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CHAPITRE V

Des Proscriptions à Florence

Je ne considérerai le gouvernement de Florence que dans les trois siècles de son existence démocratique. Avant cette époque , ce n est qu un pays livré , comme tant d’autres contrées italiennes , à une rapide succession de tyrannies. Après eette époque, Florence dégénérée n’offre plus que ce sjiectacle d’abâtardissement et de langueur commun à tous les États régulièrement • asservis au pouvoir absolu.

* Dans Florence démocratique, le principe des proscriptions n’a pas été uniforme et constant comme à Venise. La proscription à Venise était de .. du gouvernement une habitude raisonnée,

un système fondé et suivi de sang-froid. A Florence , elle était l’effet passager de l’esprit dominant du peuple ou du combat livré par des passions particulières à cet esprit dominant. Si le gouvernement à Florence était moins stable qu a Venise , s’il éprouvait de fréquentes modifications , si cette mobilité inhérente à la démocra-

tie a produit quelquefois des administrations pernicieuses et meurtrières , elle a souvent aussi remplacé une magistrature corrompue par une magistrature pleine de sagesse et d’humanité. Le gouvernement a pu être barbare lorsqu’il tombait e tre les mains d’hommes sanguinaires : il n’a jamais été barbare par principe.

Florence a offert un genre de proscription qui , pour n’étre pas cruel , n’en était pas moins injuste , c’était l’exclusion qui privait les nobles de toute participation au gouvernement. Pise et tienne prononcèrent cette même exclusion qui , dans toutes ces villes, fut, à diverses reprises, abrogée et rétablie. Long-temps fatigués des vexations des seigneurs des châteaux , les Florei^- ^ tins , en fondant chez eux une démocratie au XIII' siècle, ne crurent pouvoir prévenir le retour de la domination de ceux auxquels ils avaient obéi jusqu’alors qu’en les rendant tout à fait*^ étrangers à l’administration publique. C’était par amour pour l’égalité qu’ils violaient l’égalité. Dans la crainte que les nobles ne redevinssent leur maîtres , ils ne les admettaient pas au rang de leurs égaux : tandis qu’ils enlevaient à des hommes , qui étaient leurs concitoyens ,

des droits qu’ils eussent dû respecter , ils respectaient en eux des titres, des dénominations, dont il était en leur pouvoir de défendre l’usage. Dans tout gouvernement, la loi peut interdire des qualifications tendant à établir des distinctions de classes que réprouverait la majorité; nulle part on ne peut sans injustice ravir à des citoyens l’exercice de leurs droits politiques et civils. C’est ce qu’a parfaitement senti parmi nous l’Assemblée constituante. Reconnaissant avec raison qu’elle ne pouvait dépouiller de leurs ^ droits naturels et sociaux les Français appartenant à l’ordre de la noblesse ^ elle supprima la noblesse elle-même. Si la vraie politique pouvait n’être pas toujours conforme à l’équité, il serait • curieux de rechercher quel fut , de ces deux partis , le mieux entendu et le plus sage. Peutêtre existait-il un terme moyen entre ces détermin^t^ns extrêmes. Pourquoi l’État , au lieu de ,»=^f§noncer, n’aurait-il pas laissé aux parties intéressées la liberté du choix ? Il eût été loisible aux hommes amoureux de leur noblesse, de conserver le titre de grands , de magnats , et les autres qualifieations dont ils auraient été jaloux, mais sous la condit on de ne prendre aucune part au gouvernement. L’exclusion eût cessé par

le fait seul de leur renonciation à ces titres. Ainsi , à Rome, Clodius ne peut devenir tribun qu’en se faisant adopter dans une famille plébéienne. Quoi qu’il en soit de ce que la politique eût pu conseiller, la justice a, sur ce point, triomphé en France de toutes les autres passions; et, si des lois particulières ont frappé momentanément les classes autrefois privilégiées , jamais dans aucune de ces constitutions qui se sont succédées depuis trente ans , malgré l’irritation populaire contre les classes oppressives, il n’a été porté de disposition qui leur ait ravi le droit de cité.

]\ous avons vu par l’exemple de Venise, com*!> bien l’oligarchie nobiliaire était funeste pour les peuples. C’est assurément un vice commun à toutes les oligarchies ; mais si l’on devait pronom cer entre les deux sortes d’oligarchie d’après ces deux gouvernemens , nous remarquerions que Florence a eu des jours heureux pour ti?^s ses citoyens sous son oligarchie roturière , taïldiu qu’à Venise l’Etat a prospéré sans que les citoyens connussent jamais la liberté ni le bonheur. L’une des plus belles époques de Florence est le demisiècle écoulé sous l’oligarchie roturière des Albizzi , et les trente ans de l’administration de Corne de Médicis. Si le gouvernement démocratique se change aussi presque toujours, comme

le gouvernement aristocratique , en une oligarchie de fait, les résultats ne sont pas exactement les mêmes. A Florence, l’oligarchie roturière, qui d’ailleurs n’était qu’une dégénération momentanée de la démocratie , laissait par sa mobilité l’accès des fonctions du gouvernement ouvert à toutes les familles plébéiennes : à Vénise, hors deux cents familles à-peu-près qui composaient les divers conseils de l’Etat , le reste de la population était esclave , et, comme nous l’avons remarqué , les familles patriciennes portaient ellesmêmes le poids de ces fers qu’elles imposaient aux autres citoyens.

Les premières proscriptions que je signalerai à Florence sont celles qui s’opérèrent sous l’inrfluence d’un médiateur étranger. Les papes, toujours prêts à s’arroger sur tous les Etats chré-. tiens une suprématie absurde, trouvaient égalei princes toujours disposés à reconnaître

(rématie, dès que cette reconnaissance

leur offrait quelque avantage. Sans nul droit sur

le pape Boniface VIII nomme, en i3oi , Charles de Valois, frère de Philippe-le-Bel, vicaire impérial en Toscane avec le titre nouveau de pacificateur de cette république. C’est un étranger qui délègue un étranger pour concilier les partis à

la Toscane ni sur la dignité de roi des Romains,

Florence. L’histoire de nos jours redit , comme celle des temps passes, ce que l’on doit attendre de pareils pacificateurs. Charles de Valois n’est reçu dans Florence qu’après avoir promis par lettres scellées de ne point changer les lois existantes. Cependant , au mépris de sa parole , il viole toutes les lois , il apporte la discorde ( i ) au lieu de la paix, il exerce les plus criantes exactions, il fait revenir des bannis que repousse l’opinion publique; et six cents citoyens au nombre desquels était le Dante (2), vont remplacer dans l’exil ceux qui viennent de rentrer à Florence pour la déchirer. Entouré de ces bannis ivres de vengeance, Charles de Valois sert leurs fureurs tandis qu’ils servent son avarice : le pillage, le massacre des meilleurs citoyens , la ruine d’un grand nombre de familles marquent la courte durée^de sa médiation. Après avoir rempli , non la prétendue mission de bienveillance que lui avait donnée le pape , mais le seul objet qu’il en vue, celui de s’enrichir , il partit chargé des

(1) Carlo era venulo per iliéimire'j non per unire Jirenze. Mach. Hist. de Florence.

(2) Tra i quali fu Dante poeta, e i loroheni pubblicati e le loro case disfatte. Ibid.

dépouilles (5) des Florentins et de leurs malédictions. Cependant qui avait attiré tous ces malheurs sur Florence? Des bannis et des émigrés qui avaient réclamé le secours du pape. Ainsi à Florence , comme partout , le prescripteur le plus ^ impitoyable est l’homme- qui, après avoir ete proscrit lui-méme, est rentré dans sa patrie, non par le rappel libre de ses concitoyens, mais par la volonté d’une force étrangère.

Je ne m’arrêterais pas à des proscriptions exercées par une populace furieuse , si celles de ce . genre qui eurent lieu à Florence n offraient quelques traits dignes de remarque. Presque toujours elles eurent pour principe l’amour d une égalité mal entendue. De ce genre furent celles V* désolèrent cette république en 1578. Les proscriptions de cette époque étaient la suite du mécontentement de classes d’artisans oubliées déformation première des corpora ions qui,, ^•’som le nom d’arts majeurs et d’arts mineurs, prenaient plus ou moins de part au gouvernement de la république. C’est une des propriétés du gouvernement populaire que du sein du mal

(5) E carlo avendofatto qudlo pcrch'c venne ajirenze, si parti. Ibid.

même sorte presque toujours le remède. A la tête des révoltés qui pendant quelque semaines donnèrent la loi dans Florence, était uncardeur d,e laine , Michel de Lando , auquel fut déféré le gonfalon de justice, et ce cardeur de laine, gonfalonier^ voyant bientôt que de pareils mouvemens perdaient l’Etat , contribua lui-même puissamment aü rétablissement de l’ordre. Tel a été, à Strasbourg, ce simple sergent qui , prenant pour quelques jours le commandement militaire dans cette place, abdiqua son pouvoir usurpé aussitôt après avoir fait obtenir, par force, à la , garnison , Une justice que des réclamations non armées n’eussent peut-être pas obtenues.

Au milieu de ces troubles trop communs dans^ les gouvernemens démocratiques , on voit pi» sque toujours se déployer de grands caractères. Sous les gouvernemens absolus , tout l’effort du «ourage consiste à mourir avec dignité, s un gouvernement populaire, la possibilité de la ré-" sistance développe l’énergie de l’âme et la générosité des sentimens. A l’époque dont il vient d’être question, dans la lutte élevée entre le bas peuple et la haute bourgeoisie apparaît un grand citoyen. Ben edelto Alberti, qui, infidèle aux autres en apparence mais fidèle à lui-même , figure successivement dans les rangs de l’admi-

nistration et dans ceux des Ciompi , la populace. Ami sincère de la liberté , il la voulait pour toutes les classes, il repoussait toutes les oppressions, il combattait toutes les tyrannies. La fureur populaire l’avait respecté : l’aristocratie bourgeoise ( i ) l’exila.

Trop souvent des exilés Florentins, et surtout les Médicis, marchèrent contre leurs pays sous des drapeaux étrangers; mais, souvent aussi au fond de l’asile où ils étaient retirés , de généreux citoyens ne formaient de vœux que pour la prospérité de oette patrie qui les avait chassés de * son sein. Dans un moment où la Toscane était dévastée (2) par une de ces grandes compagnies auxquelles l’Italie fut quelque temps en •proie, Pandolfe Malatesti qui commandait l’armée florentine , se disposant à livrer bataille, voit arriver dans son camp, avec trente cavaliers, Biordo et Faj^ta des Lbertini, exilés illustres qui de- .,;"T1^i^dent l’honneur d’être reçus parmi les défenseurs de la république. Qui peut douter que, si depuis 1816 notre indépendance eût été menacée par les armes étrangères , nos bannis de

(1) En i382.

(a) ËB i55y.

cette époque , dont plusieurs sont couverts de si glorieuses cicatrices, n’eussent sollicité avec empressement la faveur de combattre et de mourir pour leur pays.

L’une des proscriptions les plus éclatantes de Florence, mais non des plus injustes, est celle qui bannit pour dix ans Corne de Médicis. Renaut-des-Albizzi, qui fut le promoteur de son exil , était digne de se mesurer avec un tel rival. Plus tard Corne de Médicis le fera proscrire à son tour. Le principe de cette double proscription qui, en frappant ces deux chefs de parti , frappait tous leurs partisans, est, dans l’un comme dans l’autre, V amour du pouvoir. C’est déplus, dans Renautdes-Albizzi, V amour de l’égalité. Le parti de cette famille ne voulait que maintenir la domi-< nation roturière. La famille des Médicis. occupée d’elle-méme et d’elle seule, commence dès-lors à marcher vers la souveraineté qu’elle obtiendra au bout d’un siècle. -

La principale cause qui porte les peuples à s’opposer au retour des bannis et surtout au retour des émigrés, est la crainte que ceux-ci ne troublent l’État par des désirs de vengeance , ou par des prétentions (i) contraires à l’intérêt géné-

(i) Au moment où Bonaparte premier consul ouvrit les

rai. Cette crainte n’est en effet que trop fondée, et , dans les républiques italiennes particulièrement, les exilés qui rentraient en vainqueurs ont presque toujours sacrifié leurs adversaires. C’était un échange perpétuel de triomphe et d’exil. Les Médicis surtout étaient implacables dans leur

France aux Français qui avaient fui volontairement la révolution ou que la révolution avait forcés de fuir, j’ai entendu , dans les cours étrangères, de très-grands per- ^ sonnages, tout en applaudissant au sentiment d’huma^ nité qui avait dicté cette mesure, labldmer comme imprudente et impolitique. Le A'ieux prince Henri , frère de Frédéric II , était de cet avis. Il me disait que jamais ^ nos gentilshommes ne renonceraient à leurs préjugés et r# se plieraient sous le joug de nos lois nouvelles ; que la leçon du malheur ne les aurait point corrigés, et que tôt ou tard ils bouleverseraient la France pour recouvrée leurs^^viléges. C’était moi, chargé d’affaires de la répu- ^ . 'sj^S^e, qui prenais leur défense contre la sévérité des jugemens d un prince de la maison de Prusse, d’un prince qui lui-même avait accueilli dans sa cour de Rheinsberg plusieurs d’entre eux, hommes d’ailleurs fort distingués, comme M. le chevalier de Boufïlerss et M. le comte de la Roche-Aymon , aujourd’hui pair de France. Etait-ce donc un faux prophète que le prince Henri ? Il . est vrai que 1 aristocratie prussienne le regardait comme un jacobin.

haine. Ai^ssi le retour de Corne fut-il accompagné de terribles représailles* Ses proscriptions auraient ressemblé, dit Machiavel, à celles de S} lia et d’Octave, si elles eussent été aUssi sanglantes; et cependant le sang coula dans cette circonstance. Cinq des plus illustres citoyens furent décapités. Deux d’entre eux s’étaient retirés sur le territoire vénitien Le gouvernement (i) de Venise, moins jaloux de son honneur que de l’amitié de Côme, eut la bassesse de les livrer, et Côme, la lâcheté de les faire mourir. Machiavel explique cette conduite des Vénitiens en homme qui sait apprécier leur politique. Si une république (2) aussi puissante , dit cet historien , s’est avilie jusqu’à vendre ainsi sa liberté , c’est moins pour donner une marque d,’égard à Côme de Médicis que pour fendre , par le sang versé , la division plus dangereuse parmi les Florentins qui, unis entre eux, eussentd^^é un

(1) I vtneziani stimando pià Vamioizia di Cosimo chc l’onor loro , gli mandarono prigionij dov^ furno vil~ mente morti. Hist. de Florence.

(2) Non tanto per benejîeare Cosimo , qudnto per ac~ sendere pià le parti in Jirenze ^ o fore mediante il sangitc la divisione délia città nostra pià pericolosa. Ibid.

obstacle à sa grandeur. Serait-il donc possible que, d’après une politique semblable, des gouvernemens étrangers n’eussent depuis i8i5 conseillé et provoqué en France des actes de rigueur, que pour augmenter parl’efFusiondu sang nos discordes intestines, et élevei* leur puissance sur nos dissenlions.^ Le principe des proscriptions de Corne de Médicis n’a rien que de vulgaire , c’était la soif de la vengeance^ et V amour de la domination, On regrette qu’un aussi grand personnage que cet illustre marchand qui , placé à la tête de la république, n’abandonna point le négoce de ses pères ; qui , justement célèbre par l’utile et glorieux emploi de ses richesses , ami et protecteur de tous les arts comme de toutes les #ciences , citoyen dans Florence tandis qu’il était regardé comme prince par les gouvernemens étrangers, occupe surtout, moderne Périclès, un raj^i honorable parmi les hommes d’État, n’ait "^s joint à tant de qualités brillantes et solides j la générosité envers ses rivaux.

Il est difficile qu’un homme , même supérieur à ses contemporains, échappe entièrement aux préjugés de son siècle. Au temps où vivait Côme de Médicis J on n’avait sur la politique que des idées erronnées et fausses. Côme partageait à cet égard l’opinion commune. «Ce n’est pas, disait-il,

lo rosaire (i) ù la main qu’on dirige les Etats.» Celte disposition aux mesures violentes, presque générale alors, était particulièrement héréditaire dans sa famille: la proscription engendre la proscription. Pierre de Médicis proscrit ses rivaux en 1466 ; il est proscrit en i4q4 ot déclaré rebelle. Une somme de cinq mille ducats est promise à qui le livrerait vivant , et une somme de deux mille à qui apporterait sa tête. Quoique cette dernière proscription eût pour principe Y amour de la liberté 3 il faut plaindrefl’aveuglement des temps oùla liberté était servie par cjetels moyens. Loin de ressembler à ces dieux qu’on honore par des sacrifices humains, la liberté aime à faire jouir de ses bienfaits les insensés même dont la fureur l’outrage; mais, si les amis de la liberté * montrèrent cruels en mettant à prix la tête de Pierre de Médicis , la proscription de celui - ci était juste : il l’avait méritée en sacrifiant intérêts de son pays au désir d’assurer le pouvoir dans sa maison ; en livrant, dans cette espérance, les forteresses de l’État à Charles VIII. Florence donna , en cette occasion , un bel exemple à tous les peuples que la colère du sort peut soumettre

(1) Che gli stati non si tenevano con pater nostri in niano. üist. de Florence.

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à rocciipation étrangère. Après son admission dans Florence, Charles VIII, sous prétexte qu’il y est entré la lance sur la cuisse et qu’à ce titre elle est sa conquête, veut s’arroger la souveraineté de la Toscane. Forcé bientôt de renoncera ce projet, il veut du moins vendre cher aux Florentins leur indépendance, et il leur impose d’intolérables conditions ; mais il existait alors dans cette république des hommes courageux que n’épouvanta point l’insolence de ses menaces: « Eh bien , lui d%Fun de ces intrépides citoyens » (Pierre Capponi), vous sonnerezvos trompettes » et nous sonnerons nos cloches. » Si^ en i8i5 et 1816, il eût existé en France un ministère assez ferme pour opposer à l’exagération des de- §nandes des étrangers cette patriotique réponse : « ‘Nous sonnerons nos cloches : » les puissancefialliées se fussent , comme Charles VIII, relâchées deTijKcès de leurs prétentions; notre territoire ^t été bien plus promptement affranchi, à des conditions beaucoup moins rigoureuses, et le trésor de l’Etat ne serait pas accablé sous l’énorme dette qui nuira si long -temps encore à notre prospérité.

Dans cette révolution de i494» relèverai un genre de proscription fort innocent et presque puéril , mais seulement parce qu’il s’est repro-

duit en Franœ; c’est la proscription des noms. Tandis que Pierre et Jean de Médicis étaient en luile, deux Médicis d’une autre branche et qui appartenaient au parti opposé, se dépouillent d’un nom que poursuit la haine publique, et prennent le nom de Popoiani. Parmi nous, le duc d’Orléans se transformant en citoyen Égalité, n’a été qu’un plagiaire.

Je me réserve à faire mention ailleurs des proscriptions qui accompagneront le rétablissement des Médicis et l’asservissement de Florence, parce qu’elles doivent être envisagées sous un autre point de vue; mais je ne puis m’eiur pêcher de faire remarquer encore une fois que , Jà où on adopte un système de proscription, ce doit être avec la volonté de le suivre. C’est pai< des supplices que les jMédicis obtiennent la souveraineté, c’est par des supplices qu’ils la con^ serveront ; et quelle souveraineté 1 Maître Florence à l’égard de ses concitoyens, Cônie I" y est l’esclave de l’empereur, de Philippe II, des gouverneurs de Milan et de Naples, et de leurs moindres généraux : il rampe devant la force étrangère pour avoir le droit de tyranniser sa patrie. Des amis de la liberté font un noble effort pour s’affranchir ; c’est dans leur sang qu’il faut éteindre l’amour de la liberté. La fuite

ne les dérobe pas à ses coups : il les poursuit jusqu’en Angleterre et en France par ses assassins et ses empoisonneurs. François, qui lui succède, emploie, comme lui, ces exécrables armes. Ferdinand et Côme III régnent plus paisiblement, parce que toutes les tentatives de quelques hommes courageux doivent échouer contre la volonté des grandes puissances de l’Europe , qui ont décidé la servitude universelle de l’Italie. Plaignons la Toscane de n’avoir pas été assez forte pour braver de semblables arrêts ! Félicitons-nous d’avoir, dans la nombreuse, dans la belliqueuse population de la France, des forces plus que suflisantes pour défendre notre liberté contre toutes les décisions des congrès des sou- * ^verains, des forces suffisantes pour exterminer les téméraires qui voudraient nous imposer des fers! Les Médicis régnent donc, grâce à l’appui é^yiger, dans Florence asservie; ils régnent 1^0 ur voir bientôt ces mêmes cabinets qui les ont protégés , disposer, sans leur concours , de leur succession. Vainement alors l’âme du dernier des Médicis se rouvrira à un sentiment généreux : vainement Côme III fera entendre (i) de

(i) En 1723.

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tardives réclamalions « en faveur de la répiis blique florentine dont ses ancêtres n’étaient j> que les rcprésentans , et à qui la souveraineté » devait retourner à l’extinction de la ligne des » Médicis » . Le temps n’est pas venu encore où les cabinets des grandes puissances doivent reconnaître la souveraineté des peuples. Quel torrent de maux attiré par les Médicis sur leur patrie et pour quel résultat !

La différénce que j’ai établie entre Venise et Florence a dû devenir sensible par les exemples que j’ai cités. A Florence , ce sont les partis successivement vainqueurs qui proscrivent; à Venise, le gouvernement, plus stable, est dans une activité de proscription constante et non interrompue. Machiavel qui ne juge de la bonté d’uncj constitution que par sa durée , donne la palme au gouvernement de Venise. L’humanité et les arts préfèrent le gouvernement de Florencé.«I,^Ç| trois cents ans de l’existence de ce dernier État'^ comme démocratie, sont trois siècles de grandeur et de gloire. Chose étrange ! La démocratie à Florence se maintenait par les causes qui ailleurs produisent la dissolution des États, par les révolutions. Chaque révolution était un coup d’état populaire qui modifiait les formes accessoires de l’administra ion sans remettre en

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question sa forme fondamentale , l’élection de la plupart des magistrats par la voie du sort et la brièveté de leurs fonctions. Dans ces crises devenues peu dangereuses par la fréquence de leur retour , on nommait une haiie ou commission à laquelle on donnait le pouvoir de réformer l’État. C’était une dictature temporaire, mais qui avait peu de dangers. La commission était toujours composée d’un assez grand nombre de personnes , quelquefois même de plusieurs centaines de citoyens. Le passage d’une ^administration à une autre était rapide, et la présence d’une autorité provisoire ne laissait point le temps de sentir les maux de l’anarchie. A Venise, toute proscription avait sa source dansi la défiance constamment éveillée dtv pouvoir ; à Florence, dans l’ambition de quelques citoyens ^ dans l’amour de tous pour la lij^0^ et l’égalité. En définitive, les prosciipnuns jouaient un grand rôle dans l’une et l’autre de ces républiques. Si , à Venise, la permanence de la proscription était le principe du gouvernement , on pourrait dire , avec quelque justesse , que le principe du gouvernement à Florence était, jusqu’à un certain point , la périodicité de la proscription.

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