‹ Des Psychopathies Consécutives Aux BrûluresChapitre 7 sur 34 · SP VE · texte numérisé non relu

SP VE

PA

sion projetant le liquide enflammé sur sés vêtements et sur Îles objets environnants. Un commencement d'incendie se déclara, que le malade put éteindre seul, mais non sans s'être brûlé fortement les mains et les avant-bras, [l portait également une brûlure étendue au niveau de la partie droite du front. Il ne peut dire si ces brülures ont été occasionnées directement par l'alcool ou si elles ont été causées par les objets enflammés qu'il a ensuite obligé déteindre.

Le malade a été soigné dans un hôpital d'Anvers. D'après ses souvenirs, les brûlures paraissent avoir été du 2° et du 3° degré. [1 se rappelle, en effet, avoir vu des cloches au niveau de sés lésions. Il ne se souvient plus très bien du traitement qu'on lui a fait subir; tout ce qu'il y a de certain, c’est qu’au début, on lui a fait des parnséments gras.

Les brülures étaient très douloureuses, surtout la brülure du front qui génait énormément le malade et l’empêchait de dormit. Au bout de peu dé temps, les plaies se mirent à sup. purer. Cette suppuration dura très longtemps, et la cicatrisation complète n'eut lieu qu’au bout de quatre mois au moins.

«+ An moment de l’accident, le malade aurait ressenti une très grande frayeur. .

Immédiatement après 1l aurait êté pris de crise de nerfs dont nous n’avons pu préciser la nature, et de tremblement généralisé qui aurait duré quelques jours. Sa femme, qui a été le voir pendant les premiers jours de son séjour à l'hôpital, le trouvait un peu affaissé et désorienté. Il se préoccupait peu de ses

Affaires. Pendant les premières nuits, il aurait eu aussi de violents cauchemars dans lesquels il revivait la scène de l'incéndie; mais pendant le jour il n'a jamais présenté de délire d'aucune sorte.

Il reconnaissait parfaitement les personnés qui vénaient le voir.

Les phénomènes d’affaissement que nous avons noté, n’auraient du reste duré que peu de temps ét lorsque le malade est sorti de l'hôpital, une fois ses plaies guéries, son état mental ne

présentait rien dé particulier. Cependant à partir dé ce moment, il aurait eu des accès de migraine violente durant quelquefois un où deux jours. Enfin jamais ses forces né sont revénues complètement ; il est toujours resté faible et amaigri. 4

Peu de temps après sa sortie de l'hôpital, six mois environ après l'accident, sa femme constata que le malade changeait visiblement de caractère. Lui. qui jusque-là avait éu un caractère égal et plutôt enjoué ; il dévenait sombre, mélancolique, facilement irritable. À cette époque il aurait même eu quelques. vagues idées de suicide. [1 lui arrivait aussi d'oublier très facilement alors que jusque-là il avait joui d’une bonne mémoire. En même remps l'appétit aurait encore diminué, ét il en serait résulté un amaigrissement assez considérable et de là perte de forces.

Depuis cette époque, les troubles n'ont pas régressé ; ils auaient au contraire éu plus de tendance à augmenter légèrément. Le malade ne peut pas se livrer à un travail régulier, fl est tout de suite fatigué ét éprouve le besoin dé 8e réposér. Il ne s’occupe plus de son Commerce comme auparavant.

: Lorsqu'on l’examine actuellement, voici cé que l’on constate :

Au niveau des mains et de la partie dorsale dés avant-bras ; traces de vastes cicatrices, la péau est blanche ét lisse. Au : nivéäu de là partie droite du front, vaste cicatrice blanche occupant toute 14 hauteur du front sans empiéter toutefois sur le cuir chevelu, ayant détrui le tiers externe du sourtil èt se prolongeant jusqu’au niveau de l'oreille.

Troubles dé la Sensibilité. — 11 parait ÿ avoir une hÿpoesthésie marquée de tout le corps. Il faut pincet très fort lé malade pour qu’il réagisse. On trouve cependant unñé plaque d’hyperesthésie peu marquée au niveau du creux épigastrique occupant à peu près la largeur de la main. 11 semble également qu'il y ait un léger retard à la sensation. On note aussi de l’anesthésie pharyngée très marquée. Pas de sensation de boule hystérique.

SPAS

Les réflexes rotuliens sont très exagérés des deux côtés, de même les réflexes olécrâniens. Pas de réflexe crémastérien, pas de trépidation épileptoïde.

‘Troubles moteurs. — La démarche ne présente rien d’anormal. Pas de tremblement, sauf un tremblement émotif assez accentué des doigts. Le malade dit avoir perdu sa force et ne pouvoir marcher longtemps. Il serre en effet avec très peu de force la main qu’on lui présente, et il ne faut pas un très grand effort pour écarter la jambe fléchie activement sur la cuisse. Cette faiblesse ne prédomine pas sur un des côtés et paraît généralisée.

Organes des sens.— Bourdonnements d'oreilles persistants, . seraient surtout sensibles le soir. Du côté des yeux, on note un léger rétrécissement du champ de l’œil droit en haut et à droite.

Troubles psychiques. — Le malade est plutôt mélancolique, il ne rit jamais, ne s'amuse, jamais. recherche volontiers la solitude.

L'intelligence parait intacte. La volonté semblerait diminuée, le sujet s'occupe beaucoup moins de ses affaires. La sensibilité serait plutôt augmentée. Le malade se frappe facilement. C’est ainsi qu’il avoue un de ses sujets de grande préoccupation. Depuis environ un an, il est atteint de faiblesse génitale : il lui est très rarement possible d'accomplir le coït, les érections sont trés rares et durent peu de temps.Il attribue cet état à des excès de masturbation qu'il aurait fait dans sa jeunesse et s’en frappe beaucoup.

Une fois sur ce terrain. il est d’un luxe de détail considérable. Avant son accident le sujet était normalement puissant ; il a eu une petite fille.

Examen somatique. — Amaigrissement général. Musculature peu forte. Pas de tuberculose pulmonaire notable. Rien du côté des viscères.!

Antécédents héréditaires. — D'après le dire de sa femme, le malade aurait eu un oncle enfermé dans un asile d’aliénés ; lui ne reconnait par le fait.

Son père,existant,est bien portant, mais très alcoolique (bière et alcool) se met très facilement dans des colères violentes. I] est alors brutal et aurait déjà eu maille à partir avec la justice pour s’être battu.

Uu côté de la mère, qui est également bien portante, rien. Le malade à une sœur actuellement mariée et bien portante et deux frères tous deux mariés et bien portants.

Antécédents personnels. — Lui-même est le plus jeune de sa famille. Venu à terme il n'a jamais été malade, sauf des convulsions qu il aurait eu à l’âge de 2 ans. Nous n'avons pu éclaircir la nature de ces convulsions.

Depuis, le malade à toujours été bien portant jusqu'à son accident. [1 n’a jamais eu de maladies vénériennes : ni blennorrhagie, ni syphilis. Il aurait fait des excès de boisson passagers vers l'âge de 18 à 20 ans, mais n'aurait jamais recommencé depuis. [l s’est marié à 25 ans.Depuis cette époque sa femme affirme qu’il ne s’est jamais enivré. On ne trouve du reste chez lui aucun signe d’alcoolisme chronique.

I] a une petite fille âgée actuellement de trois ans et qui à toujours été bien portante. : À

OBSsERVATION IV

(Par Bourneville et Tissier. Zn Progrès Médical du 25 janvier 1896)

Arriération intellectuelle consécutive à une brülure de la tête. — Instabilité mentale. — délire mystique.— Fière typhoide avee rechute ; mort.

Henneq.., Georges, né à Paris le 20 mai 1878, est entré dans le service le 5 juin 1894 à l’âge de 16 ans.

PR ie

Antécédents. — (Renseignements fournis par sa mère). — Père, employé dé commerce au moment où il a quitté sa femme; il aurait actuellément 51 ans. Les renseignements sur son enfance sont incomplets ; il ne semble avoir eu aucune maladie grave avant son union, et n’en a aucun souvenir.Son caractère était vif et emporté. enclin à des colères violentes pendant lesquelles, toutefois, il ne se livrait à aucun acte de brutalité. Il ne fumait pas à l’excès, ne se mettait pas en état d'ivresse, et ne semble pas avoir présenté de symptôme d’alcoolisme chronique. — Après dix ans de vie commune, à l'âge de 35 ans, il s’est séparé de sa femme à l'amiable pour incompatibilité d'humeur: (Famille du père. Le père de cethomme était bien portant au moment de l’abandon de la mère de l'enfant ; il n’était pas alcoolique, n'avait pas de crises nerveuses, mais était d'un caractère très violent. — Là mère n'a présenté dans la vie au-

eune particularité digne d’être notée ; les renseignements sur

son Caractère manquent. — Le grand-père maternel est mort d’un cancer, ainsi qu'une tante. Dans le reste de la famille pa+ térnelle, on ne relève l'existence d'aucune maladie nerveuse ni d'aucune difformité physique).

Mère, 51 ans, cuisinière,n’a pas eu de convulsions dans l’enfance. Sa santé générale aurait été délicate : à 8 ans entérite violente qui s'est fréquemment reproduite ; à 12 ans, affection cutanée aiguë. Actuellement elle est robuste, bien portante, sauf qu'elie souffre seulement demigraines intenses,son Caractère est facilemént irritablé ; pourtant elle n'a jamais eu de crises nerveuses et, quoique cuisinière, fait un usage très modéré de l'alcool. — {Famille de la mère. — Sa mère est morte à 76 ans, asthmatique. — Son père, nerveux, violent, alcoolique, de tempérament arthritique {maux d'estomac, uleères variqueux), est mort à 79 ans « de vieillesse ». Parmi les autres ascendants maternels, on ne relève aucune tare nerveuse, aucune maladie digne d’être signalée. De même il n'existe dans la parenté collatérale aucun idiot, aucun épileptiqué, aucune malformation congénitale ; la mère de l'enfant à 3 sœurs vi-

SATÈT (uer

/ vantes et parfaitement portantes. Dans le reste de la famille, il y aurait eu ni aliénés, ni difformes, etc.)

Pas de consanguinité. — Egalité d'âge.

Cinq enfants : 1° garçon né ñ 8 mois et demi, mort en nourrice à 6 mois, d'affection inconnue ; — 2° fille bien constituée, née à 8 mois et qui est morte de diphtérie à 3 mois ; — 30 fille née à 8 mois, morte à un mois en nourrice on ne sait de quoi : — 49 et 5°, deux jumeaux, une fille morte en nourrice à 5 mois et demi avec de l’ictère, l’autre est le malade. — Cette grossesse double n'était pas la première dans la famille maternelle : la sœur de la mère de l’enfant a donné naissance à deux garçons juméauz ; une grand’tante maternelle de l'enfant et une coùsine-germaine de la mère ont eu chacune une grossesse double,

Notre malade. — Au moment de la conception, les parents ne vivaient plus en bonne intelligence. Ils se sont séparés avant la naissance de l’enfant, — La grossesse s’est effectuée dans de bonnes conditions physiologiques, bien que la mère se soit un peu serré le ventre que distendaient outre mesuré les deux jumeaux. Elle signale surtout de fréquentes contra. riétés dues à des querelles avec son mari, — L'accouchement, naturel, a eu lieu vers la fin du huitième mois ; le travail à duré 4 heures, aucun accident ne l’a entravé.— À la naissance, les deux enfants n’offraient pas d'asphyxie et n'avaiént pas dé circulaire du cordon, — Lé garçon, cependant plus gros que la fille, ne pesait que deux kilogrammes. = Nourri àu sein par sa mère durant un mois, il a été ensuite élévé au bibéron (lait dé vache) par une nourricé. Il n’aurait jamais eu de convulsions. À 18 mois il commençait à marcher êt avait plusieurs dents quand est survenu un accident qui a beaucoup entravé son développement au diré de là mère. Il est tombé dans le feu et a eu le “uir chevelu, l'oreille ét la joué du côté gauche fortement bralés. La suppuration a duré plus de 3 ans et a été longtémps accompagnée de diarrhéé. À part cet accident, l'enfant n’a eu d'autre maladié que la rougéole à 5 ans et la

De

coqueluche aussitôt après. Son développement a été entravé par la suppuration de la plaie dela tête. Il n’a bien marché et bien parlé que vers 3 ans. C’est vers 5 ans seulement que sa mère a remarqué la bizarrerie de son esprit et la faiblesse de son intelligence ; bien que d’un caractère doux et affectueux, il avait des colères qui lui faisaient perdre toute raison ; il présentait enfin, à propos d'émotions banales, une agitation inquiétante. Mis dans un pensionnat de frères durant 3 ans, il y a contracté les idées mystiques. qui devaient plus tard s’exagérer. Deux fois il a tenté de s'enfuir, ce que l'on attribue à ce qu'il était toujours brutalisé à cause de la difformité occasionnée par la brûlure et de la gourme. C’est en raison de ce dernier accident que les frères l’auraient rendu à sa famille.

Il avait alors 12 ans. Ses tendances religieuses, la bizarrerie.

de son caractère, son désir de solitude n'ont fait que s'accentuer pendant les 3 années qui ont suivi. L'enfant a passé les quatre premiers mois de cette période chez des parents en province près de Belfort et le reste dans un pensionnat de Bretagne, sorte de maison de correction tenue par des frères. — Ses fuques devenaient plus fréquentes. ses colères plus violentes, sa piété de plus en plus exagérée. Revenu à Paris à 15 ans, sans amélioration, on à tenté de lui faire apprendre plusieurs métiers : tentatives inutiles, l'enfant maladroit et mal disposé cassait tout et ne faisait aucun progrès. La moindre observation de ses parents motivait des colères folles dans lesquelles il menaçait de sauter par la fenêtre ou de tuer sa mère ; il se .levait fréquemment la nuit pour rêver et prier, parfois il éclatait de rire. [l avait depuis longtemps formé le projet de devenir le disciple de Jésus-Christ, selon sa propre expression. Pendant les 15 derniers jours de son séjour chez sa mère, sans qu’on eût remarqué de changement dans ses habitudes ni d'augmentation de ses idées religieuses, il se confectionna en cachette une robe de moine avec une couverture ; puis il partit ua dimanche matin dans le bois de Clamart. La, enleva ses vêtements et ses chaussures, revêtit sa robe de

te es

moine, noua une corde autour de ses reins, prit son livre de messe, se cacha dans un buisson et se mit en prière. — Le soir des gendarmes le trouvèrent dans cet état et l’arrètèrent. — Réclamé et repris par sa mère, il montra une agitation telle quil devint dangereux de le garder plus longtemps.Au bout de quatre jours on dut le remettre aux mains de la police qui l’envoya à la préfectura. puis à l’Asile clinique, et enfin à Bicêtre. — Son sommeil était bon ; il avait depuis longtemps des céphalées durant lesquelles il se frappait le front. Son caractère, en dehors de ses colères terribles. était caressant et bon. — Jamais il n’a eu de véritables crises nerveuses d'aucune sorte. — On attribue son état mental à la bruülure.

État actuel (7 juin 1904). — Apparence générale satisfaisante, adipose assez marquée, face colorée. — La peau pigmentée est rude.

Tête. — Les cheveux sont châtains, irrégulièrement implantés. — Toute la partie gauche du cuir chevelu, dépourvue de cheveux. est occupée par la cicatrice de la brülure signalée précédemment et qui a détruit tout le pavillon de l'oreille.

Crâne, peu volumineux, à peu près symétrique. — Fontanelles soudées. — Les bosses pariétales, développées, élargissent le crâne qui, par contre, est assez bas. — Front assez découvert, mesurant 6 cent. de hauteur médiane. — Bosses frontales peu marquées.

La forme générale de la face est triangulaire. — La ciceatrice de la brülure descend jusque la région sus-hyoïdienne. Les arcades sourcilières, peu saillantes, sont garnies de sourcils abondants, plus foncés que les cheveux et séparés par un notable écartement sur la ligne médiane. Les fentes palpébrales sont larges et horizontales, les cils longs ; pas de blépharite. — Les yeux grands, normaux, jouissent de tous leurs mouvements. L'iris est brun ; les pupilles moyennement dilatées, réagissent à la lumière et à l’accommodation. La vision des objets, la perception des couleurs et l'étendue du champ visuel . sont absolument normales. — Le nez est droit et l’odorat

Page 1