C. — Inêtituiion philanthropique
L'institution philanthropique a été fondée en 1 788 • Elle comprend deux divisions : la première est destinée aux enfants des criminels dans l'indigence , et la seconde aux jeunes délinquants que les magistrats recommandent à l'institution , au lieu de les condamner à la prison ordinaire. Ces derniers , lorsque leur conduite est bonne , passent successivement dans la première division-, après avoir séjourné un ou deux ans dans le quartier qui leur est spécialement destiné.
L'établissement contient 120 garçons, dont 16 seulement appartiennent à la deuxième division. Us entrent à l'âge de 9 à 12 ans , et sortent ordinairement à 21 ans. On les occupe , pendant leur
il. 26.
306 Miisoai bb uro«i et riiuTmciBis
séjour dans la maison, dans des ateliers de reliure , d'imprimerie , de confection d'habits et de souliers, et de corderie : ces ateliers travaillent pour le dehors; l'instruction qu'y reçoivent les jeunes garçons les met â même de subvenir à leur existence à leur sortie de l'établissement. Ils ont une tâche à remplir chaque semaine : le travail qui excède cette tâche, ou plutôt le salaire de l'excédant , constitue leur profit. Quelques-uns , en sortant de la maison , ont acquis ainsi une épargne de 25 liv. st.
A côté de l'établissement pour les garçons se trouve un établissement semblable pour les jeunes filles de condamnés, qui dépend de la même institution et qui est dirigé d'après les mêmes principes. Ces jeunes filles sont au nombre de 40 ; on leur enseigne la couture et tout ce qui se rapporte aux soins d'un ménage. Elles ont , de môme que les garçons , une école où elles reçoivent les premiers éléments de l'instruction : cette école est dirigée d'après la méthode de Bell. A leur sortie de la maison , les jeunes filles sont ordinairement, comme au refuge à'Hackney road, placées en service. — L'ordre, la propreté régnent dans cet établissement comme dans ceux du môme genre que nous avons visités â Londres.
On doit applaudir sans restriction au but que se sont proposé les fondateurs des établissement* dont nous venons de décrire l'organisation ; mais il faut reconnaître aussi que ces mêmes établis-
FOU* LIS JEVXES BÉT1IUS. 307
semants ne suppléent que bien imparfaitement à l'absence de bonnes maisons pénitentiaires pour les jeunes condamnés. — On compte dans la seule ville de Londres plus de 8,000 jeunes garçons auxquels le vol et les offenses contre la loi sont devenus habituels. Sur 22,451 accusés en Angleterre et dans le pays de Galles , en 1884, qui ont corn* paru devant les cours d'assises, il s'en trou vait2, 604 au-dessous de l'âge de 16 ans ; le nombre des enfants emprisonnés comme vagabonds et par suite de condamnations prononcées par les juges de paix est beaucoup plus grand encore. Nous avons rencontré à Londres, dans la prison de CoUr bath Field*, des jeunes délinquants qui en étaient à leur sixième , huitième et même douzième condamnation. Un pareil état de choses appelle un remède prompt et efficace , qui détruise le mal dans sa source et en empêche le retour.
L'origine du mal c'est d'abord l'abandon coupable dans lequel demeurent encore un grand nombre d'enfants, et l'absence d'une éducation religieuse , morale , intellectuelle et industrielle qui s'étende également à toutes les classes de la société. C'est ensuite le système vicieux des prisons, où les jeunes délinquants se corrompent bien plus qu'ils ne se corrigent, par le contact des détenus adultes avec lesquels ils sont presque toujours confondus.
La réforme, si l'on veut qu'elle soit réellement efficace, doit commencer par s'étendre aux enfants
806 MAISONS M llfUGB BT PBmrnClKlS
accises et condamnes. Ce n'est qu'en les arrachant à la contagion des mauvais exemples , à l'enseignement des criminels endurcis, en les séparant, en les isolant, en travaillant sans relâche à leur correction et à leur amendement , que Ton rendra à la condamnation qui les atteint le but et Futilité qui lui manquent aujourd'hui. Cette vérité commence à être comprise en Angleterre ; et tout récemment , sur la proposition des inspecteurs-généraux des prisons, W. Russellet W. Crawford, le gouvernement anglais a décidé la création d'un pénitencier modèle pour les jeunes délinquants. Ce pénitencier sera établi près de Newport, dans File de Wight ; on appropriera, à cet effet, l'hôpital d'une ancienne caserne, vaste local connu sous le nom à'Albany Barracks. L'appropriation aura lieu d'après le système américain : on disposera provisoirement 300 cellules, pour le logement d'un égal nombre de détenus, qui seront réunis pendant le jour dans des locaux communs. Les frais de cette appropriation s'élèveront à la somme de 26,000 liv. st. , y compris 6,000 liv. pour l'achat du terrain qui appartient au département de la guerre. Cette somme a été votée par le parlement à la fin de la dernière session. Les travaux doivent commencer le 1er septembre prochain, sous la direction de l'architecte sir Robert Smirke, pour être terminés neuf mois après. — Plus tard , si le succès couronne l'expérience , on pourra augmenter le nombre des cellules : les bâtiments sont Immenses et
FOUI LIS JIVH1S DiTUTOS . 309
le terrain qui en dépend a une étendue de 80 acres dont 5 seront clos de mars. Cette adjonction est d'une grande importance ; elle permettra déformer les jeunes détenus aux travaux agricoles et de les préparer à la vie d'émigrant. Car tel est le but des fondateurs de cet important établissement ; à l'expiration de la peine on a l'intention de faciliter l'émigration des libérés au Canada ou au Cap de fionne- Espérance. C'est un système tout nouveau, comme on voit, que l'on substitue à la déportation : on finira l'œuvre par où on la commence aujourd'hui ; on commencera par travailler à la réformation des jeunes condamnés avant d'en faire des colons. Ce système est destiné peut-être à régénérer dans l'avenir, et à purifier les colonies pénales , en substituant à la population avilie et vicieuse, qu'on y voit aujourd'hui, une population épurée par le régime du pénitencier.
Le» jeunes détenus, auxquels est destinée la nouvelle maison de réforme, seront choisis indistinctement parmi les condamnés soit à l'emprisonnement, soit à la déportation. On étendra ainsi l'essai à toutes les classes, à toutes les catégories, et l'on pourra juger par les résultats de la possibilité et de l'avantage de la continuation définitive du système.