‹ Des Psychopathies Consécutives Aux BrûluresChapitre 17 sur 34 · PTS · texte numérisé non relu

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l'autopsie : hyperémies, congestions seraient des effets consécutifs à l'infection et à l’intoxication. Ces recherches ont été confirmées par celles Beltencourt-Rodriques et de Chevalier-Lavaure.

Etudions maintenant le dernier mécanisme qui nous permette d'expliquer la production de la psychopathie par la brûlure, c’est-à-dire le shock nerveux. À chaque pas dans la pathologie les violences sont considérées comme l’une des eauses les moins contestables des différentes lésions de l’organisme. Le trauma altère les tissus et constitue un lien de moindre résistance ou s'édifiera le processus morbide. Il en est de même au point de vue des psychopathïes, et on a décrit un grand nombre de troubles mentaux reconnaissant pour cause unique le traumatisme.

Pour Charcot et son école trois éléments sont à considérer ; le traumatisme, l’émotion, la prédisposition. Parmi ces trois facteurs l'émotion est le plus important. Verneuil pense que le trauma donnerait lieu à des vibrations plus ou moins fortes troublant l'équilibre de la masse cérébrale. Van Deventer insiste sur l'influence du shock moral.

Quoiqu'il en soit, on ne peut nier que la brûlure ne ‘ puisse agir comme un véritable traumatisme. Elle détermine en effet un traumatisme physique souvent très grave. De plus, -par les circonstances fréquemment dramatiques, dans lesquelles elle se produit, elle détermine chez la victime par la profonde émotion qu’elle cause, un traumatisme mental très violent.

Ine faut pas perdre de vue la grande valeur patho-

génique de ce shock mental qui peut dominer toute la scène morbide et suffire, alors qu'il n’y aurait qu'une lésion physique insignifiante, à déterminer la psychopathie, On a même cité un grand nombre de cas où il l'a causée à lui seul en l’absence de toute lésion. Ce sont ces cas que les Anglais connaissent sous le nom de «fright neurosen », névrose par frayeur, et les Allemands sous le nom de « Schrecklähmungen » paralvsies par frayeur.

Enfin, à côté du choc mental brusque, résultant de l'émotion violente ressentie au moment de l'accident ; il ne faut pas non plus négliger les chocs moraux répétés qui résulteront quotidiennement chez le sujet de la constation de sa lésion. C'est ainsi par exemple, qu'il faudra tenir compte chez une femme émotive des regrets intenses que détermineront chez elle la perte de sa beauté par suite de la cicatrisation défectueuse d'une brülure de la face.

Nous allons maintenant appliquer ces notions à la discussion de nos observations et voir si elles nous per-

mettent d'expliquer tous les cas que nous avons présenté.

Discussion de l'observation I

Dans cette observation, la notion du shock nerveux passe au second plan. En effet, rien ne vient nous prouver qu'il y ait eu choc intense. Au moment de l’aceident, ce malade n’a pas perdu connaissance, il a con-

servé tout son bon sens. Même pendant les cinq ou six

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premiers jours, alors que la fièvre était assez forte, il n'a présenté aucun délire, aucun trouble mental. La nuit le sommeil était calme, sans cauchemars, interrompu seulement par des geignements assez fréquents, déterminés par la douleur que causaient les plaies. Ce n'est que le sixième jour après l’accident, qu'est apparu le délire que nous avons décrit. Or, si nous étudions de près ce délire, nous verrons qu'il présente bien le type clinique spécial des délires d'intoxication. C'est ce caractère clinique du délire, qui nous permettra d'’aftirmer que le mécanisme par lequel la brûlure la produit est bien le mécanisme de l'auto-intoxication. -

Dès 1893, au Congrès des médecins-aliénistes de la Rochelle et MM. Régis et Chevalier-Lavaure ont pu établir que le type clinique du délire d'intoxication était un type bien déterminé, bien spécial, se. distinguant complètement du délire vésanique de l'aliéné. Sa principale caractéristique est de se rapprocher de l'état de rêve. Ils le décrivirent sous le nom de délire onirique. Ce délire peut se présenter à plusieurs degrés. Dans un premier degré, il est exclusivement nocturne survient à la tombée de la nuit ; les hallucinations surtout visuelles ont un caractère pénible et même le plus souvent terrifiant. Ce délire est souvent professionnel. Le malade peut, soit assister simplement à son délire, soit le vivre en poussant des cris en faisant des gestes. Mais quelque soit l'intensité des phénomènes délirants, on peut toujours l’en tirer par une interpellation vive ; il répond et retombe aussitôt dans son rève. Sorti de ce délire, il n'en garde qu’un souvenir-confus. Le jour

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il est tout à fait lucide ou quelquefois an peu somnolent et hébété.

A un degré plus avancé, le délire apparaît pendant le jour, durant quelques instants. Le malade mêle alors les chimères du rêve aux réalités de la vie. Dans les intervalles il reste l'intelligence obnubilée, hébété, stupide et présente alors le tableau de Ia confusion mentale... ‘

Enfin, à un degré plus loin, le délire est continu avec exaspération vespérale et nocturne ; le malade vit continuellement dans son rêve, agit comme si c'était la réalité ; il est, en somme, comme un somnambule.

En résumé : les délires toxiques naissent la nuit dans l'état hypnagogique, sont constitués par des associations automatiques et hallucinatoires d'images et de souvenirs antérieurs, et lorsqu à un degré plus marqué, ils persistent le jour, c'est par une sorte de continuation diurne du rêve délirant qui s’est prolongé après un réveil resté incomplet. Les trois éléments qui dominent leur symptomatologie sont donc : l’état de rêve, la confusion mentale, l’amnésie des faits récents.

Voyons maintenant si le délire observé rentre bien dans cette catégorie :

C’est d’abord un délire nocturne. Les hallucinations visuelles y dominent: ces hallucinations présentent souvent un caractère terrifiant.-C'est un délire profes- -sionnel : le malade se voit avec ses camarades poussant le charriot. Il vit son rêve; exécute des actes comme fait le somnambule, parcourt la salle, évite les obsta-

cles, répond aux questions des malades qu'il prend

pour ses compagnons de travail, Il puise aussi le sujet de son rêve dans sa vie passée ; il se voit dans sa famille, cause avec sa femme, discute avec sa belle-mère. Le jour, il conserve une sorte d’hébétude la ravalant à létat d'un enfant inconscient. Il fait ses besoins partout et ne garde auçun souvenir des actes exécutés pendant son délire.

Il suffit de comparer ces faits tirés de l'observation avec les caractères théoriques que nous avons donné ci-dessus pour conclure : il s’agit bien ici d'un délire d’auto-intoxication. |

Il faudrait, pour compléter cette discussion, amener à l'appui de notre opinion des preuves expérimentales de l’intoxication, telles que des troubles digestifs, des troubles circulatoires, des troubles nerveux, comme l’exagération des reflexes, le tremblement, l'inégalité pupillaire, qui sont, pour ainsi dire, les signes physiques décelant l’intoxication de l'organisme. Mais ces signes n'ont pas été relatés dans l’observation que nous avons citée. Tout ce que nous savons, c’est que les urines, peu abondantes pendant le délire, ont augmenté énormément à la fin, provoquant ainsi une espèce de crise. En même temps que cette crise urinaire, il y au- rait eu une crise sudorale. Or, ces faits cadrent parfaitement avec l'hypothèse de l’intoxication. Quant à l’analyse des urines, elle a été faite trop tard et ne présente, de ce fait, aucune valeur.

Nous pouvons. maintenant essayer d'aller plus loin encore dans notre analyse et nous demander comment la brûlure a pu produire l’auto-intoxication.

L'auto intoxication, admise surtout depuis les travaux de Bouchard, est un empoisonnement de l'organisme résultant de la rupture d'équilibre entre la production des poisons incessamment formés dans l'organisme et leur élimination. Elle peut done se présenter sous deux formes : soit production exagérée de poisons, soit élimination insuffisante. Ici, les deux formes paraissent se réunir dans une certaine mesure. Nous avons, d'une part, formation des poisons spéciaux dont on a constaté l'existence chez les brûlés, auxquels sont venus s’adjoindre les poisons bactériens de la suppuration ; d’autre part, élimination insuffisante par insuffisance sudorale et par insufisance rénale, dont nous avons eu un commencement de preuve dans la diminution de la quantité d'urine chez notre malade. |

! Discussion de l’observation II.

Cette observation ressemble beaucoup à la précédente ; aussi n’en ferons-nous pas une étude détaillée, Il nous suffira de faire observer que le délire qui y est décrit présente bien le caractère des délires d'intoxication avec état de rêve et confusion mentale. Cependant, dans ce cas, il faudrait faire une part au traumatisme. Nous avons vu, en effet, qu'iciles facteurs étaient multiples et qu'il fallait incriminer la fracture au même titre que la brûlure dans létiologie de la psychopathie.

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Discussion de l'observalion LIT.

Ici liutoxication parait avoir joué un rôle effacé. Cependant, outre Fauto-intoxication due à la brûlure, il y à eu encore les poisons bactériens dus aux plaies qui ont suppuré pendant quatre mois. Malgré cela, le malade n’a présenté que légèrement les signes cliniques de l’intoxication. Il a eu pendant lo nuit des cauchemars violents dans lesquels il revit l'accident. Pendant la journée, il est un peu affairé, désorienté, s'intéressant peu à ce qui se passe autour de lui. Mais à aucun moment de la journée il ne présente de délire, Ce tableau cadre assez avec ce que nous avons dit du premier degré du délire d'intoxication. Mais ces phénomènes d'intoxication ne se sont présentés que les premières nuits pour disparaître ensuite. Le malade était complètement guéri en sortant de l'hôpital : ils n’ont donc rien à voir dans la genèse de la névrose qui a été constatée plus tard.

Le shock nerveux, au contraire, a été très intense ; le malade a eu une vive frayeur. Parmi les phénomènes dus au shock il faut distinguer deux groupes : ceux qui se sont produits au début en même temps que les phéuomènes d'intoxication, c'est la crise de nerfs dont nous n'avons pu préciser la nature, c’est letremblement vénéralisé qui aurait duré quelques jours. Un second

groupe de phénomènes est constitué par cette névrose

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