‹ Des Psychopathies Consécutives Aux BrûluresChapitre 31 sur 34 · TO · texte numérisé non relu

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Pour donner un exemple de la façon dont il convient que le médecin-expert se conduise dans ces cas complexes ; nous ne pouvons faire mieux que de donner le rapport suivant, que nous pouvons publier iei grâce à la bienveillance de M. le docteur Dupré. Il s'agit en l'espèce d’une affaire d'assurances.

Affaire Y... contre X...

Consultution médico-légale sur les causes de l’aliénation mentale et de la mort de M. X... rédigée à la demande de la Compagnie Y... par les docteurs Paul Brouardel, membre de l'Institut, professeur de médecine légale à la Faculté de Paris, et Ernest Dupré, professeur agrégé de Psychiâtrie, médecin des Hôpitaux de Paris.

L’exposé résumé des faits sur lesquels porte la consultation qui nous est demandée est le suivant :

M. X..., âgé d'environ 58 ans. clerc-chantre et agent d assurances, se fait, le 18 juin 1902, par suite de la chute d’une lampe à pétrole, une brülure qrave et étendue du membre supérieur droit intéressant au deuxième degré les téguments du tiers inférieur du bras, de l’avant-bras et de la main, et au troisième degré ceux du coude où l’aponévrose est dénudée. Un mois après, le docteur Martin constate que la plaie est en voie de cicatrisation lente mais bonne et certifie que le blessé ne court aucun risque dans sa vie ni dans le rétablissement des fonctions du membre brûlé. Quatre mois après l'accident, vers le 17 octobre, X... présente des troubles psychiques (hallucinations. terreurs, fugues, etc.. dont l’aggravation nécessite, le 26 novembre 1902, deux mois après leur début, six mois après la brûlure, l'internement à l'asile d'alienés de Z... Le 28 avril

1903, quatre mois après son internement, huit mois après le traumatisme initial, M. X... mourait d'apopleæie à l'asile d’aliénés.

La question qui nous est posée est la suivante :

« Est il permis, médicalement, de considérer l'accident du 18 jain 1902 comme la cause directe et exclusive de l’aliénation mentale dont M. X... a été frappé quatre mois plus tard ; et réciproquement cette aliénation mentale peut-elle être admise comme résultant directement et exclusivement de l'accident, sans l'intervention d'aucune autre cause ? »

Si nous avions dû établir avec précision et dans les conditions ordinaires de la clinique moderne l'histoire médicale détaillée des derniers mois de la vie de M. X..., nous regretterions de manquer ici des renseignements nécessaires pour écrire une observation complète: antécédents héréditaires et personnels du blessé, habitude de vie et d'hygiène, état des organes et notamment du foie, du rein et du système artériel avant et depuis la brülure: relation précise et détaillée des accidents cérébraux et des causes de la mort du malade à l'asile de Z... Mais notre tâche, en l’espèce beaucoup plus simple, se limite à la solution du problème étiologique contenu dans la question suivante : L'aliénation de M. X... résulte-t-elle directement et exclusivement de l'accident sans l'intervention d’aucune autre cause ?

Dans ces conditions, nous sommes en mesure, avec les seuls renseignements donnés, d'apporter à la question posée une réponse précise. Ces renseignements nous permettent d'établir le diagnostic rétrospectif des accidents. Ceux-ci ont consisté en affaiblissement psychique profond, hallucinations, idées vagues et absurdes de persécution, confusion mentale, accès de terreur et fugues, désordre et violence des actes, agitation incohérente, redoublement nocturne des accidents hallucinatoires délirants et anxieux, aggravation progressive des

ae

troubles qui nécessitent l'internement, et enfin terminaison

mortelle de l'affection en quatre mois par un accident ultime à forme apoplectique qui indique la nature organique et le siège

cérébral des lésions qui ont déterminé ces symptômes et la

mort.

Les énumérations et la relation évolutive de ces accidents

psychopathiques autorisent à formuler le diagnostic très probable (nous ne disons pas certain en l’absence d’autopsie), de démence organique survenue chez un homme ägé par lésions cérébrales vasculaires.

La forme particulière des réactions morbides (hallucinations, confusion, anxièté, agitation avec exagération nocturne des accidents) décèle presque certainement l'existence d'une äintoæication parmi les éléments actuels de l'affection. Dans l'espèce, la plaie encore en activité des brülures représente une source d'intoxication certaine et une source d'autant plus nocive que le foie et le rein des gens âgés déjà insuffisants par le fait de l’âge à leur tâche antitoxique sont encore plus suspects de déchéance fonctionnelle chez les sujets dont les artères sont malades.

Voici donc quelles sont, suivant nous, le cas présent, la filiation et la subordination réciproque des accidents.

L'altération antérieure des vaisseaux et du cerveau représente la cause foncière, primitive fondamentale de l’encéphalopathie démentielle et apoplectique à laquelle a succombé M. X... La plaie des brûlures représente ia cause occasionnelle secondaire épisodique qui chez un homme âgé au cerveau mal nourri à probablement avancé l'explosion des accidents et déterminé la forme, certainement, sous laquelle se sont manifestés ces accidents. La toxi-infection des brûlures, élément d'accélération dans la marche et d'orientation dans le mouvement des accidents est surtout intervenue dans le tableau morbide pour imprimer à la démence un tour et une couleur spécifiques de son influence.

L'involution démentielle subaïquë d'un cerveau déjà compro-

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