‹ Des Psychopathies Consécutives Aux BrûluresChapitre 33 sur 34 · FRS · texte numérisé non relu

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qu'une cause insignifiante fait éclater un délire: » Huguenin (1) cite des cas où une vulnérabilité morale s’est produite, La manière dontle malade sent et pense est comme changée. Il a une hyperesthésie morale, un manque de persévérance dans ses pensées, une réaction morale exagérée contre de petites irritations: Il se trouve à la frontière de la santé et de la maladie. Une cause oceasionnelle insignifiante peut l’entrainer dans une maladie mentale.

Malheureusement, nous n'avons pu trouver aucune

observation à apporter à l'appui de ces opinions.

Internemenl des maladesatteints de psychopathie suite

de brûlure.

Sans cesse, au cours de cette étude, nous avons été obligés de déplorer le manque d'observations qui nous auraient permis d'éclairer par l'étude des faits, certains points spéciaux, ou nous avons été obligés de nous contenter de conjectures. Dans notre premier chapitre, nous avons dit combien la littérature médicale était pauvre en observations de psychopathies consécutives aux brûlures, et cependant ces cas ne sauraient être considérés comme rares. Nous avons fait observer également que cette pénurie d'observations tenait sans doute à ce que les brûlés sont soignés dans les services de chirurgie, où l’on n’a pas pour habitude de s'oceuper

() Huguenin. Zimsens. Handbuch.

de leur état mental. Mais surtout ce qui fait que ces malades sont perdus de vue, c’est qu'aussitôt qu’ils commencent à être génants pour le service, on les isole dans une salle que l’on visite rarement, ou bien on les ‘envoie indistinctement à l’asile d’aliénés.

Dans une brochure parue en 1903, Les Délirants dans les hôpitaux, brochure dont nous allons donner une brève analyse, le docteur Regis s'élève contre cette façon de faire. Il fait remarquer qu'il y a toute une catégorie de malades, parmi lesquels se placent ceux qui victimes d’une infection ou d'une intoxication, ont de la confusion mentale ou du délire ouirique, qu'il y aurait avantage à ne pas envoyer à l'asile d’aliénés. En effet, ce faisant, on leur imprime une tare préjudiciable en les plaçant dans un asile spécial pour une maladie transitoire.

À une discussion sur ce sujet qui eut lieu à la Société médicale des Hôpitaux en 1901, M. le docteur Dupré, faisait remarquer que diriger les sujets de ce genre vers un asile d’aliénés, sur un simple certificat constatant qu’ils troublent le repos des salles, constitue : au. point de vue légal, une véritable atteinte à la liberté individuelle et au point de vue social, une regrettable coutume très préjudiciable aux intéressés.

Mais alors que faire de ces malades ? Il est évident qu'on ne peut les laisser dans la salle commune où ils troublent le repos des autres hospitalisés et où ils peuvent commettre toutes sortes d'actes dangereux pour eux et pour ceux qui les entourent.

Les mêmes desiderata ont été formulés par nombre

de voix autorisées. C’est ainsi qu'en 1901 la société médicale adopte à l’unanimité le vœu de M. Le Gendre: « Que dans chaque hôpital un local soit aménagé spé: cialement pour l'isolement effectif des agités tempo raires ». Ces vœux furént confirmés au Congrès dé ; Limoges.

M. Viallon les formule nettement dans l’'Echo médical de Lyon. Parmi ses conclusions ün peut relever les suivantes :

« Nécessité absolue pour le médecin avant de délivrer un certificat concluant à l’internement, de rechercher si le délire n’est pas provoqué par une maladie aiguë infectieuse.

Redoubler surtout dé prudence dans les cas de confusion mentale hallucinatoire, avec agitation nocturne. »

Il demande enfin « Qu'il soit créé en dehors de l’asile, à l'hôpital par exemple, un service d'admission ou seraient retenus tous les délirants fébriles, tous les intoxiqués. On éviterait ainsi à ces malheureux, curables à brève échéance, ou destinés à une mort prochaine, un internement toujours préjudiciable à eux et à leur descendance ».

Cette tendance à l'installation des délirants non vésaniques dans les hôpitaux ordinaires est également en honneur à l’étranger : en Allemagne, en Amérique, en Angleterre, en Suisse où l’on à voulu créer à l'hôpital cantonal de Genève un service de délirants non soumis à la loi sur les aliénés.

L'accord semble rapidement s'établir sur l’urgente

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nécessité de cette réforme. Le seul point en discussion est la facon de la réaliser. Le docteur Régis préconise non pas l’hôpital spécial pour délirants qui risquerait vite de revenir peu à peu à l'asile d’aliénés ancien ; mais simplement une salle ou un pavillon spécial annexé à chaque hôpital. 4

De cette façon, on peut suivre ces malades, les trier, m'envoyer qu'à bon escient dans les asiles les aliénés dont l’internement s'impose et conserver à l'hôpital pour les guérir les délirants simples, en particulier ceux dont le trouble d'esprit est du à l'influence passagère d’une intoxication ou d’une infection.

De plus, il v aurait là un élément précieux pour l'enseignement psychâtrique. Jusqu'ici les aliénistes ont surtout étudié et fait connaître les maladies mentales des asiles. Quant aux psychoses des Hôpitaux, elles ont en grande partie échappé à leurs investigations en raison du milieu hospitalier où elles évoluent. Or, il ne faut pas oublier que tous ces états que nous pouvons réunir dans leur ensemble sous la dénomination de «délire des Hôpitaux sont précisément ceux qui devraient servir de base à l’enseignement clinique parce que ce sont ceux dont la connaissance importe le plas au praticien.

Aussi avons nous vu pendant notre année d’externat à l'Hôtel-Dieu annexe, M. le docteur Dupré conserver ces malades dans son service et ne les évacuer sur un “asile que dans le cas de nécessité absolue, afin de permettre à ses élèves de s'instruire dans l'étude de ces cas, étude que l’on ne peut faire nulle part ailleurs,

les asiles étant fermés à l’enseignement. Nous avons constaté à cette occasion, combien il était relativement facile, au moyen de quelques précautions aisément réalisables, de conserver ces déments dans les salles'ordinaires sans inconvénient notable pour les autres malades.

Le docteur Régis de Bordeaux a également essayé de combler cette lacune de l’enseignement médical, en adjoignant à son service deux salles d'isolement où les étudiants peuvent faire un stage spécial. Grâce à cette création dit:il: « Nous pourrons à l'épreuve de clinique intérne du doctorat, nous assurer en dounant à examiner au candidat un de ces malades, qu'ils savent au moins reconnaître : une peralysie générale, une confusion mentale, un délire toxique, une démence et que lancés le lendemain avec leur diplôme dans la société, ils ne se prononceront pas sur la raison et la liberté de

leurs semblables sans savoir au moins ce dont il s’agit.

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