‹ Des Psychopathies Consécutives Aux BrûluresChapitre 6 sur 34 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(In thèse de Laurenti, Bordeaux, 1898.

Délire toxique.)

Notre malade est un homme de 33 ans, exerçant la profession de journalier, il est marié, père de deux enfants, l’un de 3 ans, l'autre nouveau-né, l'étude de ces antécédents ne nous à rien révélé d’intéressant.

Antécédents héréditaires. — Son père bien portant dans sa jeunesse, est mort de la variole à l’âge de 27 ans, il n'avait pas d’habitudes alcooliques ; il n'a jamais présenté de troubles nerveux quelconques ; on ne trouve aucune tare vésanique dans sa famille. (Me

Sa mère, vivante encore, est bien portante, elle non plus n’a jamais eu de troubles nerveux d'aucune sorte ses antécédents héréditaires sont. aussi muets à ce sujet.

Antécédents personnels. — De son côté notre malade a toujours joui d’ane excellente santé bien qu’il fût plutôt maigre. Sa jeunesse s’est fort bien passée. Il n’a pas présenié de crises convulsives dans son enfance. La seule maladie infectieuse dont il ait été atteint est la rougeole à l’âge de #4 ans; il n’a pas eu de fièvre typhoïde. Il à fait son service militaire à l’âge de 21 ans. il n’a jamais eu de maladies vénériennes d'aucune sorte, ni blenorrhagie, ni syphilis. En outre, c'est un homme très sobre, bien attentif à son travail, très attaché à sa famille. Il n'a jamais fait d'éxcès de boisson. Ses réponses, confirmées

par celles de sa femme sont très affirmatives à ce sujet et de plus nous avons noté chez lui l’absence complète de toute trace d’alcoolisme chronique; pas de tremblements des mains, pas de rêves habituels à caractère spécial, sommeil très calme, aucun trouble gastrique, pas de pituite matinale, etc...

Histoire de la maladie. — Notre malade se trouvait ces temps derniers employé dans une fonderie de Bordeaux. Le 18 mars 1898, il transportait sur un charivt de la fonte en fusion, lorsqu'un accident fit verser le chariot ; le métal éclaboussa le malheureux de la nuque aux talons, faisant, dit il « comme la traînée d’une fusée de feu d'artifice ».

Le malade qui d’ailleurs n'avait pas perdu connaissance, fut

aussitôt transporté à l'hôpital Saint-André dans le service de M. le professeur Demons. Là on constata sur toute la partie postérieure du corps, des brûlures de gravité diverse. On y voyait les 4 degrés : les plus profondes étaient situées aux lombes, à la jambe gauche et aux pieds. Des pansements furent faits soigneusement à l’aide de l’acide picrique d’abord, puis à la poudre de Lucas Championnière.

Pendantles premiers jours, le malade ne présenta rien d’anormal ; son état général était excellent. Il supportait assez bien ses vives douleurs qui lui arrachaient seulement de temps en temps des cris de souffrance lorsqu'il remuait un peu dans le lit. Ses fonctions digestives s’accomplissaient normalement, l'appétit seul était un peu diminué. Nous n'avons pu avoir de renseignements précis sur les caractères des urines. Ce que nous avons pu savoir seulement, c'est qu’elles étaient peu abondantes. Il nous faut noter en outre un peu de fièvre irrégulière vespérale qui ne dura pas longtemps.

Au bout de quelques jours, la chute des eschares eut lieu, laissant place à une suppuration peu abondante du reste ét qui persista seulement en certains points.

Les choses en étaient là, lorsque, le 28 avril, le malade dût être transporté dans une salle d'isolement et c’est là que nous le vimes. Ce transport avait été nécessité par le désordre qu'il

causait dans la salle, surtout la nuit. Voici ce qui s'était passé: Le jour même de l'accident, nous l’avons vu, le malade

n'avait pas perdu connaissance. [l avait conservé tout son bon sens. même pendant les quatre ou six premiers jours, alors que la fièvre était assez forte. il n'avait présenté aucun délire, aucun trouble mental. La nuit, son sommeil était assez calme, interrompu seulement par des geignements assez fréquents. Vers le sixième jour son attitude commença à changer ; nous n'avons pas vu le malade à cette époque, maïs les récits de la sœur et de ses voisins de lit concordant très hien entre eux, nous avons pu nettement reconstruire l'histoire.

Le sixième jour, dans la journée, le malade avait présenté un cnrtain état d hébétude. Il était comme un dément, comme un enfant ; on lui faisait faire ce que l'on voulait. Il agissait machinalement, sans comprendre, ne songeant qu’à boire et à manger. Il était incapable d’uriner tout seul, de faire ses besoins. Cependant le malade ne délirait pas encore, ce n’est que le soir. vers huit heures et demie, qu'il entra dans son délire.

Paraissant absolument insensible, il se mit à défaire ses pansements, laissant à découvert ses plaies qui ne le faisaient plus souffrir ; il alla même jusqu’à se mettre tout nu. De sa bouche sortaient toujours les mêmes phrases ; il parlait de sa femme, de ses enfants ; il se mettait en discussion avec sa belle-mère. Un autre ordre d'idées se montrait aussi dans ses discours : c'était le souvenir de sa vie d’atelier. [1 se revoyait à son travail; mêlant le geste à la parole, il avait l'air de pousser son charriot ; il causait à haute voix, semblait être avec ses camarades. Un de ses voisins l’interpellait-il, sa réponse paraissait adressée à un de ses compagnons de travail. En outre, le malade, tout nu, parcourait la salle, mélant la réalité à son réce. Comme le somnambule, il allait évitant les lits, les obstacles qui se trouvaient sur son passage. Quand il voulait se recoucher, il ne retrouvait plus son lit. Quelquefois. il faisait ses besoins par terre, à côté de son lit ou au bas de l’autel. Bref, il

était dans un état de démence complète et, pendant plusieurs nuits, ce fut dans la salle le même remue-ménage.

Dans son délire, le malade ne paraissait pas voir des animaux, des objets terrifiants, si lon en croit les récits de ses voisins.

Le premier jour, le délire dura jusque vers quare heures du matin, heure à laquelle, épuisé de fatigue. il s'endormit. Les jours suivants, le made était un peu moins agité; mais il fallait toujours qu’il se levät ; il ne pouvait rester au lit ni garder ses pansements qu'il arrachait. En outre, s’il n'avait pas l’air de faire des rêves terribles, il était très sensible à l’effroi. C'est ainsi qu'une nuit, un malade s’étant levé pour aller aux

cabinets, et avant mis sa capote sur la tête, il fut effrayé et se

mit à courir sans souci de ses plaies.

Pendant la journée, le délire persistait encore, mais moins violent. Ce qu'on remarquait surtout, c'était un état d’hébétude. de torpeur intellectuelle très marquée.

Sur les plaintes de toute la salle. le malade fut isolé. Pendant quelques jours, les mêmes symptômes durèrent encore. Le malade ne savait absolument pas ce qu'il faisait; il allait, nous dit son infirmier, jusqu’à boire son urine. C'est vers cette

époque que nous eùmes l’occasion de le voir.

20 mai 12898. — À cette date, le calme commençait à revenir dans l'esprit de notre malade. Ce qui nous frappa dès l’entrée de la salle, ce fut l'étrangete du regard; il avait Pair hébété, tout désorienté. Il ne paraissait pas trop se rendre compte de sa situation. Du reste, il est un fait que nous devons noter et souligner, c'est qu'il ne lui restait aucun souvenir de son délire.

Il présentait, en outre, un affaiblissement très net de la mémoire. Interrogé sur la date de son entrée à l'hôpital, il ne nous la donna pas exacte. Le souvenir de ce qui s'était passé le jour de l'accident était pourtant très net : ik s'en rappelait tous les détails. Il demandait à tout instant à son infirmier quel jour il était, l’oubliant sitôt qu'on le lui avait dit. Bref, le

malade était tout désorienté. Il avait, en outre, dans sa physionomie, une sorte de mélancolie vague, diffuse ; il pleurait facilement pour un rien.

Le délire avait à peu près disparu après quelques jours d’isolement; la nuit, cependant, le sommeil était lent à venir. entrecoupé; le malade se plaignit vivement à nous de cette insomnie. Il rêvait encore quelquefois tout haut de son travail.

Nous avons examiné l’état des diverses fonctions. L’appétit était excellent, les selles normales, pas de constipation, pas de troubles digestifs. Rien non plus d'anormal du côté des appareils respiratoire et circulatoire; pouls normal, etc... La recherche de la sensibilité ne nous a révélé aucun trouble. L'état général est en somme bon. À noter cependant un amaigrissement assez marqué.

Quant à ses brûlures, elles sont en bonne voie de guérison, celles de la nuque et du dos sont à peu près cicatrisées ; celles des jambés et des lombes sont très bourgeonnantes mais ne suppurent plus. Les urines sont épaisses, à dépôt abondant, leur quantité est de 1 litre 500. L'examen pratiqué par M. le professeur Denigès ne décèle rien d’intéressant. ‘

29 mat 1898. — A cette date, l’état général est excellent, le malade commence à reprendre des forces. Son appétit est toujours très vif, il a fort bonne mine. Il persiste encore un peu d’insomnie. Néanmoins le malade ne rêve plus, il n'a plus de délire. L'état d’hébétude, de vague intellectuel noté plus haut s’est dissipé. Le pouls et la respiration sont excellents. Il prend chaque jour une portion fortifiante avec quinquina et liqueur de Fowler. Quant à l’état des brûlures, il s’est de plus en plus amélioré. 1

Nous avons suivi notre malade jusqu’à la veille des vacan: ces. Rien d’anormal ne s’est plus passé chez lui. [l est revenu entièrement à son état d'esprit habituel, sa mémoire est aussi bonne qu’autrefois ; une seule chose lui manque, c’est le souvenir de tout ce qui s’est passé durantson délire. Il y a là comme une lacune dans sa vie.

A 400 ce

Bref, la guérison peut aujourd’hui être considérée comme complète. Quand nous l’avons revu pour la dernière fois, cé: tait dans les coulisses de l'hôpital, où redescendu dans la salle commune il s'essayait à marcher.

OBsErRvATION IT In thèse de Meyssan. Bordeaux 1899.

Obtusion mentale avec délire professionnel,

Marie G..., âgée de 52 ans, marchande ambulante. Entre à l'asile Picon. le 8 octobre 1898. Rien à signaler dans ses antécédents. Réglée à 15 ans. Ménopause a 35 ans, à eu deux enfants. ,

Une dizaine de jours avant son entrée à l’asile en trempant la soupe elle a renversé la marmite dont le contenu Iui a échaudé les deux jambes. Elle voulut sortir quand même le lendemain pour vendre ses légumes. Mais ses pieds étaient engourdis eten voulant descendre de sa charrette elle s’est fracturé une cuisse. Transportée à l'hôpital St-André, elle fut admise dans la salle de M. le professeur Lannelongue et confiée aux soins de M. le docteur Villar.

À ce moment, elle a présenté un trouble mental qu'elle ne peut expliquer. Elle rèvassait, était agitée, criait. Sur ces entrefaites on la transfère à l'asile Picon ou le lendemain on constate les symptômes suivants :

La fracture est en voie de consolidation. La première nuit qu'elle passe à l'asile est mauvaise. Elle a été agitée, a parlé seule, elle a même poussé quelques cris de frayeur croyant voir des individus au dessus de son lit.

Au moment de la visite, la malade est calme. elle répond

d'une façon assez lucide aux questions qu’on lui pose. Dans l'intervalle des questions elle paraît être dans son rêve et avoir des hallueinations de la vue.

À la visite du 10 octobre, si on lui parle, elle semble sortir d’un rêve, son langage est saccadé et empâté. Le délire est bruyant et presque continuel. Elle croit donner à manger à son âne, gronde sa fille et son mari de leur paresse, crie ses légumes et les offre aux clients.

Le 14 octobre. son état n'a pas changé, les hallucinations de la vue persistent, on la laisse voir par sa fille qu’elle ne reconnaît pas. Les paroles qu’elle prononce ont trait aux occupations habituelles de son ménage. Elle a pourtant des moments de lucidité pendant lesquels elle réclame des soins, elle a également conscience d’avoir éprouvé un trouble mental.

En somme, elle présente un certain degré de dépression intellectuelle avec obtusion mentale et délire professionnel.

Le 16 octobre une pneumonie gauche se déclare, qui entraine une issue fatale. le 20. L’autopsie n’est pas faite.

OBSERVATION III (inédite).

(Due à l’obligeance du docteur Caruette).

Hystéro-neurasthénie consécutive à une brûlure.

Jean O..., âgé de 29 ans, de nationalité belge, marinier. est venu à notre consultation en mars 1904, pour névralgies dentaires persistantes. En examinant le malade, à cette occasion, nous constations chez lui une vaste cicatrice de la partie supérieure de la face. En interrogeant tant le malade que sa femme qui l’'accompagnait, voici ce que nous avons appris.

Le 5 mai 1902, Jean O.., allumait une lampe à alcool pour faire chauffer son repas. quand. brusquement, celle-ci fit ex plo-

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