‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 63 sur 143 · EH AÎI6L1TE1EI · texte numérisé non relu

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envoyer et recevoir des lettres, et se faire apporter des aliments du dehors ; ses loisirs peuvent se partager entre la lecture et les occupations ou l'exercice des métiers qui ne sont pas de nature à troubler Tordre de la maison ; il est affranchi de toute règle disciplinaire susceptible de l'irriter et de l'exaspérer ; on écarte soigneusement toute tentation qui pourrait l'entraîner à violer les règlements, et on le met ainsi à l'abri des châtiments disciplinaires qui pourraient aggraver sa position; il n'est exposé à aucune querelle ; il est protégé contre la tyrannie que le fort exerce sur le faible dans la plupart des autres prisons ; son esprit et son cœur ne sont pas souillés et démoralisés par le contact d'hommes corrompus , et son front n'a pas à rougir des blasphèmes et des paroles obscènes qui, dans tout autre établissement, viendraient frapper son oreille. Nous le demandons aux hommes de lp>nne foi , y a-t-il justice à regarder ce traitement si modéré, si rationnel, comme une aggravation aux souffrances et aux privations malheureusement inséparable* de l'emprisonnement préventif ? Tout ce que la séclusion peut avoir, au premier aspect, de redoutable , disparait lorsque Ton songe que le détenu n'est pas constamment seul , qu'on ne fait que lui interdire la société d'individus capables de le corrompre ou de l'humilier, et qu'on lui accorde d'ailleurs tous les dédommagements et les consolations compatibles avec son état de prévention. Il est évident, suivant nous, que l'action du syttèjno

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de séparation, établi sur les bases que nous Tenons d'indiquer, sera infiniment moins pénible pour le prisonnier qui n'a pas abjuré tout sentiment d'honneur et de vertu , que l'action de tout autre système qui reposerait sur le principe d'association.

Certes , nous n'allons pas jusqu'à prétendre que l'emprisonnement séparé , de même que tout autre mode de détention , ne constitue pas une véritable privation et ne puisse même, dans certains cas, se transformer en souffrance bien réelle; mais il importe de ne jamais perdre de vue que , pour bien apprécier ce nouveau système, la comparaison doit être instituée , non entre l'état de captivité et l'état de liberté , mais bien entre les différentes théories d'emprisonnement. Ce n'est qu'en solvant cette méthode que l'on , pourra en venir à une conclusion positive , et que l'on pourra se prononcer pour ou contre l'application du système de séparation aux prévenus, suivant que les priva* tions et les souffrances qui l'accompagnent seront plus ou moins nombreuses et pénibles que celles qui rassortent du système de réunion silencieuse ou du système d'association sans limites et sans contrôle , qui prévaut encore dans les localités où l'isolement et le silence ne font pas partie de la discipline des prisons.

Or, si nous comparons le système de séparation avec le système de silence , nous ne pensons pas qu'il puisse y avoir même de doute quant aux avantages du premier. En effet le système du silence,

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en même temps qu'il est impuissant pour mettre le détenu a l'abri de la corruption, le prive de toutes les aisances et des délassements de la vie sociale. 11 impose des règles d'une difficile observance , que le prisonnier est tenté d'enfreindre à chaque instant et pour ainsi dire sans qu'il s'en doute , tandis que chaque infraction , lorqu'elle est découverte , donne immédiatement lieu à une punition* Ce système n'admet aucun adoucisse* ment; il perd son caractère et compromet son efficacité s'il n'est suivi dans toutes ses conséquences et s'il n'est maintenu avec la plus ex* tréme sévérité. Il s'ensuit que le prévenu ou l'accusé auquel on l'applique éprouve toutes les restrictions, les rigueurs, les souffrances qui constituent le châtiment du condamné.

La comparaison sera-t-elle plus favorable au système d'association illimitée , qui règne encore sans partage dans la plupart de nos prisons secondaires? Certes on ne peut le croire lorsque l'on songe aux tortures que doit éprouver , sous l'empire de ce système, tout homme qui n'a pas perdu tout sentiment de honte et de pudeur. Non-seulement il entend les propos les plus révoltants, il assiste aux scènes de la plus dégoûtante immoralité , mais encore , s'il n'est résigné à endurer les railleries, les insultes , voire même la violence de •es compagnons de captivité, il est obligé de participer à une existence de désordre et de vices qui répugne à sa nature et qu'il ne peut d'abord envi-

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sager sans horreur. En un mot , quelque parti qu'il prenne, il n'y a pour lui qu'une alternative, celle d'être complice ou victime.

Nous en appelons maintenant au jugement calme et réfléchi des persones qui s'opposent encore au système de séparation à cause de sa rigueur présumée : si jamais, par une de ces circonstances fatales qu'il est également impossible de prévoir ou de prévenir, elles se trouvaient dans le cas de subir un emprisonnement préalable, ne préféreraient-elles pas infiniment de se soumettre à la règle imposée par ce système , que de s'exposer à la rigueur et aux restrictions du système de siitnce ou aux dangers et à la dégradation du système d'association illimitée? Or, pourquoi refuseraientelles d'étendre à tous les prévenus la faveur qu'elles réclameraient avec instance pour elles-mêmes dans le cas dont nous venons de parler ?

Mais , dit-on , tout en convenant que la séparation individuelle des prévenus est à l'abri de toute objection, au moins faudrait-il s'abstenir de la prescrire alors que le prisonnier n'y verrait, loi, qu'un châtiment ; il s'ensuit que la séclusion devrait être facultative. — Nous ne pouvons admettre la justesse de ce raisonnement , et nous devons protester contre un principe qui ferait dépendre le traitement de chaque prévenu de sa propre volonté et de son consentement. Si ce principe venait à prévaloir dans la direction des prisons, il s'ensuivrait qu'une dépravation habituelle don-

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nerait également droit à une funeste indulgence ; de même que les bons voudraient être séparés, les mauvais détenus demanderaient à être réunis a leurs complices, aux compagnons de leurs débauches. Il ne peut y avoir de milieu : si les objections que Ton fait à la séparation des prévenus sont réelles , cette séparation doit être repoussée dans tous les cas , quand bien même elle serait invoquée par quelques prisonniers; si elles sont mal fondées au contraire , le système dont il s'agit doit être appliqué avec uniformité , bien qu'il puisse répugner dans certains cas aux habitudes et aux sentiments de tel ou tel détenu.

Irait-on jusqu'à prétendre que l'homme, même sous le coup de la prévention , ne peut être soustrait aux conditions de la vie sociale , et qu'il a le droit d'exiger qu'on lui donne des compagnons de captivité? Une simple observation suffira pour faire ressortir toute l'absurdité de cette prétention. Il y a dans plusieurs districts ruraux du royaume des prisons qui ne renferment qu'un seul détenu , qui quelquefois y subit une captivité de plusieurs mois : a-t-on jamais songé à taxer cette captivité d'injuste et de barbare , et jamais magistrat s'est-il cru obligé de désigner l'un ou l'autre employé afin de tenir constamment compagnie au prévenu et de faire cesser ainsi son état de solitude? Nous convenons qu'il y a, particulièrement dans les prisons de la métropole , un grand nombre d'individus mis en jugement, qui préféreraient à la

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séparation une association quelconque, n'importe à quelles conditions ; mais si nous interrogeons les antécédents et si nous étudions le caractère de ces individus, nous serons bien vite convaincus qu'ils appartiennent justement à la classe pour laquelle la séparation individuelle est le plus nécessaire. Leur accorder la jouissance d'une société que fuirait l'homme probe et honnête, pour la seule raison que cette société est devenue pour eux , grâce aux habitudes dépravées de leur vie antérieure , un besoin et un soulagement dans leur captivité, ce serait se mettre dans le cas de tolérer au même titre la satisfaction des goûts les plus vils et des appétits les plus grossiers, dont l'interdiction doit aussi être rangée au nombre des accessoires les plus pénibles de l'emprisonnement. Nous devons cependant faire observer que les détenus dans le reste du royaume sont loin de partager les habitudes dissolues et la dépravation des prisonniers de la capitale ; et nous sommes convaincus que , bien que la séclusion poisse paraître pénible aux prévenus qui ont déjà subi des condamnations antérieures, il en est peu parmi ceux qui ne sont pas endurcis dans le crime et qui ne sont pas étrangers à tout sentiment d'honneur et de dignité , qui ne regardassent comme une faveur la règle qui les séparerait des autres détenus.

Mais les avantages de la séparation individuelle ne sont pas seulement d'une nature préventive* Elle met non-seulement les prisonniers hors d'état

4c te corrompre mutuellement , mais elle leur procure encore le moyen ctTocrosion de réfléchir et de sNimcnder* Qu'il soit innocent ou coupable de l'offense qu'on lui impute , le prévenu , dans la iolitude de sa cellule, ne peut manquer d'éprouver l'influence des conseils et des soins bienveillants dont îl est 1 objet. On lui met entre les main a les laîute* écritures, et on lui procure les meilleurs livres susceptibles d'éveiller dons son àrae de salutaires pensées et de toucher son cceur; il reçoit la visite des ministres de la religion ; il jouit de la faveur d'assister a us exercices religieux. Le bienil de ce système s'étend encore au-delà de la értode d'emprisonnement. En empêchant quo prisonniers ne puissent se voir pendant leur séjour cri prison , il les met dans l'impossibilité de reconnaître après leur mise en liberté. Tous ai qui , comme nous , ont pu se convaincre des i effets des relations contractées pendant la pli vite , apprécieront l'avantage de cette réaction. On sait, en effet., qu*il arrive fréqueraque les détenus forment dans les prisons des ations coupables qui les lient en quelque rtc pour l'avenir. Les experts en matière de vol font un plaisir d'initier leurs jeunes associés x. mystères de leurs iniquités et de s'assurer r concours ; tandis que les bonnes résolutions prisonniers qui ont su momentanément résister !t enseignement corrupteur, sont souvent neulisées, et leur engagement dans la ligue crimi- •t. 17

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nelle déterminé par la reconnaissance de leurs anciens compagnons de captivité et la crainte de se voir signalés.

Après avoir démontré que l'emprisonnement séparé était à la fois une garantie et un bienfait pour le prévenu et l'accusé, il nous reste à prouver que ce même mode d'emprisonnement , lorsqu'il est infligé dans toute sa rigueur et dépouillé de toute indulgence , devient le plus efficace et le plus salutaire des châtiments pour le coupable.

Le condamné , dans ce système , est confiné jour et nuit dans une chambre ou cellule comme celle que nous avons décrite plus haut , pourvue de toutes les convenances essentielles de ventilation , de chaleur, de propreté. Rien n'est négligé pour préserver la sanfé du reclus ; mais , au-delà, on lui refuse tout adoucissement qui serait de nature à affaiblir, en quoi que ce soit , la nature de la pénalité. Ainsi , la distinction entre le traitement que l'on fait subir au prévenu et au condamné, est large et bien tranchée. On a vu que le premier était autorisé à recevoir la visite de ses parents et de ses amis ; cette faveur est refusée au second. Le prévenu peut écrire et recevoir des lettres ; toute correspondance est interdite au condamné. Le régime alimentaire du premier peut varier à sa volonté , tandis que celui du second est strictement déterminé par le règlement; pour celui-ci le travail est obligatoire, il est facultatif pour celui-là.

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