‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 23 sur 143 · EMPRISONNEMENT 90UT4I&E · texte numérisé non relu

EMPRISONNEMENT 90UT4I&E

reproche ne saurait supporter la controverse, car les rapports sociaux entretenus par la réunion silencieuse consisteraient tout au plus dans la vue d'autres hommes : or cette vue n'est pas refusée aux condamnés cellulaires , seulement elle est circonscrite à un petit nombre d'hommes honnêtes , ce qui est beaucoup plus avantageux pour eux que l'aspect de nombreux malfaiteurs dont les traits portent les stigmates du crime et des passions les plus basses. Gomment peut-on comparer à une réunion sociale celle d'êtres corrompus qui , bien que placés dans le même local , y sont soumis à un supplice de Tantale , ne pouvant s'entretenir ni par signes, ni par paroles, ni par regards, sans qu'aussitôt le soupçon même de l'infraction ne soit réprimé par le fouet? — Sont- ce donc là les relations sociales qui doivent exister entre les hommes ? Ces relations peuvent-elles être cultivées au milieu d'une société de criminels? — Ne fait-on pas beaucoup plus pour ramener les malfaiteurs à la véritable vie sociale , en ne les laissant visiter que par des personnes charitables et éclairées ayant mission de les y préparer?

A. On oppose encore au système de l'emprisonnement solitaire , qu'il est difficile d'y maintenir une surveillance aussi constante et aussi active sur les actions des condamnés , que dans des ateliers où ils travaillent en commun , et qu'il en résulte moins d'assiduité au travail : mais le travail n'est que le moyen employé pour changer les

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habitudes du condamné , et le disposer à s'y consacrer à sa sortie de prison; il doit donc être distribué au condamné de manière à ce que sa propre volonté le conduise à s'en occuper. 0r9 le prisonnier livré à lui-même dans sa cellule, trouvant dans l'activité du travail une augmentation de bien-être matériel ', en même temps qu'un refuge contre la monotonie de son existence et le remords de sa conscience, s'y livrera bientôt librement et avec jouissance ; et cette libre occupation produira sur son âme et sur ses habitudes un plus grand résultat moral, que si l'application soutenue n'avait pour mobile que la crainte constante d'un châtiment corporel, comme dans le système de la réunion silencieuse.

o. Une cinquième objection se puise dans la prétendue facilité que l'isolement offre aux prisonniers de se livrer à un vice infâme, comme si la même facilité n'existait pas dans la cellule nocr turne d'Auburn; et au moins, dans le système de Philadelphie , un autre vice tout aussi dégoûtant devient impossible.

6. L'absence de l'amendement moral est encore an reproche qu'on n'a pas craint d'élever contre le système de Philadelphie : qu'en penser après tout ce qui vient d'être dit , après toutes les opi-

1 On sait que le condamné qui refuse de travailler ne reçoit de nourriture que ce qui est nécessaire pour soutenir son existence. Voir ci-dessus le rapport des commissaires du gouvernement du Bat-Canada.

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nions rappelées dans cet écrit? Quel juge impartial ne reconnaîtra pas, au contraire, que les moyens d'amendement donnés aux prisonniers par les visites et les exhortations des chapelains , des directeurs , des instituteurs et des inspecteurs, ainsi que par la lecture de récriture sainte on d'autres livres religieux , moraux et instructifs , feront une plus profonde impression, produiront un résultat plus vrai sur l'homme enfermé solitairement que sur celui qui ne peut en profiter qu'après avoir été fatigué par un travail pénible dans les ateliers ou en plein air, distrait par tout ce qui . s'est passé pendant sa réunion avec les autres dé* tenus? Est-il donc nécessaire de répéter ici que c'est justement l'effet moral du système de Philadelphie qui l'a fait triompher de son rival ?

7. Enfin une dernière objection se trouve dans les frais considérables qu'entraîne l'exécution du, système cellulaire. Cette objection se divise en deux parties, l'une se rapportant à la construction des bâtiments , l'autre au produit du travail des condamnés.— 11 est vrai que les cellules pour l'emprisonnement solitaire de jour et de nuit, avec leurs accessoires coûteux et nombreux pour les différents besoins de l'homme, ne peuvent être construites À aussi bon marché que les cellules de nuit d'Auburn,qui ne sont que de grands cabanons à coucher (tchlafhôhle), et qui, dansun espace cubique donné, peuvent être plus nombreuses que les premières. Mais comme il faut ajouter aux frais de ces der-

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mères cellules ceux de bâtisse de grands ateliers , d'un réfectoire, d'une infirmerie, d'une chapelle, d'une école , locaux qui n'existent pas dans une prison comme celle de Philadelphie , la différence des frais de construction entre ces deux établissements ne serait pas aussi grande qu'on pourrait le penser, d'après les devis de la maison pénitentiaire de Philadelphie ; car cette maison dont la construction a duré quinze ans , et où il existe beaucoup d'ornements d'architecture nullement nécessaires pour sa destination , est un premier essai qui ne saurait servir de base , pas plus que les plans des bâtisses de la maison de Milbank à Londres, ou de celle dite prison modèle, rue de la Hoquette à Paris, ne sauraient être pris comme règle des frais de construction de prisons en Angleterre ou en France.

En ce qui concerne le produit annuel du travail dans les deux établissements d'Aaborn et de Philadelphie, il est encore vrai que les travaux et les occupations qui demandent le concours de plusieurs personnes sont impossibles dans le système de l'emprisonnement solitaire ; mais un habite directeur sera toujours en état de donner aux prisonniers des travaux exigeant peu d'espace et néanmoins productifs, tek que ceux de tailleur, de cordonnier, de tisserand et de fileiir. Ainsi M. Brebner, directeur de la maison de Glasgow, est parvenu , dans les trois dernières années , avec des condamnés à une très-courte détention , par con-

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séquent pouvant peu produire , à un tel résultat, qu'on peut défier le directeur de n'importe quel établissement européen où le travail a lieu en commun , d'en représenter un semblable.

Voici ce résultat :

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