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mis dans sa nutrition par l'âge et l’état de ses artères n'est pas née sous l'influence d’affections intercurrentes très variées. Dans le cas de M. X..., l’histoire de la maladie et de la mort nous fournit les principaux éléments du diagnostic différentiel des causes fondamentales et des causes accessoires de l'état morbide. La démence et la morts’expliquent par l'adultération présénile des artères et la rupture de‘l’une de celles-ci.
Le début räpide, la marche subaiguë, les allures hallucinatoires et délirantes de cette démence agitée s'expliquent par la toæi-infection partie de la plaie des brûlures. |
Nous aboutissons donc aux conclusions suivantes :
M. X... a très probablement succombé à une encéphalopathie organique démentielle secondaire à des lésions vasculaires
déjà anciennes.
Les bruülures graves survenues huit mois auparavant et non. encore cicatrisées ont, non pas créé, mais très probablement avancé dans son apparition et accéléré dans son allure cette affection démentielle lentement préparée par la désorganisation des artères. |
L’insuffisance fonctionnelle des viscères due ‘an mauvais
état des vaisseaux et certainément encore aggravée par la toxi-
infection des brülures a multipiié les effets, sur le cerveau, de l’intoxication d’origine tégumentaire, s’est ajoutée par conséquent à celle-ei pour imprimer aux accidents démentiels leur forme délirante et hallucinatoire et précipiter l’évolution fatale de l’ensemble morbide.
De l’ensemble des considérations précédentes, résulte évidemment que les brûlures ont joué un rôle dans l’affection de M. X... (agoravation et orientation des accidents), mais qu’elles ne peuvent être considérées comme la cause directe et eæclusice de l’aliénation mentale et encore moins de la mort du blessé.
Cas particuliers.
Il nous reste maintenant pour épuiser les problèmes qui se posent au point de vue médico-légal sur les brûlures causes de psychopathies à envisager deux cas particuliers.
C'est premièrement, le cas où une brûlure vient à se produire au cours d’une psychopathie. C’est deuxièmement, le cas ou une psychopathie éclate chez un brülé, très longtemps après la brûlure et sans relation visible avec elle, Dans ces deux cas en effet, il faut se demander si du fait de la brûlure il y aura une modification
quelconque de la psychopathie.
Premier cas. — Brülure au cours d'une
psychkopathie.
I vient à se produire une brûlure au cours d'une psychopathie. La question qui se pose c'est de savoir si la psychopathie sera modifiée. Nous avons vu que chez un sujet sain, de graves brülures peuvent parfaitement survenir sans donner lieu à aucun trouble mental, C’est ainsi que nous avons cité la thèse de Adrien Leconte ou sont rapportés des cas très graves de brùlure du crâne sans que pour cela on ait observé le moindre trouble psychique ultérieur, Mais en est-il de même, chez un sujet dont l'équilibre mental est déjà
compromis.
ET UR ee
Dans certains cas il peut en ètre ainsi, C'est ainsi que M. le professeur Jo/ffroy (1) a rapporté un cas de bralures profondes chez une mélancolique analyésique sans que les troubles psychiques aient été aggravés du fait de la brûlure.
Voici cette observation résumée
Observation
Femme âgée de 36 ans, appartenant par sa mère à une famille de névropathes et d’aliénés, est restée bien portante jusque vers la fin de 1898. Elle devient alors, à la suite d’un chagrin de famille, triste, sombre. inquiète. Elle digère mal, dort à peine; et son sommeil est troublé par des cauchemars. Elle reste dans cet état de dépression pendant toute l’année 1899, et c'est seulement en décembre qu’éclatèrent des accidents aigus constitués par un état d’anxiété très vive, par des idées délirantes d'auto-accusation et par des hallucinations de l’ouie et de la vue : la malade voit apparaître son frère mort depuis un an. etc... Elle présente, en un mot, d’une façon bien nette, l'ensemble des symptômes que nous désignons sous le: nom de délire mélancolique.
Le 30 décembre, l’état de la malade s'étant aggravé, on se décide à l’interner. Son excitation était alors si vive que l’intervention des agents fut nécessaire pour la faire monter dans le fiacre. + ”
À peine installée dans la voiture, la malade, en proie à un délire hallucinatoire très actif, entendit la voix de son frère lui commander de se mettre à genoux. Elle obéit et s’agenouilla
(1) Joffroy. Journai des Praticiens du 5 juin 1904.
sur la chaufferette placée à l’intérieur de la voiture. Par un malheureux hasard, cette chaufferette était à une température très élevée. Cependant, la malade ne parut pas s’en apercevoir. Une fois à genoux elle se calma, de sorte que son mari qui l'accompagnäit, craignant de la voir s’agiter de nouveau, se garda de la déranger et la laissa dans cette posture pendant toute la durée du trajet, soit pendant vingt minutes enyiron. Elle ne donna, du reste, aucun signe de douleur. et c’est seulement à son arrivée à la préfecture de police que l'on constata aux deux jambes des brûlures étendues et profondes.
Conduite dans le service de la clinique à l’asile Sainte-Anne, la malade ne paraissait éprouver aucune gène de ses brûlures. Sous l'influence de ses hallucinations. elle se lève, elle arrache les pièces de pansement sans manifester la moindre souffrance. On note du reste, chez elle, une analgésie complète de toute la surface cutanée.
Les eschares tombent au bout de quelques jours. On constate alors aux deux jambes, au-dessous de la rotule. une plaie longue de dix-sept centimètres et large de onze centimètres environ ; le ligament rotulien est à nu. et la partie supérieure du tibia est à découvert sur une étendue d'environ trois centimètres. Cependant la malade montre toujours la même insensibilité et supporte les pansements avec une remarquable indifférence.
Mais. peu de jours après, vers le 15 janvier, se manifestèrent quelques douleurs au moment des pansements. La malade eut quelques plaintes et des contractions de la face. Le lendemain et les jours suivants, les douleurs devinrent plus vives et la sensibilité se réveilla en même temps sur toute la surface cutanée. Ô
En mème temps, l'état psychique s'améliorait progressivement, les paroxymes anxieux avaient presque totalement disparu, les hallucinations étaient moins viveset la malade paraissait moins indifférente à ce qui se passait autour d'elle. L'amélioration a continué bien que lentement. L'anxiété a totalement
disparu. Les hallucinations sont de moins en moins actives. L'état général est meilleur. L'appétit et le sommeil sont en partie revenus. [1 existe encore cependant un très léger degré d'hypoalgésie.
Un examen détaillé, en particulier la délimitation du champ visuel, n'a permis de constater chez notre malade aucun signe d'hystèrie. Il n'y a donc pas lieu d'invoquer cette névrose pour expliquer l’analgésie, et c’est bien à la mélancolie qu’elle doit être rapportée.
L'examen de cette observation nous montre donc qu il y a des cas ‘où des brülures, bien que très graves, survenant au Cours d'une psychopatlie, n'auront sur cette psychopathie aucune action. Dans le cas ci-dessus, les brûlures en évolution n’ont pas même empêché l'amélicration progressive de la malade. Mais il est évident qu’on ne peut étendre cette conclusion à tous les cas qui peuvent se présenter. Il faut, en effet, tenir compte des causes multiples dépendant soit du sujet, soit de la nature de la psychopathie dont il est affligé, soit même des modalités différentes de la brûlure.
En effet, à côté de cas où la brülure est restée indifférente, il en est d’autres où elle à modifié l’évolution de la psychopathie. C’est ainsi que cela s’est passé dans l'observation suivante, dont nous pouvons citer un ré-
sumé, grâce à l'obligeance de M. le docteur Bienvenu : Lt +
Observation.
[1 s’agit d'une malade périodique, dont la période excitation et dépression durait- assez exactement. dixshuit jours. L'inter-
valle des périodes paraissait être assez régulier. À la suite d’une brûlure au bras survenue au début d’nne de ses périodes, dans une phase d’excitation, le cycle habituel fut un peu modifié. La dépression arriva quatre jours plus tôt que de coutume,
et l'ensemble maladif dura un grand mois. Depuis ce temps, :
deux nouvelles périodes ont eu lieu, qui, comme avant, ont duré de dix-huit à vingt jours.
Dans ce cas, il semble done bien que la brülure ait eu sur la marche de la psychose une mauvaise influence, puisqu'elle a déterminé une prolongation de la période de dépression. |
Deuxième cas. — Psychopathie chez un ancien brülé.
Il nous faut maintenant envisager le deuxième cas particulier dont nous avons parlé, c’est-à-dire le cas où une psychopathie vient à s'établir chez un ancien brülé. Dans ce cas, en effet, bien qu'on ne puisse établir entre la brûlure et le trouble mental un rapport direct, on peut néanmoins se demander si la brûlure n’a pas causé une prédisposition morbide dont a profité la psychopathie. Nous pouvons appliquer à ce cas ce que certains auteurs ont dit des traumatismes, car nous avons vu que la brûlure pouvait être considérée comme un traumatisme.
Lasègue (1) dit : « Par Le traumatisme la virginité cérébrale est perdue et, après de longues années, on voit
(1) Lasègue. Congrès intérnational de médecine.