‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 58 sur 143 · DU SYSTÈME PÉMTE3TJ UlE · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME PÉMTE3TJ UlE

d'après la nature de leurs offenses. Or, il arrive souvent qu'un condamné pour félonie, après avoir été mis en liberté, revient dans l'établissement sous le poids d'une condamnation pour mUdemeanor, et est par conséquent réuni, dans la section des lisdsmeanors, avec des individus qui n'ont encore commis qu'une offense légère. Un individu peut «voir subi vingt condamnations et avoir été confiné avec les plus grands scélérats ; peu importe ; s'il est ensuite condamné pour félonie ou misdemèanor, il est, malgré ses antécédents, immédiatement transféré dans Tune ou l'autre des classes destinées aux coupables de ces offenses. Je crois que le classement, en admettant qu'on le maintienne, devrait être laissé au pouvoir discrétionnaire des magistrats; mais je suis aussi d'avis que le système du silence pourrait le remplacer utilement et serait infiniment plus efficace. »

M. Mance, directeur de la maison de correction de Petworth, s'exprime en ces termes l : « La classification des détenus, telle qu'elle est prescrite par l'acte des prisons (Gaol act) , suffit pour neutraliser tout ce qu'il peut y avoir de salutaire dans la discipline de nos maisons de détention; le classement d'après la nature des crimes engendre le vice et propage la corruption parmi les prisonniers; je n'en veux , pour exemple , que la classe des vagabonds. Cette classe comprend à peu près tous

1 Lords* Report, p. 195.

SU ABGLETlllI.

> de caractères et de moralités. Le voleur lotion, le filou, l'homme pauvre obligé er un refuge dans une masure, et celui lonne ou menace de laisser sa famille à la paroisse, etc. ; tous sont réunis dans {uartier d'où , à peu d'exceptions près , L plus pervers et plus corrompus qu'ils titrés. »

ibreux témoignages, auxquels nous pourijouter beaucoup d'autres, ne peuvent ;un doute sur l'inefficacité et les inconu système de classification. Il est égale* îvé à l'évidence que la règle du silence re rigoureusement préservée au sein de m. Dès lors, quel moyen reste-t-il pour le mélange des moralités et prévenir la l mutuelle des détenus? Un seul , l'iWeur comme de nuit. Ce système, ainsi que ns vu, tend à prévaloir dans plusieurs Royaume-Uni, à Glasgow, à Milbank, à à Wakefield, où l'on a commencé à nb< s ateliers communs des ateliers sépares ue détenu. J'ai déjà exposé longuement théorie de l'isolement, et je me suis préautorité de MM. de Beaumont, de Toc- Grawford, Julius, etc., pour démontrer iges '. De tous les systèmes c'est le seul absolument impossible les rapports entre

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détenus et la corruption qui en est la conséquence presqu'inévitable. Cette opinion , qui est celle des commissaires français, est corroborée par M. Crawford qui déclare dans son rapport que , malgré l'emploi brutal du nerf de bœuf, les communications entre détenus ne peuvent être entièrement empêchées dans les pénitenciers d'Àuburn et de Sing-Sing. J'ai interrogé moi-même, à plusieurs reprises, sur cet objet les commandants des maisons centrales de Belgique et les directeurs de plusieurs prisons à l'étranger ; leur réponse a été presqu'unanime : il est impossible de préserver la règle du silence et d'isoler moralement chaque détenu au sein de la réunion dans les ateliers , les réfectoires , les préaux. A Philadelphie, au contraire , la règle de l'isolement opère , pour ainsi dire, d'elle-même et sans l'aide de secours étrangers ; il n'y a pas un fouet , il n'y pas une arme dans l'enceinte des murs du pénitencier. Puis remploi plus ou moins fréquent des châtiments que nécessite le maintien de la règle du silence combinée avec l'association, ne tend-il pas à abrutir le condamné, et à confondre dans son esprit l'idée de l'offense contre la loi et celle de l'infraction à la discipline de la prison ? Le mal qui peut résulter de la reconnaissance d'un détenu libéré, par ses anciens compagnons de captivité, est aussi très réel , et il n'y a qu'un moyen de le prévenir, c'est de séparer complètement les condamnés dans les prisons. On peut aussi éviter l'inconvénient d'at-

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tribuer la surveillance des prisonniers à d'antres prisonniers, en transformant chaque cellule en prison complète. Mais , quelle que soit l'opinion que Ton adopte à l'égard de l'isolement envisagé comme peine, au moins doit-on admettre les avantages de son application aux détenus ayant jugement. Les inspecteurs des prisons de la métropole recommandent énergiquement son introduction dans la prison de Newgate après sa reconstruction ; et leur rapport (page 77) explique ainsi leur pensée pour la mettre à l'abri de toute fausse interprétation : • Nous entendons par frôlement, le confinement des détenus dans des cellules séparées de manière à interdire tout rapport entre eux. On voit, par cette définition, que l'emprisonnement eèpari n'est pas synonyme de l'emprisonnement eolilaire, avec lequel on le confond le plus souvent. Il n'implique pas , en effet , la complète séclusion du détenu et l'interdiction de tous rapports avec d'autres hommes ; il autorise, au contraire, ces rapports en tant qu'ils ne puissent pas être nuisibles, et il les prescrit même lorsqu'ils sont de nature à être favorables. Ainsi , par exemple , les prisonniers voient le chapelain pendant le service divin et reçoivent

fréquemment sa visite dans leurs cellules Ils

reçoivent également la visite du médecin lorsqu'ils ont besoin de son assistance; chaque jour ils voient les employés de la prison ; ils peuvent conférer avec leurs défenseurs et même, sauf certaines restrictions, avec leurs parents et leurs amis. On

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De leur interdit la vue que de ceux qu'il est de leur intérêt, de celui de l'État et de la justice publique de ne pas voir. Ce système, en un mot, n'est pas une arme destinée à frapper, c'est un bouclier destiné à préserver. Il ne refuse au détenu aucun des avantages conciliantes avec sa position ; il se borne à le garantir contre les maux auxquels l'expose trop souvent le système actuel. A l'effet de mitiger d'ailleurs, autant que possible, tout ce que ce mode de confinement pourrait encore avoir de trop rigoureux , nous voudrions que l'administration fournît des livres, des ustensiles, des matériaux aux prisonniers qui manifesteraient le désir de s'instruire ou de s'occuper. Mais, quel que soit le système d'occupation que l'on adopte pour les accusés , il importe de ne jamais perdre de vue la protection qui est due aux droits de l'individu avant son jugement : l'offense pour laquelle on le poursuit est encore problématique, il peut être innocent ; dès lors nulle occupation qu'on pourrait lui destiner, ne doit offrir de symptôme de contrainte , de dégradation ou de sévérité. »

L'extension du système cellulaire à toutes les prisons d'Angleterre nécessiterait, sans doute, une dépense considérable , mais elle permettrait , par contre, d'abréger les périodes de détention, et diminuerait la somme totale des crimes , ce qui aboutirait à une notable économie. En 18&4, sur 18,197 prisonniers, il n'y en avait que 11,704 qui eussent des chambres séparées ; 6,500 en étaient

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privés; on a calculé qu'il faudrait 200,000 liv. pour garnir de cellules les 186 prisons incluses dans ce que l'on appelle l'acte des prisons. Encore ces cellules ne seraient-elles guère que des cabanons pour la nuit, et il faudrait au moins deux tiers en sus pour les rendre habitables pendant le jour. Ces frais sont énormes ; mais il faut songer qu'en laissant les choses dans leur état actyel, l'accroissement des délits impose à l'État une charge très lourde; qu'en 1834, le tiers du revenu des comtés fut exclusivement consacré aux prisons de comtés; et que, de 1792 à 1832, les dépenses de ces prisons ont augmenté de 178 p. °/0 ; celles de l'entretien des prisonniers, de 218 p. °/0, et celle du transport des prisonniers, de 525 p. °/0l.

Il y aurait beaucoup à dire sur la déportation ; son mode d'in diction en Angleterre , et la manière dont elle est appliquée à la nouvelle Galles , n'impriment aucune intimidation à la population criminelle , n'ont aucune efficacité pour la réforme des condamnés. Les enquêtes nécessaires sur ce sujet ne sont pas faites encore , et la législation est essentiellement vicieuse à cet égarda. Le maintien de la déportation est inséparable de l'institution des ponton*, et l'on sait quels abus résultent de cette institution. En mettant en rapport les condamnes des diverses parties du royaume ,

1 Report of CommUsionera for inquiring into county rates. 16^jUOe 1836.

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