‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 95 sur 143 · N° XVII · texte numérisé non relu

N° XVII

INSTITUTIONS PÉNITENTIAIRES AUXILIAIRES POUR LES FEMMES DÉTENUES ET LIBÉRÉES.

COMITÉS DE DAMES PODR LA VISITE DES PRISORS. — REFUGES POUR LES COEDAMflÉES LIBÉRÉES.

J'ai essayé de démontrer, dans l'article qui précède, la nécessité de maisons pénitentiaires spéciales pour les femmes détenues; la création de ces maisons trouvera un auxiliaire d'une grande utilité dans l'institution des comités de dames pour la visite des prisons 9 et des refuges pour les condamnées libérées.

C'est à l'Angleterre que l'on doit l'initiative de cette institution , d'où elle s'est étendue sur plusieurs points du continent européen. L'histoire de son origine et de ses progrès prouve qu'il n'est rien d'impossible au zèle et à la persévérance guidés par l'esprit de charité. J'ai été moi-même

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témoin , pendant mon séjour en Angleterre , de Faction bienfaisante de l'institution dont il s'agit ; les témoignages sont unanimes à cet égard; et, entre tous les autres , je suis charmé de pouvoir invoquer celui du DT Julius , qu'un long séjour en Angleterre et ses connaissances spéciales, ont mis parfaitement à même d'apprécier les résultats des efforts de quelques dames pieuses pour soulager l'infortune et améliorer le caractère des pauvres prisonnières.

« En ouvrant, dit le Dr Julius ', l'histoire des sociétés de dames instituées pour la visite des prisons , et surtout de celle qui domine toutes les antres , sous le nom de Société anglaise pour l'amélioration des femmes détenues {the british ladie'g 9+ciety for promoting the reformation of fomale prisener$) , nous trouvons sur le seuil l'image à la fois douce et sublime de leur vénérable fondatrice, Mme Elisabeth Fry, née Gurney. L'éloge des vertus privées d'une femme est toujours déplacé , et le bonheur d'avoir vu M™* Fry au sein de sa famille ne me donne pas le droit de la vanter sous ce rapport; mais ses vertus publiques appartiennent à l'histoire, et le meilleur moyen de leur rendre hommage , c'est le récit simple et sans commentaire de ce qu'elle a fait. Je me servirai ici en grande partie des détails donnés par M. Buxton a.

i I^eçoos sur les prisons, t. II, p. 148 et suiv. a Thomas Fowell Biuton, Inquiry, etc., p. 126 à 152. Son «t 34.

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C'est en Tannée 1813 qne M»e Fry, après avoir assisté à la description faite par un de ses coreligionnaires (les quakers) , de l'état où se trouvait la prison de New gâte , conçut l'idée de visiter cet établissement. Elle trouva la partie habitée par les femmes dans un état que le tableau le plus hideux ne pourrait rendre que d'une manière imparfaite.

Près de trois cents femmes , détenues pour des crimes de toutes les espèces et de toutes les nuances, la plupart condamnées, quelques-unes accusées, étaient renfermées pêle-mêle dans deux salles et deux cellules , dont la surface totale ne comprend pas plus de cent quatre-vingt-dix aunes (anglaises) carrées, et est encore jugée trop petite, aujourd'hui qu'elle ne comprend plus que les accusées. C'est dans ces lieux que les détenues recevaient les visites de leurs amies et nourrissaient un grand nombre d'enfants ; ils leur servaient à la fois de cuisine , de buanderie , de salles à manger et de dortoirs. Elles couchaient sur le plancher, sans matelas, au nombre de cent vingt environ par salle, et la plupart d'entre elles étaient pres-

récit se trouve complété par l'ouvrage publié sous le titre de Sketch ofthe o ricin and résulté of ladie's prison associations , icith hints for tho formation of local associations. Londres, 1827. M"e Fry elle-même a décrit le mode qu'elle a adopté, dans ses observations on the visiting, superintendence and gove moment of fcmalo prisons rs, by Elisabeth Fry. Londres, 1827.

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que nnes, Mm0 Fry les vît se gorger d'eau-de-vie ; ses oreilles entendirent les jurements les plus affreux ; leur malpropreté était au-delà de toute expression , et les salles exhalaient une odeur pestilentielle. Tout le monde, sans en excepter le directeur de la prison , tremblait d'entrer dans ce repaire. Ce fonctionnaire engagea Mme Fry à déposer sa montre dans le vestibule , parce que sa présence même n'empêcherait pas qu'elle lui fût arrachée. Lorsque plus tard elle rendit compte de cette première visite à M. Buxton , elle lui répéta à plusieurs reprises : « Tout ce que je te » dis, n'est qu'une faible représentation de la » réalité ; la malpropreté , le défaut d'espace , la » férocité des mœurs et des expressions de ces » femmes , et l'abîme de dépravation dans lequel » elles paraissaient plongées , sont choses qui ne » peuvent se décrire. »

Ce qui confirme l'affreuse vérité de ce tableau , c'est cet autre fait, observé par un témoin oculaire , qui vit deux de ces femmes occupées à ôter à un enfant mort ses vêtements , pour en affubler un autre enfant vivant, placé à côté.

Ne pouvant encore se dérober à ses soins domestiques , M"° Fry se contenta pour cette fois d'habiller plusieurs de ces enfants et même quelquesunes d'entre les femmes , et de leur taire lire de temps en temps , par ses amies , des passages de la Bible. Cependant à Noël 1816, époque à laquelle des mesures avaient été prises pour diminuer i'ac-

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cumulatlon des détenus à Newgate, profondément émue de ce qu'elle avait vu , et conservant encore la vive impression de sa tournée passagère , elle recommença ses visites, avec l'intention de se vouer désormais toute entière à ce grand objet. Cette fois elle manifesta le désir d'être laissée seule avec les détenues , et resta enfermée avec elles pendant plusieurs heures. Elle représenta à celles d'entre elles qui avaient des enfants , l'état malheureux de ces infortunés, alors au nombre de trente, et s'offrit de fonder, de concert avec elles, une école pour les instruire. Cette proposition fut reçue avec des larmes de joie , même par les plus dépravées : elles lui dirent qu'elles connaissaient trop bien les maux qu'entraînait le vice , et que , désirant ardemment voir croître leurs enfants à l'abri de la contagion , elles feraient dans ce but tout ce qu'il plairait a Mme Fry de leur indiquer. C'était pour elles , disaient-elles , une sensation affreuse que d'entendre leurs enfants prononcer des jurements et des termes dégoûtants parmi les premières paroles que leur bouche apprenait à balbutier.

Mma Fry les invita à réfléchir mûrement sur la proposition qu'elle leur avait faite, ajoutant qu'elle n'en entreprendrait pas l'exécution sans être assurée d'un concours parfait et persévérant de leur part; qu'une fois qu'elle pourrait y compter, elle ne manquerait pas de leur donner des preuves de son zèle actif; le premier pas à faire était, disait-

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elle, de choisir pour gouvernante celle d'entre elles qu'elles jugeraient la plus capable d'en remplir les fonctions.

Dès la visite suivante , les détenues, animées par leur amour maternel, présentèrent à Mm" Fry une de leurs plus jeunes compagnes comme maltresse d'école. Ce choix faisait honneur à leur discernement ; car cette personne a toujours montré par la suite une intelligence parfaite de sa mission , et n'a jamais violé les lois auxquelles on l'assujettit. Les femmes plus âgées réitérèrent à Mma Fry la promesse de l'obéissance la plus absolue, pourvu qu'elle consentit à faire l'essai de l'école dont elle avait parlé, et plusieurs d'entre les plus jeunes lui demandèrent la permission de joindre leurs efforts aux siens , tout en lui témoignaut leur reconnaissance pour la carrière de régénération dont elle leur avait ouvert le chemin.

M"' Fry, s'étant ainsi assurée de la bonne volonté de ces femmes , chercha à obtenir le consentement du directeur de la prison , du sheriff et du chapelain. Ces divers fonctionnaires, en rendant justice à la pureté de ses intentions , lui manifestèrent sans réserve la crainte qu'ils éprouvaient de les voir rester sans fruit. Mais la noble résolution de Mm0 Fry était trop ferme pour qu'elle se laissât rebuter par leurs remontrances; bien plus, lorsqu'à leur seconde entrevue ils lui eurent déclaré qu'il n'y avait pas dans toute la prison un seul coin de disponible , elle demanda la permis-

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sion de voir encore une fois les détenues, promettant que , si elle ne pouvait pas découvrir de place pour tenir son école , elle renoncerait à son entreprise. Après des recherches actives, elle découvrit une petite cellule inhabitée , dont les sheriffs lai accordèrent l'usage; et c'est encore aujourd'hui cette chambre étroite et sans apparence qui sert d'école à Newgate, et à laquelle Mme Fry et ses compagnes doivent tous les heureux résultats qu'elles ont obtenus.

Le jour suivant, Mme Fry commença son école, assistée d'une jeune demoiselle qui auparavant n'avait jamais franchi le seuil d'une prison, et qui déclara plus tard qu'en voyant la porte se fermer derrière les prisonnières , et ces femmes deminues se disputer avec acharnement les places de devant , elle avait éprouvé un mouvement d'effroi, et qu'il lui avait semblé être enfermée dans une fosse au milieu d'un troupeau d'animaux féroces. Cependant ce jour même l'école surpassa l'attente des deux dames , et le seul regret qu'elles éprouvèrent , fut de ne pouvoir y admettre , à cause de la petitesse excessive de la chambre, un grand nombre de jeunes femmes qui réclamaient cette faveur avec instance , et pour lesquelles un refus semblait être un arrêt de mort , capable d'exclure , sans espoir de retour, toute possibilité d'amélioration.

De uouvelles compagnes vinrent s'adjoindre aux deux institutrices, et ces femmes vertueuses firent

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