‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 60 sur 143 · ES AV6UTE&1E · texte numérisé non relu

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le nombre annuel des jeunes délinquants de l'Angleterre et du Pays de Galles ; la population entre 6 et 18 ans étant d'à-peu-près 600,000, la proportion des condamnés est de 1 sur 60. En 1834, ce chiffre a un peu baissé ; mais celui de la population criminelle, de 16 à 21 ans, a augmenté. Distinguons les condamnés dont nous venons de parler des simples prévenus, enfants ou adolescents, dont le chiffre est, bien entendu, beaucoup plus élevé. En France, il excède 5 p. °/0 au-dessous de 16 ans; en Belgique, 6 p. °/0; en Angleterre, 11 p. °/c. De 16 à 21 ans, la proportion est, en Belgique, de 12 p. °/0; en France, de 14 p. °/0 ;en Angleterre, de 29 p. °/0; ce qui est énorme !

Il est vrai que ce sont de petits crimes, des pommes volées, des oranges, des biscuits, de simples maraudages. En 1835, sur 2,356 prévenus, on en comptait 2,146 de ce genre; il importerait peut-être que ces enfants fussent jugés par des tribunaux spéciaux, sommaires, qui n'eussent rien de flétrissant; ils enverraient les jeunes délinquants dans une espèce de pénitencier ou la solitude, la réflexion et l'instruction morale les feraient venir à résipiscence. Beaucoup de douceur, d'isolement et de travail, seraient nécessaires : la France a déjà fait, sous ce rapport, certains progrès, en instituant les maisons de la Roquette, à Paris, et de Perrache, à Lyon ; on trouve aussi quelques bons essais en Prusse, dans le Wurtemberg , dans le grand duché de Bade, dans les Provinces rhéna-

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nés et à St-Bernard, auprès d'Anvers1. Il n'est pas d'oeuvre philanthropique plus utile et plus désirable que de sauver la population naissante, des dangers qui l'environnent ; de profiter même des premiers écarts auxquels l'expose la contagion de l'exemple, pour lui apprendre la sainteté du devoir, l'utilité du travail, et l'excellence de l'esprit d'ordre. Une maison, destinée à cet objet, devrait tendre moins à la correction qu'à l'éducation des détenus, et cette éducation, pour être tout à fait utile, devrait peut-être avoir lieu séparément et non en commun. Quant au système actuel, qui envoie, pour cause de vagabondage, un pauvre enfant au milieu de vieux criminels qui lui font faire son apprentissage du vice, il est trop odieux pour être défendu sérieusement ; le mélange des pauvres sans asile et des jeunes détenus, mélange qui a lieu dans certaines maisons de correction françaises, est aussi fort condamnable. Jamais il ne faut confondre le délit avec la pauvreté ; un jeune maraudeur ressemble assez à un indigent, puisqu'en effet il est sans ressources, et que son dénûment a pu le pousser au crime; mais le délit une fois commis, il doit l'expier et en tirer, pour l'avenir , une leçon profitable. Si vous ouvrei aux enfants des pauvres, un agréable asile ; si vous leur donnez gratis des vêtements, des aliments, toutes les nécessités de la vie, vous encourages les classes

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indigentes à ne prendre aucun soin de leur progéniture et à la livrer simplement à l'aumône de l'État. Les maisons d'arrêt pour les pauvres, valides ou invalides, doivent avoir un caractère particulier, qui ne rappelle en rien les prisons j il faut que ces dernières soient toujours des maisons de pénitence et de rigueur, graduées selon 1 âge et le délit.

Mais, quoi que Ton fasse, l'œuvre de la réforme des prisons est condamnée à demeurer stérile à beaucoup d'égards, si on ne la fait coïncider avec un système général d'éducation et d'assistance, destiné à combattre l'action incessante et funeste de la pauvreté et de l'ignorance sur la criminalité. Sur ce point encore, je partage entièrement la vis de l'auteur de l'article de la Revue d'Edimlourg, auquel j'ai emprunté une partie des matériaux de ce travail : ce n'est qu'après que la masse de la population aura reçu -une instruction suffisante pour lui faire apprécier la nature et l'étendue de ses devoirs, tant à l'égard de Dieu qu a l'égard du prochain; ce n'est qu'après avoir clé placée dans un état de bien-être qui l'initiera aux habitudes d'ordre et de probité, qu'elle comprendra que Je crime est diamétralement contraire à ses intérêts j alors, mais alors seulement, on pourra espérer de voir diminuer et successivement disparaître les offenses. En attendant, l'entretien des prisons et les dépenses énormes que nécessitent la poursuite et la punition des criminels, peuvent être considérés ». ™

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comme une juste pénalité infligée & la société, pour avoir négligé l'œuvre de l'éducation morale et religieuse, et de l'amélioration de la condition physique d'un si grand nombre de ses enfants. Immense est en effet la responsabilité de cette négligence; et nombreuse est la classe d'infortunés qui, semblables au condamné à mort, dont parle Ésope, pourrait faire retentir avec lui, ce terrible reproche : « Ma mère, si vous aviez rempli vos devoirs à mon égard, pendant ma jeunesse, vous vous seriez épargné la peine de venir me faire vos lieux, au pied de l'échafaud. »

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