MAISONS DE REFUGE ET PÉNITENCIERS POUR LES JEUNES DETENUS
EH AHGLBTBERB, AUX BTATS-tJHIS, EU ALLEMAGRE, BE FRANCE ET ER BELGIQUE.
Tout a été dit sur la nécessité de propager l'instruction et de relever les classes pauvres de l'état d'abjection et de dépendance où les maintiennent l'ignorance et le vice. Mais la réalisation des plans formés à cet effet a été et est encore bien lente et bien incomplète. Les théoriciens ont posé d'admirables principes et ont marché à pas de géant ; mais les nommes de pratique ne sont arrivés qu'à la suite, timides, méticuleux, rares surtout, et promptement découragés. Cette sorte de désaccord entre le précepte et l'action provient en grande partie de la fausse idée que l'on se lait de la mission de la société à l'égard des individus : on
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néglige encore généralement de comprendre dans celle mission l'assistance que le riche doit an pauvre, le puissant au faible, l'homme éclairé à l'ignorant ; et nous entendons ici par assistance , la sympathie qui s'étend à Tordre moral et qui ne voit pas seulement dans l'homme l'être matériel , mais encore l'être intelligent.
La loi pénale menace celui qui porte atteinte aux personnes ou aux propriétés ; mais on y chercherait vainement une garantie préventive, une pensée civilisatrice. Le juge condamne, le bourreau frappe lorsque le crime est consommé , mais où est la main bienveillante , la voix amie qui s'efforce d'arrêter l'infortuné au moment où il s'élance dans la carrière du crime? Nous avons des prisons où le coupable est mis hors d'état de nuire pendant sa captivité; mais qu'y fait-on pour le rendre meilleur, pour le mettre à même de reprendre, à sa sortie, une place honorable dans la société ? Des établissements nombreux, créés dans on but charitable , offrent un soulagement a l'infortune ; mais a côté de ce pallatif où est le remède à l'indigence? Comment enseigne-t-on à l'ouvrier la prévoyance et l'économie qui seules peuvent le mettre à l'abri du besoin? Nous possédons des écoles gratuites : mais combien de pauvres enfants s'abstiennent encore de les fréquenter? et combien de mauvais parents , par leur incurie et leur insouciance , ne négligent-ils pas le plus sacré des devoirs , celui de préparer à ceux qui leur doivent le jour un avenir indépendant ai honorable?
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C'est qu'on n'a pas , ou qu'on a mal compris ce grand root , la liberté. Pour un grand nombre de personnes , en effet, il est inséparable de l'idée <X abstention. Il faut que la société s'abstienne autant que possible de limiter le droit de l'individu. L'individu est libre ; dès lors il a le droit de faillir , de récidiver , de demeurer ignorant , de condamner ses enfants à l'ignorance et au vice. Il est libre jusqu'à ce que par son fait il ait blessé le droit d'autrui ; alors seulement le bras de la justice s'appesantit sur lui ; il a échappé à la tyrannie de la prévention , mais c'est pour tomber sous le coup de la répression. La liberté n'a pas été violée ; elle l'aurait été sans doute si la société s'était arrogé le droit de guider l'individu dans la bonne voie , de le précautionner contre ses préjugés et •es mauvais penchants , de lui enseigner et de lui faciliter l'accomplissement de ses devoirs à l'égard de lui-même et de ses enfants.
Voilà l'erreur, erreur fatale en ce qu'elle oppose un invincible obstacle à l'emploi des moyens les plus propres à améliorer la condition du peuple , et à l'appeler en réalité au partage de la liberté dont il ne ressent guère aujourd'hui que les inconvénients et leJardeau !
Il y aurait un curieux chapitre à faire sur la participation des classes pauvres aux bienfaits et aux prérogatives de cette liberté, à la conquête de laquelle elles ont contribué et pour laquelle elles ont versé le plus pur de leur sang. Dans nos pays
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libres, sons l'empire de nos constitutions qui attribuent si libéralement au peuple la souveraineté, quelle part la majorité de ce même peuple prend-elle à la manifestation et aux principaux actes de cette souveraineté? Concourt-elle à l'élection de ses représentants? Est-elle appelée a siéger sur le banc des jurés? Est- elle admise dans les rangs de la garde citoyenne? Non : et pourquoi cette exclusion? Parce qu'elle est pauvre et qu'elle est ignorante , ce qui ne l'empêche pas d'être libre comme nous l'avons prouvé plus haut.
Singulière contradiction ! Alors que l'on invoque en faveur des classes pauvres les garanties et les institutions qui seules peuvent l'arracher à la misère et à l'abjection, on se récrie sur leurs droits violés ou méconnus : malheur à vous si vous tentez de faire de la prévoyance et de l'économie , une obligation, et si, au moyen d'une retenue proportionnelle sur le salaire de l'ouvrier, vous lui formez un fonds de réserve destiné à pourvoir aux besoins imprévus et à l'avenir de sa jeune famille; vous portez atteinte à son droit d'user et d'abuser de sa propriété ! malheur à vous si vous parlez d'obliger le père de famille à envoyer ses enfants a l'école, et si , par intérêt pour le pauvre orphelin , vous imposez à son tuteur le devoir de le faire participer aux bienfaits de l'instruction ; vous leur enlevez la liberté de disposer comme ils l'entendent de ces jeunes intelligences, de les h. 25
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façonner à la dégradation , au vice , à la mendicité , au vol ! Vous aurez beau prouver que cette liberté est toute illusoire; qu'elle n'est qu'un leurre destiné à éloigner autant que possible pour la grande majorité du peuple le règne de la véritable liberté ; que ce règne ne peut arriver qu'à la condition d'une restriction apparente et momentanée, qui ne concerne que le droit de faire le mal et qui ne porte aucune atteinte au droit de faire le bien : vous renforcerez peut-être l'opinion des hommes qui pensent déjà comme vous , mais vous ne reformerez guère celle des profonds politiques qui exploitant paisiblement la souveraineté populaire à leur seul profit.
Il est vrai de dire cependant que l'esprit d'association, lorsqu'il est convenablement éclairé et dirigé, peut suppléer jusqu'à un certain point à cet égard à l'absence d'action de la part de l'État. Si les principaux fabricants d'une localité s'entendaient pour régler la répartition du salaire de l'ouvrier de la manière la plus conforme à l'intérêt de ce dernier , et s'ils lui imposaient comme condition à son emploi, l'obligation de déposer chaque semaine une certaine partie de ce salaire dans une caisse d'épargnes , il est probable qu'ils obtiendraient un résultat que l'on attendrait peut* être long- temps et vainement de l'ouvrier abandonné à son libre arbitre. Si les distributeurs des secours aux pauvres se faisaient une loi de limiter ces secours aux parents qui ne se refuseraient pas
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à faire participer leurs enfants à l'enseignement des écoles gratuites , il est probable que In misère e la dépravation cesseraient d'être en quelque sorte héréditaires dans un grand nombre de familles.