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ment des individus et des familles entières , commettre des actions punissables dans le but unique d'obtenir la faveur d'être transportés gratuitement dans un monde nouveau, où ils espèrent trouver un remède à leurs maux et un soulagement à la misère contre laquelle ils essaieraient vainement de lutter dans leur pays.
On peut aisément se figurer quel doit être l'état d'une société formée de pareils éléments. Et c'est cependant de cette société que dépend l'avenir de tout un monde ! L'humanité gémit à l'idée de cette dégradation et de cette perversité héréditaires qui forment le caractère distinctif d'une population qui s'accroît chaque jour en étendant sa fatale influence.
Pour mettre un terme à cet abus , pour rendre à la pénalité son caractère d'intimidation et de correction , pour réhabiliter les colonies australes et purifier les éléments dont se compose leur population , on a proposé de modifier le but de la déportation. Au lieu de l'infliger à titre de peine , on a proposé d'en faire un moyen de prévention. En la réservant aux infortunés qui n'ont pas encore abjuré tout sentiment d'honneur et d'honnêteté, aux condamnés libérés des pénitenciers nationaux , aux enfants dont l'abandon doit faire craindre la chute, on obtiendrait des résultats bien différents. Changeant ainsi de nature , la déportation changerait aussi de nom ; ce ne ne serait plus qu'une émigration qui , dans certains cas , h. 2«-
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pourrait être obligatoire, mais qui du moius ne serait plus jamais infligée oomaae uu châtiment*
C'est en grande partie dans le but de travailler à cette substitution , que s'est formée la société des amis de$ êttfanti. Les pauvres enfants qu'elle recueille et qu'elle arrache aux séductions du vice, à l'entraînement du mauvais exemple, sont élevés pour une autre patrie. « L'émigration doit avoir son cours , dit le capitaine Brenton dans sa notice sur la société des amis des enfants. 11 importe que les colonies soient fécondées par des éléments jeunes et vigoureux , qui prennent fortement racine sur le sol vierge où ils sont réunis. Envoyons* leur donc des jeunes gens dont le corps ne soit pas encore énervé , dont l'âme ne soit pas souil* ïée parle vice, et non des coupables endurcis, familiarisés avec le crime. Nous n'aurions pas l'embarras de devoir déporter les derniers, si nous prenions la peine d'élever les enfants avant qu'ils n'eussent contracté de funestes habitudes* Grâce â cet expédient, l'État ferait une notable économie sur le coût de sa police et de ses prisons , les colonies seraient pourvues de travailleurs vertueux et habiles, et l'émigrant, a* lieu do quitter sa patrie en nourrissant des pensées de haine et de vengeance, mettrait â la voile avec un cœur joyeux et satisfait. »
La modicité des ressources dont la société des amis des enfants put disposer dans les premiers temps de son institution, limita nécessairement les
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bienfaits qu'elle était appelée à répandre autour d'elle; elle se borna d'abord à pourvoir à l'éducation d'un petit nombre de garçons pauvres et sans famille. Mais bientôt l'obtention d'un haut patronage et la bienveillance croissante du public, provoquée en grande partie par l'assistance active et zélée de dames charitables , mirent la société à même d'étendre les bienfaits de son institution aux jeunes filles abandonnées.
Son premier établissement fut fondé à Hachney- JVick près de Londres et reçut le nom à' Asile pour les jeunes yens de Brenlon (the Brenlon juvénile asylum. ) Cet établissement est à la fois industriel et agricole ; il possède un terrain assez étendu. Les garçons y reçoivent l'instruction religieuse et morale, combinée avec l'enseignement des travaux des champs et des métiers les plus utiles et les mieux appropriés à leurs besoins futurs.
Le second établissement pour les filles est situé à Chiswieh et porte le nom d1 Asile royal de Victoire {royal Victoria aiylum) du nom de l'héritière présomptive du trône d'Angleterre. Cet asile est placé sous la surveillance immédiate et spéciale d'un comité de dames. Les jeunes filles y reçoivent une éducation appropriée à leur sexe et à leur condition , et y demeurent jusqu'à ce qu'elles aient acquis les habitudes d'ordre, de travail, de vertu, qui seules peuvent leur garantir une condition avantageuse à leur sortie de l'établissement.
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L'Age d'admission est fixé de 10 à 14 ans, et ce n'est qu'à titre d'exception qoe le comité d'administration a obtenu le droit d'étendre cette période de 9 à 16 ans.
Après un séjour plus ou moins prolongé dans les écoles de la société , les garçons et les filles sont envoyés aux colonies ou placés d'une manière convenable dans le Royaume-Uni. Cet envoi ou ce placement ne se fait d'ailleurs que de leur libre consentement et avec l'autorisation de leurs parents ou de leurs tuteurs.
La société a établi des comités correspondants au Cap de Bonne-Espérance, à Ring George's Sound, Perth , Albany , Graham's Town , Torento dans le Haut-Canada, Huntingdon dans le Bas- Canada , qui reçoivent les jeunes éroigrants à leur arrivée dans les colonies , qui pourvoient à leur placement et qui continuent à exercer sur eux un bienveillant patronage. Les filles sont soumises à la surveillance particulière de comités de dames qui continuent ainsi à leur égard l'œuvre bienfaisante commencée par la société-mère de Londres.
Cette oeuvre, comme je l'ai déjà dit, est strictement limitée aux orphelins ; aux enfants que -les vices de leurs parents et la contagion des conseils pernicieux et des mauvais exemples exposent a commettre des crimes ; à ceux dont les parents , malgré leur indigence, s'abstiennent, par un sentiment de noble fierté , de recourir à la charité de la paroisse ; et finalement aux enfants enfermés
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dans les maisons de travail. Le comité central prend un soin particulier de constater les titres des enfants dont on propose l'admission ; il évite ainsi l'inconvénient de favoriser l'abandon d'enfants par des parents qui peuvent et doivent pourvoir à leur existence et à leur éducation. Cependant , pour étendre autant que possible le bienfait de l'institution , le comité est autorisé à admettre ces derniers , à la condition du paiement d'une pension plus ou moins élevée.
Depuis l'origine de la société, en 1830, jusqu'à la fin de 1834, le nombre total des enfants admis dans ses établissements a été de 807 : 681 garçons et 126 filles. Sur ce nombre 428 enfants ont été placés d'une manière convenable dans les colonies; 112 garçons et 9 filles ont été retirés par leurs parents ou leurs amis et placés en Angleterre ; 44 ont quitté l'établissement de leur plein gré; 6 ont été expulsés, et 208, à savoir : 148 garçons et 60 filles, formaient la population des deux écoles au commencement de 1835. — La disproportion entre le nombre des garçons et celui des filles, provient de ce que l'asile pour ces dernières n'a été ouvert qu'en 1834. Depuis cette époque , la confiance toujours croissante des parents et des tuteurs , la connaissance des succès obtenus et les nouvelles satisfaisantes reçues des colonies, permettent d'espérer que l'asile pour les jeunes filles ne tardera pas à acquérir la même importance que celui destiné aux garçons.
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Le rapport du comité d'administration de la société fait au mois de mai 18&5, constate les résultats favorables de l'institution : on peut inférer de ces résultats que la société produit un grand bien non-seulement en pourvoyant d'une manière permanente à l'existence et au bien-être des infortunés confiés à ses soins, mais encore en prouvant par son exemple la possibilité de réformer les habitudes et d'améliorer la condition des enfants oisifs et vagabonds des grandes villes, sans avoir besoin de recourir aux châtiments corporels et à la discipline des prisons. Si l'on compare le coût de l'emploi du système préventif à celui du système répressif, on trouve que l'on peut arracher un enfant au vice et au crime pour le dixième de la dépense occasionnée par sa condamnation. Étendu sur une vaste échelle, le système adopté par la société des amis des enfants épargnerait à l'Angleterre une grande partie des frais résultant de l'entretien annuel dans les prisons de plus de 8000 jeunes délinquants.
Le rapport précité contient les renseignements les plus satisfaisants sur la conduite des jeun» émigrés dans les colonies. Sur un nombre de 174 enfants envoyés au Cap de Bonne-Espérance t on seul fut traduit devant les magistrats pour infraction à la loi, il fut acquitté. Le nombre des comités coloniaux de patronage s'accroît incessantment : aussi la société s'est-elle vue a même l'année dernière d'étendre ses placements à quatre nou-
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▼elles localités : la nouvelle Ecosse , le nouveau Brunswick , les lies Maurice et l'Australie occidentale. Elle a cru aussi , dans certains cas rares et spéciaux , pouvoir subvenir aux frais de l'émigration des parents avec leurs enfants. Cette faveur , étendue jusqu'ici à trois pauvres veuves, leur a procuré, ainsi qu'à leurs jeunes familles, une existence paisible et assurée.
B. — Refuge pour le* jeune $ libérée»
Le refuge pour les jeunes libérée a été fondé en 1804 ; il a pour objet d'arrêter les progrès du crime parmi les enfants , en offrant un asile aux jeunes gens des deux sexes qui , à leur sortie de prison ou après avoir mené une vie désordonnée, témoignaient le désir de rentrer dans la bonne voie.
Le refuge se divise en deux départements ; celui des garçons situé à Horion, et celui des filles situé a Hackney road. Ponr être admis dans l'un ou l'antre de ces établissements, il suffit d'une recommandation de l'un des magistrats de la cité de Londres ou du comté de Mîddlesex, ou d'une demande faite directement au comité d'administration par le jeune libéré ou ses parents. Chaque établissement comprend deux divisions ; celle des enfants qui sortent de prison et qui doivent séjourner au refuge pendant un certain nombre d'années, et celle des enfants qui ayant eu une
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mauvaise condaite , mais n'ayant jamais subi de condamnation, sont admis dans le refuge moyennant la somme de 7 schellings par semaine que paient leurs parents ou leurs bienfaiteurs.
Les enfants sont ordinairement admis à l'âge de 1 1 à 12 ans et peuvent demeurer jusqu'à l'âge de 18 ans. La moyenne du séjour decbacun d'eux est de 2 à 3 ans. Pendant cet intervalle de temps on leur enseigne la religion, la lecture, récriture, le calcul , etc. Les garçons sont employés à faire des souliers, des habits , et à scier du bois à l'aide d'une scie en forme de disque que fait mouvoir rapidement une roue que tournent deux enfants : il y aurait , je pense , avantage à remplacer ce dernier travail , trop exclusivement mécanique , par l'apprentissage d'un métier , tel que celui de menuisier, de serrurier, qui pût fournir un moyen d'existence au jeune reclus à sa sortie du refuge. — Les filles sont principalement employées à laver, à repasser, à raccommoder le linge qu'on envoie du dehors à l'établissement. L'introduction de cette brancbe de travail a été non-seulement fort utile comme moyen d'apprentissage, mais encore rapporte un bénéfice notable à l'administration.
Le nombre des garçons , lors de notre visite , s'élevait à ISO; ils sont tous vêtus proprement, reçoivent une nourriture saine et abondante , et coucbent séparément dans des hamacs. Il est à regretter seulement que chaque enfant n'ait pas une cellule particulière pour la nuit. Mais il est
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vrai de dire que dans chaque dortoir loge un surveillant qui y maintient Tordre et le silence.
A leur sortie du refuge , on met en apprentis* sage ceux des enfants devenus adultes, qui se destinent a l'exercice des métiers qu'ils ont appris dans rétablissement. Chaque maître qui prend un de ces apprentis reçoit une prime de 5 livres sterling. Le comité les fait visiter de temps en temps par un de ses agents qui recueille sur leur compte tous les renseignements qu'il croit utile de se procurer. D'autres enfants sont envoyés aux colonies : l'administration du refuge favorise autant que possible ces émigrations qui ont l'avantage de rompre les mauvaises liaisons , d'arracher les en* fonts à la contagion du mauvais exemple et aux conséquences du préjugé qui s'oppose encore à l'admission des condamnés libérés dans la plupart des familles et des ateliers. Un comité vient de se former au Canada pour recevoir ces jeunes gens à leur débarquement et pour aviser aux moyens de leur procurer du travail.
L'aspect de l'établissement des filles est encore plus satisfaisant , s'il est possible , que celui des garçons : il est vrai que les bâtiments sont mieux appropriés et d'une construction plus récente. Sa population est de 75 jeunes filles , la plupart de l'âge de 14 â 18 ans. Plusieurs ont une physionomie agréable et intelligente, et quelques-unes sont fort jolies. La plupart sortent du refuge pour -entrer en service. Quelques mois après leur sortie
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elles portent un certificat à la directrice de rétablissement, et si ce certificat est tout à fait satisfaisant , elles reçoivent un cadeau d'une demiguinée : la directrice va aussi parfois elle-même les visiter à domicile* Il est de nombreux exemples de jeunes filles , qui , après avoir été entraînées dans la carrière du crime, ont, grâce à leur séjour dans le refuge, été rendues à la société repentantes et corrigées.
La buanderie et la lingerie , dans rétablissement des filles, sont établies avec un soin tout particulier : le lavoir est fait en forme de bac à compartiments. Le linge est bouilli et soumis i une pression au moyen d'une presse qui a quelque ressemblance avec celle que nous employons depuis quelque temps dans nos prisons pour le fil débouilli : les séchoirs sont en forme de tiroirs perpendiculaires que l'on pousse à l'aide de rainures en fer au-dessus d'un four ; les rames sur lesquelles on tend les objets à sécher dans ces sortes de boites en tiroirs montent et descendent au moyen de poulies : les cylindres pour le linge sont mis en œuvre sans effort au moyen de roues d'engrenage mues par des manivelles. Une maitresse de maison et surtout la lingère d'un grand établissement auraient beaucoup à apprendre dans le refuge àyHackn*yroaà.
Dans les deux établissements, le travail manuel occupe 7 ou 8 heures , et un peu plus de 4 heures sont consacrées à l'enseignement intellectuel, mo-
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rai et religieux. La journée commence et finit par la prière et la lecture des saintes écritures. Chaque semaine le chapelain examine les enfants sur la religion. On met entre les mains de ces derniers , lorsqu'ils savent lire, des ouvrages pieux et instructifs , propres a perfectionner leur intelligence et à disposer leurs cœurs au repentir et aux bons sentiments. Les punitions sont infligées avec discrétion et n'ont jamais pour tendance de décourager ceux qui les ont méritées; la plus êéwère de ces punitions est la cellule solitaire , rarement l'expulsion. Les coups et les mauvais traitements sont strictement défendus. Les enfanls qui sont ocoupés reçoivent un salaire proportionné à leurs travaux ; une partie de ce salaire leur est remise en argent de poche et sert à leur procurer quelques douceurs , mais la part la plus forte est mise en réserve pour l'époque de leur sortie. De temps en temps aussi on leur fait des distributions de prix à titre d'encouragement.
Le nombre des enfants des deux sexes admis au refuge, depuis son origine, dépasse 4,600 ; et ce nombre aurait été infiniment plus considérable si les ressources de la société avaient toujours été en rapport avec ses besoins et son haut degré d'utilité* Le gouvernement lui alloue depuis quelques années un subside annuel de S, 000 1. st., et celte somme, ajoutée au produit des souscriptions et des donations particulières, suffit pour cou? rir les dépenses auxquelles préside la plus stricte économie.
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Lo rapport 4a comité d'administration publié en 1838, témoigne en faveur des résultats obtenus par l'institution. Parmi les jeunes gens qui, dans l'espace des deux ou trois dernières années , ont été placés en apprentissage dans la Tille de Londres , plus de 45 ont reçu la gratiâcation d'usage sur présentation des certificats satisfaisants qui leur avaient été remis par les maîtres cbez lesquels ils étaient employés. Les rapports relatifs aux trente jeunes gens envoyés, en 1 833 et 1834, au Canada , dans le nouveau Brunswick et au Gap de Bonne-Espérance , sont également favorables. A l'exception de deux qui sont morts et de deux autres qui ont quitté leurs maîtres (sans doute pour entrer dans une autre condition), il y a tout lieu d'espérer qu'ils se comporteront convenablement et qu'ils pourvoiront d'une manière honorable à leur existence.
Parmi ces jeunes gens, il en est un surtout qui mérite une mention particulière. Renvoyé il y a S ans de la prison de Cambridge , à l'âge de 14 ans, il entra au refuge avec les dispositions les plus p crverss, l'esprit le plus stupide et le moins cultivé. Son père avait été déporté et tout annonçait qu'il aurait marché rapidement sur ses traces $ mais un séjour de deux ans dans l'institution apporta un notable changement dans ses dispositions et réforma son caractère. 11 fut embarqué en septembre 1833 pour la colonie de la baie d'Algoa, où il. entra immédiatement an service
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d'un cultivateur respectable. Bientôt, par son acttTité et sa bonne conduite, il sut se concilier Yestîme de son maître, qui, après lui avoir donné des preuves de sa générosité, lui permit d'écrire à sa mère indigente, dans le Gambridgeshire , pour l'engager à venir le rejoindre au Cap avec son jeune frère, en leur promettant de pourvoir à leur subsistance à l'aide de son travail. — De pareils exemples, et ils ne sont pas aussi rares qu'on pourrait se l'imaginer , contrebalancent les exemples de non-réussite, et donnent au comité la preuve que ses efforts pour l'amélioration des jeunes libérés ne demeurent pas infructueux.