MAISONS DE REFUGE D'ALLEMAGNE
C'est à l'Angleterre qu'appartient l'idée première de l'institution des maisons de refuge. Nous avons vu en effet que Y institution philanthrophique pour les enfants des condamnés et les jeunes délinquants avait été fondée, à Londres, en 1788, et que le refuge HHoxton pour les jeunes libérée, avait été institué en 1804. — L'Allemagne ne tarda pas à imiter cet exemple en étendant toutefois le cadre
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incomplet dans lequel l'Angleterre avait circonscrit son essai de réforme. — Jean Falk , natif de Dantzick , perdit , en 1813 , a Weiraar , ses quatre jeunes enfants qu'il chérissait de toute son âme et dont les heureuses dispositions faisaient toute sa joie; ce malheur lui inspira la généreuse résolution de devenir le père de ces pauvres enfants qui, privés d'éducation, sont en quelque sorte fatalement entraînés dans la carrière du vice et du crime. 11 fonda à cet effet la société « des ami» secourable* » qui s'occupa activement de l'œuvre de l'instruction et de la réforme des enfants des condamnés et des jeunes délinquants : on peat juger de l'esprit de cette société par sa devise, qui représente des enfants occupés à transformer sur une enclume leurs fers en instruments de travail. — Le comte Adalbert von der Recke-Vollraarstein établit, en 1819, une maison de refuge à Overdyck, près de Bocham , pour les enfants abandonnés et dont l'éducation avait été négligée. — En 1822, il étendit cet établissement et le transféra à Dûsselthal près de Dûsseldorf ; les enfants y sont employés à l'agriculture en même temps qu'ils apprennent certains métiers usuels. — M. Wadzeck fonda , en 1819, à Berlin , un établissement analogue pour les jeunes mendiants. Ce digne philanthrope mourut en 1823, mais son institution, loin de décliner, reçut de l'extension et on y adjoignit une maison de refuge : elle se compose aujourd'hui, 1° d'une école pour 150 pauvres garçons,
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2° d'une école pour 90 pauvres filles , S0 d'un institut pour la formation de bonnes gardes d'enfants , 4° d'un hospice où Ton admet les enfants pauvres et abandonnés, mais qu'il ne faut pas confondre avec les maisons d'enfants trouvés proprement dites, et 5° d'une salle d'asile où les ouvriers amènent leurs enfants le matin pour venir les reprendre le soir. L'établissement n° 3 est mis en rapport avec les établissements compris sous les n°* 4 et 8, et ses résultats sont venus témoigner en faveur de son utilité. — En 1820, deux institutions absolument semblables à celle de M. Falk , à Weimar, furent créées à Erfurt et à Aschersleben. Ce fut en 1824 que plusieurs habitants notables do Berlin formèrent la société pour l'éducation des enfants moralement négligés. La maison de refuge de cette ville fut instituée par les efforts et sous le patronage de cette société. Son mode d'administration et sa discipline sont en tout semblables à ceux des maisons de refuge des États-Unis, excepté que les directeurs de l'établissement de Berlin , n'ont pas , comme en Amérique , le pouvoir d'arrêter eux-mêmes les enfants vagabonds; et ce pouvoir, en effet, pourrait devenir une arme très dangereuse dans un pays où l'opinion n'est pas appelée à discuter et à contrôler les actes de l'autorité. La maison de refuge de Berlin est dirigée par M. Ropf, dont le nom peut , ajuste titre, être placé à côté de ceux de MM. Wells à Boston et Hart à New- York. Le gouvernement prussien avait ». 28
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été effrayé à la réception de plusieurs rapports relatifs à l'accroissement des crimes commis par les jeunes gens ; le 30 novembre 1825, il prescrivit , par un décret , l'envoi tous les trois mois d'une liste des jeunes délinquants poursuivis et condamnés pendant le trimestre ; et le 2 octobre de Tannée suivante , il prescrivit les règles relatives au traitement et à la correction des enfanta vicieux et coupables. En résumé , il existe en ce moment plusieurs maisons de refuge dans le royaume de Prusse, à Meroel, Breslau, Dantiick, Berlin , etc., et il est fort probable que ce nombre s'accroîtra encore et que l'institution des maisons de refuge ne tardera pas à s'étendre dans toute l'Allemagne.
4 INSTITUTIONS POUR LSS JEONBS DÉTBMUS BN PftANCB.
En France , dès les premières années de la restauration , un homme pieux , avec l'assistance de quelques hommes pieux comme lui, l'abbé Ârnoux, avait fondé a Paris une maison de refuge destinée à une cinquantaine d'enfants au-dessous de 16 ans, choisis dans les prisons de la capitale , parmi les détenus de cet âge qui pouvaient inspirer le plus d'intérêt. Cet établissement se maintint jusqu'à 1830 au moyen des souscriptions particulières et d'une subvention du département de la Seine.
Apres la révolution de juillet, les enfants détenus, âges de moins de 16 ans, furent momentané
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ment réunis dans un quartier spécial de la prison de S10 Pélagie, d'où ils furent transférés dans les bâtiments des Madelonnettes. Ils occupent depuis peu le nouveau pénitencier de la Roquette. Cet établissement, que nous avons visité au mois d'avril 1837, contenait à cette époque 382 condamnés , 84 prévenus , âb" détenus pour correction paternelle et 10 détenus par mesure administrative. La population n'équivaut pas encore an nombre des cellules qui est de 600, réparties entre plusieurs quartiers; mais elle tend successivement à s'accroître, à mesure que diminue la répugnance qu'éprouvaient naguère les magistrats à jeter les jeunes délinquants au sein de la corruption des anciennes prisons.
Les locaux nous ont paru généralement sains et bien aérés, à l'exception de quelques salles qui sont très humides; on pourrait peut-être remédier à cet inconvénient en les chauffant d'une manière convenable. Les cellules sont spacieuses et parfaitement éclairées et ventilées ; elles pourraient au besoin servir de chambres de jour et d'ateliers en même temps que de dortoirs, s'il arrivait jamais que Ton songeât à introduire en France le système d'emprisonnement séparé. On estime que chaque cellule revient à 10,000 fr. : c'est le double à peu près des cellules de Philadelphie. Cette dépense excessive tient au luxe des constructions et des accessoires bien plus qu'à la nature des appropriations intérieures : elle est en grande partie
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absorbée par les réfectoire», les ateliers et ks autres locaux communs que le système de sépars* tîon rend inutiles.
Mais si les cellules de la Roquette sont suffisamment grandes, les ateliers et l'école sont par contre beaucoup trop étroits. Les facilités pour la surveillance sont peu nombreuses et mal concertées, et l'inspection centrale est impossible ; les comm* fiications de quartier à quartier et de cellule i cellule, ne peuvent guère être empêchées. Ces rîces résultent de l'adoption du plan circulaire que foa a essayé de combiner avec le plan rayonnant; oa a commis la même erreur dans la construction da pénitencier de Milbank, à Londres; et les inconvénients de ce mode de distribution sont tels qu'Us ont motivé la démolition et la reconstruction da pénitencier de Pittsburg dans la Pennsylvanie.
La discipline, l'administration et le régime de rétablissement n'ont guère varié depuis le transfert des jeunes détenus dans le nouveau pénitencier. Il y a, de même qu'aux Madelonnettes , un entrepreneur pour les travaux, qui a établi des ateliers d'ébénisterie , de cordonniers , de serruriers , de ciseleurs . de bijoutiers en faux , de tourneurs de chaises, de confection de fouets et de paraplaies. Mais , malgré la variété de ces occupations, il est à regretter que les enfants ne puissent apprendre un métier complet ; la plupart ne font qu'une opération purement mécanique, toujours la même, ce qui n'est guère propre à développer leur intelfi-
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gence ; ils travaillent , non dans l'intérêt de leur apprentissage , mais exclusivement dans l'intérêt de l'entreprise. Aussi la société de patronage du département de la Seine est-elle obligée le pins souvent de leur faire apprendre un métier à nouveaux frais après leur sortie de prison.
Il y a chaque jour deux heures d'école pour les condamnés et les détenus par mesure de correction paternelle : l'instituteur exerce en même temps les fonctions de greffier : ce cumul n'est guère favorable au progrès et à la bonne direction des études ; aussi , malgré son zèle et son dévouement, l'instituteur se voit-il hors d'état de faire tout le bien qu'il voudrait et qu'il pourrait faire s'il était exclusivement chargé de l'enseignement et de la tenue du registre de comptabilité morale. On a introduit dans l'école la méthode d'enseignement mutuel ; niais l'absence de bons moniteurs ne permet pas de donner à cette méthode tout le développement dont elle serait susceptible; et le temps manque à l'instituteur pour former des aides capables de le seconder. Il serait également utile d'annexer à l'école une bibliothèque circulante et une salle de lecture où les jeunes détenus seraient admis, a titre de récompense, pendant les heures de récréation et une partie de la journée du dimanche.
Séparés pendant la nuit dans leurs cellules respectives, les jeunes détenus sont réunis pendant le jour dans les locaux communs ; la règle du silence h. 28.
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est loin d'être rigoureusement préservée parmi eux; ils peuvent causer librement dans les préaux , et le défaut de surveillance suffisante facilite également leurs rapports dans les ateliers. Pendant les repas , qu'ils prennent en commun dans le réfectoire, il conviendrait de leur faire quelque lecture morale et instructive.
On a attaché depuis quelque temps à rétablissement un aumônier résident dont on fait le plus grand éloge, et qui, par ses conseils et ses exhortations, aidera puissamment, il faut l'espérer, à l'accomplissement de l'œuvre que l'on s'est proposée en fondant le pénitencier.
Les jeunes détenus sont partagés en trois classes : les condamnés, les détenus par correction paternelle , et les accusés et les prévenus. Le bienfait de l'instruction , du travail et do la discipline réformatrice n'est étendu qu'aux deux premières divisions; la troisième est, pour ainsi dire, abandonnée à elle-même : livrés à l'oisiveté, les prisonniers qui y sont compris présentent le tableau le plus affligeant : réunis depuis le matin jusqu'au soir dans les mêmes locaux , sans contrôle , il est presque impossible que le séjour dans l'établissement ne leur soit pas fatal ; rien en efiet ne les met à l'abri du mauvais exemple et de la corruption. 11 est urgent de remédier à cet état de choses si l'on ne veut que le quartier des prévenus dans le nouveau pénitencier ne réunisse bientôt tous les abus reprochés aux anciennes prisons. Il serait
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également à désirer que les récidifs et les plus mauvais sujets fussent rangés à part dans le quartier des condamnés.
Le régime alimentaire nous a paru sain et convenable : chaque détenu a , le matin , une portion de soupe ; à 4 heures on sert le dîner ; il y a régime gras le dimanche et le jeudi. — L'infirmerie est bien tenue, et l'état sanitaire de la maison assez satisfaisant. Le nombre des malades , lors de notre visite , était de 34. On disposait une salle spéciale pour les convalescents.
L'âge moyen des détenus est de 13 a 14 ans, et la durée moyenne de la détention est de 3 ans.
Il y a une cantine où les déteuus peuvent se procurer divers aliments, des fruits, du fromage, etc. Les condamnés à la correction paternelle sont les «euls qui puissent se procurer une petite mesure do vin.
Le nombre des gardiens est de 24 pour tout l'établissement.
L'entretien de chaque détenu revient annuellement à 170 fr. Il coûterait 191 fr. 75 c, si on donnait quatre fois par semaine de la soupe grasse, comme le propose le directeur. Les frais d'administration s'élèvent à 43 fr. par an et par détenu. Total 212 fr. ou 233 fr. 75 c, en admettant que l'on adopte les améliorations proposées pour le régime alimentaire.
Les enfants condamnés à la correction paternelle sont à charge de leurs parents ; le taux de la pen-
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sion varie suivant les ressources de ces derniers. Le directeur estime que le produit des travaux de 600 jeunes détenus s'élèverait annuellement à fr. 14,346; la dépense annuelle pour le même nombre de détenus serait de fr. 140,250. — La moyenne de la masse de chaque détenu , déposée à la caisse d'épargne jusqu'à l'époque de la sortie, peut s'élever, au bout de deux ans, de 100 à 160 fr.
Avant l'organisation de l'établissement de Paris, l'autorité administrative et la bienfaisance publique n'étaient .pas restés complètement étrangères au besoin de séparer les jeunes délinquants pendant la durée de la détention, et à la nécessité de les assister , à l'époque critique de la libération. Dans les prisons de Strasbourg un quartier spécial est réservé depuis long-temps pour les jeunes détenus, et, dès 1824, une société se forma pour leur placement après leur mise en liberté. Mais le quartier d'enfants à Strasbourg en reçoit à peine habituellement de 20 à 40 des deux sexes. A Besançon , la maison dite de Bellevaux possède également , et depuis plus long-temps encore, des quartiers spéciaux pour les jeunes détenus de plusieurs départements ; le nombre de ces enfants dépasse habituellement le nombre de 100. Dans cette maison, desservie par des sœurs de chanté, le travail , la discipline , l'instruction religieuse et
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l'instruction élémentaire sont mis en usage arec zèle et intelligence pour leur donner des habitudes d'ordre, de soumission , de propreté, et pour les mettre à même de gagner leur vie après leur libération.
Enfin, depuis 1836, il existe a Rouen, dans la prison de Bicétre, un quartier où 40 à 50 enfants sont l'objet de soins particuliers de la part de l'administration.
La maison de Paris n'est pas la seule qui ait été ouverte aux jeunes détenus depuis la révolution de juillet. En 1833, pendant que M. Gasparin était préfet du Rhône, un quartier spécial de la prison de Perrache , à Lyon , disposé suivant le régime cellulaire pour 100 enfants, fut affecté aux jeunes détenus appartenant au ressort des cours royales de Lyon et de Grenoble.
En 1835, un arrêté du préfet de la Haute- Garonne affecta aux enfants mâles un quartier spécial dans la maison de justice de Toulouse ; il est destiné à devenir le pénitencier du ressort de la cour royale de Toulouse. — Quant aux jeunes filles, un traité a été passé entre le département et les Dames du Repentir , qui s'obligent à les recevoir. C'est ce qui se fait depuis long-temps à Paris , par extension des dispositions d'un décret du 30 septembre 1807, qui autorisa les sœurs de charité dites du Refuge à recevoir dans leurs maitons les jeunes filles qui pourraient y être envoyées par les pères our conseils de famille.
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En 1836 , an nouveau pénitencier pour les calants de la circonscription de la cour royale de Montpellier a été constitue dans les prisons de Carcassonne.
Enfin , une circonstance heureuse a pernris tout récemment d'organiser à Bordeaux un pénitencier pour le ressort de la cour royale de ce nom. Ni la ville, ni le département de la Gironde ne possédaient de local qui pût recevoir cette destination. Un vénérable ecclésiastique , qui avait déjà créé à Bordeaux de nombreux asiles pour l'enfance et des maisons de refuge pour un âge plus a?ancé, vint spontanément proposer à M. l'inspecteur Ch. Lucas de mettre à la disposition de l'administration un local convenable pour un pénitencier. Le conseil général ayant eu connaissance de la proposition si désintéressée de M. l'abbé Dupuch , voulut l'aider dans ce nouvel acte de bienfaisance , et vota a cet effet un secours de 6,000 francs. Ea peu de temps, le nouvel établissement fut mis en état de recevoir 50 enfants , et , sous peu de mois , 100 pourront y être commodément réunis sous la direction gratuite de M. l'abbé Dupucb , qui , de plus , a pris l'engagement de placer les enfants à la sortie du pénitencier '.
1 Rapport a a roi sur les prisons départementales de France. Mars 1837.
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