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CHAPITRE PREMIER

Peut-on établir un rapport de causalité évidente entre la brülure initiale et la psychopathie consécutive ?

La première question qui se pose, lorsque l’on considère les différentes observations que nous venons de relater, c'est de savoir si l’on peut établir une relation de causalité évidente entre la brûlure initiale et la psychopathie consécutive. Il ne suffit pas, en effet, de constater la succession de ces deux phénomènes pour en conclure que celui qui a précédé est la cause directe de celui qui a suivi. Ce serait, une fois de plus, faire un usage abusif du fameux axiome : « Post hoc ergo propter hoc ».

Rapport de succession n'est pas rapport de causalité. Pour que nous admettions un lien causal entre la brûlure et la psychopathie, il faudra que ces deux faits obéissent à des conditions données. Ces conditions va-

rieront suivant que nous considérerous la brûlure soit comme la cause unique, soit comme la cause accessoire du trouble mental.

Afin que nous puissions affirmer que la brûlure est bien la cause unique de la psychopathie, il faudra que nous ne trouvions dans le passé héréditaire ou personnel du sujet aucune autre cause morbide pouvant produire à elle seule l’aliénation mentale. Dans le cas contraire, en effet, la brûlure ne jouerait plus que le rôle effacé d’une cause accessoire ; elle serait seulemert l'accident qui a déclanché le processus morbide existant déjà en puissance, et interviendrait alors à la façon d’un aceident banal et sans portée particulière, Suivant l’expression de Ball : « L’arme est chargée, le coup veut partir dès qu'on aura pressé la détente. »

On voit donc que, dès le début de ce travail, il nous faut considérer deux cas dans le rapport de causalité que nous voulons établir entre la brülure et le trouble mental. Ce rapport, en effet, pourra être absolu ou relatif ; absolu, si l’on ne trouve aucune autre cause que la brûlure qui puisse être rendue responsable de l’apparition des troubles psychiques ; relatif, si l'on peut accuser en même temps qu'elle d'autres causes accessoires plus où moins importantes. Nous étudierons plus loin ce deuxième cas.

Dans ce premier chapitre, nous déterminerons les conditions nécessaires pour que l’on puisse établir un rapport de causalité absolue entre la brûlure et la psychopathie; nous appliquerons ensuite ces conditions théoriques à la discussion de nos observations.

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Pour établir que la brûlure est bien la cause unique du trouble mental, nous avons dit qu'il ne fallait trouver dans le passé héréditaire ou personnel du sujet aucune autre cause morbide pouvant produire à elle seule l'aliénation. Parmi ces causes, les deux principales que l’on devra toujours, en pratique, rechercher avec un grand soin sont : les antécédents névropathiques héréditaires et personnels, et l'alcoolisme.

L'hérédité, « la cause des causes », ainsi que le disait Trélat, devra être fouillée avec un soin tout particulier. C’est elle, en effet, qui, le plus souvent, donnera la clef de la psychopathie constatée. Pour le professeur Joffroy, « l'hérédité est la graine d’où sortent toutes les dégénérescences nerveuses. « Cette recherche devra donc être faite Avec minutie:; souvent on pourra se heurter à la mauvaise volonté du sujet, souvent aussi à son ignorance ; 1l ne faut pas se décourager; ce n'est que par des questions répétées que l’on pourra le plus souvent arriver à un résultat. Si cela est possible, il faudra interroger les ascendants directs du sujet, les examiner eux-mêmes au point de vue somatique, et remonter aussi loin que possible dans l’histoire névropathique de la famille considérée.

Il faudra également fouiller avec soin la vie antérieure du malade, afin de rechercher jusque dans l’enfance les troubles nerveux qui auraient pu exister.

Une fois éclaircie, cette grande question des antécédents héréditaires et personnels, qui doit être la préoccupotion dominante de l’aliéniste à la recherche des causes, il faut penser à une autre cause de plus en

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plus fréquente à l’alcoolisme. Celui-ci'en éffét, joue un.

rôle excessivement important dans Fétiologie de la, folie. Si nous prenons entre autres les données statistiques de M. le professeur Joffroy : il est entré à Sainte-Anne, en 1893-1894, 33 0/0 d’alcooliques. Si, d'autre part, on consulte le graphique de Claude des Vosges, enregistant les courbes comparées du nombre de cas de folie et de la consommation en alcool par tête d’habitant, on voit ces deux courbes suivre une marche parallèle et s’élever toutes deux vers un maximum.

Le questionnaire sera de peu dé secours pour déceler l'abus de l'alcool. I faudra toutefois procéder avec prudence et mettre en confiance le malade. On aura uné opinion plus solidement assise, en examinant directement lé sujet, On cherchera s'il est facilement excitable, s'il présente des cauchemars à type particulier, du tremblement des mains, de la langue, des symp= tômes gastriques, des pituites matinales. Ces signes positifs entraîneront le diagnostic. Il faudra également rechercher l'alcoolisme héréditaire, car il est constant que les fils d’alcoolique présentent une moindre résistance à l'alcool et que des doses, qui chez des sujets normaux seraient sans effet marqué, développent chez eux des symptômes importants. Enfin, il faut noter également ce fait, c’est que la folie crée un manque de résistance marqué aux boïssons alcooliques.

Etant donné que nous n'aurons chez notré sujet, ni tare névropathique antérieure, ni alcoolisme marqué, il faudra encore, avant de proclamer la brülure causé de la psychopathie, que nous puissions ‘établir certaines

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relations entre ces deux faits. Il faudra que le laps dé temps qui s'est écoulé entre l'accident et le moment où le malade manifeste des troubles psychiques, ne soit pas de trop longue durée. Et surtout, il faudra que pendant cette intervalle, on ait constaté, soit une modification de Fétat mental, soit un symptôme physique morbide : de la céphalée, des troubles de la sensibilité, de la motilité ou des organes des sens. Pour apprécier sil y à exagération de la longueur de cet intervalle, il faudra également tenir compte de la forme et de l’intensité du trouble mental observé. C’est ainsi qu'il serait difficile de mettre sur le compte d'une brûlure complètement guérie depuis quelques mois, un accès de délire ‘passager, tandis que l’on pourrait légitimement admettre cette brûlure comme cause d’une hystéroneurasthénie traumatique survenant plusieurs mois après.

En résumé, pour que l'on puisse admettre un lien de causalité absolue entre la brülure et le trouble mental ; il faut que l’on ne trouve chez le malade, ni antécédents nerveux personnels, ni alcoolisme antérieur permettant une autre explication de la psychopathie, Enfin il faut que pendant l'intervalle de temps qui s’est écoulé entre l’accident et l’éclosion des phénomènes cérébraux, on ait constaté l'existence de signes morbides quelconques permettant d'affirmer que jamais le sujet n'est revenu à l’état de santé parfaite et permettant de relier par une chaîne ininterrompue la cause et l'effet.

Nous allons maintenant appliquer ces règles à la discussion des observations que nous avons recueillies,

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