NON
AMRUsCH (1) observa le phénomène contraire. Cet auteur décrit une forme zoogléique dans laquelle les microorganismes fixent les mêmes substances colorantes que le bacille.
Il a vu des bâtonnets, plus épais que les bacilles, se colorant médiocrement, mais contenant des spores qui pren- nent une coloration foncée et dont le nombre est variable.
A un fort grossissement, il a constaté que ces bâtonnets et ces spores forment des agglomérations réunies par une substance fondamentale.
Il a obtenu des cultures prises des zooglées tuberculeuses.
On voit que, jusqu'à présent, tous les auteurs cités s’accordent à reconnaître quil existe des pseudo-tuberculoses microbiennes où on ne trouve pas le bacille de Koch.
Telle n’est pas l'opinion d’OBrzuT (2). Cet auteur déclare qu'il n’existe aucun cas de tuberculose dans lequel on ne. puisse, par une bonne méthode, déceler la présence du bacille de Koch. Les microorganismes que Malassez et Vignal regardent comme zooglées n'existent pas indépendamment des bacilles, et leur présence tient ou bien à ce que la méthode de coloration employée par ces auteurs favorise le fractionnement des bacilles, qui prennent alors l’aspect de coccus, ou bien a rendu visibles leurs spores seuls, grâce à une discontinuité dans la coloration. |
On sait eueffet qué le bacille de Koch n’a pas la forme d’un bacille au sens strict du mot, mais se présente sous l'aspect de granulations rondes ou un peu allongées, de grosseur par- - tout uniforme, le nombre des granulations qui entre dans la constitution d’un bacille étant du reste variable,
(1) E. Amrusch, Ueber eine Zooglæa Form des Tuberkel-Organismen (Wien. med. Jahrb., p. 291, 1886).
(2) André Obrzut, Contribution à la morphologie des bacilles tuberculeuæ, et à la tuberculose zoogléique (Archives slaves de biologie, t. T, p. 174, 1886).
NS
L'opinion d'Obrzut nous paraît difficilement soutenable. A l’époque où il l’'émettait, des travaux sérieux, ceux de Malassez et Vignal, ceux d'Eberth, pour ne citer que ceux-là,
avaient paru. Bientôt d’autres recherches furent signalées,
allant à l'encontre de cette opinion, qui, d’ailleurs, n’a pas fait grandbruit autour d’elle.
L'observation qui suit est intéressante à plus d'un titre.
Elle est due à M. CHANTEMESSE (1). '
En octobre 1885, le docteur Terrier remit à Chantemesse des tubes fermés à la lampe, qui contenaient des fragments d’ouate. | FN es
Sur cette ouate, M. Terrier avait filtré une centaine de litres
d'air puisé dans des salles où des tuberculeux allaient se soumettre à des inhalations médicamenteuses.
- M. Chantemesse introduisit ces fragments d'ouate dans le péritoine de quelques cobayes, avec les précautions antiseptiques habituelles. La plaie suturée se réunit par première
intention, et, trois jours après, les animaux étaient en parfaite
santé. Ils maigrirent pourtant peu à peu, et moururent tous à peu de jours d'intervalle, dans la première quinzaine de décembre 1885.
A l'autopsie, {ous ces animaux présentèrent sensiblement
les mêmes lésions.
Ces lésions prédominaient dans la cavité abdominale. Elles
étaient constituées macroscopiquement par des nodules de dimensions variables, les uns à peine visibles à l’œil nu, d’au-
tres gros comme des pois. On en trouvait dans les ganglions mésentériques, dans la rate hypertrophiée, et dans le foie.
. Les nodules les plus volumineux des ganglions et de la rate
(1) A. Chantemesse, la Tuberculose zoogléique (Anral. de l’Inst. Pasteur, mars 1887).
SRE avaient subi, à leur centre, une caséification analogue à celle qui siège au centre des tubercules ramollis.
Le gros et le petit intestin' étaient sains. Les poumons présentaient des granulations semblables à celles du foie, mais beaucoup plus discrètes. Elle paraissaient être de date plus récente.
Après avoir rendu compte des résultats macroscopiques de l’autopsie, Chantemesse ajoute : « Les lésions que nous venons de décrire avaient à l'œil nu tellement l'apparence de tubercules ordinaires que nous avons cru tout d’abord qu'il s'agissail de cette maladie; aussi n’avons-nous pas, par une négligence très regrettable, tenté de faire des cultures et des inoculations en série. »
Voici quels furent les résultats de l'examen microscopique. Cet examen porta surtout sur des coupes du foie. Ces coupes, après coloration par le picro-carmin, montrèrent des lésions qui se rapprochaient beaucoup des altérations tuberculeuses.
Autour des granulations, le tissu voisin est en réaction inflammatoire.
Les grosses granulations ont en général perdu leur partie centrale et paraissent formées de deux zones concentriques. La plus externe, celle qui touche au tissu sain, montre des cellules hépatiques modifiées, se colorant mal, paraissant à l’étroit dans le réseau capillaire rempli de globules blancs. La zone intérieure contient des cellules hépatiques vitreuses : difficiles à distinguer, noyées dans une accumulation de leucocytes dont les noyaux se colorent fortement.
Les granulations de volume moyen présentent également deux zones concentriques, mais leur centre est de beaucoup le plus intéressant. Il est constitué par des leucocytes dont la plupart sont réduits à leur noyau; on y trouve encore, au nombre de six ou sept, des masses, les unes plus
PS; ps grandes, d’autres moins volumineuses, d'apparence homogène ou finement granuleuse, entourées de globules.
L'acide acétique mit en évidence leur nature granuleuse. Elles apparurent comme formées par une accumulation de petits grains arrondis ayant de 0 m5 à 046, placés irrégulièrement les uns à côté des autres.
Afin d'arriver à des déterminations plus exactes, Chantemesse mit en œuvre les procédés de coloration des microorganismes.
En premier lieu, la méthode d’Ehrlich permit de constater l'absence complète des bacilles de la tuberculose. La méthode de Gram colora les préparations-avec une intensité telle qu’on n'apercevait qu'une masse opaque de matière colorante.
Ce furent les méthodes que Malassez et Vignal avaient déjà employées pour colorer leurs zooglées et celle de Lüffler (bleu de méthylène et potasse), qui donnérent à M. Chantemesse les meilleurs résultats, et voici ce que cet observateur put constater :
« La néoproduction est encastrée dans le tissu du foie avec lequel elle se continue par une ligne de démarcation assez diffuse. À ce niveau, les cellules hépatiques ont conservé leurs caractères, bien qu’elles aient subi un mouvement de compression latérale par l'accumulation de globules blancs dans les capillaires.
» Immédiatement en dedans, une zone est formée de cellules hépatiques vitreuses et incolores ayant subi la nécrose de coagulation. Dans les capillaires qu'entourent ces cellules dégénérées, on trouve une assez grande quantité de globules blancs colorés en bleu. Enfin, la tache centrale contient deux choses : des fragments de leucocytes en grand nombre, et, au milieu d'eux, des masses irrégulières plus ou moins volumineuses qui ont pris la couleur bleue avec une grande in-
tensité.
». Quand on examine ces masses avec un objectif à immer- .
sion homogène, on reconnait qu’elles sont formées par une accumulation de fins microcoques plongés dans une gangue unissante.
» À la périphérie de ces masses zoogléiques, où l’accumulation de microorganismes est moins grande, on peut juger de leur forme et de leurs dimensions. Ils mesurent de Ou 5 à0p6; un de leurs diamètres prédomine un peu sur l’autre. Ils sont tassés sans ordre les uns à côté des autres dans la substance grenue qui les entoure; parfois cependant ils s'alignent sous l'apparence d’un court chapelet. »
Dans la rate et dans les ganglions mésentériques, où les
néoplasies étaient plus anciennes, les microorganismes ne
purent être colorées. Les granulations plus jeunes du pou-
mon présentèrent à leur centre des zooglées de coccus.
M. Chantemesse résume ainsi ses observations :
« Au point de vue anatomique, on peut résumer en peu de mots les lésions que nous venons de décrire. Ces productions étaient formées par des infiltrations lymphoïdes accompagnées de dégénérescence vitreuse des tissus. Au centre des néoplasies jeunes, existait une accumulation microbienne qui avait étéla cause de cette nécrose de coagulation et de la réaction inflammatoire. Avec l'ancienneté des lésions, la forme histologique variait un peu; la zone de démarcation avait une organisation plus ou moins apparente, suivant l’état de mort, de dégénérescence ou de disparition des microbes, mais la qualité de l’altération ne changeait pas; c'était toujours une suppuration chronique avec nécrose.
» Au point de vue pathologique, on ne peut douter qu’il s’agisse ici d’une maladie infectieuse et parasitaire. Son origine
chez nos animaux par l'insertion, dans la cavité péritonéale,
de fragments d’ouate contaminée ; la marche des lésions qui ont atteint les ganglions mésentériques, la rate, le foie, en
SRE
dernier lieu le poumon, et enfin la présence de microorganis-
mes au centre des granulations récentes, plaident en faveur de cette opinion.
» Nous croyons avoir observé la tuberculose zoogléique, telle que l'ont décrite Malassez et Vignal, Nocard, Eberth. » M. Chantemesse, se livrant à des considérations générales, déclare que, théoriquement, il ne lui paraît pas impossible que l’homme soit atteint par une semblable maladie, et ajoute
qu’on ne peut, d’après les lésions observées chez les animaux,
induire ce que serait la tuberculose zoogléique chez l'homme, : puisque la tuberculose vulgaire, ulcéreuse chez l’homme, peut tuer certains animaux sans leur donner des cavernes pulmo-
- naires.
En 1888, sur un lapin qui dépérissait, EserTH (1) trouva par hasard à l’autopsie des lésions péritonéales ressemblant à | de la tuberculose. Au microscope, les nodules étaient formés
de cellules de pus; on n'y trouvait pas de cellules géantes. En
colorant avec le bleu de méthylène en solution potassique, on voyait au centre des nodules des amas de microbes que lon aurait pu prendre à première vue pour des microcoques. Mais
ils sont formés par des bâtonnets deux fois plus longs que
larges, et deux ou trois fois plus épais que le bacille de la tuberculose. Ils présentent des condensations du protoplasma, tantôt on trouve un point à chaque extrémité, tantôt un point unique au milieu. Ils sont fréquemment disposés en chainettes.
On rencontrait, en outre, une variété un peu différente et pou-
vant facilement être prise pour un microcoque. Dans ce cas le bacille est plus court, sa largeur est les deux tiers de sa longueur.
Les procédés de Gram, d’Ehrlich, etc...,le colorent mal.
(1) Eberth, Zur Bacillen der Pseudotuberculose des Kaninchens (Arch. für path. An. und Phy., Band CII, Heft 3, p. 488).
Sas C’est le réactif de Lôüffier, qui le colore le mieux (30 centimètres cubes de solution alcoolique concentrée de bleu de méthylène + 100 centimètres cubes d’une solution de potasse à 1/10000). Laisser de six à sept heures à colorer, laver à l'alcool, décolorer à l’acide nitrique.
Les conditions particulières dans lesquelles l’autopsie s’est faite n’ont pas permis de faire des cultures.
Jusqu'à ce moment, la généralité des auteurs s'accorde à reconnaître que, à côlé de la tuberculose de Koch, il ya place pour la tuberculose zoogléique.
Cette dernière forme était la seule bien observée. Mais d’autres formes de tuberculose allaient surgir dans lesquelles on ne trouvait ni le bacille de Koch, ni les zooglées de Ma-
lassez et Vignal.
Le 5 juin 1887, en faisant l'autopsie d’un cobaye mort spontanément, MM. CHarRin et ROGER (1) trouvèrent le foie et la rate de cet animal remplis de nombreuses granulations miliaires tout à fait semblables à celles de la tuberculose.
En l'absence du bacille de Koch, ils firent des cultures. Celles qui furent faites sur gélatine glycérinée restèrent stériles.
Au contraire, celles sur gélatine ordinaire présentèrent au bout de quarante-huit heures de petites colonies blanchâtres quiaugmentèrent les jours suivants, sans liquéfier la gélatine.
Il fut reconnu que Pagar, la pomme de terre, le bouillon, étaient aussi d'excellents milieux.
Le microscope montra qu'il s'agissait d’un petit bacille long de 1 p sur gélatine, de ? 4 sur pomme de terre.
(1) MM. Charrin et G.-H. Roger, Première note sur une pseudo-tuberculose bacillaire (in Société de biologie, 17 mars 1888).