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Ce fut, en somme, une inflammation de l'œil caractérisée par une production caséeuse suivie de phénomènes de régression sur place. Les organes thoraciques et abdominaux étaient indemnes de toute lésion tuberculeuse.
‘ Nous avons dit que le contenu de la tumeur abdomidale enlevée devait servir à des recherches microscopiques et à faire des cultures.
Les recherches par la méthode d'Ehrlich ne parvinrent pas à mettre en évidence le bacille de Koch.
Par la safranine et le Gram ioduré, on remarqua des figures de karyokinèse et des amas de microbes en quantités innom-
brables.
Ces microbes furent isolés avec grande facilité. Sur agar simple, ou agar glycériné, ils se présentaient en colonies
rondes, d’un peu plus d’un millimètre de diamètre, d'aspect
tout à fait blanc et ne présentant aucune saillie. Ces cultures se développaient du jour au lendemain à la température de 39°; sur pomme de terre, l'aspect des cultures était gris.
La recherche du bacille de Koch dans les produits de culture resta toujours infructueuse.
Le brun de Bismarck montra des bacilles assez gros, colorés en jaune brunâtre.
Le bleu de méthylène donna de meilleurs résultats et permit d'établir les caractères morphologiques de ce microbe.
L'examen microscopique des cultures sur agar fit voir
deux sortes d'éléments figurés, entremèêlés ; c'était des mi-
crocoques et des bacilles.
Les microcoques se montrèrent, soit isolés, soit par groupes.
Les bacilles plus ou moins longs semblaient formés d’articies; quelques-uns présentaient à leurs extrémités une tête arrondie (haltères).
Les cultures sur pomme de terre ne montrèrent que des
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microcoques en abondance réunis en gros amas zoogléiques.
Donc, en se servant des produits d’une vache considérée comme tuberculeuse, Leroy avait observé un e maladie infectieuse et inoculable, caraotérisée par la présence d'un microorganisme à morphologie variable— microcoque zooglées, bacille — et différenciée de la tuberculose vulgaire par sa tendance à se localiser et à ne se généraliser jamais.
Antérieurement à cette note, M. Leroy (1) avait eu l’occasion d'observer, quelques jours avant la mort, chez un homme atteint de myélite centrale ascendante, la formation d’un abcès caséeux à la marge de l’anus. L'examen bactériologique lui démontra qu’il ne s'agissait pas de tuberculose commune, et il supposa qu'il avait eu affaire à une tuberculose atypique.
M. L'poux-LesarD (2) étudia sur le cobaye la pseudotuberculose par ingestion. Il se servit à cet effet de cultures de zooglées et de cultures du microbe de MM. Charrin et Roger. Il put constater que la maladie évoluait, tantôt avec une forme aiguë, tantôt avec une forme lente.
Dans la forme aiguë, la mort arrivait au bout d’une ou deux semaines. Les lésions consistaient surtout en Phypertrophie et le ramollissement des ganglions abdominaux et en une éruption granuleuse de l'intestin et du foie. Ces granulations avaient surtout leur siège d'élection sur le cœcum. Le rein ét les poumons ne présentaient rien d’anormal.
Dans la forme lente, la mort, quand elle survenait, n’arrivait qu'après plusieurs semaines. Les lésions intestinales étaient ordinairement bien réduites; au cœcum, elles affec-
(1) Leroy, Myélite aiguë ascendante centrale (Tribune médicale, 23 janvier 1890).
(2) Ledoux-Lebard, Znfection pseudo-tuberculeuse par les voies digestives {in Études sur la tuberculose de Verneuil, 1891, p. 12).
Se AU laient l'apparence de petites plaques caséeuses. Les lésions dominantes siégeaient dans le foie et dans les ganglions de l'abdomen.
Le groupement cellulaire de ces pseudo-tubercules n’offrit rien de particulier, si ce n’est l'absence ordinaire des cellules géantes; les granulations étaient du type lymphoïde.
Dans les deux formes, rapide ou lente, la méthode de Kühne ne put mettre en évidence le microbe pseudo-tuberculeux, soit dans l'intestin, soit dans le foie.
Ledoux-Lebard attribua ce fait à ce que, le microbe ayant traversé l'intestin, ce passage avait pu modifier sa vitalité et par conséquent sa colorabilité.
Ledoux-Lebard termina cette étude en comparant entre elles les voies d'absorption, au point de vue de la rapidité et de la certitude de l'infection. Il a donné la‘classification suivante établie dans l’ordre décroissant : 1° inoculation dans le sang, 2° voies respiratoires, inoculations intra-trachéales ; 3° inoculation péritonéale; 4° inoculations sous-cutanées ; 5° ingestion.
Voici maintenant une des plus intéressantes observations que nous ayons pu recueillir. [ci se trouvent réunies à la fois la clinique, la bactériologie et l’expérimentation. Nous transcrivons en entiér cette observation due à MM. Du CazaL et VaiLLaRD (1), du Val-de-Grâce:
Au mois de mai 1890, a succombé dans le service de l’un de nous un malade atteint d'une affection aussi singulière par ses symptômes et son évolution que par la nature et la localisation des lésions qui la
caractérisaient. Au foyer de celles-ci existait à l'état de pureté un bacille spécial
(1) Du Cazal et Vaillard, Sur une malalie parasitaire de l’homme transmissible au lapin (Annales de l'Institut Pasteur, 1891).
dont les cultures, inoculées au lapin, ont déterminé sur cet animal la reproduction àpeu prèsexacte des altérations observées chez l'homme.
Cette affection, de cause microbienne, ne paraissant correspondre à aucune des maladies actuellement décrites en pathologie humaine, nous avons cru utile d'en donner mention.
Nous relaterons d'abord l'observation clinique et les détails de l’autopsie, puis les recherches bactériologiques et expérimentales auxquelles le fait a donné lieu :
« M. P..., âgé de trente-trois ans, médecin de deuxième classe de la marine, entre à l'hôpital du Val-de-Grâce, le 28 avril 1890.
» C'est un homme. exceptionnellement fort et vigoureux ; il est très gras et présente en même temps des masses ‘musculaires herculéennes. |
» M. P... a eu, étant aux colonies, il y a plusieurs années, une dysenterie qui a plusieurs fois récidivé.
» Il se plaint de souffrir depuis longtemps d’une dilatation de l’estomac, qui à été, dans ces derniers temps, très améliorée par des prises de naphtol.
» Le malade s’est senti plus souffrant vendredi 25 avril; il a pris le lit le 26. Le 29, se sentant plus mal, il a fait prier un de ses collègues de venir le voir ; celui-ci, trouvant son état assez alarmant, demande son admission immédiate à l'hôpital du Val-de-Grâce. Nous voyons M. P... pour la première fois, ce même jour à trois heures. Il est très agité, ne pouvant trouver dans son lit aucune position satisfaisante, et nous dit n'avoir pu dormir depuis deux jours. Son œil est brillant ; son pouls est plein et large. Sa langue est blanche sans rougeur sur les bords. |
» Pas de céphalalgie proprement dite, mais cependant le malade dit que sa tête est lourde. Température axillaire : 3803.
» Les viscères abdominaux paraissent avoir leurs dimensions normales ; pas d'apparence de dilatation stomacale.
» À la palpation, le ventre ne présente qu'un peu de sensibilité sans localisation précise ; il y a un peu de diarrhée depuis deux jours, et le malade. se plaint très vivement de tranchées extrêmement violentes et douloureuses.
» L’auscultation ne révèle rien dans les poumons ; le malade ne tousse pas et n'a jamais toussé.. Aucun trouble apparent du côté du cœur.