‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 96 sur 143 · KHTE LES FEMMES DÉ T MUES ET LIBÉRÉES · texte numérisé non relu

KHTE LES FEMMES DÉ T MUES ET LIBÉRÉES

de l'école des détenues leur occupation journalière. La conviction qu'elles acquirent que l'immoralité et l'abrutissement de ces infortunées venaient presque exclusivement de l'absence de règlements et du désœuvrement , ainsi que les prières que leur adressèrent un grand nombre de femmes pour être reçues dans leur école , les engagèrent à fonder en outre une école de lecture et de travail pour les femmes déjà condamnées ; de tout côté on chercha à les détourner de cette pensée , qui semblait ridicule à tous ceux qui connaissaient Newgate ; on leur dit que tous les ouvrages qu'elles apporteraient dans la prison seraient volés sur-lechamp ; que si un tel projet était peut-être susceptible d'exécution dans les petites villes, leurs efforts ne pouvaient tomber sur un objet plus désespéré qu'une voleuse de Londres ; que ces femmes avaient pour la plupart passé par tous les degrés du crime; que dissolues dans leur jeunesse, faisant, dans l'âge mûr, le métier d'escrocs et de voleurs, elles n'avaient jamais fréquenté d'autres sociétés ou connu d'autres amis que leurs complices et leurs affidés en matière de filouterie. Les personnes les mieux intentionnées , et entre autres le directeur et Tau* mônier de la prison , leur firent observer que , si elles étaient parvenues a étouffer pour un temps les passions de ces femmes criminelles , bientôt celles-ci briseraient malgré elles les liens qu'on leur imposait et retomberaient dans leurs anciens vices. Mais tous ces raisonnements furent inutiles;

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les pieuses réformatrices avaient déjà trop bien pu apprécier le naturel des femmes , elles étaient trop pénétrées de la sainteté de leur entreprise pour ne pas désormais tout tenter.

Elles répondirent avec une noble confiance que, pourvu qu'il se formât un comité résolu à partager leurs travaux et qu'on pût trouver une maîtresse d'atelier qui ne quittât jamais la prison , elles se chargeaient de procurer aux détenues des ouvrages à la main , et supporteraient les frais de l'entreprise. Le comité fut bientôt organisé : il se composait de onze dames de la religion des quakers et de Mme Steinkopf, épouse d'un prédicateur allemand de Londres. Elles s'engagèrent à subordonner toutes leurs autres occupations aux soins qu'exigerait d'elles là prison de Newgate. Elles ont tenu parole, et sans jamais montrer de tiédeur , elles ont, sauf un petit nombre d'exceptions où des devoirs plus sacrés exigeaient leur présence , vécu au milieu des condamnées. Dans le principe il yen avait continuellement une d'entre elles qui travaillait avec les prisonnières ou s'occupait à les instruire ; et aujourd'hui encore que Tordre et la régularité régnent à Newgate, il ne se passe pas, comme me l'a assuré la maîtresse d'atelier, un seul jour sans que l'une des dames au moins ne visite la prison ; souvent elles y sont déjà le matin avant que les détenues ne s'habillent, passent toute la journée avec eHes, partagent leurs repas et ne les quittent qu'à la fin de la journée.

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Le premier jour où fût ouverte la salle de travail, on fit rassembler les détenues qui devaient y entrer ; elles étaient au nombre de soixante-dix. L'une des dames leur adressa, en présence du directeur, de l'aumônier et des juges , un discours dans lequel elle leur dépeignit les jouissances que procure le travail et la tempérance, et le contentement qne donne une bonne conduite ; elle compara la douce paix intérieure qui orne une vie passée au sein de la vertu et de la religion , avec ce qu'elles-mêmes avaient pu éprouver dans leur vie antérieure, et les conséquences qui en étaient résultées. En leur représentant la faute dont elles s'étaient chargées contre la volonté de Dieu , elle leur abandonna le soin de décider elles-mêmes si elles en avaient retiré autre chose que la misère et la perdition. Ensuite elle leur développa les motifs qui l'avaient engagée, elle et ses compagnes, à venir à Newgate ; elles avaient, dit-elle, quitté volontairement leurs demeures et leurs familles, dans le seul but de venir se mêler à celles qui étaient évitées et repoussées par tout l'univers ; leur désir le plus ardent était d'arracher leurs semblables à la carrière du mal , et de leur communiquer les connaissances qu'elles avaient eu le bonheur de puiser dans leur éducation et dans leur vie primitive. Elle termina en disant que les dames du comité étaient loin de songer à leur prescrire ce qu'elles devaient faire; elles désiraient plutôt agir de concert avec les prisonnières , et ne h. 35

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leur imposer d*aatr» ordres que ceux qu'ellessnésnes juraient sanctionnes ; que dans ce bot elles les priaient île leur exposer firanefae— eal leurs objections. Des sons4nspectriees furent ânes ensuite, an nombre d'une sur douze détenues, et dôme statuts furent proposes par les dames et sanctionnés par toutes les prisonnières sans exception. Ces statuts ' existent encore aujourd'hui, et l'expérience n'y a rien (ait changer.

Quinte jours après l'ouverture de l'école * pour les femmes condamnées , le directeur de Newgste déclara franchement qu'il ne reconnaissait plus cette partie de la prison; un mois après, le lord* maire, les shéruTs et les aldermeo voulurent assister à l'une des leçons , et en sortirent étonnés et pénétrés de l'attention qu'ils avaient remarquée chez les prisonnières pendant la lecture des versets de la Bible, comme aussi de la régularité et de l'ordre de leurs travaux, de la propreté et de la modestie de leur mue, du. calme et de la tranquillité de leur contenance, de leur docilité envers

1 V. ces § ta tut» à la suite de l'article.

1 Les occupations des femmes dans cette seconde école consistent, outre l'instruction religieuse , la lecture et l'écriture, é apprendre et à confectionner toutes sortes de travasx A la main, qui se vendent è leur profit. Comme on «resttarqné que les éoolières d'un âge avancé étaient au commsnccsaent honteuses de déployer leur ignorance devant leurs casapagnes, on a institué, une petite chambre é part, d*» laquelle les commençantes sont instruites , l'une après rentre , par la maîtresse d'école.

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les maîtresses, et du contentement qui brillait sur leurs visages. Cette prison, qui antérieurement était une espèce d'enfer terrestre, présentait maintenant l'aspect d'un atelier laborieux et actif, d'un ménage bien ordonné ; aussi l'autorité ne tarda pas à approuver toutes les mesures qui avaient été prises par les dames, pour en faire désormais une partie intégrante de la discipline et de l'organisation intérieure de la prison ; en même temps elle se chargea d'une partie des fonds qui avaient été faits , et accorda aux dames le droit de punir les indociles d'un emprisonnement de courte durée , si jamais elles avaient besoin de recourir à ce moyen".

1 Dans le petit ouvrage de M"" Fry, dont nous avoni donné le titre plus baut , on trouve, à la suite du récit des heureux résultats obtenus par le comité, le passage suivant, qui prouve à la fois la noble modestie de l'auteur et sa profonde connaissance de la nature humaine : « Quelle que fût » la confiance qui animât quelques-unes des dames du » comité, elles n'avaient cependant point songé é l'effet que » produit presque toujours l'emprisonnement sur des âmes » habituées é ne tirer leurs impressions que des objets exté- » rieurs, et auxquelles la réflexion, dans la position où elles

• se trouvent, doit paraître une nouveauté désagréable et » bien peu susceptible de remplacer à leurs yeux ces nom- » breux changements de séjour, et ces aventures multipliées » dont était parsemée leur vie antérieure. Les malheureuses » prisonnières de New gâte avaient cherché à trouver, dans

• la satisfaction des penchants les plus déréglés, un équiva- » lent pour les objets qui faisaient le charme de leur ancienne » carrière ; et leurs efforts pour obtenir ce genre de bonheur

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Six mois après la fondation de l'école pour les enfants et de l'atelier pour les femmes condamnées , les détenues qui n'avaient pas encore subi leur jugement, adressèrent aux dames une pétition pour jouir des bienfaits d'une institution semblable, promettant en retour là docilité la plus absolue. Leur prière fut exaucée , et ici encore le succès a répondu à l'attente des réformatrices, quoiqu'elles eussent à lutter contrôla tiédeur qu'inspire souvent aux détenues l'espoir d'un prochain affranchissement.

Le système de Mmt Fry compte maintenant vingt années de durée , et , sauf quelques exceptions insignifiantes , l'application en est toujours pour* suivie avec le même zèle et le même succès.

Autrefois les prisonnières destinées à être déportées dans la nouvelle-Galles méridionale, avaient la coutume, dans la nuit qui précédait leur départ, de briser et de détruire tout ce qui tombait entre leurs mains ; puis elles quittaient la prison avec des cris et des hurlements sauvages. Depuis que la nouvelle organisation a été introduite, cette scène ne s'est pas renouvelée une seule fois ; pas une vitre n'a été cassée à dessein. Les femmes destinées a la déportation ont chaque fois fait de tristes adieux à leurs compagnes, et ont témoigné leur reconnais-

• avaient été si infructueux, qu'elles auraient sans doute ■ accepté avec empressement toute espèce de changement, » fût-il moins bienfaisant que celui que nous leur offrions. »

roui lis fesse» dstkiuss it uiiasss. 413

sance a leurs bienfaitrices. Le matin da départ, elles montent tranquillement dans les chariots destinés à les transporter ; le cortège ressemble à un convoi funéraire, et on a pu diminuer de moitié le nombre de troupes composant l'escorte qui devait les conduire par les rues de Londres, et de là aux vaisseaux, sur lesquels les précèdent des chapelains et des maîtresses d'école, afin de continuer pendant le voyage l'œuvre qui a été si noblement commencée pendant le séjour des condamnées à Newgate ».

1 Le chirurgien du vaisseau les Frères, qui transporta, en 1823, à Botany-Bay, quatre-vingt-dix femmes détenues auparavant dans vingt-une prisons différentes de l'Angleterre, écrivit ce qui suit au comité des dames : « On ne peut

• s'attendre à voir tous les individus soumis à la discipline

• des prisons déposer sur-le-champ leurs habitudes vicieuses ;

• mais aussitôt qu'ils sont é bord des vaisseaux , on peut dis- » tinguer à l'instant ceux qui ont obtenu les bienfaits de

• l'instruction religieuse et passé leur temps à des travaux

• utile*. Toutes les femmes venues de Newgate montrèrent ,

• des le principe, plus de propreté et de modestie que celles

• qui sortaient des prisons où il n'existe pas de comité de » dames , ou celles qui n'avaient été soumises que pendant

• trop peu de temps à l'influence de cette bienfaisante insti- » tution. Les médecins nommés par le gouvernement a » Botany-Bay ont pu observer parmi elles des preuves nom-

• breuies d'amélioration morale; et il y a un grand nombre

• de familles honorables de la Nouvelle-Galles et du pays

• de Van-Diemen qui sont prêtes à attester les heureux

■ résultats de l'instruction religieuse donnée aux prison-

■ nières par le comité des dames de Newgate. • The fourth amnual report of the committee of tke british society, for

ii. 35.

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Il a également été attesté par le directeur, l'inspectrice supérieure ' et le chapelain du pénitencier de Milbank, que les femmes qui, détenues d'abord à Newgate , avaient été envoyées à Milbank pour y subir leur peine , montraient infiniment plus de docilité et de modestie que toutes les autres. L'une d'entre elles, à laquelle Mr Buxton rappela le nom de Tune des dames du comité de Newgate, loi répondit : « Dieu veuille la bénir, ainsi que le jour » où je suis entrée à Newgate ; elle nous a fait du n bien à toutes , et nous avons des raisons pour la » bénir éternellement. » Mr Buxton ajoute que le sens de cette réponse l'émut encore moins que le ton avec lequel elle avait été faite.

La plupart des femmes mises en liberté après leur séjour à Newgate, y contractent des habitudes si profondes d'activité et d'ordre, qu'outre la paix intérieure qu'elles ont retrouvée , elles ont encore la douce satisfaction de devenir un sujet de bénédiction pour ceux auxquels elles sont rendues *.

promoting the re formation of female prisoners. Londres, 1825, page 12 et suiv.

1 A Milbank, comme dans toutes les prisons perfectionnées, les femmes détenues sont placées exclusivement sous la surveillance d'inspecteurs et de geôliers de leur sexe.

2 Voici la lettre qu'écrivit à Btn* Fry une ancienne détenue de Newgate, quelque temps après son élargissement.

« Gixax et aoioasi dimb !

» H. B., le porteur de la présente, vous remettra deux » livres sterling, que je vous prie d'ajouter aux dons volon-

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