LE AD UES
Il faut arriver jusqu’en 1641 à Félix Plater (1), pour
voir enfin écrire que dans la manie c’est le cerveau qui est malade; :l note surtout l'influence des plaies de tête.
Sauvage indique le délire spécial qui saisit les gens de mer et est provoqué par le soleil sous la région tropicale. Il appelle ce délire « la calenture ». D’après lui les malades aperçoivent sur la surface des flots des ombres, des figures d'arbres, des feuilles qui les portent à se précipiter à la mer.
Cullen (2) dit que l’exposition aux rayons directs d'un
, soleil très chaud compte parmi les causes les plus fréquentes de la frénésie. ;
Si nous en arrivons maintenant aux auteurs du xix° siècle, nous voyons Pinel(3) dans son Traitéanalytique de la folie, accuser les plaies de la tête. Cox (4) cite la chaleur et les: causes morales comme les émotions fortes. s
Spurzheim accuse l’ardeur du soleil. Bayle l’insolation qui produirait l’inflammation aigüe de l’arachnoïde. Esquirol, Foville, Ellis (5), Calmeil, Neville (6) accusent également l’insolation. Broussais (7) note l'influence des plaies de tête, de l’inflammation du cuir
(1) Plater. Observationes in hominis affectibus plerisque corpori el animi functis, 1641.
(2) Cullen. Éléments de médecine pratique, 1785.
(3) Pinel. Traité analytique de la folie, 1807.
(4) Cox. Practical observationes on insanity London, 1813.
(5) Ellis. À treatice on the nature of insanity London 1838, p. 52.
(6) Neville. On insanity its nature, causes and cures London,
(7) Broussais. Ze l'irritation et'de'la folie. Paris, 1839.
chevelu. Pour lui, cette inflammation pouvait facilement se transmettre jusqu'au cerveau.
On le voit donc, ainsi que nous le faisions tout à l'heure observer, les auteurs ont étudié la part que : les plaies, l’insolation, le shock moral pouvaient revendiquer dans la production de la démence. Mais, nulle part, on ne trouve dans la littérature médicale de rapprochement fait entre la brülure considérée comme cause et le délire ou la folie consécutive.
Lorsque, dans des observations de psycho-pathologie il est parlé de brûlure, ce n’est que de façon incidente et accessoire, sans renseignements sur le retentissement qu'elles ont pu avoir sur l’état mental du sujet. De mème dans les observations de brûlures prises à d’autres points de vues il n’est jamais fait mention de la mentalité du malade.
Les rares observations que nous avons pu trouver datent de ces dernières années. L'une de Bourneville et Tissier (1) a paru dans le numéro du Progrès méd'ical du 25 janvier 1896. L'autre prise dans le service de M. le docteur Régis, de Bordeaux, par Paul-Etienne Laurenti a fait de la part de ce dernier l'objet d’une thèse soutenue en 1898, thèse dans laquelle il démontre l’origine autotoxique des troubles mentaux succédant à la brûlure et à laquelle nous avons emprunté certains éléments de cette étude,
d) Bourneville et Tissier : Arriération intellectuelle, délire mystique consécutif à une brûlure. Progrès médical du 25 janvier
(2) Paul-Etienne Laurent : Sur un cas de délire chez un brûlé. Thèse de Bordeaux, 1898.
Devant cette pénurie d'observations on . pourrait croire qu'il s’agit là de faits survenant très rarement et dans des conditions tout à fait exceptionnelles. Cependant des accès de démence, suite de brûlures, sont assez fréquemment cités après les grands incendies. Il suffit pour s'en convaincre, de lire dans les périodiques les comptes rendus de catastrophes telles que celles de l'incendie de FOpéra-Comique où du Bazar de ka Charité. Il est vrai que, dans ces cas, il faut tenir compte : de Fémotion violente, du shock nerveux intense déterminé qar la vue des scènes dramatiques auxquelles ont assisté les victimes de ces catastrophes.
Ce qui, à notre sens, a surtout fait négliger cette étude jusqu'ici. C’est que les malades atteints de brûlures sont exclusivement soignés dans les services de chirurgie. Dans ces services où les aliénistes n'éntrent que bien rarement, il n’est point d'usage d'étudier Pétat mental du sujet. Une fois guéri de ses brulures ; s'il présente des troubles psychiques permanents, on Penverra dans un service spécial où lon examinera son état mental, mais on manquera souvent la notion de VPantériorité de la brûlure. Si pendant le traitement éhirurgical de ses lésions le patient vient à présenter du délire aigu et à se rendre impossible en troublant le repos des autres malades, on se contentera le plus souvent de l'isoler jusqu'à cicatrisation de ses plaies et cessation des phénomènes.
Nous allons maintenant exposer les différentes observalions que nous avons pu recueillir et sur la discüssion desquelles nous allons baser cette étude.