‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 57 sur 143 · C. — Maison de correction de fVàkefield · texte numérisé non relu

C. — Maison de correction de fVàkefield

Cette prison est la première dans laquelle on ait introduit la règle du silence, étendue depuis à

BK ah «uni ai. 111

quelques autres établissements tels que le Bridewell de Tothill Fields et la maison de correction à% Coldbath Fields. Mais malheureusement partout, à Wakefield comme ailleurs, la construction vicieuse des bâtiments oppose un obstacle presqu'insurmontable à la mise à exécution et au maintien rigoureux du nouveau système.

La population de la maison de correction de Wakefield qui s'élevait naguère à 450 et même 600 détenus , a été réduite depuis à 350 et même 320 , y compris une moyenne de 50 femmes. Cette diminution correspond au renforcement de la discipline.

Les bâtiments ont été construits à deux époques différentes; les plus réoents existent depuis 12 ans environ. Ils offrent un mélange des plans circulaires, rayonnants et parallèles; mais, malgré l'observatoire central où logent le gouverneur et sa Camille , ils sont loin d'offrir les facilités désirables pour la surveillance et l'inspection. Une partie notable de cette surveillance est dévolue à des détenus qui remplissent les fonctions de moniteurs et de chefs d'ateliers. Cette coutume , qui existe également à Coldbath Fields, Tothill Fields et Milbank, est , à mon avis , un véritable abus inséparable des plus graves inconvénients.

La maison de Wakefield est destinée aux prévenus et aux condamnés au simple emprisonnement. Tous les détenus , sans distinction , sont occupés, les condamnés parce qu'ils y sont contraints , les

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prévenus parce qu'ils en témoignent généralement le désir. Le travail fourni du dehors, est très varié. Les prévenus reçoivent une moitié du salaire , et les condamnés seulement un quart que Ton tient en réserve jusqu'à l'époque de leur sortie. Il n'y a pas de cantine. 11 y a une école ; et il est remarquable que sur & détenus 2 au moins savent lire et écrire. — Pour isoler les travailleurs, on a imaginé de construire pour chacun d'eux de petits ateliers séparés au moyen de cloisons de 6 a 7 pieds de haut, qui suffisent pour interrompre toute communication entr'eux. Les classifications qui existent dans les autres prisons et qui sout toujours si imparfaites et si arbitraires , sont rendues inutiles par ce système d'isolement , que l'on se propose d'étendre autant que possible à tous les détenus. Il y a un tread-mM qui sert à moudre le grain , mais les condamnés aux travaux de force (hmrd* labour) , auxquels est réservé ce fcenre d'occupation , n'y sont employés que pendant une partie de la journée. — Les grâces sont très rares. La plus forte punition est le cachot obscur. Jamais on n'inflige la peine du fouet dans l'intérieur de la maison. La surveillance du quartier des femmes est confiée à des personnes de leur sexe. Il existe , comme à Londres , un comité de dames qui visite les détenus. Le directeur de l'établissement, M. Shepherd, m'a paru un homme intelligent et xélé; il m'a dirigé dans ma visite avec une complaisance dont je me plais à consigner ici le souvenir.

XS ASGLITBBIV. 113

D. — Pénitencier de Milbank.

Cet établissement , fondé il y a 12 ans environ , a coûté des sommes énormes an gouvernement. Il est situé dans le quartier de Westminster, au bord de la Tamise. Le choix de cet emplacement qu'occupait naguère un marais , n'a pas peu contribué à augmenter la dépense. Le pénitencier forme un hexagone contenant 6 pentagones qui constituent autant de quartiers séparés. Les cellules sont rangées à la circonférence de chaque pentagone d'après le plan circulaire. On sait que ce plan n'offre pas, à beaucoup près, les mêmes avantages que le plan rayonnant qui rend la surveillance infiniment plus facile. Cette surveillance s'exerce à Milbank au moyen d'une tour ou d'un observatoire élevé dam chaque quartier. Indépendamment des cellules destinées à loger les détenus, il y avait naguère au rez-de-chaussée des chambres plus vastes que les autres qui servaient d'ateliers; mais par suite des modifications récemment introduites dans le système , on a transformé ces ateliers en cellules , de sorte que tous les détenus sont isolés.

Chaque cellule a 8 pieds de long sur 7 de large et 10 de hauteur. Pour en inspecter l'intérieur on a pratiqué dans la muraille des ouvertures longitudinales qui , à l'intérieur, s'élargissent en entonnoir. Dans la cellule il y a un hamac que l'on relève pendant le jour contre la muraille, une petite

114 nU SYSTÈME FÉMTEHTU1RE

table , un tabouret , les ustensiles nécessaires à l'entretien de la propreté et aux repas, une Bible et quelques autres ouvrages de piété et d'instruction. Les cellules sont chauffées pendant l'hiver au moyen de caléfacteurs. La cuisine se fait à la vapeur.

Ce n'est, à proprement parler, que depuis 4 ans que l'on a introduit à Milbank le système de l'emprisonnement solitaire. Avant cette époque, le pénitencier était partagé en deux grandes divisions ; dans la première seulement les détenus étaient isolés , dans la seconde ils étaient réunis pendant le jour à S ou 4 dans de petits ateliers. Mais les inconvénients de cette réunion ne tardèrent pas à se manifester et devinrent si nombreux et si évidents qu'on fut obligé d'étendre la règle de l'isolement à tous les détenus sans exception. La substitution des cellules aux petits ateliers, a porté le nombre des premières à 1,200; auparavant il n'était que de 1 ,000. A l'époque de ma visite , au mois de mai 1885 , la population de l'établissement n'excédait pas 600 détenus , 800 hommes et 100 femmes ; dans ce nombre étaient compris 40 enfants âgés de 12 à 15 ans. Tous les détenus, quels que soient d'ailleurs leur sexe et leur âge , sont soumis à la même discipline.

Le pénitencier de Milbank a , comme je l'ai déjà dit, un caractère tout exceptionnel; c'est un essai, une sorte de transition entre la peine de la déportation et celle de l'emprisonnement pénitentiaire.

Iff AÎTGiïTtJlRr. 11$

ie les condamnes à la déportation qui , leur âge, leurs antécédents et les ciralténuantcs de leurs crimes T semblent tle faveur : la déportation pour 7 ans rement commuée en 5 ans , celle pour ans et la déporta lion a vie en 10 années on. Ce terme peut encore être abrégé ce : le gouverneur, le chapelain et la e des femmes adressent a cet effet leurs is au comité d'inspection, en y joignant des registres de conduite. Ce comité , rgé de l'administration et de la surveilraie de rétablissement, est composé de ss nommés par le roi.

onniers travaillent dans leurs cellules i ; la plupart exercent la profession de quelques-uns seulement sont employés Des contre-mai très détenus , dont la été éprouvée, apprennent aux reclus qu'ils doivent exercer. On ouvre à cet ■le extérieure de la cellule , el le prisonderrière la grille intérieure, reçoit en n présence du gardien de service, toutes Lions dont il peut avoir besoin» — L'inst donnée en commun aux détenus de ntagone ; ils sont ranges à des tables pla* g du mur du corridor opposé à rcnlr-éc s, et la présence d'un surveillant, outre instituteur , leur interdit tout rapport voisins, — Ils se promènent trois fois pav.

1 Î6 DU STSTÈM1 FiWTlTTIiiat

jour lorsque le temps le permet ; ils marche file les uns des autres , et nulle parole , nu! ne peuvent s'échanger entre eux sans qu'ils punis sévèrement.

On voit que si l'isolement est la règle règle admet néanmoins de nombreuses ex cep ainsi :

1° Les détenus sont conduits par secUc tread-mill deux ou trois fois par jour et y tj lent en commun;

2° Ils sont réunis a l'école; 3° Ils sont réunis dans les préaux ; 4° Ils assistent ensemble aux exercices rel et au service divin ;

5° On choisit les contre-maîtres et les st lants parmi les détenus, qui se trouvent égal réunis en plus ou moins grand nombre à i merie , à la buanderie , à la cuisine et à II langerie.

Quel que soin que l'on prenne pour infc tout rapport dangereux entre les prisonnier nombreux points de contact qui existent end sont inséparables de graves abus qui nfoi échapper à la vigilance des employés, abui d< conviennent eux-mêmes, mais qu'il leur est ii 1 1 )le d'empêcher ni de prévenir tant que le i ment ne viendra pas à leur ai do eu marnteni régie de la séparation dans toute sa rigueur. Cependant la discipline de Mitbnnk , malgi imperfections, est loin d'être stérile j on a géi

Sfl AN6UTB1BB. 117

îement remarqué un changement favorable dans la conduite des détenus depuis l'introduction du nouveau système ; mais le temps a manqué jusqu'ici pour apprécier son influence sur le nombre des récidives.

Tous les condamnés, sans distinction , sont as* treints au travail. Les hommes, comme je l'ai déjà dit, sont pour la plupart tailleurs ou tisserands; les femmes sont employées à la couture et aux travaux du ménage; les garçons sont généralement occupés à la confection des vêtements. La moyenne du travail journalier est de 7 à 8 heures. Il n'y a pas d'entrepreneur ; c'est la direction de rétablissement qui reçoit les commandes du dehors et les fait exécuter à ses risques et périls. Ces commandes sont presque toutes faites par des marchands de la cité, et les effets confectionnés par les prisonniers sont ordinairement destinés à l'exportation , pour les Indes et les autres colonies anglaises. — Le salaire est partagé en trois parties : six huitièmes reviennent à la maison en compensation des dépenses d'entretien; les contre-maîtres détenus reçoivent un huitième , et le huitième restant appartient au condamné. Ce gain , qui ne peut guère s'élever qu'à deux ou trois livres sterling pour 3 ans , lui est remis à sa sortie du pénitencier.

Il y a dans chaque pentagone 8 cellules obscures qui servent de lieu de punition, ce qui fait 48 cellules pour tout l'établissement. Le gouverneur peut infliger trois jours de cellule obscure au pain et à

I 18 hV 8T8TÈ» ?É 51T1HTUUI

Veau , l'inspecteur dix jours , et le comité u

II parait que ce mode de punition est effici on l'inflige rarement. 11 n'y avait , lors de m

j un seul détenu au cachot. Le comité i nient le pouvoir de faire infliger des châ corporels , mais jusqu'ici il n'en a fait u Jeux fois.

Les récompenses consistent dans les m et les remises de peines , et les emplois ■ ronfle aux meilleurs détenus.

Les condamnés ne peuvent recevoir ddu dehors ni écrire à leurs parents que te ou 6 mois , d'après la classe à laquelle iti tiennent ; et encore cette faveur n'est-elle a qu'à titre de récompense aux prisonniers conduite est irréprochable.

L'habillement pénal varie d'après les il est mi-partie vert et brun ou jaune et n'y a pas de cantine. Les détenus ne jamais rien ajouter à la nourriture ordit est d'ailleurs saine et abondante.

Tout condamné libéré , un an après sa s prison et lorsqu'il peut produire un cerli bonne conduite , reçoit du comité une grati Je 2 à 3 livres sterling. Environ le tiei moitié des libérés réclament cette gralîl On exerce en outre une sorte de patronage derniers ; on écrit à leurs familles , aux chez lesquels ils sont employés. Ces relata particulièrement favorables aux jeunes ger on facilite également L'émigration au Gaoa

Ifl AJGL1TU1B. 1 19

D'après. le compte présenté à la chambre des communes le 6 avril 1835 , les dépenses da pénitencier de Milbank se sont élevées, en 1834, à 18,421 liv. 9 sh. 11 d., y compris 6,168 liv. 16 sh.

9 d. pour salaire des employés. Si* l'on déduit de cette somme une recette de 1,519 liv. 1 sh. 1 d. , montant des bénéfices da travail des détenus, etc., on aura une dépense définitive de 16,912 liv. 17sh«

10 d. La population de la maison s'est élevée pendant la même année à 639 détenus; il s'ensuit que la dépense pour chacun d'eux a été de 26 7 1. environ, ou de 665 francs.

E. — Brideweîl de Glasgow.

Cet établissement , l'un des plus remarquables du Royaume-Uni, sert de maison de correction pour le comté de Lanark, le district le plus manufacturier de l'Ecosse. Il est divisé en deux parties distinctes , l'ancienne et la nouvelle prison. Les deux bâtiments qui composent cette dernière sont disposés d'après le plan rayonnant et aboutissent à un centre commun d'inspection, sorte de tour , où sont disposés les bureaux et les magasins. Les bâtiments anciens sont rangés à angles droits. On se propose de les démolir et de les remplacer par deux corps de logis qui , de même que les deux ailes déjà construites , convergeront vers le centre commun. Le Brideweîl aura alors la forme des ailes d'un moulin â vent»

120 DU ST6TOH rÉWITESTUlKE

L'emprisonnement solitaire ( tolitary confine* ment), eomme je l'ai déjà dit, forme la base du régime pénitentiaire de l'établissement. Malheureusement le nombre limité des cellules (257) ne permet pas d'étendre ce régime aux détenus de tontes les catégories. La moyenne du nombre de ces derniers est de 320. Les hommes que l'on ne peut isoler , sont logés à 3 , et les femmes à 2 dans une même cellule. On choisit à cet effet les plus mauvais sujets , de manière à réserver autant que possible les cellules solitaires pour les condamnés pour une première offense et pour les enfants. La construction des deux ailes projetées permettra d'affecter à chaque détenu sans distinction sa cellule; le Bridewell de Glasgow ressemblera alors, à beaucoup d'égards, au pénitencier de Philadelphie.

Les cellules sont disposées à chaque étage dea deux côtés du bâtiment, et sont séparées par un large corridor qui sert en même temps de ventilateur et de promenoir. La population se compose généralement de condamnés , hommes , femmes , enfants et militaires, depuis 14 jours jusqu'à dixhuit mois d'emprisonnement. Ce temps est généralement trop court pour que l'efficacité réformatrice du système puisse se manifester d'une manière sensible et constante ; mais l'isolement des coupables a au moins pour effet, et c'est beaucoup, d'empêcher la corruption et de rendre impossible cet enseignement mutuel du vice et du crime que favorisent les anciennes prisons.

ES lM,Lf rLRRl . 121

rit Le gouverneur du Bridewell a nona proportion du nombre des récidivas aleruent moins forte pour les individus | séjourne plusieurs mois dam la prison, ;cux qui n'y avaient passé que quelques au seulement quelques jours. La table résumé des observations de plusieurs infirme ce fait : elle indique la propormbre des récïiiifa comparée à la durée s en ne ment :

condamnés pour une première elle use à irs, 78 environ sont tombés en récidive,

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\ déjà on avait constaté un résultat analolant les 17 années qui avaient précédé ue 193 condamnés à l'emprisonnement ; ans avaient été confinés solitairement idewcll, et sur ce nombre pas un seul idivé»

jx ans environ que le système d'eraprt- L solitaire a été introduit dans le Bri- Glasgow et transformé en règle coin mu ue

DU STtTi» MH1TEKTU11E

à toutes les catégories des détenus, et on peut affirmer , surtout lorsqu'on le compare à l'ancien système de l'emprisonnement en commun , qu'il a eu des résultats favorables , sans aucun inconvénient. Il est également appliqué aux enfants et aux adultes, et loin d'avoir, comme aucuns pourraient le croire, affecté la santé des détenus, il a' "au contraire puissamment contribué à améliorer l'état sanitaire de la maison. A l'époque de ma visite, sur une population de 320 détenue , il n'y avait pa* un seul malade; et les cas de maladie sout si rares que l'on n'a pas même jugé nécessaire d'établir une infirmerie. Lorsqu'il est indisposé , le détenu demeure dans sa cellule, où il est journellement visité par le médecin, et reçoit tous les soins qu'exige sa situation.

Des résultats analogues ont été constatés dans le pénitencier de Philadelphie, et ils sont d'autant plus remarquables que, dans l'un comme dans l'autre établissement , les détenus ne se promènent jamais dans les cours. A Glasgow on leur permet de se promener à tour de rôle et seulement un a la fois , pendant une demi-heure au moins et une heure au plus par jour , dans le corridor avec lequel communiquent leurs cellules, et encore cette faveur n'est-elle accordée qu'aux condamnés à plus de 15 jours d'emprisonnement.

La séclusion est strictement infligée et n'admet aucune espèce de mitigation. Les détenus qui y sont soumis ne communiquent jamais entre eux ,

ET AKGL1TI11E. 123

aous aucun prétexte. Un instituteur pour les hommes , une institutrice pour les femmes , se rendent journellement dans les cellules pour instruire séparément les enfants et les condamnés aux plus longs termes susceptibles de profiter de leurs leçons. L'instituteur est en même temps chapelain, et communique de la même manière l'instruction et les secours de la religion. Ainsi les détenus ne sont pas même réunis pour assister au service divin : il y a peut-être excès dans cette précaution , et je pense qu'on pourrait sans grand inconvénient réussir à rassembler les prisonniers dans une même chapelle, en avisant néanmoins aux moyens d'empêcher entre eux toute correspondance et toute communication.

Il est peut-être inutile de dire que le système d'emprisonnement solitaire rend superflu le classement des détenus : aussi le Bridewell de Glasgow ne comprend-il que deux grandes divisions, les . hommes qui habitent Jes nouveaux bâtiments, et les femmes qui occupent l'ancien. La séclusion supplée également à tous les genres de punition ou plutôt elle les rend inutiles ; et les grâces sent si rares que l'on peut affirmer qu'elles n'ont jamais pour effet d'atténuer l'action préventive du châtiment.

Les condamnés sont employés â divers travaux pour compte de fabricants de la ville : le tissage et la filature occupent le plus grand nombre des détenus des deux sexes; d'autres épluchent de

124 SU 8TSTBTC PifflTSXTlAIftB

vieux cordages pour en faire de l'étoupe ; il y a des tailleurs, des cordonniers, des couturières, etc. Chaque détenu travaille dans sa cellule , dont on enlève tous les matins le hamac pour le replacer le soir. Les gardiens ou porte-clefs sont en même temps contre - maîtres et instructeurs pour les travaux. Les prisonniers doivent , autant que possible , suffire par leur main-d'œuvre à leur entrelien; le surplus de leur bénéfice est tenu en réserve pour l'époque de leur sortie. Leur journée est fixée au même taux d'ailleurs que celle de l'ouvrier libre; on a oru qu'en abaissant ce taux, comme dans la plupart des autres prisons, on aurait fait tort aux ouvriers du dehors en suscitant une dangereuse concurrence. La durée moyenne des travaux est de 11 heures par jour.

Jamais dans aucune occasion, et sous aucun prétexte le détenu ne reçoit d'argent pendant sa captivité ; depuis long-temps aussi on a aboli le détestable usage des cantines qui prévaut encore dans nos prisons ; seulement on accorde parfois aux enfants , à titre d'encouragement et de récompense , un morceau de fromage et quelques pommes de terre.

Accompagné du gouverneur de la maison , nous avons visité successivement plusieurs cellules ; il y régnait un ordre et une propreté remarquables. Les détenus paraissaient s'intéresser vivement à leur travail. Ce travail, en effet, est un délassement et une consolation dans leur solitude. Aussi , peu

Kl A9GLIT1ULE. 125

uffisent-ils pour les mettre au courant du quel on les emploie. Leur zèle et leur iont tels que nous avons vu un jeune ni , en moins d'un mois , avait appris cordonnier et était apte à confectionner îent une paire de souliers, ivons interrogé plusieurs reclus. Leurs calmes et polies témoignaient de l'effet produit sur eux par le système auquel ils umis ; tous manifestaient leur repentir et i de se bien conduire à leur sortie de pritflnence de l'emprisonnement solitaire changement presque instantané même caractères les plus rebelles; l'homme : et indolent devient actif et soigneux , ment fait place à la soumission la plus les cœurs jusqu'alors endurcis s'ouvrent de la bienveillance et de la religion.

5 cellule est garnie d'une Bible et de quelïs pieux ; lorsque le détenu a terminé sa lit, il médite ; obligé en quelque sorte de sur lui-même et de réfléchir, il entrevoit e nouveau, et le repentir de ses fautes ï porte à former de bonnes résolutions snhr. Toutefois la courte durée du séjour ipart des détenus font dans la maison ne as assez souvent à ce repentir de jeter de s racines ; à l'enseignement de la solitude rop prompteraent le retour aux anciennes , aux anciennes habitudes. Appliqué aux

DU STSTEHB PilflTSHTIAUE

condamnés à longs termes, le système de Glasgow manque rarement son effet , comme je l'ai déjà fait remarquer ; pour les autres il ne peut guère être qu'un palliatif , mais il a au moins l'avantage incontestable sur l'ancien système de ne pas rendre à la société les coupables plus pervers et plus corrompus après leur libération qu'avant leur jugement.

Pour juger d'ailleurs de ce que j'appellerai l'efficacité matérielle du régime suivi dans le Bridewell de Glasgow , il suffit de jeter un coup l'œil sur le dernier rapport annuel (1824). La dépense totale pour la nourriture , l'habillement , te blanchissage, le chauffage, l'éclairage, les médicaments et le surplus des salaires payés aux détenus s'est élevée pendant cette année à liv. st. 1780 1 1* Sd. Le bénéfice résultant du travail des ateliers s'est élevé à liv. st. 2182 682d, ce qui donne en faveur de l'établissement un boni de 1. 401-14-1 1. En déduisant cette somme du montant des frais de réparation des bâtiments , des émoluments et des appointements du gouverneur et des employés du Bridewell qui est de liv. 992-4-11 , on trouve que la dépense totale de l'établissement ne s'est élevée , dans le cours d'une année, qu'à la somme modique de liv. 590-10*. Pendant cette même année, 1967 individus ont été écroués et 2020 libérés. En divisant ce déficit de liv. 590-10 par le nombre des individus incarcérés, on trouve que la dépense pour chaque cas d'emprisonnement

M AlfGLITItll. 127

ie de six schellings , et cela pour une de 59 ~ jours d'emprisonnement. — Si i simplement le déficit de 590-10 par 320, journalière du nombre des détenus, e pour chaque détenu une dépense 16\ lld. par an, 2S. 10d. par mois ou I 7 deniers ( 85 centimes ) par semaine, iffres prouvent victorieusement , il me urtout lorsqu'on les compare aux résnlus dans les prisons où prévaut encore le u travail en commun , que le travail solii d'être dispendieux , serait au contraire d'introduire de notables économies dans si coûteux de nos anciens établissements, i détenus sont naturellement disposés à dans un travail assidu une distraction innui; tandis que, réunis, ils étudient occasions de se soustraire à l'exécution de ]ui leur est imposée comme un surcroit lent.

es résultats que je viens de constater t encore bien plus concluants lorsque 5 que la population ouvrière du BrideweH [ow se compose d'individus dont la du séjour dans l'établissement n'est jours; que le nombre des femmes (159) u'aussi considérable que celui des hora- ), et que le nombre des jeunes délinquants is de 17 ans forme le quart du nombre détenus. Une population composée de ces

dbyVj(.

DU ST8TÈME PKinTBTTUIKE

cléments serait jugée chez nous pour ainsi dire inapte au travail.

Le grand nombre de femmes et d'enfants incarcérés dans le Bridewell de Glasgow , est un fait remarquable et affligeant ; mais, en somme, si l'on ajoute aux 320 détenus dans rétablissement, la population de la prison ( Gaol) qui est de 120 individus, on trouvera qu'avec une population manufacturière de 800,000 habitants, le comté de Lanark est à cet égard , dans une situation infiniment plus favorable que la plupart des districts manufacturiers de l'Angleterre et agricoles de l1 Irlande.

La multiplicité des jeunes délinquants à Glasgow .i d'ailleurs fait songer depuis long-temps aux moyens d'écarter ou d'affaiblir les causes qui poussent au vice et au crime un si grand nombre d'en-

i! is. Parmi ces causes , on a particulièrement distingué d'abord l'abandon dans lequel sont la plupart des jeunes coupables à leur sortie de prison, ensuite les mauvais enseignements et les mauvais exemples qu'ils retrouvent lorsqu'ils sont

n îrés au sein de leurs familles. L'établissement d'une maison de refuge et d'une école d'industrie pour les jeunes libérés , que l'on construit dans ce moment , est destiné à remédier au moins en partie à cet abandon et à prévenir les conséquences d'un brusque retour à d'anciennes habitudes et à iê pernicieuses liaisons.

Déjà il existe un établissement semblable pour

ri 4ltGl,!TEllï. I2Q

ea s le Mwfiïufon Aêj/htm , où Ton admet ement les jeunes filles à leur sortie de îais encore relies que le repentir vient rrêter au milieu d'une vie de dissipation >rdre. Cet établissement que j'ai visité eu u Tîridewell , renfermait -17 jeunes filles ?s au-dessous de lage de 2b* ans; elles y Mi 3 ans, pendant lesquels on le» emploie lure , au blanchissage ! et aux soins du usqu'àce qu'elles aient appris un métier etleà même de gagner honnêtement leur :e<, ou jusqu'à ce qu'on soit parvenu à les ivenahlemenl; cet asile est soutenu par le ï sousc ri plions pu rtscul ières , de même q ue t des autres établissements de ce genre fort nombreux dans le Royaume- Uni.

Glasgow que revient l'honneur du prei systématique de la séclusion avec tradepuisT a été introduit sur une échelle lue dans le pénitencier de Philadelphie} rjue c'est dans la maison de force de Gand eu [tour la première fuis égard aux contravnil en commun et en silence pendant d'isolement pendant là nuit, conditions s ont servi également de hase au régime ire de la célèbre maison tfAubum dans few-York.

endiquant pour l'Europe l'Initiative do >les innovations, j'avouerai cependant ît reeu aux Etats Unis une application

lOQl

130 DU 6T8Tin »iRITB2ITIA»I

et des développements qui rendent l'étude des pénitenciers américains infiniment plus utile que celle des établissementsdu même genre en Europe.

Quoiqu'il en soit, les expériences faites en Angleterre des divers systèmes pénitentiaires n'ont pas été stériles; elles ont démontré à l'évidence le vice et l'impuissance des classifications pour empêcher le mélange des moralités , en même temps qu'elles ont fait ressortir les avantages de l'emprisonnement solitaire; l'opinion des hommes qui, par la nature de leurs fonctions et de leurs étude*, sont les plus aptes à porter un jugement sur le régime des prisons , paraît unanime à cet égard* Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir le rapport du comité de la chambre des lords ; voici quelques témoignages que j'ai recueillis au hasard : —

« Je pense , dit M. Grawford ' , qu'on se forme une idée très fausse des avantages du système de classification dans les prisons. Prenons pour exemple les prisonniers avant jugement. La loi ordonne que les prévenus de félonie (crime) soient séparés des prévenus de mitdemeanor (délit). Cependant personne n'ignore qu'il n'y a le plus souvent qu'une très petite différence morale entre ces deux classes d'offenses; et dans tous les cas la séparation prescrite n'empêche aucunement la corruption mutuelle des détenus réunis dans les mêmes divisions.»

M. Hoare, président de la société des prisons

1 Lords' Report, p. 8.

BH AKGLKTIIKI. 131

de Londres , s'exprime en ces termes ' : «Je ne m'étonne pas que le système de classification ait complètement échoué. Quant à moi , j'ai été singulièrement détrompé sur sa valeur, en voyant un individu coupable d'avoir coupé la tête à son enfant, jugé d'abord pour meurtre, qui, grâce à une lacune dans la loi , fut classé quelques jours

après avec les prévenus de simples sévices Je

suis d'avis que la séparation complète des détenus, avec le silence , vaudrait infiniment mieux qu'un classement nécessairement imparfait. »

Le comité adressa au rév. Whitworth Russell , . chapelain de Milbank , la question suivante 2 : « Vous avez déclaré au comité de la chambre des communes , en 1831 , que vos rapports confidentiels avec les prisonniers vous avaient convaincu des effets funestes de la classification actuelle sur la moralité de la population détenue. — Avez vous persisté dans cette opinion? » Réponse. — « Cette opinion est toujours la même, et l'expérience que j'ai acquise depuis cette époque n'a fait que la confirmer. »

M. Chesterton, gouverneur de la maison de correction de Coldbath Fields, dit3 : « Le mode actuel de classification donne lieu à de graves inconvénients. Nous sommes obligés de classer les détenus

1 Lords' Report, p. 29.

* Id. p. 31.

3 Id. p. 95.

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