfections ont été si admirablement corrigées par les deux directeurs MM. Parsons et Morgan; de cette statistique, dis-je, il résulterait que le système d'Auburn compte en sa faveur près du double d'établissements, puisqu'il en a quinze, quand celai de Philadelphie n'a encore été adopté que dans neuf prisons : mais il ne faut pas perdre de vue que la prison modèle de Philadelphie n'a été ouverte qu'en 1829, et ne s'est peuplée de prisonniers que peu à peu, tandis que le système d'Auburn était en pleine activité dès 1823 , et recommandé à toute l'Amérique depuis 1895, par les rapports de la société des prisons de Boston. Qu'ainsi le dernier 4 maintenant près de quatorze ans d'existence, lorsque le premier n'est que dans sa huitième i. il
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année ; aussi, quand on réfléchit à l'âge si distant des deux maisons, on doit s'étonner des rapides progrès de la règle de Philadelphie, ayant à lotter à sa naissance contre un système chèrement établi et si progressif relativement aux anciennes prisons de l'Amérique et de l'Europe ; et l'étonnement doit redoubler lorsqu'on voit la victoire rester au plus jeune , puisqu'il a été préféré dans les plus grands comme dans les plus petits états d'Amérique; puisque, franchissant les limites de l'Union, il s'est introduit dans la province anglaise du Bas-Canada; puisque, depuis quatre ans, il a été exclusivement suivi pour les prisons construites dans le nord de l'Amérique ; puisqu'enûn , après un concours public, il vient d'être adopté à New- York, cette mère du système rival , pour la construction d'une maison d'arrêt.
Ces faits portent à conclure que les avantages du système de Pennsylvanie doivent être grands pour que , malgré son origine récente et les frais considérables de construction qu'il occasionne , il ait été à même d'écarter un autre système qui avait cependant constitué un progrès important dans la réforme pénitentiaire en mettant des bornes aux libres communications des prisonniers , communications qui avaient Heu dans toutes les anciennes maisons de détention et de correction , et qui existent encore aujourd'hui dans beaucoup de localités en Amérique et presque partout sur le continent européen. Nous allons soumettre ces avantages
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présumés à un court examen, pour pouvoir décider «'ils sont réels et vraiment importants, ou seulement spécieux et imaginaires.
I. On ne peut nier que l'association des détenus ou même les simples rapports de connaissance qui ne peuvent manquer de s'établir entre eux dans le système de réunion silencieuse , ne soient un des plus grands adoucissements à la punition, en oe qu'ils excluent presqu'entièrement la réflexion et par suite la pénitence , le repentir. On trouble et on neutralise ainsi le sentiment qui nait delà solitude et du délaissement ; sentiment qui ne peut être provoqué que par une séparation complète des prisonniers et qui doit être rangé au nombre des conditions les plus sévères , mais aussi les plus efficaces du système de Philadelphie. Ce sentiment est d'ailleurs adouci par les visites journalières et obligatoires que font aux prisonniers isolés le directeur do l'établissement , les gardiens , le médecin, l'instituteur, l'aumônier, les inspecteurs et les autres visiteurs officiels , par le mouvement et le travail au grand air ; et eet adoucissement suffit pour que le bien-être moral et physique du détenu ne spit pas compromis par l'isolement auquel il est astreint. En admettant même que les communications restreintes du système d'Auburn ne puissent pas produire de danger ou engendrer la corruption morale, il est cependant évident que la réunion journalière des mêmes personnes diminue la souffrance de l'emprisonnement et affai-
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Mit considérablement la terreur qu'il doit inspirer. Moi aussi , je dois me joindre au digne aumônier de Milbank qui , devant la commission d'enquête, nommée par la chambre des lords , se prononça contre tout ce qui pouvait contribuer à faire oublier au détenu , ne fût-ce même que pour un instant , qu'il est dans un lieu de punition et d'épreuve, dans un double but d'expiation et d'amendement, dont il importe que rien ne puisse le distraire.
Telles sont les raisons morales qui s'opposent à toute communication, même visuelle, des détenus ; et pour en comprendre la force il suffit de se rappeler le trait de ce détenu de Philadelphie dont parlent MM. de Beaumont et de Tocqueville ', qui leur avoua que son plus grand plaisir lui venait de la visite d'un grillon dans lequel il lui semblait avoir trouvé un compagnon a. It looked like a company forme* Mais il existe encore, contre cette communication , d'autres objections pratiques qui méritent considération , et au sujet desquelles le lieutenant Sibly, directeur de la maison de correction de
1 V. N* VIII. Enquête sur le pénitencier de Philadelphie.
8 M. Saintine a publié récemment, 6ous le titre de Picciolm, un roman plein de charme et de naturel, qui nous a paru un éloquent plaidoyer en faveur de l'influence morale de l'emprisonnement solitaire. Déjà Silvio Pellico, dans ses admirables mémoires, nous avait tracé l'histoire de sa longue captivité dans l'une des cellules isolées du Spielberg.
(Ed.D )
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Brixtoo, près de Londres, s'exprime de la manière suivante « : u Les prisonniers sont généralement 1res empressés de chercher des occasions de conversation et de dispute , et ces occasions qui sont pour les employés des sources fréquentes d'inquiétude et d'embarras, sont pour eux au contraire des moyens de distraction et d'amusement ; c'est alors qu'ils exercent cette promptitude de perception et de répartie dont plusieurs sont doués , qu'ils font étalage de leurs talents, qu'ils cherchent à obtenir les applaudissements de leurs compagnons de captivité et qu'ils jouissent de la perplexité de leurs surveillants; peu d'instants suffisent dans ce cas pour contrebalancer l'action de la discipline pénitentiaire et pour annuler le résultat de longs efforts et de pénibles travaux. Le passage seul d'une place à l'antre , surtout lorsqu'il s'opère en corps, est funeste à l'ordre et à la discipline. Les prisonniers sont ensemble dans l'atelier, le réfectoire, le préau; comment empêcher, malgré la sévérité de la surveillance, qu'ils n'aient dans tous ces lieux de réunion , des rapports plus ou moins intimes avec leurs compagnons de captivité? À la chapelle, à l'école, à l'hôpital surtout, les occasions de communication ne sont pas moins fréquentes et faciles. Il arrive ainsi qu'indépendamment de l'accomplis-
1 Finit report front the sélect commit ee ofthe ffouseof lords appointée to inquire into the présent state of the seoeral gaoU and Bouées of correction in England and Walest etc. Orderedtobe printedMh may 1835 (42), p. 158 et suiv. i. 11.
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sèment de sa tâche, le détenu passe un temps i considérable à parcourir les divers locaux de rétablissement, et que chacune de ces migrations et de ces visites a pour tendance inévitable de distraire son attention et d'occuper son esprit. En le séquestrant de toute société, et en le retenant dans la solitude de sa cellule, on le livrerait au contraire à ses réflexions; en lui enlevant toute occasion de s'amuser et de. s'étourdir, sa conscience, de même qu'un miroir bien poli, réfléchirait les événements passés avec une fidélité qui exclurait toute erreur et toute confusion et une force qu'aucun obstacle ne pourrait amortir ; et en lui représentant , sous leurs véritables couleurs , ses fautes et ses erreurs, cette conscience deviendrait pour lui le guide le plus sûr qu'il pût se choisir pour l'avenir. »
II. L'impression que produit la discipline de Philadelphie sur le détenu , doit par conséquent être plus profonde et plus durable que ne peut l'être celle d'un système qui , pendant la journée entière , admet comme condition essentielle l'existence d'une société composée des éléments les plus vicieux et les plus corrupteurs. 11 s'ensuit que, dans le premier système , la durée de la détention peut être abrégée , ce qui est également avantageux au détenu et à l'État, et que, dans des cas particuliers , ce même système peut empêcher la répétition des crimes et la fréquence des récidives. Quoique les auteurs français de l'ouvrage sur le système pénitentiaire aux États-Unis , se soient
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mpeosement abstenus de se prononcer d'une aaaière trop tranchée sur les avantages respectifs daf deux systèmes, ils n'ont cependant pu s'ontpécher de dire dans leur rapport * : « Le système de Philadelphie, étant également celai qui produit tmr Famé du condamné les impressions les pins profondes, doit obtenir plus de réformes que celui d'Aubura. Peut-être cependant ce dernier système, à l'aide de son régime plus conforme que celui de Philadelphie aux habitudes de l'homme en société, opère4*l un plus grand nombre de ces réformes qu'on pourrait appeler légales, parce qu'elles produisent l'accomplissement extérieur des obliga* nous sociales. S'il en était ainsi, le système de Philadelphie ferait plus d'honnêtes gens , et celui de New- York plus de citoyens soumis aux lois. » UI. La discipline d'Auburn a une tendance piesqu'exclusÎTeraent matérielle et négative, tandis que la tendance de la discipline de Philadelphie est plutôt morale et positive ; la première est ta outre entachée de ce vice , qu'il lui est impossible d'empêcher complètement les associations parmi les détenus. Le grand jurisconsulte américsia , Edouard Livingston , dit avec raison dans sa lettre célèbre adressée à l'excellent Roberts Vaux , à Philadelphie , qui le devança de quelques mois au tombeau : « 11 n'est pas étonnant qu'un
1 De Beaumont et De TocqueviHe, première partie, chapitre Ul , net. 1, in fine,
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établissement comme celai d'Auburn ait ses admirateurs. Tous ceux qui le visitent, doivent rendre hommage à la propreté , à Tordre , à l'activité , au silence qui régnent dans les ateliers; ils sont séduits par la régularité vraiment militaire qui préside à tous les exercices, aux allées et aux venues des prisonniers* Mais les visiteurs ne voient pas, et les surveillants eux-mêmes ne peuvent toujours voir les signes d'intelligence que se font les détenus ; ils ne peuvent saisir ces paroles dîtes à demi-voix , ces rapports qui, quoique muets, n'eu sont pas moins significatifs et qui sont pour ainsi dire inévitables entre les criminels les plus pervers réunis pendant de longues années , à quelques pieds les uns des autres , dans les mêmes ateliers. On nous dit qu'ils sont astreints à une discipline sévère, que les moindres fautes sont punies à l'instant, et qu'à défaut d'autres moyens, le silence est maintenu par la crainte. Je conviens que cette sévérité est de nature à les rendre prudents, mais il faudrait changer complètement leur nature, non seulement de criminels, mais encore d'hommes , pour faire que cette même contrainte n'excitât pas leur désir de correspondre ensemble , chaque fois qu'ils en trouveront l'occasion , sans s'exposer à être surpris. Et cette occasion, il serait impossible de le nier , ne se représente que trop fréquemment; pendant les travaux, les détenus, agglomérés dans un espace souvent resserré , au milieu du bruit des marteaux et des machines de
Lj©o
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toute espèce , conversent sans que leurs paroles poissent aller frapper l'oreille du surveillant placé a une certaine distance ; pendant les marches et les mouvements pour se rendre d'un lieu à un autre , rangés à la file les uns des autres , alors que les oreilles de chaque détenu ne sont qu'à quelques pouces de distance des lèvres du détenu qui le suit , ne semble-t-il pas que cet ordre soit calculé tout exprès pour propager plus rapidement les paroles et faire circuler les appels à la rébellion avec la rapidité de l'éclair ? Le maintien de la règle du silence, bien qu'il ne puisse jamais être complet, exige néanmoins que l'on investisse d'un pouvoir presqu'illimité non seulement le directeur, mais encore les employés inférieurs de rétablissement. Punition immédiate au moyen du fouet, telle est la base sur laquelle repose tout le système '• *
Cette opinion , émise par le législateur et l'homme d'État américain , s'accorde parfaitement avec la déclaration faite , dans une lettre adressée à la commission de la Chambre des Lords, par M* Chesterton , directeur de la prison de Coldbathfields, à Londres , et l'un des plus zélés partisans du système de réunion silencieuse qu'il a introduit avec succès depuis deux ans dans cet établissement ,
1 Lttter from Edward Lieingêton esq. to Roborts Vaux on tke advantays of the Pennsylconia gystem of prison éUcipHne. Philadelphie, 1828, in-8, p. 8 et suiv.
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malgré set nombreux vices de construction et de distribution. « La règle du silence, dit-il , ne peut être établie qu'avec la résolution la pins ferme de punir immédiatement toute contravention ; admettre une seule excuse , c'est s'exposer à voir jaillir mille prétextes pour parler. »
D*autre part , on ne peut nier que si les entretiens sont tolérés , si tout rapport verbal n'est pas rigoureusement interdit , il importe fort peu qu'ils aient lieu à haute voix ou en chuchotant ; ces dernières conversations sont môme plus immorales et plus dangereuses en ce qu'elles défient la surveillance, et que la règle une fois enfreinte avec succès, encourage le détenu à commettre de nouvelles infractions. Dès qu'on permet aux détenus de correspondre entre eux par signes et par regards, autant vaut ne leur imposer aucune contrainte , parce qu'en épiant le temps et les occasions, ils chassent la réflexion , trouvent diversion et amusement , et qu'ainsi l'effet de l'emprisonnement et de la discipline est à peu près annulé.
Comment, par exemple , empêcher efficacement les communications des détenus pendant le jour, lorsqu'ils se trouvent réunis dans les ateliers , le réfectoire, la chapelle , l'école ou l'infirmerie , ou lorsqu'ils passent d'un de ces lieux à l'autre? Et même lorsqu'ils sont enfermés pendant toute la nuit ou depuis le dimanche matin , après le service divin, jusqu'au lundi, dans leurs étroites cellules , croit-on qu'ils manquent de tout moyen pour
correspondre entre eox? Environnés de toutes parts d'antres criminels , malgré la cloison qui les sépare , croit-on qu'ils n'aient aucun moyen de tromper la surveillance du gardien chargé de maintenir la règle du silence dans le quartier? Je erois pouvoir soutenir que la stricte exécution d'une pareille règle, y eût-il trois gardiens préposés à la surveillance de chaque division , serait de toute impossibilité. Les galeries étroites, i la vérité, mais longues de plusieurs centaines de pieds et hautes de 40 à 50 pieds , qui séparent la boite intérieure de la boite extérieure des prisons, bâties d'après le plan d'Auburn , doivent être, non sans frais, éclairées chaque nuit pendant toute l'année; les détenus, qui se connaissaient déjà avant leur entrée dans la prison , ou qui, ae voyant journellement , auront depuis oe tempe fait connaissance , rechercheront avec avidité le» occasions de converser ensemble. IU seront favorisés par l'espace , par la lumière : ils auront les mêmes moyens , voire même de meil* leors expédients pour échapper à l'attention du surveillant , que celui-ci n'en aura pour les mettre eu défaut. Ils épieront chacun de ses mouvements, et cette occupation sera pour eux un plaisir. Toujours éveillés, l'œil au guet, ils ne laisseront échapper aucune occasion favorable à leurs projets, tandis que leur gardien , après avoir savouré sa bière , son eau-de-vie ou sa pipe , se laissera souvent aller à l'envie de dormir. Aussi combien peu
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d'hommes sont propres à cette surveillance soli taire?
Les voleurs de Londres, qui déjà ont appris quels obstacles le système du silence, qui commence à s'étendre, mettra à leurs communications habituelles pendant leur séjour en prison , s'exercent , d'après le témoignage de M. Mackraurdo , chirurgien de Newgate, au langage muet des doigts , pour avoir un moyen tout prêt à opposer à la nouvelle discipline dont ils redoutent l'application '.
IV. Tout le système de la réunion silencieuse des détenus pendant le jour, repose sur la punition sommaire et immédiate , au moyen de coups, de toute infraction à la règle qu'il importe de faire respecter; le pouvoir le plus large , je dirais même l'arbitraire le plus illimité , doit être laissé sous ce rapport à tout surveillant ou geôlier. Ce que M. Livingston dit à ce sujet, est d'une grande vérité * ; « Tout gardien , même d'un rang inférieur, a le droit de frapper les détenus. Il lui suffit de surprendre un geste irrespectueux , un regard d'intelligence, pour que son devoir l'oblige d'employer le fouet , et d'administrer la correction sans avoir
1 Reports of the in/ipectort appointée! under the provisions ofthe act. 5 et 6. WilL IV, c. 38, to tisit the différent prisons of Great Britain. Ordered, by the house of Commons, to be prinfed, 22 march 1836. /. Home District. (1 17) p. 39.
1 lutter front Edward Livingiton, etc.
kVI ÎTATS-OfU. 133
tesotn de recourir à cet effet à l'autorité supérieure du chef de l'établissement. II loi suffit d'affirmer qu'il t tu tel détenu faire un signe à un autre détenu ; le détenu a beau nier , ou prétendre qu'il n'a eu nulle intention d'enfreindre la règle établie, on le bat non-seulement comme si l'accusation était prouvée , mais encore jusqu'à ce qu'il aroae que le fait qu'on lui reproche est véritable. Telle est la manière expéditive dont la justice peut se rendre dans les murs de la prison ; je dis plus , telle est la manière dont elle s'exerce en effet , et ce droit a été solennellement consacré par les cours de justice comme rentrant dans les attributions nécessaires non - seulement du directeur et des inspecteurs, mais encore des simples gardiens. Comment , après cela , pourrait-on prétendre que ce droit ne puisse jamais devenir une arme abusive dans les mains de ceux qui en sont investis , que l'arbitraire dans son exercice ne doive jamais être réprimé, et qu'il y a lieu de proposer comme modèle une règle qui ne peut se maintenir qu'à l'aide de semblables moyens ? » Dans quelle partie du monde, ajouterai-je, ira-t-on chercher et trouvera-ton des gardiens, médiocrement payés, et pris par conséquent dans les rangs inférieurs de la société, à qui l'on puisse confier avec assurance un pouvoir aussi arbitraire , où l'usage et l'abus , et un abus irrémédiable , se touchent de si près ? Ne pourraiton pas dire ici avec Bentham ; qui* cuslodiet ip$o* custode* ? Mais malgré ce pouvoir exorbitant et
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sans exemple , les communications entre les prisonniers ne peuvent être empêchées; son principal effet est d'attribuer au dernier des employés des prisons le droit de transformer, par sa seule volonté, la peine comminée par la loi , en une peine arbitraire et nécessairement inefficace à cause de son inégalité , de son immoralité et de la dégradation qu'entraîne nécessairement son infliction» Les coin» missaires délégués en 1827 par le pouvoir législatif de l'État de New-York , à l'effet d'examiner le système d'Auburn , s'expriment de la manière suivante dans leur rapport au sénat \ « Malgré la sévérité de la discipline observée dans cet établissement, nous avons lu des lettres écrites sur des morceaux de cuir , il y a quelques semaines , qui excitaient les détenus à la révolte. On voit ces derniers, aussitôt qu'ils croient pouvoir le faire en sûreté , causer , rire, chanter, siffler, se quereller et même se battre tant entre eux qu'avec leurs gardiens. Ils tuent souvent le temps en ne faisant rien , en regardant d'un air de curiosité les nombreux visiteurs qui circulent dans la prison, et en gâtant ou en détruisant les matériaux qu'on leur donne pour travailler. »
M. Samuel Wood , directeur de la maison de correction de Philadelphie , m'a raconté qu'un de ses détenus, qui avait été auparavant en prison à
1 Report of the commiêtionert appointée to visit the Avbnm prison to the eenate. Janmary 1827, p. 19.
àvx iiATs-imii. 135
Aebura, loi avait avoué que lorsque loi, M. Wood, visita, î! y a quelques années, ce dernier établissessent,un seul des détenus le reconnut, et que cette nouvelle fut aussitôt répandue dans toute la prison.
V. Dans le système de la séparation des prisonniers pendant la nuit et le jour , les cellules sont assez grandes pour qu'ils puissent y être traité* en cas de maladie , et pour leur administrer en particulier , et sans être troublé , les consolations de la religion , auxquelles l'homme n'est jamais plus accessible que lorsqu'il se croit sur le seuil d'un autre monde. C'est ainsi que le système de Pennsylvanie peut se passer d'infirmeries et de divisions pour les malades. C'est un avantage non-seuleroent sous le rapport économique , ce qui ne doit pas être perdu de vue , mais encore sous le rapport moral, en ce qu'il permet de maintenir b séparation la plus complète des détenus et rend impossible l'un des moyens de communication et de corruption les plus dangereux ; car les prisonniers aiment à faire de l'hôpital leur séjour de prédilection ; c'est là ordinairement le quartier général où se propagent les vices et se préparent les conspirations tramées dans les prisons. Aussi , pour parvenir à prolonger leur séjour dans ce lieu de repos et de délices , de même que pour éviter le travail et les cellules isolées, les détenus feignentils des maladies et des maux de toute espèce , qu'ils font apparaître, qu'ils empirent et qu'ils prolou-
136 EMrRMOMiairr solitaire
gent par des moyens factices dont presque tous possèdent le secret.
VI. La séparation complète des sexes, détenus dans le même établissement, quoique dans des bâtiments entièrement séparés, est une question qui n'a pas encore été examinée jusqu'ici avec toute L'attention qu'elle mérite, et qui par conséquent est loin d'avoir reçu une solution complète et définitive '. Le système des cellules séparées de nuit et de jour, tend à faciliter et à simplifier cette solution. L'expérience qu'on en fait dans la prison de Philadelphie , qui sert aux deux sexes , le prouve suffisamment : deux détenus condamnés pour le même crime étaient déjà renfermés depuis plusieurs années dans des cellules contiguës, lorsque l'un d'eux supplia le directeur, M. Wood , de lui dire si son complice avait été pris ; M. Wood refusa naturellement de satisfaire à sa demande ; mais on peut conclure de ce fait que l'action de l'isolement est susceptible de s'étendre tout aussi bien aux sexes qu'aux individus,
1 H. Marquet-Vasselot, directeur de la maison centrale de Loos, près de Lille, dans la Flandre française, et M. Lucas inspecteur-général des prisons en France, rapportent à ce sujet des détails remarquables , tirés de la vie d'un condamné, qui passa 30 ans en prison. L. A. A. Marquet-Vasselot, Examen historique et critique des théories pénitentiaires, 3 vol. in-8. Lille 1835, vol. H, p. 168etsuiv. — Ch. Lucas, de la réforme des prisons, ou de la théorie dm V emprisonnement. Paris, 1836, in-8, vol. I, pag. 88 et suiv.
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VU. Jusqu'ici nous avons borné rénumération des avantages du système de Philadelphie sur Je système d'Aubnrn , au temps que le malfaiteur passe en prison pour subir sa peine , et s'il est possible , pour se corriger. Mais la peine une fois subie , le détenu rentre dans le sein de la société civile , où il se retrouve placé entre la vertu et le vice ; ici ae montre de nouveau un brillant avantage du système de Philadelphie; il écarte les obstacles naguère presqu'insorraontables qui s'opposaient à ce que le condamné libéré persistât dans ses bonnes résolutions , de même qu'il le met à l'abri des tentations les plus dangereuses. Car la connaissance que font entre eux les criminels, seulement en se voyant, est un mal, qui ne peut être surpassé que par la connaissance qui résulte des rapports verbaux ; et cette première connaissance ait mMn§ est inévitable dans le système d'Auburn , tandis qu'elle est tout-à-fait impossible dans le système de Philadelphie. Bien rarement les condamnes libérés manquent de renouveler plus tard la connaissance fa île en prison ; et si un seul d'entre eux s'avisait de ne pas vouloir reconnaître les engagements tacites qui résultent d'une ancienne association , les autres éprouveraient une joie maligne à l'y forcer et à le faire rentrer dans leur société. Les commissaires français, dans le compte rendu de leurs entretiens avec les détenus de Philadelphie, citent à ce sujet un exemple trop remarquable et une preuve trop frappante à l'appui i. 12.
138 BHPK180H1KHCHT 80UTAIKB
de ce que je viens de dire, pour que je ne les rapporte pas ici ' :
« Un détenu âgé de 40 ans, condamné pour vol à main année sur le chemin public, nous raconta à peu près en ces termes son histoire :
» J'avais quatorze ou quinze ans lorsque j'arrivai à Philadelphie. J'étais le fils d'un pauvre cultivateur de l'Ouest , et je venais chercher à gagner ma vie en travaillant dans une grande ville. N'étant recommandé à personne , je ne trouvai pas d'ouvrage , et, dès le premier jour, je fus réduit, faute d'asile , à aller me coucher sur le pont d'un des vaisseaux du port. Ce fut là qu'on me découvrit le matin ; le constable m'arrêta , et le maire me condamna à un mois de prison , comme vagabond. Confondu , pendant ce mois de détention , avec une foule de malfaiteurs de tous les âges, je perdis les principes honnêtes que m'avait donnés mon père ; et en sortant de la prison , un de mes premiers actes fut de m'unir à plusieurs jeunes dé* linquants de mon âge, et de les aider à commettre divers vols. Je fus arrêté, jugé, et acquitté. Je nié crus désormais à l'abri des efforts de la justice , et , plein de confiance dans mon habileté , je commis d'autres délits qui m'amenèrent de nouveau devant les assises. Cette fois je fus condamné à un empri-
1 De Beaumont et de Tocqueville, n° VIII, Enquête sur fr pénitencier do Philadelphie.
AUX iTATfr-UKiS. 139
Monument de neuf années dans la prison de Walnat-Street.
» D. Ce châtiment ne tous fit-il pas sentir la nécessité de vous corriger?
• R. Oui , monsieur ; ce n'est pas cependant que la prison de Walnut-Street m'ait donné du regret des actions criminelles que j'avais commises. J'avoue que je n'ai jamais pu m'en repentir, ni même n'ai eu l'idée de le faire pendant tout mon séjour dans ce lieu-là. Mais je ne tardai point à remarquer que les mêmes individus y reparaissaient sans cesse, et que, quelle que fût l'adresse, la force et le courage des voleurs , ils finissaient toujours par être pris. Ceci me fit revenir sérieusement sur moimême, et je pris la ferme résolution de quitter pour tua jour s , à ma sortie de prison , un genre de ne ai dangereux . Ce parti pris, ma conduite devint meilleure, et après sept ans d'emprisonnement , j'obtim ma grâce. J a va is appris le métier de tailleur dmig ta prison, et je trouvai bientôt à me placer &TQrtfblenient. Je me mariai, et je commençais à gagner a b4Laï. facilement ma vie; mais Philadelphie était pleine de gens que j'avais connus en prison ; et je tremblais sans cesse d'être trahi par eux. Un jour, en effet , deux de mes anciens compagnons de chambrée se présentèrent chez mon maître, et demandèrent a me parler. Je fis d'abord semblant de ne pas les reconnaître ; mais ils me forcèrent bientôt à avouer qui j'étais. Us me demandèrent alors de leur prêter une somme considérable ; et ,
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•or mon refus , ils me menacèrent de découvrir a mon maître l'histoire de ma vie. Je promis alors de les satisfaire , et je leur proposai de revenir le lendemain. Dès qu'ils furent partis , je sortis moimême; et, m embarquant aussitôt avec ma femme, je quittai Philadelphie et me rendis à Baltimore. Je trouvai encore facilement à me placer dans cette ville , et pendant long-temps j'y menai une existence fort aisée, lorsqu'un jour mon maître reçut une lettre d'un des constables de Philadelphie, qui l'avertissait qu'il avait au nombre de ses ouvriers un ancien détenu de Walnut-street. J'ignore qui a pu porter cet homme à une semblable démarche. C'est à lui que je dois d'être ici. Aussitôt après avoir reçu la lettre dont je parle , mon maître me congédia avec ignominie. Je courus ches tous les autres tailleurs de Baltimore , mais ils étaient avertis , et refusèrent de me recevoir. La misère me contraignit à aller travailler au chemin de fer qu'on établissait alors entre Baltimore et l'Ohio. Le chagrin et les fatigues d'un pareil genre de vie ne tardèrent point à me donner une fièvre violente. Je fus malade long-temps, et épuisai mes ressources. A peine remis , je me fis transporter à Philadelphie, où la fièvre me reprit. Lorsque je commençai à entrer en convalescence, que je me vis sans ressources , sans pain pour ma famille, que je songeai à tous les obstacles que je trouvais à gagner honnêtement ma vie , et à toutes les persécutions injustes qu'on me faisait éprouver, je
AUX BT&TS-UMS. 141
tombai dans un état d'exaspération inexprimable. Je me dis : Eh bien ! puisqu'on m'y réduit, je redeviendrai Toleur ; et s'il existe encore un seul dollar aux ÉtaU-JJnis, fût-il dans la poche du président, je l'aurai. J'appelai ma femme, je lui ordonnai de ▼cadre tous les habits qui ne nous étaient pas nécessaires , et avec l'argent je lui fis acheter un pistolet. Muni de cette arme , et dans le temps que j'étais encore trop faible pour marcher sans béquilles , je me rendis dans les environs de la ville ; j'arrêtai le premier passant et le forçai de me donner son portefeuille. Mais je fus découvert le soir même. J'avais été suivi de loin par celui que j'avais volé; et ma faiblesse m'ayant forcé de ra'arrèter dans le voisinage, on n'y eut pas de peine à s'emparer de moi. J'avouai sans difficulté mon crime , et on m'envoya ici.
» D. Quelles sont vos résolutions actuelles pour l'avenir?
» R. Je ne me sens disposé , je vous le dis franchement , ni à me reprocher ce que j'ai fait , ni à devenir ce qu'on appelle un bon chrétien ; mais je suis déterminé à ne plus voler et je vois la possibilité d'y réussir. Quand dans neuf ans je sortirai d'ici, personne ne me reconnaîtra plus dans le monde ; personne ne saura que j'ai été en prison ; je n'y aurai fait aucune connaissance dangereuse. Je serai libre de gagner ma vie en paix. C'est là le grand avantage que je trouve à ce pénitencier, et ce qui fait que malgré la dureté de la discipline
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qui y est en vigueur, je préfère cent foi» m'y trou* ver que d'habiter de nouveau la prison, de Walaut-Street. »
Voyons maintenant, pour ne pas nous en tenir au seul témoignage des voyageurs français qui, malgré leur propension pour le système de Pennsylvanie, introduit peu de temps avant leur séjour en Amérique, se sont cependant abstenus, probablement pour des raisons de prudence, de se prononcer nettement sur le mérite des deux systèmes, voyons, dis-je, ce que tous les autres visiteurs de la maison pénitentiaire de Philadelphie et des prisons érigées d'après le même principe , ont ditâ ce sujet.
MM. Mondelet et Neilson qui , au printemps de l'année 1824, furent chargés par le gouvernement du Bas-Canada de la visite et de l'examen du ré* gime et du mode de construction des prisons aux États-Unis de l'Amérique du Nord, afin de mettre ce gouvernement à même de choisir l'un des plans des nouveaux pénitenciers américains pour une maison de correction à élever au Canada, s'expriment en ces termes * : u Le caractère distinctif du système pénitentiaire consiste dans l'interdiction de tous rapports entre les détenus. Le système d'Auburn combine l'isolement absolu pendant la
1 Report of tho commiasioners appointe d under the • Lower-Canado , act. Aih William IV. Cap. 10, to visit the united stateê penitentùuriës. Québec, 1886, ia-8. P. 6 et 20.
avx ÉTATs-inrii. . 14S
«oit, avec le travail en commun pendant le jour, aitit en silence, et sans qne jamais les jdétenns paissent communiquer entre eux. Dans le système de Philadelphie, au contraire, l'emprisonnement est solitaire de jour comme de nuit, et chaque détenu est occupé dans sa cellule. Les résultats les plus saillants des deux systèmes ou plutôt les divers moyens employés dans Ton et l'autre système pour obtenir le même résultat, consistent, à Auburn, dans l'extension que Ton donne aux travaux et dans l'élévation des bénéfices ; à Philadelphie, dans une soumission plus entière des détenus, et, du moins en apparence, dans une réforme plus complète de ses penchants et de ses habitudes; l'action du premier est plutôt matérielle que morale, celle du second est plutôt morale que matérielle. Tous deux atteignent également le but principal de la peine , la préservation de la sécurité sociale menacée par le malfaiteur. Cependant le système de Philadelphie, qui ne se contente pas seulement de prévenir l'offense par la crainte qu'inspire sa discipline, mais qui s'attache en outre à améliorer les dispositions du coupable, doit en définitive être préféré. Lorsque les prisons se transforment en écoles d'enseignement mutuel pour le vice et le crime; lorsqu'elles rejettent chaque année dans la société un plus ou moins grand nombre de libérés, unis par les liens formés pendant la durée d'une même captivité, animés du sentiment d'une commune infortune, exaspérés
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par la réprobation que fait peser sur eux un fatal préjugé, instruits dans l'art dangereux d'enfreindre les lois et de se soustraire aux poursuites ; la société, dans ce cas , doit s'attendre à voir incessamment s'augmenter les pertes résultant des vols et des fraudes de toute espèce, de même que les dépenses que nécessitent la poursuite, le jugement et la détention des coupables. On voit alors s'organiser dans l'État une sorte de corporation de malfaiteurs qui a son code et ses règlements, qui croit rapidement en nombre et en puissance, et dont l'existence ne tarde pas à troubler sérieusement le repos de la société et à inquiéter le gouvernement. Tels étaient les résultats presqu'i né vi tables de l'ancien système d'emprisonnement. C'est pour opposer à ce mal toujours croissant une barrière efficace que l'Angleterre jeta les premières bases du système pénitentiaire, qui fut depuis perfectionné dans la Pennsylvanie et dans les autres États de l'Amérique du Nord ; il s'ensuivit un adoucissement notable dans la législation pénale, et le régime des prisons qui jusqu'alors, même dans les pays les plus civilisés, avait été entièrement négligé, commença à être considéré comme un moyen puissant de prévenir les offenses en réformant les coupables.
« Ces considérations nous ont déterminé à donner la préférence au système de Philadelphie, bien qu'il n'offre pas des chances de bénéfices aussi nombreuses et aussi assurées, et qu'il soit même de nature à entraîner dans l'origine des dépenses
avi ÉTATa-vais. 145
Mies considérables. Maïs il faut dire aussi, par eeatre, que le système d'Auborn soulève des plaintes presque générales chez les ouvriers et les febrieants, par suite de la dangereuse concurrence qolJ suscite à l'industrie particulière.
« Dans le pénitencier de Philadelphie on fournit ta détenu de l'ocupation et des livres, et s'il ne travaille pas il ne reçoit que la nourriture strictement nécessaire ponr soutenir son existence. Sous tous les rapports il est traité arec beaucoup d'humanité ; on agit avec lui comme arec un être raisonnable et susceptible d'être guidé par la raison. H n'est pas soumis, comme à Auburn, à un arbitraire sans limites et livré a des châtiments barbares et sans appel; la règle de l'établissement le protège on le condamne suivant ses mérites ou ses faute*, et si on peut l'invoquer contre lui lorsqu'il fait mal, il peut aussi l'invoquer à son tour contre ceux qui n'agiraient pas à son égard d'une manière juste et convenable. Rien, dans l'exécution de la sentence, ne ressemble a de U vengeance; son mode même implique le regret de la nécessité d'une contrainte à laquelle le crinûnel s'est exposé par son propre (ait ; cette contrainte conduit forcément le condamné, sans cause irritante et presque sans secousses, à méditer sur sa vie passée, et à prendre la résolution pour l'avenir de ne plus s'attirer un semblable châtiment...... »
Tels sont les motifs qui déterminèrent les corai. 13
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missaires délégués du Bas-Canada , à proposer à leur gouvernement l'introduction dans cette province du système de Philadelphie. Celui-ci adopta cette proposition , et choisit, pour la construction de la nouvelle maison de correction , le plan que M. Haviland avait dressé pour la maison pénitentiaire de l'État de New-Jersey, à Trenton , construite d'après le principe du pénitencier de Philadelphie.
Si je voulais énumérer tous ceux qui ont été envoyés pour étudier les prisons d'Amérique , je devrais parler de vous et de moi. Votre rapport officiel sur les maisons pénitentiaires d'Amérique , imprimé par ordre de la Chambre des communes, et qui , dans l'ancien et dans le nouveau monde, n'a pas encore trouvé d'égal pour l'exactitude et la valeur des documents, contient un témoignage éclatant en faveur des avantages du système de Philadelphie *. Je dois pleinement confirmer ce que vous y rapporte! , que, bien que dans aucun établissement du monde les avantages du système d'Auburn ne soient présentés sous un jour plus favorable qu'à Wethersfield, cependant, lors de votre voyage dans les différents États, vous n'avez rencontré personne qui se soit prononcé plus catégoriquement pour la séparation absolue de jour et
1 Report of William Crawford Esq. on the penitentiaries of the united slates, adressed to his Majesty's principal aecrctary ofstate for the Home dep a riment. Ordered, by the Uoutte ofcommon$y to be printed, 11 august 1834 (593).
ADX ÉTATS-BUIS. 147
de noie , mise es opposition avec la règle de l'association silencieuse , que le directeur de ce der- ■ier établissement. Je dois même ajouter , qu'indépendamment de ce fonctionnaire, j'ai trouvé plusieurs autres directeurs de prisons construites d'après le système d'Auburn, qui reconnurent avec une noble sincérité, que s'ils pouvaient changer lear pénitencier, ils denneraient la préfèrent* au •ystkme de Pennsylvanie.
Enfin, faut-il parler de moi-même? Je déclare franchement , qu'en interrogeant ma conscience et h connaissance que j'ai acquise des divers systèmes d'emprisonnement en Europe et en Amérique, aacun ne m'a paru présenter autant d'équité et justice dans l'infliction de la peine, autant de chances d'amendement que celui de l'emprisonnement solitaire , combiné avec la visite régulière des employés , des inspecteurs , de l'aumônier, des instituteurs et du médecin : je dis chances d'amendement, car les efforts humains sont nécessairement limités et doivent se borner à écarter autant que possible les obstacles susceptibles d'entraver Faction de la grâce divine, qui est la source unique do bien et qui seule peut accomplir la réforme radicale du coupable.
Parmi les hommes pleinement compétents , qui ont visité les prisons d'Europe qui se rapprochent du système de Pennsylvanie , je citerai en première ligne M. Ducpetiaux , inspecteur général des prisons et des établissements de bienfaisance
148 EMPfttSOJItfBMIftT tOUTAUI
en Belgique , qui , après avoir parcouru la Grande- Bretagne, t'exprime de la manière suivante, dans un écrit récemment publié sur la maison pénitentiaire de Glasgow ' : « L'influence de l'emprisonnement solitaire opère un changement presque instantané même dans les caractères les plus rebelles ; l'homme paresseux et indolent devient actif et soigneux , l'emportement fait place à la soumission la plus absolue ; les cœurs , jusqu'alors endurcis , s'ouvrent è la voix de la bienveillance et de la religion. » La preuve la plus éclatante que ce fonctionnaire parle avec la plus intime conviction, c'est que , dans la célèbre maison pénitentiaire de Gand, berceau du système d'Auburn , tout en faisant rétablir ce dernier système dans les anciennes divisions de l'établissement , il a provoqué la construction d'une nouvelle aile d'après le système pennsylvanien , avec des cellules séparées pour la nuit et le jour.
Plusieurs des fonctionnaires les plus distingués de vos propres prisons, le lieutenant Sibly de Brixton , M. Chesterton de Goldbath Fields », M. Whitworth Russell , ancien chapelain à Milbank , actuellement votre collègue comme inspecteur général des prisons, le célèbre statisticien Dr Gleland , dans son rapport adressé l'année
1 Éd. Ducpetiaux, le Bridcwell de Glasgow. Voy. n* VIII. 3 Fini report from ike eeleci comiiiee of ihe Uomse of lord$, etc. Pag. 9 et suiv.
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dernière au congre» des naturaliste» de Dublin sur la maison pénitentiaire de Glasgow, de même que l'aumônier et l'institutrice de ce dernier établissement ', sont tous d'opinion que l'emprisonnement solitaire doit être préféré au système de réunion silencieuse. Cette opinion est appuyée par le témoignage des condamnés eux-mêmes. Les détenues du pénitencier de Milbank se plaignent d'y être plus isolées qu'a Coldbath Fields, où on leur permet encore de travailler ensemble au mou* lin à marches (tread-mill). Elles ont déclaré qu'elles préféraient passer trois mois à Coldbath Fields chez le sévère M. Chesterton , qu'un seul mois dans les cellules solitaires de la maison de Westminster : telle est donc la crainte que leur inspire l'isolement qu'elles voudraient racheter la faveur d'être ensemble, quoiqu'en silence, par une prolongation de travail de deux mois, ou par une triple durée de l'emprisonnement 3.
De même que les condamnés corrompus redoutent la solitude et aspirent à être ensemble , de même ceux qui n'ont pas encore abjuré tout senti* nient de pudeur, tout principe de moralité, s'aperçoivent bientôt des funestes effets de la réunion ,
1 Reports of thé inspector» of great Britain (\\T) , IV. Scotland, p. 13.
3 Second report from the sélect comitlee of tke Uouse
ef tords apointed to inquire into the présent state of the
ëevora.1 Gaols and houses of correction in England and
Walss. Ordered to be printed 12/ A m a y 1835 (42), p. 399.
IMPEMOMIiraiT SOLITAIRE
même silencieuse , des prisonniers. Un jeune garçon , qui, avant sa condamnation, avait subi, dans la maison de police de Glasgow , un emprisonnement préventif et qui était demeure dans l'oisiveté, confondu avec d'autres criminels , avant d'être conduit dans la maison de correction , déclara à votre collègue , M. Hill , que , quoique la solitude dans ce dernier établissement lui fût très pénible, il la préférait cependant à la confusion qui régnait dans la prison de police , « parce qu'il sentait bien qu'elle était plus favorable à son bien-être *. »
Qu'il me soit maintenant encore permis d'ajouter à ces témoignages nombreux et estimables, recueillis dans les diverses parties du monde , celui de l'homme qui , le premier dans sa patrie et dans la vôtre , commença , comme dit le célèbre Burke, le voyage de découverte et le tour du monde de l'amour chrétien , pour mesurer la profondeur de la misère humaine dans les prisons empestées de l'Europe; qu'il me soit, dis je, permis d'invoquer l'opinion d'Howard , qui , d'après le témoignage respectable de son ami encore vivant , sir Samuel Williams, était intimement convaincu « que plus l'emprisonnement est solitaire , mieux il vaut , et qu'un isolement complet , même de courte durée , interrompu seulement par les rapports indispen-
1 Report of the inspectora of prison* of gréai Brilain (117), IV, Scotland, p. 55. Voici ses expressions : becausc ho knetc it tcas more for ht 9 good.
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sables des employés de la prison avec le déterra , était plus efficace que tout autre mode de punition. »
Je pourrait terminer ici cette lettre déjà si longue, s'il me suffisait de démontrer la supériorité de la règle de Philadelphie sur celle d'Auburn ; mais je Yeux faire plus et prouver le peu de fondement des reproches qui sont particulièrement adressés au système de Pennsylvanie.
Déjà le lecteur sait à quoi s'en tenir sur cette fausse opinion, répétée à l'envi par les adversaires de ee système, que l'emprisonnement séparé consiste dans une séquestration complète et une solitude absolue, et dans l'absence de tout travail; tandis que le travail est au contraire l'un des éléments employés dans cette règle pour produire une diversion utile à l'isolement , et laisser reposer le cri salutaire de la conscience , sans cependant en détourner l'effet.
1. La première objection à laquelle je répondrai est celle tirée de ce que dans les établissements soumis à ce régime il existerait un plus grand nombre de malades , spécialement de fous, et une pins grande mortalité que dans les autres prisons.
D'après le rapport publié le 20 janvier 1826 par les inspecteurs de la maison de Philadelphie pour l'année 1825, sur une population de 4 55 condamnés
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(436 hommes et 19 femmes) il y a eu SS7 cas de maladie : ce nombre, dépassé d'ailleurs dans d'autres bons établissements pénitentiaires d'Amérique, n'est certes pas considérable pour un pays et sous un climat exposés à des changements si grands et si subits dans la température; où régnent la chaleur des Indes Orientales en été et le froid de la Sibérie en hiver , et où la faiblesse et la diminution ries forces vitales , qu'occasionnent ces brusques transitions , sont unev cause en quelque sorte permanente de maladies et de mortalité. La proportion du nombre des malades dans la maison de Philadelphie avait été à peu-près la même les années précédentes , et elle se rapproche de celle que Ton rencontre généralement dans les meilleures prisons de l'Europe tempérée. Parmi les diverses espèces de maladies qui ont été traitées dans ce dernier établissement, pendant l'année 1835, il s'est rencontré onze cas de folie dont sept détenus ont été atteints , et quelques-uns à plusieurs reprises; niais il faut encore observer que pour tout le grand état de Pennsylvanie qui compte 1,500,000 habitants , si l'on excepte l'établissement des Quakers à Frankfort, il n'existe qu'un bâtiment défectueux dans l'hôpital de Philadelphie pour le traitement des aliénés : or, la conséquence naturelle à tirer de ces faits est que dans cet état comme en Angleterre et surtout en France, les fous , sous la dénomination de criminels, se trouvent là où ils ne devraient jamais être, — en prison.
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Mais , restât*! quelques doutes sur le résultat unitaire du régime de Philadelphie, ces doutes feraient évidemment levés par le chiffre de la mortalité et par un autre calcul qui démontre que loin que la règle de cette maison engendre des maladies, elle semble produire un effet contraire.
Constatons cette double expérience :
1° La mortalité dans l'établissement de Philadelphie a été, dans les six années et demie qui se sont écoulées depuis sa mise en activité ( 1er juillet 1829 au 1er janvier 1836), de 21 sur 554 condamnés , dont un encore avait été transporté mourant d'une autre prison. Ainsi la mortalité n'a pas été dans ce long espace de temps de plus de 2,6 sur 100; ce chiffre qui même pour l'Europe serait très bas, s'est cependant présenté à une époque à laquelle le pays et les contrées les plus voisines de rétablissement ont été plusieurs fois victimes des ravages du Choléra, fléau d'autant plus redoutable pour les prisons qu'il est souvent impossible dans ces établissements de prendre les mesures d'assainissement et de séparation nécessaires pour arrêter les progrès de l'épidémie.
2° 11 résulte des rapports du directeur de rétablissement , M. Wood , et du médecin , le docteur Franklin Bâche, que les vingt-six condamnés nais en liberté pendant l'année 1835, et qui avaient séjourné dans la maison de trois à six ans , se trouvaient lors de leur sortie dans une meilleure disposition morale , et la plupart dans un meilleur
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état de santé qu'à leur entrée ; qu'en outre sur quatre-vingt-quatre condamnés mis en liberté depuis six ans et demi, cinquante-cinq se trouvaient dans le même état qu'à leur entrée, (dont cinquantedeux dans un état identique et trois dans un état approchant), quinze étaient sortis mieux portants qu'en entrant, et quatorze moins bien qu'à leur entrée.
Ce premier reproche ne saurait donc subsister devant les chiffres.
Dans le Briàewell ou pénitencier de Glasgow dont la discipline se rapproche le plus de celle du pénitencier de Philadelphie, on a obtenu des résultats encore plus satisfaisants , dûs sans doute à une situation plus favorable sous un climat moins variable. A l'époque de sa visite dans cet établissement, au mois de juin 1835 , sur une population de £20 détenus , M. Ducpetiaux ne trouva pas un seul malade..
2. La deuxième objection faite contre le système de Philadelphie est qu'il pèse sur les prisonniers d'une manière inégale , selon leur caractère et la force de leur esprit : il faut avouer que cette objection est commune à tous les systèmes de répression; mais eût-elle quelque force, elle disparaîtrait précisément sous ce mode d'emprisonnement où l'affliction de l'àme se trouve soulagée par les visites assidues des directeurs et inspecteurs, ainsi que par les consolations spirituelles des chapelains. C'est justement cette tâche imposée à ces fonctionnaires qui fait dire à l'un des plus distingués d'en-
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ire «ix , M. Wood , dans son dernier rapport : t H n'est peut-être pas nne seule position an monde > dans laquelle la disposition d'esprit, la force » dîme, le caractère, les passions d'un homme » poissent être mieux connus que lorsqu'il se ■ trouve dans nue cellule solitaire ; un habile sur- » veillsnt découvre bientôt quelles sont ses bonnes » et mauvaises qualités , quelle est la force ou la » faiblesse de son esprit , et agit en conséquence. » La peine se répartit bien plus inégalement au contraire, lorsque la discipline s'exerce sur les masses comme dans la règle d'Auburn. En effet, la pane ne sera-t-elle pas sentie plus fortement par le malheureux condamné pour une première faute, quand il se trouvera placé à côté d'un misérable qm , lors même qu'il ne réussirait pas à l'entraîne* dans de nouveaux crimes , soit pendant leur détention, soit après, pourra toojonrs lui faire monter le rouge au front et empoisonner son avenir, en Tenant lui rappeler le lien qui les a unis I an à l'autre? — Peut-on encore , sous le régime de b réunion des prisonniers , arriver à une connaissance aussi parfaite du coeur humain , en sonder toutes les profondeurs et en pénétrer tous les mystères , comme dans l'emprisonnement solitaire qui permet d'appliquer le baume sur la plaie dès que le mal est aperçu ?
3. La troisième objection formulée contre le système de Philadelphie , est qu'il rompt les habitudes sociales conservées par la réunion silencieuse : ce