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On prétend que celte discipline est dangereuse et d'une excessive rigueur. Mais c'est là une assertion dénuée de toute preuve, et que réfute l'évidence des faits. 11 résulte, en effet, des registres des infirmeries et des tables de mortalité dans les établissements où l'emprisonnement solitaire est en vigueur , que la santé des détenus n'y est pas plus compromise que dans tout autre établissement soumis à un régime différent. Que ce même mode d'emprisonnement opère sur le condamné avec une sévérité excessive , c'est affaire d'opinion qui dépend de l'idée que l'on se fait des rapports nécessaires entre le crime et le châtiment ; qu'il l'assujétisseà des privations qui lui rappellent sans cesse la faute qu'il a commise , c'est ce dont nous convenons volontiers , et nous n'hésitons pas à regarder cette sévérité comme l'une des conditions les plus favorables du système; — mais que ce système, comme aucuns le représentent, soit entaché de barbarie, qu'il voue ses victimes au désespoir, et livre le coupable à la. terreur et au supplice d'une solitude non interrompue , c'est ce que nous nions formellement. En effet , le reclus reçoit journellement la visite du directeur, du chapelain et des autres employés de la maison ; il est mis en rapport avec l'instituteur et les instructeurs des travaux ; l'exercice d'un métier utile l'arrache à l'ennui , en même temps que la lecture de bons livres orne son esprit et réforme son cœur ; en cas de maladie , il est l'objet de soins empressés. Tout
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cela, sans rien enlever toutefois à la juste sévérité et à l'action légitime de la peine , contribue cependant à la rendre supportable et à la laver du reproche de barbarie que lui ont adressé ses antagonistes.
Nous ne partageons nullement l'opinion de ceux qui considèrent le condamné comme un objet de ▼engeance, et qui n'hésitent pas à dépasser le but do la loi en lui infligeant un degré de souffrance que ne commandent ni l'intérêt de sa conversion ni celui de la préservation de la paix sociale. Mais, par contre, nous croyons qu'il est nécessaire de se tenir en garde contre cette fausse humanité qui recule à la seule pensée de l'infliction d'un châtiment équitable , et qui , dans sa sympathie pour les souffrances du coupable , méconnaît les funestes effets que pourrait avoir l'impunité, et semble oublier qu'une douceur déplacée dans le traitement du criminel peut dégénérer en cruauté par rapport à k société en général. Le but principal de l'emprisonnement doit être d'empêcher autant que possible le coupable de commettre de nouvelles offenses , et d'inspirer à ceux qui seraient tentés de l'imiter, une crainte salutaire des conséquences terribles qui suivent la violation des lois : or, nous croyons fermement que le système de séparation est le seul capable d'atteindre ce but , en même temps qu'il n'astreint le prisonnier à aucune privation susceptible de le faire dépasser.
L'inefficacité de notre régime d'emprisonnement est notoire pour tous ceux qui ont été à même de
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connaître et d'apprécier l'état des prisons de ce pays. Le criminel, loin de le redouter, l'envisage avec une sorte d'indifférence ; et , malgré l'exten» •ion que Ton a donnée dans quelques établisse* ments, à la règle du travail et du silence, la crainte du châtiment n'en a guère été augmentée. La raison en est évidente : tant que l'on permet aux détenus de vivre en réunion , les rapporta qu'ils parviennent à établir entr'eux, malgré la sévérité des prohibitions , ne peut manquer de neutraliser l'effet de la discipline ; et quelle que soit la vigilance avec laquelle on veille à la pré* servation de la loi du silence , la vue seule et l'échaoge occasionnel des pensées entre les dé» tenus ont également pour effet de détruire le sentiment d'abandon et de solitude qui est la plus grande et la plus judicieuse des peines morales.
Le système de réunion silencieuse n'a aucune tendance à disposer le prisonnier à se replier sur lui-même, à aspirer au repentir, à scruter sa vie et ses projets futurs , et à reconnaître la méchanceté et l'inutilité du crime ; il ne peut donner naissance à aucune résolution ferme et arrêtée d'amende* ment. Ce pouvoir salutaire nous semble* au contraire , appartenir au plus haut degré au système de séparation individuelle ; ce qui , indépendamment de ses qualités préventives , en fait encore nn excellent instrument de réforme morale et religieuse. Nous avons déjà signalé cet avantage par rapport au prévenu ; mais son importance est , si ». 17.
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possible , bien plus grande encore par rapport au condamné. L'œuvre de la régénération du criminel est, aux yeux de certaines personnes, une véritable utopie. Il est peut-être inutile de dire que nous ne partageons nullement cette opinion , que repoussent d'ailleurs les idées religieuses généralement répandues dans ce pays, et qui ne tendrait à rien moins qu'à ranger le coupable au niveau de la brute à laquelle rien ne survit et qui n'a aucun compte à rendre au Créateur. Si , comme nous en avons la ferme persuasion, nul homme, quelle que soit l'énormité de ses fautes et de ses crimes , n'est fatalement condamné à l'im pénitence finale et déshérité de l'espérance du pardon , nous ne pouvons condamner en termes assez sévères une doctrine qui est en opposition directe avec l'esprit et les préceptes du Dieu miséricordieux , qui « loin de désirer la mort du pécheur, veut qu'il vive et se convertisse. » Nous avons eu l'occasion d'étudier plus d'une fois le caractère des criminels , et nous avons pu nous convaincre qu'il y a certaines périodes dans la vie des hommes même les plus pervers et les plus endurcis, où leur esprit s'éveille à la réflexion et leur cœur s'entr'ouvre au repentir. C'est dans ces moments de sensibilité et d'abandon , qu'il faut s'efforcer d'arracher ces infortunés à la domination du vice , en leur inculquant les principes du christianisme et en s'attachant à leur donner de bonnes impressions. Le calme de la cellule viendra dans ce cas en aide à
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l'apôtre chrétien ; rien ne troublera l'attention du prisonnier; les railleries de ses compagnons de captivité ne le détourneront pas de la voie où l'appelle le soin de son bonheur et de son salut; humilié par le remords et le repentir, il accueillera comme un bienfait inestimable les avertissements, les promesses et les consolations de l'Évangile. Nul système n'est plus propre que le système d'emprisonnement séparé à faciliter au ministre de la religion l'exercice de cette mission de régénération, et sous ce rapport encore il mérite d'être préféré.
Nous croyons de notre devoir de renouveler l'assurance que nous ne sommes pas partisans du confinement solitaire absolu, ni d'aucun autre plan d'emprisonnement dans lequel la séclusion ne serait pas allégée par des visites journalières , par le travail manuel, la lecture, et qui enlèverait au détenu la faculté de communiquer en tout temps avec les employés de la prison. Le préjugé qui existe encore contre le système de séparation provient en grande partie de la manière dont le confinement solitaire , selon l'aucienne qualification , a été rais en pratique dans certaines prisons. Les détenus , dans ces prisons , étaient enfermés jour et nuit dans des cellules qui avaient été originairement construites pour servir de dortoirs; ces cellules étaient trop peu spacieuses , mal éclairées , ventilées d'une manière imparfaite ; elles n'étaient jamais chauffées , et ne réunissaient aucune des
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conditions nécessaires pour en faire des habitations convenables et salubres. Faut-il s'étonner dès lors si la santé des détenus ne tardait pas à souffrir et à se détériorer dans ces espèces de casemates froides , humides , resserrées et lugubres ? et peuton , sans injustice , assimiler à cette funeste et fausse application du principe de l'isolement , le plan de séparation que nous n'hésitons pas à recommander? Ce fut à cause d'une semblable erreur et à la suite d'essais également imparfaits , que le système de séparation eut d'abord peine à se faire jour et à triompher aux États-Unis ; et ce sont encore ces essais que l'on invoque chez nous pour repousser son application !
Si les uns prétendent que le système de sépara» tion a complètement failli , il en est d'autres qui le repoussent comme une théorie qui n'a jamais été soumise à l'expérience. C'est là une erreur tout aussi grossière que celle que nous venons de signaler. Le système dont il s'agit a été mis pour la première fois en pratique, en 1790, dans la prison du comté de Glocester. Un magistrat distingué , sir George Paul, avait été désigné, quelque temps auparavant, avec Howard et sir William Blackstone pour proposer un plan de pénitencier national ; ce comité adopta le système de séparation , tel qu'il fut introduit dans l'établissement de Glocester , comme l'expression la plus simple et la plus parfaite des vues de ses honorables membres relativement à la réforme pénitentiaire. Le bâtiment fut
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divisé en cellales : les détenus y forent enferme* séparément, jour et nuit, dépure le moment de leur entrée jusqu'à eelui de leur sortie. Ceux qui n'étaient condamnés que pour de courtes périodes n'étaient pas occapés ; mais on fournissait du travail aux condamnés dont la détention devait être d'une certaine durée. Tous participaient également au bénéfice des instructions morales et religieuses soit dans les cellules, soit à la chapelle commune. Cette discipline fut maintenue dans son intégrité pendant 17 années consécutives, et ses résultats dépassèrent les espérances de ses fondateurs. Pendant cette longue période le nombre des récidives fut presque nul. Mais à mesure que s'accrut la population du comté , le nombre des détenus dé* passa le nombre des cellules, et Ton fut obligé de renoncer à un système dont le maintien était devenu impossible. 11 s'ensuivit une augmentation notable dans le chiffre des récidife, provenant presque tous de la catégorie des détenus soumis au régime de l'association '.
L'expérience faite à docester, quoiqu'interrom* pue par des obstacles qu'il n'était guère possible de prévenir, n'avait pas moins prouvé la possibilité et l'avantage de substituer le principe de la sépara» tion au principe de l'association ; cette expérience ne tarda pas à porter ses fruits, et en 1824, lors
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de la reconstruction du Bridewell de Glasgow, les magistrats de cette grande cité se décidèrent à adopter le système recommandé par le comité dont sir George Paul faisait partie. Ce même système passa les mers et fut introduit, il y peu d'années , dans les pénitenciers de la Pennsylvanie , à Pi Usburg et à Philadelphie, pour s'étendre de là dans les États de New- York, New- Jersey, Rhode Island, Missouri, et dans la province anglaise du Bas- Canada. Depuis peu aussi il a pris pied sur le continent européen , dans la célèbre maison de force de Gand, où Ton a commencé à disposer Tune des ailes pour la complète séparation d'un certain nombre de condamnés.
A l'expérience des faits vient se joindre le témoignage des hommes : sans citer ici l'opinion de MM. Julius, Ducpetiaux et des commissaires français qui reviennent des États-Unis , opinion suffisamment connue et qui est toute favorable au système de séparation , nous nous contenterons de signaler comme un fait à la fois curieux et significatif que les arguments les plus forts en faveur de ce système, nous ont été fournis par les personnes qui connaissent le mieux et qui ont été le mieux à même d'apprécier l'action du système de réunion silencieuse. Nous avons visité et inspecté minutieusement et à plusieurs reprises les meilleurs établissements dirigés d'après ce dernier système , et nous pouvons affirmer, qu'à l'exception d'un seul , tous les gouverneurs de ces établissements
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nous ont avoué que s'ils avaient à choisir entre la discipline du silence et celle de l'isolement , ils n'hésiteraient pas à donner la préférence à la seconde.
Ce jugement vient encore récemment d'être sanctionné par le comité de la chambre des communes désigné pour « rechercher la convenance d'amender les lois relatives aux prisons. >* Ce comité conclut a ce que les prisonniers soient confinés séparément en attendant le jugement; etT bien que celte recommandation n'ait pas encore en son effet pour ce qui concerne la prison de Newgate, nous sommes heureux de pouvoir nn* noncer que plusieurs prisons d'après le plan de séparation ne tarderont pas sans doute à s'élever dans l'étendue du royaume. Au nombre des qualités les plus favorables de ce plan est sa simplicité et le fait que son efficacité est entièrement indépendante de l'étendue de la prison et du chiffre des détenus auxquels on l'applique. Aucun mode de discipline pénitentiaire imaginé jusqu'ici n'admet une application aussi uniforme. La dimension , l'ameublement et l'arrangement intérieur de chaque cellule étant les mêmes dans tous les en s, la séparation individuelle peut être étendue à toute espèce de prisons, depuis la simple maison dVrr£t et de police locale jusqu'au pénitencier cent ml, a la senle condition de proportionner le nombre des cellules à celni des détenus. Le séjour continu et l'emploi des prisonniers dans leurs cellules écar-
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teat lea inconvénients qui ont jusqu'ici entravé et rendu pour ainsi dire impossible l'amélioration des petites prisons. Le tread-mill et les autres machines également incommodes et vicieuses, imaginées pour donner du travail aux déteous, deviennent inutiles. Les devoirs des employés et des surveillants sont matériellement diminués et simplifiés; il est possible dès lors de diminuer leur nombre et d'avancer de ce chef encore dans la voie de l'économie. Par ountre il sera nécessaire peut-être d'augmenter le chiffre en stimulant le lèle des agens moraux ; eependant , dans les petites prisons , où une population peu considérable n'exigerait pas les soins continus d'un chapelain , il suffirait le plus souvent de confier ces fonctions à un ecclésiastique de la localité qui vouerait seulement une partie de son temps à l'instruction religieuse, des détenus.
En nous exprimant d'une manière aussi formelle en faveur du système de séparation , nous ne nous sommes pas dissimulé cependant les obstacles qui probablement viendront s'opposer à son adoption ou tout au moins entraver son développement ; obstacles qui ont leur source dans les idées erronées que l'on s'est faites de ce système et dans des vues d'économie mal placées. Certes nous ne pouvons nier que les conditions essentielles du système dont il s'agit n'en rendraieut l'application aux anciennes prisons difficile et coûteuse, lorsqu'elle ne serait pas absolument
impossible ; niai» , bien que ce fait soit de nature à retarder pour un temps l'amélioration de plusieurs prisons existantes , il nVst pua moins vrai que la où il s'agira de bâtir une prison nouvelle, on reconnaîtra que la dépense à faire pour y introduire le système de séparation ne dépasserait guère celte que nécessiterait rétablissement du système de réunion silencieuse ou de tout autre système analogue. Et en admettant même qu'il y ci 1 surcroit de dépense, ce surcroît n'égalerait pas a beaucoup près la prodigalité avec laquelle on travaille dans certains comtés à l'introduction dans les prisons do règles essentiellement vicieuses ; il n'équivaudrait pas surtout aux bienfaits religieux , moraux et politiques qui résulteraient de l'adoption du système de séparation et de l'extinction des abus et des maux dont cette adoption serait le signal et le gage.