CHAPITRE III
Les publicains se formaient en sociétés pour l'exploitation des vectigalia. C'était en effet de grosses affaires : il était d'usage d'affermer en même temps les impôts de toute une province. Souvent aussi on réunissait dans le même bail différentes catégories d'impôts et de revenus. Cicéron cite dans la deuxième Yerrine (70) une société qui avait affermé en même temps le portoHum et la scriptura. Il fallait, pour suffire à d'aussi vastes entreprises, des capitaux considérables, que l'association pouvait seule fournir. C'est pourquoi on trouve souvent dans Cicéron et dans les commentaires des Jurisconsultes les mots socii et societas, pour désigner les sociétés de publicains.
Dans cette société, on assignait à chacun une part proportionnelle à sa mise de fonds. Cicéron, dans sa harangue pour Rabirius Postumus, dit que ce chevalier avait eu de grands intérêts dans les impôts t; comme Rabirius était fort riche, il avait engagé sans doute un capital plus important que ses associés. La société une fois formée, les chevaliers opulents qui en faisaient partie cédaient de petites parts à ceux de leurs amis qui n'étaient pas assez riches pour se rendre adjudicataires; ils leur ménageaient ainsi un moyen de faire des
1. Cic, pio Rubhio Poslum., cnp. II, viagnas imrtcs hahuit nuhlicjrum.
bénélices. Gicéroii nous apprend encore que Rabirius en usa ainsi : « il enrichit ses amis, les fit entrer dans les affaires, leur céda des « parts '. » Toutefois par ces mots les affaires, il ne faut pas comprendre seulement la ferme des impôts, mais cette multitude d'entreprises, auxquelles chaque capitaliste participait en mètne temps. C'était un principe chez les hommes d'affaires de s'intéresser à la fois à de nombreuses spéculations en ne prenant que de petites parts dans chacune; ils n'aimaient pointa agir tout seuls. Caton leur conseille de ne jamais mettre tout leur argent dans l'armement d'un seul navire : « Il vaut bien mieux se joindre à quarante-neuf autres a spéculateurs pour armer cinquante navires à frais communs, et « n'avoir ainsi qu'un cinquantième d'intérêt sur chaque risque. » Quelles opérations multiples et compliquées n'engendrait point un tel système! Mais le négociant romain y savait suffire, à force de travail, d'ordre et d'exactitude, et aussi à l'aide de sa bande d'esclaves et d'affranchis, moyen autrement puissant que nos comptoirs modernes, à ne juger les choses qu'au point de vue du pur capitaliste. Ainsi l'on vit les associations commerciales étendre leur centuple réseau jusque dans la maison de tous les citoyens notables. Polybe en témoigne, il n'y avait pas à Rome un seul homme riche, qui, publiquement ou en secret, ne fût pas intéressé dans les sociétés fermières de l'Etat; à plus forte raison avait-il toujours une forte part de ses capitaux placés dans les compagnies commerçantes 2.