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une crainte durable du châtiment auquel il aura été soumis ; sans négliger l'élément pénitentiaire, c'est à l'élément répressif à dominer dans oe cas ; ainsi Ton interdira les visites , les correspondances, ou tout au moins on les limitera au strict nécessaire; on retirera aux condamnés la faveur du travail , de la lecture , si leur conduite n'est pas bonne à tous égards, etc.
Pour les condamnés à longs termes , l'élément pénitentiaire doit être combiné de telle sorte avec l'élément répressif que l'action de la peine soit constamment en rapport avec le double but que l'on veut obtenir, l'intimidation du coupable et sa réformation. Une sévérité excessive, en exaspérant à la longue le détenu, ne le disposerait guère au repentir ; tandis qu'une douceur exagérée aurait pour effet presqu'inévitable de diminuer la crainte du châtiment. C'est en balançant au contraire ces deux mobiles , la sévérité et la douceur, et en les tempérant l'un par l'autre , que l'on atteindra le plus sûrement le but proposé. Ainsi, tout en maintenant stricteraeut et jusqu'au dernier moment de sa captivité l'isolement du condamné, on lui permettra le travail, on lui prodiguera les consolations de la religion , les enseignements de la morale ; lorsqu'il en sera jugé digne par son repentir et sa bonne conduite, on l'autorisera , à des intervalles plus ou moins rapprochés, à correspondre avec sa famille , à recevoir la visite de ses parents, de ses amis. — On voit que nous nous écartons à quelques
DBS Hl« ORS 19 BEtGIQUI.
Is do système suivi dans le pénitencier de delphie où la règle de l'emprisonnement solia'est tempérée que par le travail ; où les rapde famille sont absolument interdits, et où igneraent religieux cl moral est malheureuit néglige ettrès-insuftisanL L'élément réforir Wy est pas assez acti f, et c'est un mal auquel
indispensable île remédier. La nature de nie, créé pour vivre en société, ne peut être amie et détournée de son but de telle sorte
l 'oblige, pendant une période de plusieurs •s, à renoncera tont rapport avec la société »c sa famille en particulier. 11 est certaines s dans l'âme qu'il importe au contraire de ribrer de temps, en temps pour éviter qu'elles
dessèchent et qu'elles ne se rompent. Que oust raie le condamne à i oui contact avec les i condamnes , rien de mieux ; l'isolement ni ainsi la règle \ mais cette règle comporte virement des exceptions. 11 est des instants solitude provoque une tristesse dangereuse iirrnit conduire au désespoir : qu'une voix cillante se fasse alors entendre au coupable, sera comme si un rayon du ciel descendait on cœur; sa douleur se dépouillera do toute urne, et son âme s'ouvrira au repentir, te etiance de réussite ne doit pas être négliaris l'œuvre de la réfuriuation du condamné : rra assurément plus prompte, plus fréquente iclfl individus que clici tels autres; la diffé-
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rence des caractères, des passions, des éducations influera plus ou moins sur les résultats de la discipline pénitentiaire. Mais de ce que tel homme d'une intelligence peu développée, d'un caractère passionné et vindicatif, d'une immoralité profonde, subira difficilement l'action de cette discipline et ne donnera pas d'abord grande espérance d'amendement, faudra-t-il abandonner l'œuvre commencée? Vaudra-t-il mieux rendre cet homme à lui* même , le livrer à ses passions , à ses penchants vicieux, à son ignorance, le rejeter dans la société des anciennes prisons, que de persévérer dans la tâche réformatrice qu'on s'est proposée à son égard? Nons en doutons ; et si le succès ne couronne pas définitivement des efforts consciencieux, au moins aura-t-on obtenu un résultat que l'on chercherait vainement à obtenir dans nos prisons actuelles, celui de soustraire les autres détenus au contact du coupable corrompu et d'empêcher que ce coupable lui-même ne trouve dans la société de ses pareils unencouragementàses vices, et un moyen de donner cours à ses passions.
Rigoureusement préservé à l'égard des détenus entre eux , l'emprisonnement solitaire a encore l'avantage d'empêcher tout rapport, toutes liaisons entre les libérés. Inconnus les uns aux autres, il ne leur est guère possible de se concerter pour commettre de nouveaux crimes, et les récidives y perdent leur ressort le plus actif. La plupart des grands crimes , des vols commis à plusieurs et avec des
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circonstances aggravantes se concertent aujourd'hui dans nos prisons. 11 n'y a presque pas d'exemple de bandes organisées qui n'aient été composées en partie de condamnés libérés ou dont ils n'aient eu la direction. Notre système actuel d'emprisonnement semble être organisé dans le but de faciliter ces associations et d'en faire naître l'idée ; en mettant en contact des scélérats qui ne s'étaient jamais rencontrés, il crée entre eux des rapports nécessaires; il ravive la conspiration permanente contre Tordre social en réunissant les conspirateurs sous un même toit , dans les mêmes ateliers , les mêmes dortoirs, les mêmes réfectoires, les mêmes préaux. Vraiment on ne peut concevoir l'aveugle ment des défenseurs de cet ordre de choses où le danger et l'absurdité se confondent. Peuvent-ils croire de bonne foi qu'il suffise d'enfermer les coupables pour les empêcher de songer au mal et de se concerter pour le commettre, et doivent-ils s'étonner du nombre croissant des récidives alors que leur imprévoyance tend directement à les favoriser? On a eu recours, il est vrai, à la théorie du classement pour diminuer les inconvénients de l'association ; mais là où il fallait un remède efficace Temploi du palliatif a échoué. Impuissant pour empêcher le mélange des moralités, comment en effet le classement aurait- il empêché tonte connivence entre les condamnés compris dans les mêmes catégories? L'emprisonnement solitaire seul, en isolant chaque détenu, a le pouvoir de rendre cette
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complicité, sinon impossible, du moins très rare et très peu probable.
Ce mode d'emprisonnement agit d'ailleurs pour ainsi dire par lui-même, en vertu de sa nature, et indépendamment du concours des employés subalternes dont le choix est si difficile et la capacité ai douteuse. C'est là un mérite qui seul devrait suffire pour le faire préférer à l'emprisonnement avec le classement, qui exige au contraire , comme nous l'avons déjà dit, le concours actif et éclairé de tous les agents inférieurs. L'œuvre de la réforme appartient dans ce système aux fonctionnaires supérieurs, aux commandants, aux directeurs, aux aumôniers, aux instituteurs, aux inspecteurs, que leur éducation, leur expérience, leurs lumières, rendentassurément plus aptes à étudier les caractères, à sonder les cœurs des condamnés, et par suite à approprier les remèdes aux maux dont ils auront constaté l'existence.
8° Economie de V introduction du système d'emprisonnement solitaire.
Mais on objecte que l'établissement de ee système occasionnerait une forte dépense. On se trompe et nous en voyons la preuve dans le coût des pénitenciers .Américains les plus récemment construits. Le pénitencier de fVethersfield(Connecticut), qui a 232 cellules, a coûté 35,000 dollars (185,000 francs); c'est 800 fr. par cellule. Le coût
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du pénitencier de Baltimore a été, pour 820 cellules, de 46,8» dollars (248,164 fr.), on 775 fr. par cellule. Chacune des 240 cellules du pénitencier de Blahtoell leland n'a coûté que 706, et celles du pénitencier de Coiombus (Ohio) que 593 fr.
H est vrai que ces pénitenciers admettent la règle du classement et du travail en commun pendant le jour; mais si le système d'emprisonnement solitaire de jour et de nuit exige des cellules plus vastes, mieux ventilées et convenablement chauffées pendant la saison d'hiver, il permet par contre de se passer des locaux où se réunissent les détenus, des réfectoires , des vastes ateliers, constructions ordinairement fort coûteuses comme le prouvent les devis de nos anciennes prisons. D'après les indications recueillies par Mr Crawford ' sur la dépense de construction des prisons où l'emprisonnement solitaire de jour et de nuit est en vigueur, le pénitencier de Philadelphie aurait coûté, pour 586 cellules , la somme de 550,000 dollars; celui de Latnberton [New-Jereey) 150,000 dollars pour 300 cellules, et celui de Pittsbury (Penneylvanie), 38,350 dollars pour 108 cellules. Chaque cellule aurait donc coûté environ 5,000 francs dans le premier de ces établissements , 2,500 dans le second et 1,750 dans le troisième. Cette différence de prix provient surtout de l'économie plus ou moins grande
1 Report on the penitentiaries of the United- Slalcê. Loodon, 1834.
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apportée dans les constructions accessoires et les embellissements extérieurs, mais elle n'occasionne d'ailleurs aucune différence correspondante dans le mode de construction des cellules qui, dans les 3 pénitenciers , sont également spacieuses, saines et commodes. — D'après les estimations les plus exactes, chacune des cellules que l'on construit actuellement dans la maison de force de G and sa r le plan de Philadelphie, ne coûtera que 1000 francs. Cette base est aussi celle que Ton pourrait admettre le plus raisonnablement pour toutes les constructions analogues à faire en Belgique.
Cependant dans cette discussion financière, il est nne question préjudicielle qui la domine nécessairement. Le système actuel d'emprisonnement, n'est-il pas vicieux à beaucoup d'égards et ne tend-il pasdirectement à faciliter et à propager la corruption mutuelle des détenus? Si, comme nous le pensons, la réponse à cette question est affirmative, le système est jugé désormais, il doit être mis hors de cause. Il n'importe plus de savoir s'il coûte moins qu'un autre , puisqu'il est à la fois inefficace et dangereux : l'économie dans ce cas ne peut aller jusqu'à vouloir que l'on agisse directement contre le but de la peine, que l'on continue à favoriser le vice dans les prisons au lieu de l'extirper. Autant vaudrait prétendre qu'il ne faut plus ni tribunaux, ni prisons, parce que le traitement des juges et des geôliers constitue une charge onéreuse pour l'état. Il ue peut donc plus être question que de la préférence
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à donner à tel ou tel antre système qui serait de nature à concilier l'intérêt de la société arec celai du coupable en agissant à la fois sur ce dernier comme moyen d'intimidation et d'éducation pénitentiaire. A mérite égal, qu'on adopte le système le plus économique, rien de mieux ; mais, de grâce, que l'on ne s*ob*tine plus à repousser une amélioration , jugée utile d'ailleurs sous tons les autres rapports, pour la seule raison qu'elle occasionnerait un surcroît de dépense. Qui veut la fin doit "vouloir les moyens ; et ce serait méconnaître tous les principes de justice , d'ordre et de morale , que de rabaisser la question de la réforme pénitentiaire , aux mesquines proportions d'une question d'argent.
Cependant que les partisans de l'économie se rassurent. La réforme pénitentiaire, désirable sous le rapport moral, Test également sous le rapport pécuniaire. L'emploi de l'emprisonnement solitaire, en augmentant la sévérité du châtiment, en rendrait par cela même l'action plus active et plus prompte ; il serait dès lors permis d'en abréger la durée. En estimant que cette réduction soit d'un tiers seulement sur la longueur moyenne des condamnations, on pourrait de ce chef réduire également d'un tiers le nombre total des détenus dans nos maisons centrales. Ce nombre peut être évalué aujourd'hui à environ 3,000 , en n'y comprenant pas les militaires ; il ne serait donc plus que de 3,000 sous l'empire du nouveau système •, et en
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évaluant seulement à 100 francs le coût annuel de chaque détenu, on obtiendrait, grâce à cette amélioration, une économie totale de 100,000 francs par an.
Nous avons vu que les récidifs formaient plus du tiers de la population de nos prisons pour peines. Or l'emprisonnement solitaire ayant pour but et pour résultat de réduire le nombre des récidives, il y aurait encore de ce chef réduction correspondante du nombre des condamnés et par suite de la dépense qu'ils occasionnent.
La diminution du nombre des condamnations entraînerait aussi la réduction des frais de poursuite et de justice. Les pertes des particuliers seraient nécessairement limitées en même temps que le budget de la criminalité. Il y aurait généralement garantie d'économie et de bénéfice sans aucune chance de perte.
6° Résumé.
Si nous résumons maintenant ce qui précède, voici quels seraient les avantages principaux de la substitution de l'emprisonnement solitaire au système de l'emprisonnement en commun :
1° Garantir la sécurité des prisons en rendant les complots impossibles et en augmentant les difficultés de l'évasion ;
2° Empêcher la corruption mutuelle des détenus;
8° Prévenir les récidives par voie d'intimidation ;
4° Amender les condamnés ;