‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 66 sur 143 · DB L'ETAT ACTGEX IT DB LA &ÉI01ME · texte numérisé non relu

DB L'ETAT ACTGEX IT DB LA &ÉI01ME

nettement, sont moin* rudes, mou» pénibles que ceux que s'imposent volontairement un grand nombre d'ouvriers jouissant de leur liberté ; en effet il n'existe dans nos prisons aucun de ces métiers} dangereux qui abrègent d'une manière effrayante l'existence des infortunésqni ne reculent pas devant leur exercice. La tisseranderie, la filature, la confection des objets d'équipement militaire, les soins du ménage occupent presqu'exctusivement les détenus. La longueur de la journée de travail 09 dépasse jamais pour eux celle de l'ouvrier libre ; ea hiver, au contraire, elle est infiniment plus courte, car, sauf quelques exceptions, elle commence et finit avec le jour. Les travaux sont d'ailleurs fréquemment interrompus par des intervalles pour les repa9 et la récréation ; et le dimanche est pour les détenus un long jour de repos et d'oisiveté, coupé seulement par l'office et par une heure d'école pour un certain nombre d'individus admis à participer aux bienfaits de l'instruction. L'argent gagné pendant la semaine est englouti a la cantine, et, malgré de sévères prohibitions, la passion du jeu prévaut généralement.

On prétend que la perte de la liberté compense amplement ces avantages et suffit pour conserver à la peine son caractère préventif. Mais cette perte est-elle aussi vivement sentie par la majorité des condamnés qu'on parait le croire? Nous en doutons. En effet les condamnés dans nos maisons centrales ne vivent-ils pas en société, et cette

dm rjuitM ts mci'jïi. 213

société n'estdle pas souvent pi us conforme a leurs gouti, à leur ?, habitude», que celle qu'ils abandon* nent et contre laquelle ils se dont rais en hostilité ? Méprisé,, repoussé nu dehors u cause de ses vices et de ses excès, le coupable en prison voit soudain ces litres de réprobation se transformer eu titres à Teloge cl à la sympathie de ses compagnons de Captivité. Ce qu'il a perdu en société îl le retrouve en prison : amitié, encouragement , dévouement,

k influence. Il faut avoir étudié les mœurs, les usages de ces commun nu tés étranges pour pouvoir s'en faire uno idée et apprécier tout ce qu'elles offrent de dédommagements, de consolations, voire même «le jouissances à ceux qui en font partie. Nousmémos, noua avons été fréquemment témoins de la joie qui accueillait certains condamnés à leur entrée en prison, et de la satisfaction qu'ils éprouvaient à se retrouver avec d'anciens camarades, des amis, des parents. — Mais, dirait-on, la privation de tout rapport avec le sexe doit surtout leur être pénible, — Nous voudrions qu'il en fût ainsi; niais ne sait- on pas qu'il est d'affreux dédommagements a cette privation, et que nos prisons avec leur* constructions vicieuses, avec leur surveillance incomplète, avec leurs chambres et leurs dortoirs cniatnutjs, semblent construites exprès pour tes favoriser? Les listes de punitions, les registres des infirmeries témoignent des funestes effets d'un fïce honteux: sur la moralité et sur la santé des détenus. — On nom objectera peut-être encore le

dbyGOQ

214 Dl I,fBTAT ACTUEL BT DI LA ISFOIMB

désir ardent de la liberté , qui semble animer la plupart des condamnés ? — Ce désir existe en effet, il est inhérent à la nature de l'homme comme tout désir de changement ; mais la fréquence de» récidives, l'insouciance, quelquefois même le contentement avec lequel le coupable revoit la prison qu'il a déjà habitée, ne prouvent que trop l'inefficacité préventive et réformatrice de notre système d'emprisonnement.

Impuissant pour intimider et améliorer, ce système est également un obstacle permanent à l'introduction de toute mesure disciplinaire qui aurait pour but d'en augmenter la sévérité. Les employés des maisons centrales sont pour ainsi dire à la discrétion des détenus : s'agit-il d'introduire une réforme utile? On interroge d'abord toute sa portée, et si elle est de nature à blesser quelques-uns de ces droits prétendus que les détenus sont accoutumés à regarder comme acquis et incontestables, on hésite , on a peur , on recule. Est-il question d'introduire le travail à la lumière pour diminuer la longueur des nuits d'hiver? On craint qu'il ne devienne pour les détenus une occasion de désordre. S'avise-t-on d'établir un système plus équitable de rémunération pour le travail, de récompense pour la bonne conduite? On suspend la publication de l'arrêté relatif à cette mesure, parce que l'on a peur que les détenus ne la mésinterprètent. Naguère on avait prescrit de porter à la connaissance des prisonniers les grâces accordées : n'a-t-on

DBS PltSOXS BU 1ILCIQ1TB. 215

pas craint pendant long-temps de faire à cet égard les publications ordonnées? On a proposé de réduire les bénéBces des détenus, et, sinon de supprimer les cantines, an moins de limiter le droit de s'y approTÎsionner aux condamnés dont la conduite serait convenable : mais les employés résidant dans les prisons , n'ont-ils pas été unanimement d'avis que, faute de ce mobile, il ne resterait aucun moyen efficace d'obtenir des prisonniers un travail productif? Il serait injuste de reprocher en tous cas cette crainte aux employés ; il serait plus injuste encore de les rendre responsables des vices et de la corruption des prisonniers. Il faut accuser surtout et avant tout l'insuffisance et les défauts de construction de nos prisons qui excluent la possibilité de substituer à l'impuissance actuelle une rigueur salutaire «.

1 M. Charles Lucas , inspecteur -général des prisons.de France , dans l'excellent ouvrage qu'il Tient de publier sur la Théorie de l'emprisonnement, signale également les rices de l'organisation actuelle des maisons centrales de son pays. Ce qu'il dit à cet égard s'applique parfaitement a nos établissements ; aussi n'hésitons-nous pas à nous étayer de l'imposante autorité de l'un des hommes qui ont embrassé arec le plus de zèle , de talent et de conscience la cause de la réforme pénitentiaire en Europe.

• L'organisation des maisons centrales, dit M» Lucas, atteste, sous plusieurs rapports, un immense progrès sur l'ancien régime des prisons. On doit citer avec éloge les améliorations introduites dans le régime intérieur en général et dans le régime de salubrité et de propreté en particulier.

216 DB L'iTIT ACTCK ET DK 14 aivoan

Page 1